GLORIA
1 I. ad Cor. 9. 22. 10. 33.
4 Aux Eph. ch. 6. 6.
3 Aux Col. ch. 3. 22.
Nos si hominem patrera vocamus, honorem a»tati deferimus, non auctorem vitae nostl'ao ostendimus Hier, in c. 23. Matth. (Notes de Malebranche.)
AVERTISSEMENT
Quoique le discours qui suit se trouve en partie dans les Mémoires de F Académie Hoyale des Sciences, on a cru le devoir joindre à cet ouvrage; non seulement parce qu'il peut servir d'éclaircissement à ce que j'y dis de la lumière et des couleurs, mais encore parce qu'on en a imprimé à Londres quelque chose, il y a environ dix ans. à la fin de la dernière traduction anglaise de la Recherche de la vérité. J'appréhende que cette traduction ne représente pas mon sentiment avec assez d'exactitude, non par la faute de M. ïaylor qui en est l'auteur, mais par le défaut du manuscrit qui lui est tombé entre les mains. Il serait à souhaiter que messieurs les traducteurs voulussent bien s'enquérir des auteurs, quelles sont les éditions les plus exactes des ouvrages qu'ils ont dessein de traduire ; leur travail serait plus utile au public. (Test en partie pour cela que j'ai mis une liste des meilleures éditions de mes livres après la préface de cet ouvrage, parce que j'ai appris qu'on les a traduits sur des exemplaires assez imparfaits 1.
1 « Il a ajouté, dit Fontenelle, à cette édition un grand morceau de physi que tout neuf qui est le système général de l'univers. C'est, celui de Descartes réformé et cependant fort différent- Il roule sur une idée qui a été très familière a ce grand inventeur et qu'il n'a pas poussée aussi loin qu'il aurait dû. Elle seule, selon Malebranche, rend raison de ce qu'il y a de plus général et de plus inconnu dans la physique, de la dureté des corps, de leur ressort, de la pesanteur, de la lumière, de sa propagation instantanée, de ses réflexions et réfractions, de la génération du feu et des couleurs -, cette idée est celle des petits tourbillons. »
ÉCLAIRCISSEMENTS
XVIe ÉCLAIRCISSEMENT
Sur la lumière et les couleurs, sur la génération du feu et sur plusieurs autres effets de la matière subtile.
h Pour expliquer le sentiment que j'ai sur les causes naturelles de la lumière et des couleurs, concevons un grand ballon comprimé au dehors par une force comme infinie, et rempli d'une matière fluide, dont le mouvement soit si rapide, que non seulement elle tourne toute avec beaucoup de vitesse autour d'un centre commun, mais encore que chaque partie, pour remplir tout son mouvement, c'est-à-dire pour se mouvoir autant qu'elle en a de force, soit encore obligée de tourner sur le centre d'une infinité de petits tourbillons, et de couler entre eux, et tout cela avec une rapidité extraordinaire. Concevons en un mot la matière contenue dans ce ballon, telle à peu près que M. Descartes a décrit celle de notre tourbillon, excepté que les petites boules de son second élément, qu'il suppose dures ne sont elles-mêmes que de petits tourbillons, ou du moins qu'elles n'aient de dureté que par la compression de la matière qui les environne. Car si ces petites boules étaient dures par ellesmêmes, ce que je crois avoir suffisamment prouvé 1 n'être pas vrai, elles ne pourraient pas, comme on le verra dans la suite, transmettre la lumière et les différentes couleurs par le même point où les rayons se croisent. Mais enfin si cette supposition2 fait de la peine à imaginer, il suffit maintenant de concevoir un ballon plein d'eau, ou plutôt d'une matière infiniment fluide, et de plus, extrêmement comprimée. Le cercle ARC est la section par le centre de ce ballon.
II. Cela supposé, si l'on fait dans ce ballon un petit trou comme en A, je dis que toutes les parties de l'eau, comme celles, par exemples, qui sont en R, S, T, V, tendront vers le point A, par des lignes droites RA, SA, etc., car toutes ses parties qui étaient également pressées, cessant de l'être du côté qui répond au trou A, elles doivent tendre vers TA puisque tout
1 Chflp. dern. de la Recherche de la vérité.
* On verra ci-dessous la preuve de cette supposition. (Notes de Malebranche.)
m DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.
corps pressé doit tendre à se mouvoir par le côté où il trouve moins de résistance.
Mais si Ton met un piston à l'ouverture A, et qu'on le pousse promptement en dedans, les mêmes parties R, S, T, V, etc., tendront toutes à s'éloigner du trou par les mêmes lignes droites AU, AS, etc., parce que dans l'instant que le piston avance, elles sont plus pressées par le côté qui lui répond directement que par tout autre.
Enfin, si l'on conçoit que le piston avance et recule fort promptement, toutes les parties de la matière fluide qui remplit exactement le ballon, dont je suppose que le ressort soit fort grand, ou qu'il ne prête ou ne s'étende que très difficilement, recevront une infinité de secousses que j'appelle vibrations de pression. Appliquons ceci à la lumière et aux couleurs.
