‹ De la question portugaiseChapitre 4 sur 7 · AFFAIRES DE PORTUGAL · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE PORTUGAL

Séance du iS février i83o.

Lord Melbourne commence par dire qu'il a vu avec regret que S. M. n'avait pas l'espoir prochain de terminer heureusement les négociations entamées, dans le but d'arranger les différends élevés entre les deux brandies de la maison de Bragance. « Dans le discours du mois de juillet 1829, S. M. avait déjà touché celte question ; mais, à l'ouverture de la session actuelle, les espérances qu'elle avait antérieurement conçues paraissent de beaucoup affaiblies. Les expressions de S. M. dans cette dernière occasion, en nous indiquant que le gouvernement regrette vivement l'interruption de nos relations diplomatiques avec le Portugal , et qu'il espère remédier promptement à un si grand mal, nous laisse assez clairement deviner l'intention de reconnaître la souveraineté de D. Miguel. Le comte d'Aberdeen nous a dit qu'il n'avait long-temps considéré cette reconnaissance que comme une question de temps , et il nous a donné clairement à entendre que nous ne devions pas attendre de renseig-nemens plus étendus jusqu'à ce que cette reconnaissance ait eu lieu. Je crois de mon devoir, dans une affaire qui

touche de si près les intérêts et l'honneur de l'Angleterre, d'exiger les renseignemens qu'on nous refuse, av ant que le ministère ait fait ce pas irrévocable.

y L'affaire du Portugal se réduit aux faits suivans : l'empereur du Brésil, résolu à séparer le Brésil du Portugal, accompagna cette grande mesure de la concession d'une Charte constitutionnelle. Il avait préalablement consulté notre ambassadeur sir Charles Stuart, aujourd'hui lord Stuart de Rothsay. Cet ambassadeur se chargea de porter lui-même la constitution en Portugal. M. Canning, alors à la tête du département des affaires étrangères de la Grande-Bretagne, recommanda poliment cette constitution à la nation portugaise. Sir Charles Stuart prit à Lisbonne des mesures qui eurent pour résultat l'établissement définitif de cette constitution , comme institution du Portugal. D. Miguel jura, en présence de l'ambassadeur de S. M. B. , de maintenir cette constitution : il viola bientôt son serment, et le dénouement de cette affaire fut l'abolition de la constitution, et la ruine, la confiscation, l'emprisonnement, l'exil ou la mort sur l'échafaud de tous les Portugais qui restèrent fidèles à leur serment.

» Je demande à VV. SS. s.'il ne serait pas convenable de témoigner quelque sollicitude pour cette constitution, née sous l'influence d'un ambassadeur de S. M., hautement approuvée par les ministres de S. M., apportée en Portugal par l'ambassadeur de S. M., et soutenue, de fait , par l'armée de S. M. La question est une de celles qui importent le plus à l'honneur national.

» Quelle que soit la position dans laquelle nous nous replacions, à l'avenir, vis-à-vis du Portugal , jamais nos liaisons ne pourront être désormais fondées sur une confiance et une amitié solides Toute l'histoire d'Angleterre n'est qu'une série

d'infidélités à ses alliances, et de désertions de la foi jurée

La doctrine de non-intervention n'est qu'une déception profonde. L'Angleterre est intervenue dans toutes les révolutions modernes, celles d'Espagne, du Portugal, de Naples, de la

Grèce , de l'Amérique du Sud Je le répète , l'honneur anglais est tellement intéressé dans les affaires du Portugal , que c'est un devoir pour la Chambre de demander des explications complètes sur la marche suivie par notre gouvernement dans ces affaires.

» Les papiers soumis à la Chambre peuvent se diviser en quatre ou cinq catégories. La première se compose des papiers relatifs au voyage de sir Charles Stuart en Portugal, pour y apporter la constitution ; la seconde comprend le protocole de Vienne, et les négociations qui le précédèrent ; la troisième est relative au retour de D. Miguel; la quatrième est la correspondance du duc de Wellington avec le marquis de Palmella, et la cinquième, la correspondance avec Xe comte de Barbacena. L'argument spécial de la lettre du noble duc contraste singulièrement avec le ton que prenait M. Canning , dans des documens antérieurs, pour exprimer sa joie de l'établissement de la constitution. Il est toutefois un sentiment que je ne puis m'empêcher d'exprimer , en examinant le rôle que joue sir Charles Stuart dans toute cette affairé ; c'est ma répugnance à voir un ambassadeur anglais recevoir les ordres d'un souverain étranger.

