EFFETS CLINIQUES
L’individu auquel on a fait une injection lombaire de cocaine, présente, en général, une légère paleur de la face ainsi que des téguments, mais il est difficile d’imputer cette action à la stovaine ; souvent, en effet, l’émotion causée par la pensée de l’opération, provoque, chez le malade, des vaso-constrictions ou même des dilatations périphériques. Parfois aussi, les malades recouchés, semblent plongés dans l’indifférence la plus complète de ce qui les entoure, sans cependant perdre la notion de ce qui se passe autour d’eux ; si on les interroge, ils répondent avec netteté ou bien discutent correctement les ordres qu’on leur donne.
Le pouls ne nous a paru modifié dans aucun cas, quoique de nombreux auteurs aient insisté sur l’action tonicardiaque et toni-vasculaire de la stovaïne. C’est même à cause. de cette action vaso-dilatatrice, que la stovaïne, en congestionnant le bulbe, supprimerait les syncopes qu’on observe avec la cocaïne. Beaucoup d’auteurs ont noté qu’a-
près l’injection, au pouls rapide et émotif du début succède une période où les battements du cœur sont régularisés, ralentis et renforcés. Les indications de la stovaine pourraient done s’étendre aux individus dont le cœur est
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TOP touché, et qui ne supporteraient pas l’action d’un anesthésique général. Cependant nous n’avons jamais observé de variations appréciables dans la fréquence ni l’ampleur du pouls. La tension nous a paru, au contraire, se relever constamment après l’injection.
Le fait le plus remarquable de l’injection sous-arachnoïdienne, est l’apparition d’une paralysie mixte, sensitivo-motrice, que l’on n’observait pas avec la cocaïne.
ANESTHÉSIE. — C’est plutôt une analgésie qu’une anesthésie, car la sensibilité à la douleur disparaît seule, tandis qu’au contraire la sensibilité au contact persiste. Souvent cette sensibilité au contact est moins nette qu’à l’état normal, parfois même elle disparaît. La région sur laquelle on opère paraît alors étrangère au malade qui n’est ylus capable de décrire ses sensations. Le sujet assiste, en étranger, à l’acte opératoire qu’on prépare sur lui. Dans quelques cas, cependant, et surtout chez les émotifs, la possibilité de percevoir les sensations tactiles, persiste au plus haut degré, exagérée même par l’appréhension, de sorte que, souvent, le contact des instruments fait crier le patient, alors que la région sur laquelle on opère est parfaitement insensible.
La sensibilité à la chaleur disparaît en même temps que la sensibilité à la douleur, et nombreux sont les cas de brûlures succédant à l’application de bouillottes trop chaudes,placées aux pieds du malade, rapporté dans son lit, l’opération terminée. |
Nous avons notamment observé le cas d’un garçon de vingt ans, opéré d’une volumineuse hernie inguinale droite, et qui, de retour dans son lit, une demi-heure après l’injection, eut une brûlure du second degré, à cause de l’application d’une bouillotte trop chaude, dont il n’avait
DA Eee pu apprécier, que deux heures et demie après, la trop grande élévation de température.
D'autre part, le docteur Jonathan, M. Wainwright, établit que des chiens rachistovaïnisés résistent mieux à la chaleur ou aux brulures que les animaux témoins. Des chiens soumis à l’action de l’éther et d’autres rachianesthésiés, furent suspendus sur un chevalet, de telle manière que les pattes postérieures et la partie inférieure de l’abdomen fussent immergées dans une chaudière d’eau maintenue en ébullition constante.
Chezdes animaux non soumis à l’analgésie spinale, il se produisit, tout d’abord, une légère élévation de pression qui se maintint de cinq à dix minutes, et fut suivie d’une dépression rapide. Chez ces animaux, la mort survint au bout de vingt-cinq minutes, en moyenne, après le commencement de l’ébullition. Chez ceux qui furent rachianesthé-, siés, il ne se produisit aucune modification de pression, pendant une heure après l’injection médullaire. Puis il se fit une dépression progressive, la vie se maintint chez eux, en moyenne, une heure et quart après le commencement de l’ébullition. « Aussi ces expériences montrent que l’analgésie spinale empêche la cuisson de la brûlure des extrémités de produire son action dépressive jusqu’à ce qu’elle commence à s’effacer elle-même. » (Pensylvania medical journal, numéro 2, novembre 1905.)
Pour toutes ces raisons Kendirdjy pense que le mot analgésie est souvent inexact, que le mot anesthésie luimême est insuffisant, puisqu'il ne tient pas compte d’un phénomène constant, à savoir la paralysie.
Moment d'apparition de l’anesthésie. — Dès que l’injection a été faite, le malade accuse des fourmillements dans
les membres inférieurs, les pieds et les jambes sont en- : 2
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gourdis. L’apparition de ces phénomènes fugaces se fait simultanément dans les deux membres inférieurs, quelquefois aussi dans celui qui correspond au côté où la ponction a été faite, puis l’anesthésie s’installe au bout de deux à cinq minutes. L’anesthésie consécutive aux injections sous-arachnoïdiennes débute toujours ou presque toujours par les organes génitaux externes et le périnée. Corning l’avait observée dès 1885. Jaboulay, d’autre part, avait remarqué qu’à la suite des injections intra-rachidiennes de chlorhydrate de quinine, 1l y avait une anesthésie des téguments sacro-coccygiens, du périnée, des .bourses, de la verge, etc.