Puisque tout est plein, nos yeux quoique fermés ou dans les ténèbres, sont actuellement comprimés. Mais cette compression du nerf optique n'excite point de sensation de couleurs, parce
ÉCLAIRCISSEMENTS
que ce nerf est toujours également comprimé ; par la môme raison que nous ne sentons point le poids de l'air qui nous environne, quoique autant pesant que vingt-huit pouces de vifargent. Mais si l'on conçoit un œil en T, ou partout ailleurs, tourné vers un flambeau A , les parties de la flamme étant dans un mouvement continuel, presseront sans cesse plus fortement que dans les ténèbres et par des secousses ou vibrations très promptes, la matière subtile de tous côtés, et par conséquent à cause du plein elles la presseront jusqu'au fond de l'œil ; et le nerf optique plus comprimé qu'à l'ordinaire, et secoué par les vibrations, excitera dans l'âme une sensation de lumière ou de blancheur vive et éclatante.
Si l'on suppose en S, un corps noir, M, la matière subtile n'en étant point réfléchie vers l'œil tourné de ce côté-là, et n'ébranlant point le nerf optique, l'on verra du noir, comme lorsqu'on regarde vers le soupirail d'une cave, ou dans le trou de la prunelle d'un œil.
Si le corps M est tel que la matière subtile qu'ébranle le flambeau, soit réfléchie de ce corps vers l'œil et y produise des vibrations également promptes, ce corps paraîtra blanc, et d'autant plus blanc, qu'il y aura plus de rayons réfléchis. Il paraîtra même lumineux comme la flamme du flambeau, si le corps M étant poli, les rayons se réfléchissent tous ou une grande partie dans le même ordre, parce que l'éclat vient de la force des vibrations, et la couleur de leur promptitude. Mais si le corps M est tel que la matière subtile réfléchie excite dans l'œil des vibrations plus ou moins promptes dans certains degrés, que je ne crois pas qu'on puisse déterminer exactement, on aura quelqu'une des couleurs simples homogènes ou primitives, comme le rouge, le jaune, le bleu, etc., et l'on aura les autres couleurs composées, et mémo la blancheur qui est la plus composée de toutes, selon les divers mélanges des rayons dont les vibrations auront diverses promptitudes. Je dis que la blancheur est la plus composée de toutes parce qu'elle est composée de l'assemblage des vibrations différentes en promptitude, que produit dans la matière subtile chaque partie différente de la flamme. Comme tout est plein et infiniment comprimé, chaque rayon conserve dans toute sa longueur la même promptitude de vibration qu'a la petite partie de la flamme qui le produit.
m DE LA RtiCHEftCfiË DÈ LÀ VÉRITÉ.
El parce qlie les parties de la flàmnlè ont un mouvement varié, les rayons dos couleurs oui. nécessairement des vibrations 01 font des rétractions différentes. Mais il faudrait voir sur cela les expériences qu'on trouvera dans l'excellent ouvrage de | M. Newton.
Voilà ce que j'ai voulu dire lorsque j'ai avance dans quel- j ques-uns de mes livres, que la lumière et les couleurs ne con- |; sistaienl que dans diverses secousses 1 ou vibrations de la ma- j tière élhérée, ou que dans des vibrations3 de pression plus ou j moins promptes, que la matière subtile produisait sur la rétine.
Cette simple exposition de mon sentiment le fera peut-être paraître assez vraisemblable, du moins à ceux qui savent la j philosophie de M. Descartes, et qui ne sont pas contents de | l'explication que ce savant homme donne des couleurs. Mais j afin que l'on puisse juger plus solidement de mon opinion, il | ne suffit pas de l'avoir exposée, il faut en donner quelque I preuve.
UL Pour cela il faut remarquer d'abord :
1° Que le son ne se fait entendre que par le moyen des vi- j brations de l'air* qui ébranlent le nerf de l'oreille ; car lorsqu'on a tiré autant qu'on l'a pu, l'air de la machine pneumatique, le son ne s'y transmet plus lorsqu'il est médiocre, ou d'autant moins que l'air y est raréfié.
2° Que la différence des sons ne vient point de la force des vibrations de l'air, mais de leur promptitude plus ou moins grande, comme tout le monde sait.
3° Que quoique les impressions que les objets font sur les organes de nos sens, ne diffèrent quelquefois que du plus ou du moins, les sentiments que l'àme en reçoit diffèrent essentiellement. Il n'y a point de sensations plus opposées que le plaisir et la douleur. Cependant tel qui se gratte avec plaisir, sent de la douleur s'il se gratte un peu plus fort, parce que le plus et le moins de mouvement dans nos fibres diffère essentiellement par rapport au bien du corps, et que nos sens ne nous instruisent que de ce rapport. Il y a bien de l'apparence que le doux et l'amer qui causent des sensations si opposées,
1 2e partie de la Méthode, c. 4.
- Entretien sur la Métaphysique, 2°Entr., n. i.