» S'il arrive qu'on reconnaisse le gouvernement actuel du Portugal , j'espère que l'ambassade de Lisbonne ne sera pas confiée à un homme attaché par les liens de la reconnaissance à un autre souverain que le roi de la Grande-Bretagne. Je ne me laisserai point aller à des invectives contre D. Miguel : les papiers soumis à la Chambre parlent assez haut , sans que j'aie besoin de rappeler ici tout ce que l'Europe dit de ce prince. Il est surtout un document relativement auquel je demanderai des explications plus étendues. C'est la lettre de l'empereur du Brésil au roi d'Angleterre, lettre qui exprime le désir de voir bientôt D. Miguel revenir en Portugal pour y prendre les fonctions de régent, et qui recommande à la sollicitude de S. M. le maintien de la constitution portugaise. Je demande à savoir quelle a été la réponse faite à cette lettre.

» Je n'ai aucune animosité contre le duc de Wellington; je ne suis pas de ceux qui peuvent nourrir une jalousie secrète contre ses talcns militaires; mais je ne puis m'empêclier de censurer avec énergie sa conduite à l'égard des réfugiés portugais , et surtout de lui reprocher l'afiFaire de Terceira . Après avoir examiné le plus attentivement possible la conduite de l'Angleterre relativement au Portugal, je suis forcé de dire qu'aucun fait, aucun sentiment généreux ne m'ont paru atténuer tout ce que cette conduite a de fâcheux et de peu lionorable aux yeux de l'Europe. »

Lord Aherdeen : « Je ne pense pas que tous les papiers dont lord Melbourne demande communication soient nécessaires dans la question qui nous occupe. La collection complète formerait plusieurs volumes , dont la plupart n'ont aucun rapport direct avec le Portugal; je concevrais qu'on vînt nous les demander, s'il s'agissait de porter une accusation contre les ministres du roi ; mais si c'est tout simplement pour le plaisir d'avoir des renseignemens , il faut avouer qu'il faut avoir un appétit bien insatiable de ces sortes de cboses-là ; car tous ces papiers ne sont d'aucun intérêt, d'aucune nouveauté même , dans le cours ordinaire des affaires.

» Voici, dans la situation actuelle de ce pays vis-à-vis le Portugal, tout ce que mon devoir m'ordonne de vous déclarer. Mon opinion n'est changée en rien à cet égard depuis la dernière session. Nous n'avons rien à ajouter aux documens qu'alors nous avons mis sous vos yeux; et pour vous en soumettre de nouveaux, nous croyons devoir attendre que les mesures que nous avons proposées à S. M. aient été mises à exécution, et que le changement projeté ait été résolu.

» Je veux m'expliquer d'abord sur le caractère de D. Miguel avec franchise, sans nul détour, et pour éviter qu'encore une fois on ne se méprenne sur le sens de mes paroles. Que D. Miguel ne soit un être sans cœur et tout-à-fait incorrigible, c'est ce qu'il est impossible de nier (applaudissemens) ; qu'il est en outre cruel, je suis disposé à l'admettre, car je sais très-bien

que la cruauté n'est que trop souvent la fille de la lâcheté (applaudisseraens); mais est-ce une raison pour se jeter dans des exagérations absurdes sur le compte de ce prince? Non certes, car c'est le moyen de faire douter même de la vérité, et tel n'est pas le but de ceux qui propagent de pareils bruits. Au reste, je ne vois aucun motif raisonnable d'intérêt à s'occuper sans cesse du caractère personnel des princes, et à prétendre que ce caractère doit avoir quelque influence sur la conduite politique des autres nations. Je regarde donc comme une question de fort mince importance de savoir si D. Miguel est un Néron ou un Titus. Lord Melbourne a accusé D. Miguel d'avoir usurpé le trône de Portugal, je ne prétends pas entrer dans tous les mystères des lois portugaises, mais qu'il soit usurpateur ou non, il est incontestable que, dans cette question, ce sont les Portugais qui sont les meilleurs juges. EL bien ! l'immense majorité de cette nation a déclaré qu'il n'était pas un usurpateur, mais bien le possesseur légitime du trône. Voyez comment les deux frères se sont présentés au Portugal. Quand D. Pedro envoya une constitution , présent bien fatal selon moi, il exigea qu'elle fût consentie par les trois Etats du royaume, et ensuite promulguée. Comment a-t-on suivi ses ordres? Le parti alors au pouvoir n'osa pas remplir la volonté de D. Pedro, ni soumettre la constitution aux trois Etats, parce qu'on n'ignorait pas que cette assemblée ne manquerait pas de contester les titres de D. Pedro à accorder une constitution.

