‹ De la recherché de la vérité (volume 2)Chapitre 41 sur 74 · SUR LE TROISIÈME CIIVPITRE, OU JE DIS · texte numérisé non relu

SUR LE TROISIÈME CIIVPITRE, OU JE DIS

Qu'il ne faut pas s'étonner si nous n'avons pas d'évidence des mystères de la foi, puisque nous n'avons pas mC'me d'idées.

Quand je dis que nous n'avons point d'idée des mystères de la foi, il est visible par ce qui précède, et par ce qui suit, que je parle des idées claires qui produisent la lumière et l'évidence, et par lesquelles on a compréhension de l'objet, si l'on petit parler ainsi. Je demeure d'accord qu'un paysan ne pourrait pas croire, par exemple, que le Fils de Dieu s'est fait homme, ou qu'il y a trois personnes en Dieu, s'il n'avait quelque idée de l'union du Verbe avec notre humanité, et quelque notion de personne. Mais si ces idées étaient claires, on pourrait en s'y appliquant, comprendre parfaitement ces mystères et les expliquer aux autres, ce ne seraient plus des mystères ineffables. Le mot de personne, selon saint Augustin, a été dit du Père, du Fils, du Saint-Esprit, non tant pour exprimer nettement ce qu'ils sont, que pour ne se pas taire sur un mystère dont on est obligé de parler1.

Je dis ici, que nous n'avons point d'idée de nos mystères» comme j'ai dit ailleurs que nous n'avons point l'idée de notre àme, parce que l'idée que nous avons de notre âme n'est point claire, non plus que celles de nos mystères. Ainsi ce mot idée, est équivoque. Je l'ai pris quelquefois pour tout ce qui représente à l'esprit quelque objet, soit clairement, soit confusément. Je l'ai pris même encore plus généralement pour tout ce qui est l'objet immédiat de l'esprit. Mais je l'ai pris aussi dans le sens le plus précis et le plus resserré, c'est-à-dire pour tout ce qui représente les choses a l'esprit d'une manière si claire, qu'on peut découvrir d'une simple vue si telles ou telles modifications leur appartiennent. C'est pour cela que j'ai dit quelquefois qu'on avait une idée de l'àme, et que quelquefois je l'ai nié 2. Il est difficile et quelquefois ennuyeux et désagréable, de

1 Ne omnino taceremus interrogati, quid très, cùm très esse fateamur. De Trinitate, lib. 7. chap. 4. Et ailleurs. Cùm quœrilur; quid très? Magna prorsus inopia humanum laborat eloquium. Dictum est tamen très personae, non ut illud diceretur, sed ne taceretur. A même lieu, liv. 5, chap 9. (Note de Malebranche.)

* Ch. 7 de la 2e part, du 3* livre.

ÉCLAIRCISSEMENTS

garder dans ses expressions une exactitude trop rigoureuse, et de définir les termes lorsque la suite du discours détermine le sens auquel on les prend.

Quand un auteur ne se contredit que dans l'esprit de ceux qui cherchent à le critiquer, et qui souhaitent qu'il se contredise, il ne doit pas s'en mettre fort en peine, et s'il voulait satisfaire, par des explications ennuyeuses , à tout ce que la malice ou l'ignorance de quelques personnes pourrait lui opposer, non seulement il ferait un fort méchant livre, mais encore ceux qui le liraient se trouveraient choqués des réponses qu'il donnerait à des objections imaginaires, ou contraires à une certaine équité dont tout le monde se pique. Car les hommes ne veulent pas qu'on les soupçonne de malice ou d'ignorance, et pour l'ordinaire, il n'est permis de répotfdre à des objections faibles ou malicieuses, que lorsqu'il y a des gens de quelque réputation qui les ont faites, et que les lecteurs sont ainsi à couvert du reproche que de telles réponses semblent faire à ceux qui les exigent.

IVe ÉCLAIRCISSEMENT

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