‹ De la putridité morbide et de la septicémieChapitre 4 sur 15 · HIPPOCRATE · texte numérisé non relu

HIPPOCRATE

Hippocrate voulut secouer la domination des philosophes.

C’est dans le livre De naturâ hominis que se trouve exposée sa doctrine des éléments. S’il admettait les quatre éléments d’Empédocle, il considérait les maladies comme dérivant du manque, de la surabondance, du défaut de proportion des quatre humeurs. Mais à ces idées théoriques, auxquelles il donnait peu d’importance, il ajoutait une foi énorme dans l’observation et l’expérience éclairées par le jugement.

Il place toute maladie : 1° dans les contenants [partes moventes) ; 2° dans les contenus [partes motæ); 3° dans les puissances actives (spiritus in [lui), les ènormons.

Il admet que la crase ou mélange régulier des humeurs constitue la santé, que la dyscrase ou état opposé est une condition de maladie.

Dans son étude de la fièvre ardente, il décrit la putridité; c’est le cousus, qu’il différencie du phrenitis et du lethargus...

Dans le § III des Prénotions coaques, il étudie les dépôts, crises, spasmes et terminaisons diverses qui surviennent dans les fièvres.

Les symptômes caractéristiques d’un état putride sont aussi décrits dans le livre Ier du Prorrliètique , au § IV du livre des Humeurs-, et dans le livre VII des Épidémies , la femme d’PIermoptolème offre un magnifique exemple d’une fièvre pseudocontinue avec phénomènes putrides; de même Clazomène. Les traits sont encore plus accusés et plus nets dans le livre III des Épidémies ; pas de doute pour Pythion, Iiermocrate, l’homme qui logeait dans le jardin de Déalcès.... L’explication qui domine est celle de la coction elle-même. « La coction est donc le changement que les humeurs subissent dans le cours d’une maladie.

et qui, leur ôtant en général leur ténuité, leur liquidité et leur âcreté, leur donne plus de consistance, une coloration plus foncée, et quelques caractères qui ont été métaphoriquement assimilés au changement produit par la cuisson dans les substances1 2.»

Le Clerc 1 fait remarquer qu’Hippocrate avait fait une distinction entre la fièvre ardente, le typhus, et ce qu’il appelle « la maladie épaisse », dans laquelle nous voyons encore les symptômes de putridité expliqués par lui. Elles étaient causées par la pituite et la hile réunies ensemble ou agissant seules, par le phlegme blanc.

D’HIPPOCRATE A GALILN.

Les successeurs d’Hippocrate se perdent dans un humorisme suranné et vide de sens; la philosophie s’était introduite de nouveau dans le domaine médical, et Platon regardait « les altérations des humeurs comme causes prochaines des maladies. Mais il expliquait ces changements d’une façon toute spéciale, qui se rattachait du reste à son système général. Les chairs, fondues par les chocs des atomes triangulaires étrangers (comme cela arrive naturellement dans la vieillesse), fournissent des humeurs qui infectent le sang, le dépravent et lui communiquent des qualités âcres, salées ou amères. Le sang pur devient ainsi de la bile ou du phlegme. Labile provient de la fonte des vieilles chairs, le phlegme résulte de la dissolution des nouvelles. Du reste, il ne voyait, à vrai dire, que bile et phlegme dans la plupart des maladies ; la bile est susceptible de s’enflammer, et elle produit alors une foule de maladies aiguës. Le phlegme doux cause des enflures ou des vésicules blanches sur la peau ; s’il est mêlé avec la bile ou avec l’urine, il occasionne des érysipèles ; quant au phlegme aigre et salé, il est la cause des catarrhes et des fluxions.

1 Delioux de Savignac; loc. cil., pag. 57 ; d’après Lillré, traduction d Hippocrate, Introduction, tom. I, pag. 447 -, liv. I, De epidcm. mal., 10.

2 Le Clerc ; Histoire de la médecine, pag. 170.

C’est cette qualité aigre des humeurs qui est la cause des fermentations et des ébullitions*. »

Les médecins d’alors suivirent avec engouement cette voie brillamment ouverte par Platon. Les doctrines eurent beau jeu, les théories se multiplièrent : c’est l’école des Dogmatistes. Elle brille à Alexandrie avec Proxagoras, Héropiiile et Érasistrate. Tout en s’occupant d’études anatomiques, ce dernier lutte contre 1 humorisme; les artères sont remplies d’un fluide aérien amené par la respiration ; les maladies proviennent de la déviation, de l’erreur de lieu du fluide. Alors le sang remplace celui-ci dans les artères; il y a inflammation, fièvre et ses conséquences.

Des médecins voulurent alors réprimer cette débauche de théories. Rien n’est vrai que par l’expérience (epitsipix) . Ce furent les empiristes . Ils ne reconnaissent que trois façons de s’instruire en médecine : 1 observation personnelle ou autopsie, l’observation des autres ou histoire, les inductions tirées de l’autopsie et de l’histoire ou épilogisme.