» Dom Miguel a agi tout autrement en arrivant en Portugal : sans examiner ici si les Etats ont élé légalement convoqués , il les assembla par le fait , en se conformant à tous les anciens usages prescrits dans ces sortes de réunions : il soumit à la délibération ses droits à la couronne. Cette assemblée n'hésita pas à les proclamer : et jamais le Portugal n'avait vu une assemblée plus nombreuse et plus respectable par le rang, la fortune et le caractère de ses membres.

Quant à la conduite de D. Miguel, en ce qui regarde la violation de tous les engagemens pris par lui , à Vienne d'abord,

et ensuite en Angleterre , elle est, sans contredit , inexcusable, (Approbation.) Oui, il a honteusement violé ses engagemens avec son frère, avec l'empereur d'Autriclie et le roi de la Grande-Bretagne, et c'est cette conduite qui a amené les choses au point où elles en sont entre le Portugal et ce pays-ci. Nous avons tout employé pour retenir D. Miguel dans le devoir,, conseils, menaces, tout, excepté la guerre, et je ne doute pas que VV. SS. ne nous approuvent de n'avoir pas été jusque là.

» Vous connaissez déjà le résultat de la mission de lord Strangford; elle a été uniquement entreprise dans un esprit de réconciliation. Du reste, quelle importance pouvait-elle avoir quand nous avions ici le marquis de Barbacena qui demandait des secours pour faire la conquête du Portugal, se fondant sur un ancien traité dont l'existence lui paraissait incontestable? Vous concevez aisément notre réponse, d'autant plus que nous sommes certains qu'aucun traité de cette nature ne lie l'Angleterre. M. de Barbacena ne se découragea pas et nous dit : « Si »» les traités actuels ne vous autorisent pas à nous prêter se- » cours, eb bien! faisons-en de nouveaux. » Le gouvernement anglais a jugé que dans aucune circonstance il ne pouvait se jeter dans une guerre pour un tel but. Cette détermination me semble en tout conforme à la raison ; car si nous avions entrepris cette guerre, toutes les charges, tous les frais en seraient retombés sur nous, et nous aurions eu à combattre seuls un prince qui n'a rompu aucun engagement positif avec nous; car l'Angleterre n'a jamais été que dépositaire de ses sermens. Au reste , vous savez que les diplomates brésiliens ont été à peu près désavoués par leur gouvernement, ainsi donc ils n'ont jamais mérité grande confiance de notre part. »

Lord Aherdeen déclare que sir Charles Stuart n'a jamais été que chargé de porter la constitution de D. Pedro en Europe; que^M. Canning, pour prévenir toute fausse idée à cet égard, s'empressa d'écrire à tous les cabinets européens que le gouvernement anglais y était totalement étranger, et que sir Charles Stuart, en l'apportant en Europe, avait agi sous sa seule

responsabilité , sans avoir reçu d'instruction à cet égard. L'armée anglaise n'a pas été envoyée en Portugal pour protéger cette constitution , comme on a pu le croire , mais pour résister à une invasion étrangère qu'on croyait imminente. Les déclarations des ministres à cet égard ont été formelles et nombreuses. Je sais que la persuasion que cette constitution , sortie en moins de buit jours du cerveau de D. Pedro , était en quelque sorte l'œuvre du gouvernement anglais, a entraîné un grand nombre de généreux Portugais dans des malbeurs que je déplore autant que qui ce soit ; aussi je pense qu'on ne saurait guèî'e se déterminer à renouer des relations a^^ec le Portugal sans avoir assuré le sort de ces malheureux.

