‹ De la pustule maligne, ou, Nouvel exposé des phénomènes observés pendant son coursChapitre 8 sur 25 · DE LA PUSTULE MALIGNE INTERNE · texte numérisé non relu

DE LA PUSTULE MALIGNE INTERNE

La pustule maligne , telle qu'elle vient d'être décrite , peut-elle exister dans les voies digestives?

Chambon , Thomassin et M. Chaussier gardent le plus profond silence à cet égard ; ils connaissaient cependant le Mémoire de Fournier sur le charbon du Languedoc , dans lequel on trouve la relation d'une épidémie meurtrière que l'auteur désigne sous le nom de Pustule maligne interne. Fournier a fait l'ouverture de trois personnes mortes de cette maladie; mais ses observations nous paraissent si peu concluantes, que nous n'aurions pas agité la question qui nous occupe dans ce moment, si nous n'avions trouvé dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales, à l'article Pustule maligne, rédigé par M. Reydellet , un fait qui semble constater sa possibilité.

Si les observations de Morand , de Duhamel r réunies à deux faits qui nous sont particuliers r démontrent que le virus charbonneux est le plus souvent sans action sur l'estomac , celle de Coilîot ne permet pas de douter que la mort puisse succéder de près à son introduction. Toute la difficulté est dans la question de savoir si, déposé sur les

membranes de l'estomac, il pourra, comme à la peau , faire naître d'abord une vésicule , puis une petite dureté lenticulaire environnée d'une aréole, suite de phénomènes qui distinguent la pustule maligne proprement dite de toutes les autres tumeurs du même genre. On verra, par l'ensemble de ce Chapitre, que la matière est absolument neuve; que les faits sont trop peu nombreux et trop peu complets pour permettre de juger définitivement cette question , digne d'ailleurs de fixer l'attention du praticien.

Observation de M. Reydellet.

« M. Varicel , ancien chirurgien-major de i'Hô- « tel-Dieu de Lyon , rapporte , dans un discours « qu'il prononça dans cet hôpital , le cas d'un « homme qu'il avait traité d'une pustule maligne « par la cautérisation , et qui néanmoins mourut; à « l'ouverture du corps, on trouva une nouvelle pusce tule maligne dans le colon , que l'on regarda y « avec raison , comme la cause de la mort. »

Nous ignorons si M. Reydellet a des données plus étendues , plus positives sur ce fait ; mais là se borne ce qu'il en dit dans son article, qui ne peut faire autorité faute de développemens suffisans.

Relation de la Pustule maligne interne observée par Four nier.

Le printemps de l'année 1 727 fut très beau dans le Bas-Languedoc. C'est pendant ce temps , en apparence si favorable à la santé, que cette maladie s'est déclarée. Elle s'annonçait par des nausées et le vomissement de quelques glaires verdâtres. On observait des faiblesses presque continuelles et une douleur fixée au creux de l'estomac, qui était mé-téorisé. Le malade ne pouvait supporter la moindre nourriture. La langue , chargée d'un limon bilieux, noircissait bientôt; des vers étaient rendus par le haut et par le bas ; chez quelques uns , ils s'échappaient uniquement par le rectum ; la respiration et la tête restaient libres; mais le visage, pâle et décoloré, offrait des yeux enfoncés et éteints. L'émétique déterminait des accidens qui le firent abandonner. Le quina était nuisible , et les saignées peu utiles; mais l'huile, unie au jus de citron , les délayans , surtout l'eau ordinaire , procurèrent la guérison d'un grand nombre de malades.

L'ouverture de trois cadavres démontra dans le voisinage de l'orifice inférieur de l'estomac de petites pustules et quelques points rougeâtres vers les ramifications des artères stomachiques et py~ loriques, et des vers en pelotons dans les intestins; un seul en avait dans l'estomac.

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Il est reconnu que la cause de la pustule maligne est toujours externe ; il est démontré quelle ne peut atteindre un très grand nombre de personnes à la fois, comme le peut faire une fièvre intermittente, et comme Ta déterminé l'épidémie en question.

Il est incontestable en outre que les voies digestives sont moins exposées que la peau à l'action du virus ; que celui-ci n'y pénètre que par les alimens ; que ces derniers ont moins d'activité sur les surfaces intestinales que sur l'épidémie. Ajoutons encore à ces considérations la description très incomplète des pustules observées par Fournier, et nous serons porté à conclure que la maladie ici décrite n'était autre chose qu'une gastrite très aiguë , que les vomitifs et le quina exaspéraient encore , et qui n'a trouvé de secours utiles que dans l'emploi des délayans et des adoucissans huileux acidulés.

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