[l en conclut qu’il s’agit là d’une paralysie radiculo-segmentaire du cône terminal de la moelle, due à une action de l’alcaloïde sur les racines qui commandent aux régions jes plus postérieures du tronc, l’individu étant en attitude de quadrupède.
La stovaïne, plus diffuse que la quinine, agit d’abord sur les nerfs les plus postérieurs de la queue de cheval, aussi l’anesthésie débute-t-elle par le bassin et son plancher.
L’anesthésie par rachistovaïnisation est une anesthésie d’ordre radiculaire. Etant donné le lieu de la ponction, la stovaine agit d’abord sur les racines les plus basses de la queue de cheval, c’est-à-dire la quatrième et troisème sacrée, qui innervent les organes génitaux et le périnée. Elle gagne ensuite la deuxième et la première sacrée, puis les racines lombaires, c’est-à-dire les membres inférieurs.
Après l’anesthésie des organes génitaux externes et du périnée, les menibrés inférieurs se prennent à leur tour, des pieds vers la racine des cuisses.
Avec des solutions plus denses que le liquide céphaloyachidien, Barker limite l’anesthésie et la paralysie sur
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ies seules régions à opérer. Il obtient ce résultat en faisant prendre au malade des positions telles que la solution de stovaiïne employée vient se rassembler en un point utile déterminant l’anesthésie des racines qui innervent la région à opérer. à
( IT était nécessaire d’amputer la jambe gauche d’un jeune homme au-dessous du genou. On le coucha sur le côté gauche, avec la tête bien surélevée à l’aide d’oreillers, l’épaule gauche reposant sur la table. Dans cette position qui ne fut pas changée jusqu’à ce que le sujet fût enlevé de la table, on pratiqua l’injection dans le deuxième espace inter-lombaire. En cinq ou six minutes, toute sensation était annihilée dans la jambe gauche ; la droite, au contraire, ne perdit jamais sa liberté de mouvement. . Le sujet se sentit très bien pendant l’opération. » (British Journal.)
Cependant, chez des sujets ainsi injectés sur le côté,
avec l’épaule reposant sur la table et la tête surélevée, : l’analgésie unilatérale s'étendant jusqu’au milieu du thorax, devenait bi-latérale quelques instants après qu’on eut doucement retourné le patient sur le dos, sans aucune altération des niveaux relatifs à la tête et au bassin.
Le docteur Henry Head, assistant du professeur Barker, a noté certains points relatifs à la marche de l’anesthésie : La sensibilité au toucher et à la pression ne disparaît que plus tard et se perd moins complètement que la sensibilité à la douleur, à la chaleur et au froid. La partie anesthésiée devient insensible au contact avant que la pression cesse d’être sentie. Avec la perte de la sensation de pression, le patient ne peut plus reconnaître la po sition dans laquelle ses membres sont placés passivement. C’est la dernière forme de la perte de sensation. Un des faits les plus intéressants produits par l’anesthésie unila-
ou
térale, est l’abolition complète de la sensibilité et du mouvement d’une jambe, sans modification des fonctions de i’autre. Il est évident que le système nerveux afférent est intéressé par ses racines avant qu’elles n’aient pénétré dans la moelle. La stovaïne agit sur les racines motrices et sensitives dans le canal rachidien, ou juste à leur entrée dans la moelle épinière.
La sensibilité de la peau à la douleur, à la chaleur et au froid se perd généralement à un niveau plus haut que les sensations produites par le toucher et la pression.
Le niveau élevé de la perte de sensation ressemble à ce que Pon observe dans les affections des racines plutôt qu’à “celles produites par des lésions de la moelle.
L’étendue de l’anesthésie varie suivant les sujets.
La surface analgésiée n’est pas toujours en rapport avec les doses injectées. D’une façon générale, avec les doses moyennes de quatre à cinq centigrammes, la limite supérieure de l’anesthésie est un plan transversal passant par l’ombilic. pére
Pour le professeur Sonnenburg, l’anesthésie lombaire par la stovaine m’est pas seulement importante et intéressante en ce qu’elle peut prétendre remplacer l’anesthésie locale et l’anesthésie par inhalations, mais encore, elle nous donne une série d’aperçcus sur d’autres domaines, principalement sur la façon dont se comportent les nerfs de la cavité abdominale.
. La sensibilité de la cavité abdominale est un domaine encore très obscur. Kolliker nie la présence de fibres sensitives dans le sympathique. Buch, au contraire, conclut que toutes les parties du sympathique, contrairement à ce que prétendent les anatomistes peuvent transmettre ies impressions douloureuses. | L'opinion générale tend à considérer que les fibres ner-