On prétend que nous avons laissé les autres puissances européennes prendre notre place en Portugal. Cela n'est pas exact; jusqu'à présent l'Europe nous a laissé le cbamp libre; ce fait incontestable est bautement bonorable pour l'Angleterre, et prouve qu'elle n'est pas , comme on le dit, tombée dans l'estime des nations. L'Angleterre doit toujours primer dans les affaires du Portugal. Son intérêt est donc d'être toujours bien avec le souverain de ce pays , quel qu'il soit. C'est à ce prix qu'elle conservera la légitime influence qu'elle y exerce.

Lord Aherdeen termine en expliquant, comme l'ont déjà fait plusieurs fois lord Wellington et M. Peel , la malheureuse affaire de Terceira. Il répète les mêmes faits, les mêmes argumens. Le gouvernement a dû garder , et a gardé la plus stricte neutralité ; c'est son principe invariable.

Lord Goderich appuie la motion. Il soutient que D. Miguel j est un usurpateur , et que dona Maria est la reine légitime du I Portugal. Il voudrait que l'affaire de Terceira fût à jamais effacée des annales de l'Angleterre.

I^e marquis de Lansdown : « Si en appuyant la motion on en concluait que j'admets ce principe : que la Grande-Bretagne devait intervenir pour garantir la constitution du Portugal, je m'opposerais alors à cette motion, parce que j'espère qu'il n'arrivera jamais que les ministres conseillent au Roi de garan-

lir la constitution de quelque pays que ce soit. Je m'opposerais plutôt ouvertement à la motion de mon noble ami , que de laisser croire qu'elle contient implicitement une reconnaissance de l'autorité de D. Miguel. Voici ce que j'ai pensé être l'objet de cette motion : sans interrompre les négociations puisqu'il n'y en a pas eu de commencées; sans jeter la Grande- Bretagne dans une ligne de conduite particulière j puisqu'il n'y en a pas encore eu de tracée, de donner au moins à la Chambre et à la nation les informations les plus étendues avant de prendre un parti qui ne laisse ni chagrin , ni regrets.

» Sans m'arrêtera l'intérêt reconnu que nous avons à entretenir des relations amicales avec le Portugal, je reporterai l'attention sur un événement qui a été trop promptement perdu de vue. C'est la manière avec laquelle le ministère de ce pays est intervenu, pour ce qui touchait seulement à nos intérêts, dans la séparation du Portugal et du Brésil. Quant à ce qui s'est passé à Terceira , je ferai quelques observations. D'abord je déclare que la conduite de la Grande-Bretagne n'a pas été conforme au droit des gens; et quand le secrétaire d'Etat ne s'est appuyé dans cette occasion que sur un seul passage d'un seul auteur, il semble ne s'être pas aperçu qu'il n'y avait pas un seul mot de cette citation qui pût s'appliquer à une attaque d'une nation amie. Il n'y a pas eu de guerre civile à Terceira , pas même l'apparence. Sur ce fait, j'ai les informations les plus précises. J'ai entre les mains la lettre d'un officier-général , qui dit que pendant tout le temps où il a habité Terceira, le gouvernement de la reine a été universellement reconnu.

» Lord Aberdeen ne semble pas avoir fait assez attention aux différentes situations où nous nous sommes trouvés placés, relativement à ce qui s'est passé sur le continent depuis deux ans. Dans cette période de temps nous avons vu l'empire turc, notre ancien allié , extrêmement réduit. Et si l'on avait fait quelque calcul pour contre-balancer la diminution de notre influence sur le continent, ou aurait pensé à rétablir la balance en faisant de la Grèce une nation indépendante. Quoi

qu'il en soit, les intérêts du Portugal doivent être regardés comme identifiés avec les nôtres. La France aujourd'hui n'est pas sans influence sur l'Espagne, et s'il nous importe d'en avoir aussi, il nous importe surtout d'en conserver sur le Portugal.

» Mais cette influence doit aVoir pour base la confiance que nous inspirerons. Prenons garde , si nous étions forcés de reconnaître un prince qui a manqué à la bonne foi, d'en être pour les sacrifices désagréables que nous aurions faits pour garantir la vie et la fortune de tant d'individus qui se sont engagés ,^ sur notre parole, dans une entreprise malheureuse. Je vote donc pour la motion de mon noble ami , parce qu'elle pourrait servir à faire connaître à la Chambre les circonstances qui ont mis la nation dans la position fâcheuse où elle est à présent.

