GALIEN
Assurément ce serait nous écarter de notre sujet, de présenter ici la doctrine entière de Galien. Il est cependant indispensable de montrer la partie de celle-ci qui a rapport à la putridité. Galien a dominé tout le moyen-âge, et jusqu’à Paracelse et van Helmont toutes les théories sont subordonnées à ses préceptes.
Logicien subtil, encyclopédiste de premier ordre, écrivain habile, observateur attentif, tel est Galien. On peut lui reprocher sa tendance à la généralisation , ses points de départ défectueux, ses idées systématiques. Il n’a pas su imiter la sagesse d’Hippocrate qui, tout en montrant la théorie de l’École : la cochon, les métastases, les crises, en cherchant à les éclairer par l’observation, s’abstenait de toute idée préconçue dans les applications thérapeutiques. C’est ainsi qu’il a mérité le titre de Père de la médecine.
Galien voit trois classes de maladies ' :
1° Celles des parties similaires; 2° celles des parties organiques ou instrumentales; 3° celles qui sont communes aux unes et aux autres.
« Le premier genre résulte de l’intempérie, c’est-à-dire de l’excès ou du défaut dans les qualités des éléments. Cette intempérie peut exister dans deux conditions : 1° sans matière, s’il y a dans la partie uniquement plus de chaleur ou de froid. . . . qu elle n’en doit avoir; 2° avec matière, lorsque, indépendamment de cette circonstance, il se joint une humeur, telle que le sang ou la bile, qui vient congestionner l’organe atteint d’intempérie.
» En outre, l’intempérie est simple si une seule qualité domine, composée, si elle résulte du mélange de deux quantités ; égale, si toutes les parties du corps ou d’un organe sont dans le même état; inégale, si ses diverses portions sont affectées d’intempérie
différente.
I Lassalvy ; Thèse de concours. Montpellier, 1850.
» Les humeurs pèchent par surabondance : c’est la pléthore ; par les vices de leur composition : c’est la cacochymie. Celle-ci arrive quand les humeurs deviennent plus chaudes ou plus froides, plus sèches ou plus humides, plus âcres, plus aigres, plus douces, plus salées qu’elles ne doivent être; en un mot, quand elles acquièrent des qualités étrangères et nuisibles qu’elles n’avaient pas auparavant.
» La pléthore est de deux sortes : par rapport aux forces, par rapport aux vaisseaux.
» Mais si, dans ses principes généraux de pathologie, Galien paraît plutôt éclectique qu’humoriste, il n’en est pas de même dans sa pathologie spéciale, où l’humorisme coule à pleins bords. Ainsi, les fièvres continues sont le résultat d’une altération de la bile; la fièvre quotidienne est l’effet d’un état putride delà pituite; la tieice, d un état pareil de la bile jaune; la quarte, de la putridité de l’atrabile'. »
Il distinguait les quatre humeurs d’Hippocrate. — Quatre éléments rentrent dans la composition du corps : le feu, l’eau, l’air et la terre. Le feu est chaud, l’air froid, l’eau humide, la terre sèche, et ces simples propriétés premières des éléments sont leurs qualités primitives. Hans le corps, à cause des combinaisons diverses, les éléments prennent des qualités composées ou secondes. Chaque individu a un mélange spécial qui lui est propre, c est là son tempérament. Alors chaque particule du corps d’un etre est distincte de toute autre et a une action qui lui est propre; telle particule est plus chaude, telle plus froide.... Ce sont là les qualités binaires du chaud sec, du chaud humide, du froid sec, du froid humide. D’où autant de tempéraments qu’il y a de combinaisons possibles des quatre qualités premières.
; Quelle imagination ! Encore quelques mots sur les esprits : c’est une matière fort subtile venue de l’atmosphère; elle se mélangé avec des vapeurs que le foie a séparées et transportées au cœur; alors il se forme des esprits vitaux. Si le mélange se
1 Lassalvy; loc.cit.
lait clans le cerveau, ce sont des esprits animaux qui prennent naissance.
Voilà donc la signification, pour Galien, du mot putridité : c’est toute altération capable de produire la fièvre, c’est toute altération des humeurs. La putridité a lieu chaque fois qu’une humeur en stagnation est exposée à une haute température sans s’évaporer ' .
C’est pourquoi la suppuration et même le sédiment des urines sont des preuves de putridité 1 2.
« Dans chaque fièvre, il existe une espèce de putridité qui développe une chaleur contre-nature, laquelle devient cause de la fièvre, parce que le cœur, et par suite le système artériel, y prennent part. Toutes les fièvres proviennent d’une dégénérescence des humeurs, à l’exception de l’éphémère, qui tient à une affection particulière du pneuma. Parmi les fièvres intermittentes, Galien attribue la quotidienne à l’altération de la pituite; la tierce, à celle de la bile, et la quarte, à la putrescence de l’atrabile. Cette dernière humeur étant plus difficile à mettre en mouvement, c’est aussi elle qui exige le plus de temps pour provoquer l’accès 3. »