A\cc de pareils procédés et à cette époque, on ne pouvait aller loin. Aussi que nous est-il resté de Philinus de Cos, de Serapion d Alexandrie et d’HÉRACLiDE de Tarente ?

Nous arrivons ainsi à la belle période de la république romaine, au temps de Cicéron. Alors, pour mettre un peu d’ordre et appoitei des principes, se présenta un rhéteur, Ascléplade de Pruse (en Bithynie). Sa thérapeutique doit plaire aux Romains, qui se préparent lentement aux jouissances et aux turpitudes du Bas-Empire. Il supprime les purgatifs et les vomitifs, et dit qu’il faut guérir sûrement, tôt et agréablement. « Jusqu’à Asclépiade, dit Pline, 1 antiquité avait tenu bon »; mais le nouvel Esculape s attaque a Hippocrate lui-même, qui n'avait écrit qu’une méditation sur la mort. Asclépiade fait jouer le plus grand rôle aux solides, aux atomes. Il y a, dans les tissus, des pores qui s’entr’ouvrent et peuvent laisser passer les matières, alors que celles-ci ne devraient pas sortir. Quand il y a santé, les propriétés du

1 Jaccoud ; Thèse d'agrégation, pag. 13. Paris, 1863.

fonctionnement: dos solides sont régulièros : il y a evrovux. Dans les états contraires, c’est la maladie : le strictum et le laxum, le rovoç etl ’ocrovia. La dichotomie est aussi simple que la connaissance des maladies; elles proviennent toutes du strictum ou du Icixum ; mais cependant quelques-unes peuvent présenter ces deux états : c’est le mixtum.

Asclépiade voyait parfois, d’après Gœlius Aurelianus, « liquidorum clique spiritûs turbatioy). Cette idée du trouble, de la confusion des sucs ou des matières liquides et esprits, est la première révélation sensible de la putridité. Cette secte ne pouvait à elle seule enseigner: la critique était trop facile, et la concurrence ne se fit pas attendre. Les disciples d’Asclépiade propagent ces doctrines. C’est Thesallus de Traites , Solanus d’Éphèse, et enfin le dernier représentant Coelius Aurelianus, à peu près à l’époque de Galien ; mais l’idée mère du méthodisme un moment voilée reparaîtra au xvme siècle avec Cullen, Brown, Rasori et Broussais.

La secte suivante, dite Pneumatique ou secte spirituelle , s établit à Rome peu de temps après Thémison. Elle fut fondée par Athénée d’Attalie. Ses disciples dont les noms ont survécu sont : Agathinus, Hérodote, Magnus et Arciiigène. Celse peut y êtie rattaché.

Cette secte a pour nous de l’importance, car Athénée est le premier qui ait fait mention de la putridité des humeurs. Il avait ajouté un cinquième élément , l’Esprit, lequel recevant quelque altération cause diverses maladies. « Il se rencontre au-dedans de notre corps des sucs qui tiennent de la nature des poisons, aussi bien qu’il s’en trouve dehors ; et on voit des maladies naturelles accompagnées des mêmes accidents que ceux que causent les poisons, qui font rendre les mêmes matières que l’on vomit dans les fièvres1. » Et « s’il arrive que le chaud se lasse ou se fatigue en faisant ses fonctions ordinaires, il se change en acre et en ignée, et toutes les humidités et les humeurs deviennent bile ».

Archigèneetsasectedite Y Éclectique ou épisynthétique conserva

i jic Clerc; loc. cit., pag. 109 et 210.

la notion de putridité due à Athénée, et l’appliqua définitivement à la doctrine des premiers dogmatiques grecs 1 .

Jusqu’ici le lecteur a dû s’apercevoir que les rêveries philosophiques étaient largement compensées parles spéculations médicales. Hippocrate a montré les changements dans les liquides au point de vue des modifications morbides. Athénée les a qualifiées de putrides.

Les poètes eux-mêmes, impressionnés par les nombreuses et terribles épidémies pestilentielles, décrivent leurs symptômes. Il est impossible de trouver un tableau plus exact de l’état putride que celui que donne Lucrèce2.

Spiritus ore foras tetrum volvebat odorem Raucida quo perolent projecta cadavera ritu.

Tenuia sputa, minuta, croci contincta colore Sal saque, per fauces raucas vix édita tussi.

Ulceribus tetris, et nigra proluvie alvi.

Gorruptus sanguis plenis ex naribus ibat ; Hue hominis totæ vires corpusque fluebat.

\ irgile expose aussi au livre III des Georgiques les causes qui donnèrent lieu à la peste;

Et Ovide 3 explique la peste qui dépeupla entièrement l’île d Égine par des chaleurs excessives qui corrompaient les eaux, souillées en même temps par le venin des serpents.

Que va nous donner le médecin de Pergame, celui que l’on a appelé le père de l’Humorisme ?

Jaccoud; loc. cil., pag. 18.

Dû naturâ rerum, G<= liv., vers 1131 etsuiv 7« Métam., vers 530 etsuiv.

, trad. Lagrange.

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