L e duc de Wellington « Lord Melbourne a commencé son discours en disant que nous sommes liés à la constitution octroyée par dom Pedro au Portugal. Milords, M. Canning démontra clairement que sir Charles Stuart , dans le temps que la constitution fut octroyée , agissait comme ministre du Portugal et comme ministre du Portugal seul ; qu'en cette qualité il pressa les ministres des puissances continentales de prêter leur appui à la constitution à Lisbonne , sur le fondement de la non intervention de l'Angleterre , dans la garantie de cette constitution. Ainsi , Milords , il est impossible de dire que ,dans cette affaire , le gouvernement anglais soit intervenu , et y ait pris aucune participation. Sir Charles Stuart était employé comme médiateur d'un traité de paix entre l'Empereur du Brésil , et son père , le roi Jean de Portugal.

» Les lettres de M. Canning contenaient sans doute la recommandation non équivoque adressée au gouvernement portugais d'adopter la constitution ; mais ces lettres ajoutaient que si le gouvernement ne se décidait pas à cette adoption , l'Angleterre néanmoins ne négligerait rien pour contribuer à la paix et à la prospérité du Portugal. A cette époque , M. Canning se donnait toutes les peines imaginables : le nombre des

lettres qu'il a écrites à ce sujet est inconcevable; le tout , dans l'intention de convaincre les différens pouvoirs de l'Europe y que la constitution était un don du souverain , et que nous n'étions pour rien dans tout cela...» D. Miguel nous a certainement confié qu'il était déterminé à amener la constitution à effet. Sans doute il a commis une grossière indignité^ mais nous n'avons pas fait de conditions avec lui , et nous n'avons rien à réclamer de lui à ce sujet. On a parlé d'un complet abandon du parti anglais en Portugal; quant à moi, je ne connais pas ce parti, et je ne crois pas qu'il existe. Je crois que la nation portugaise est portée pour une alliance avec l'Angleterre ; personne ne regrette plus que moi que ceux qui ont soutenu la constitution portugaise aient souffert pour cela ; mais ceux qui prétendent que nous étions parties engagées à la garantie de cette constitution , et que l'envoi de troupes anglaises en Portugal, les discours des ministres au Parlement et ceux de la Couronne étaient une preuve évidente de notre détermination à l'appujer, et à contraindre le Portugal à son acceptation , ceux-là sont tombés dans une méprise que je pourrais appeler criminelle.

» Milords, l'officier qui commandait notre armée avait reçu non-seulement de ceux qui envoyèrent cette armée , mais de leurs successeurs , l'invitation formelle de s'interdire toute espèce d'intervention dans les affaires intérieures de Portugal^ excepté dans le cas où la défense de la famille royale rendrait cette intervention nécessaire. Il faut se souvenir aussi que les premiers actes de D. Miguel ne furent pas si flagrans que ceux qui suivirent. Si l'bonorable ambassadeur qui représentait alors S. M. Britannique à la cour de Lisbonne avait été rappelé au premier mot, peut-être son exemple n'aurait-il pas été suivi par les ambassadeurs des autres puissances , ce qui aurait établi entre les souverains de l'Europe une division du plus facbeux caractère. Dans mon opinion , la conduite de cet ambassadeur a été très-méritoire. Il a marcbé pas à pas, s'entourant à chaque occasion de l'approbation et du concours de se?

collègues. De cette façon , il a donné aux représentans des souverains de l'Europe , à la tête desquels il s'était placé , ce caractère d'union et de vigueur qu'ils devraient toujours montrer.

» J'arrive maintenant à Terceira. Dans toutes nos relations avec le Portugal, nous nous sommes toujours religieusement abstenus d'intervenir dans ses affaires intérieures , et quant aux discussions entre l'Empereur du Brésil et le Roi du Portugal , nous avons résolu particulièrement de ne pas nous mêler des querelles entre les deux branclies de la maison de Bragance. Dans ces circonstances , nous étions tenus de garder une scrupuleuse neutralité. Lorsqu'un corps de troupes s'assemble dans ce pays, que des régimens d'infanterie s'établissent en garnison à Plymouth , que pouvions-nous faire? Je crois, Milords , que j'aurais manqué à mon devoir envers l'Angleterre, si j'avais permis qu'un corps de troupes s'assemblât là , pour s'embarquer aux Açores , et y amener la guerre contre le souverain de facto de ce pays? Que ces troupes se fussent dirigées sur ce point de tout autre rivage que le nôtre, nous n'avions rien à dire; mais du nôtre, nous ne pouvions le permettre. On m'accuse d'avoir considéré les Açores comme faisantpartie de l'Europe , pendant que mon noble ami le secrétaire d'État aux affaires étrangères les considérait comme une partie de l'Afrique. Je puis assurer W. SS. que je ne me suis point occupé de cette question géographique ; mais bien de la question de savoir comment nous pourrions sauver notre neutralité. C'était un subterfuge indécent de dire que les réfugiés portugais étaient désarmés, tandis que, dans le fait, on trouva qu'ils étaient armés. Ce n'a point été une infraction aux lois des nations de prévenir l'arrivée de troupes à Terceira.

« Mais, a-t-on dit, on devait au moins avertir les capitaines et les marins qui montaient les vaisseaux. J'ai quelque raison de penser qu'ils n'ignoraient pas précisément ce qu'ils faisaient. Ils avaient pris des passeports pour le Brésil ; or , il arriva que leurs provisions de voyage étaient insuffisantes pour le nombre des bommes et le trajet d'Angleterre au Brésil. Qu'est-il arrivé

en réalité? Aussitôt qu'ils ont été en vue des Açores, ils ont été avertis. Ils ont dit qu'ils ne s'y rendaient pas. Ont -ils avoué leur entreprise? Non. Ont-ils protesté? Non. Mais ils ont continué leur route , jusqu'à ce qu'une force supérieure les forçât de virer de bord. Souffrez maintenant que je demande à VV. SS. si un avertissement donné en mer n'en vaut pas un donné au port. S'il n'en était pas ainsi , nous serions certainement très-blamables ; mais je déclare à ^Y. SS. que ces hommes ont été amplement avertis avant qu'on tirât le canon 5, et qu'en dépit de ces avertissemens , ils persistèrent à continuer leur voyage,

» Je crois qu'il était possible au gouvernement d'adopter un mode légal de disperser ces hommes; mais nous n'aurions pu adopter ce mode sans nous attirer plus de chagrins, plus d'objections et plus d'oppositions qu'il n'en est résulté de la marche que nous avons suivie. Nous avons agi de la sorte , afin de montrer à ce corps de troupes, au monde, au Portugal et au Brésil, que nous étions déterminés à garder notre neutralité. Je suppose que D. Miguel nous eût fait dire qu'il y avait à Plymouth un corps de troupes dont le projet était d'envahir ses possessions à la première circonstance favorable; qu'aurions-nous répondu? Eût-il fallu dire : Non , il n'existe pas à Plymouth de tels hommes, ni de tels projets? ou bien, c'est vrai ; ils sont ici ; mais nous ne pouvons les disperser, nous ne pouvons les empêcher d'envahir vos possessions. Que serait alors devenue, Milords, notre neutralité ?....

» Si les autres gouvernemens de l'Europe avaient fait leur devoir comme nous avons fait le nôtre , les chances auraient été plus favorables alors pour le maintien de la paix qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ce n'est pas que je craigne qu'une guerre ne soit produite par cet événement; mais je dois dire que l'état des choses à Terceira n'est pas ce qu'il .devait être , ni ce qu'il aurait été si les autres gouvernemens de l'Europe avaient fait leur devoir * .

^ Je ne sais si le noble orateur veut faire ici allusion à la conduite de la

» J'ai déjà dit à W. SS. que je m'opposerais à la production de toutes autres pièces sur ce sujet. J'espère que la Chambre n'insistera pas plus long-temps sur cette production, jusqu'à ce que le gouvernement ait pris de S. M. l'avis de les mettre sous les yeux du Parlement. »

Après une courte réplique de lord Melbourne, la Chambre a voté sur la motion, qui a été appuyée par vingt-une voix et repoussée par cincjuante-deux.

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