ÉCLAIRCISSEMENTS
ne diffèrent souvent que du plus et du moins, car il y a des gens qui trouvent amer ce que les autres trouvent doux. Il y a des fruits qui aujourd'hui sont doux et demain seront amers ; peu de différence dans les corps les rend donc capables de causer des sensations fort opposées. En un mot, c'est que les lois de l'union de Pâme et du corps sont arbitraires, et qu'il n'y a rien dans les objets qui soit semblable aux sensations que nous en avons.
IV. Il est certain que les couleurs dépendent naturellement de l'ébranlement de l'organe de la vision. Or cet ébranlement ne peut être que fort et faible, ou que prompt et lent. Mais l'expérience apprend que le plus et le moins de la force ou de la faiblesse de l'ébranlement du nerf optique, ne change point l'espèce de la couleur, puisque le plus et le moins de jour, dont dépend le plus et le moins de cette force, ne fait point voir ordinairement les couleurs d'une espèce différente et toute opposée. Il est donc nécessaire de conclure que c'est le plus et le moins de promptitude dans les vibrations du nerf optique, ou dans les secousses des esprits qui y sont contenus, laquelle change les espèces des couleurs, et par conséquent, que la cause de ces sensations vient primitivement des vibrations plus ou moins promptes de la matière subtile qui compriment la rétine.
Ainsi il en est de la lumière et des diverses couleurs comme du son et des différents tons. La grandeur du son vient du plus et du moins de force des vibrations de l'air grossier, et la diversité des tons du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations, comme tout le monde en convient. La force ou l'éclat des couleurs vient donc aussi du plus ou du moins de force des vibrations, non de l'air, mais de la matière subtile : et les différentes espèces de couleurs du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations.
V. Comme l'air n'est comprimé que par le poids de l'atmosphère, il faut un peu de temps, afin que chaque partie d'air remue sa voisine. Ainsi le son se transmet assez lentement. Il ne lait qu'environ cent quatre-vingts toises dans le temps d'une seconde. Mais il n'en est pas de même de la lumière, parce que touies les parties de la matière éthérée se touchent, qu'elles sont très fluides, ci surtout parce qu'elles sont comprimées par
Le poids, pour ainsi dire, de tous les tourbillons qui sont euxmêmes comprimés par une force infinie qui répond à la puissauce infinie du Créateur, ou du moins par une force comme Infinie. De sorte que les vibrations de pression, ou l'action du corps lumineux, se doit communiquer de fort loin en un instant ou en très peu de temps. Et si la compression des parties qui composent notre tourbillon, était infinie, il faudrait que les vibrations de pression se fissent en un instant.
M. lluygens, dans son traité 1 de la Lumière, conclut par les éclipses des satellites de Jupiter, que la lumière se transmet environ six cent mille fois plus vite que le son. Aussi le poids ou la compression de toute la matière céleste est sans comparaison plus grande que celle que produit sur la terre le poids de l'atmosphère. Je crois avoir bien prouvé 2 ailleurs que la dureté des corps dépend de la compression de la matière subtile. Et si cela est, il faut qu'elle soit extrêmement grande, puisqu'il y a des corps si durs qu'il faut employer une très grande force pour en séparer les moindres parties. Il me paraît que le rapport du poids de l'éther à celui de l'atmosphère est beaucoup plus grand que six cent mille à un, et qu'on peut même le regarder comme infini ; car M. Cassinia observé des éclipses des satellites de Jupiter en différents éloignements de la terre, lesquelles ne s'accordent point avec la conclusion de M. Huygens.
YI. Supposons donc maintenant que toutes les parties de l'éther ou de la matière subtile et invisible de notre tourbillon soient comprimées avec une force comme infinie par ceux qui l'environnent, et que chacune de ses parties soit très fluide, et n'ait de dureté que par le mouvement de celles qui l'environnent et qui la compriment de tous côtés. Et voyons comment dans le système que je propose, il est possible que les impressions d'une infinité de rayons ou de couleurs différentes se communiquent sans se confondre. Voyons comment dix mille rayons, qui se croisent en un point physique ou sensible, transmettent par ce même point toutes leurs différentes vibrations, puisque je viens de prouver que la différence des couleurs ne peut venir
1 Pase 9.
i Recherche de la vérité, ch. dern.On verra la preuve ci-dessous. (Note de Malebranche.)
ÉCLAIRCISSEMENTS
que du plus ou du moins de promptitude de ces mêmes vibrations. Apparemment le système du monde qui peut éclaircir cette grande difficulté, sera conforme à la vérité.
Soit APEN la section d'une chambre peinte d'une infinitéde couleurs, et que même elles soient les plus tranchantes qui se puissent ; c'est-à-dire, qu'il y ait en A, du blanc proche du noir n : du bleu b, proche du rouge r ; du jaune i, proche du violet v. Si de tous ces points A, n, b, r, i, v, on tire des lignes droites qui se coupent en un point comme en Q, et qu'on place l'œil au delà comme en E, r, dy f, g, ky on verra toutes ces couleurs différentes par l'entremise du point d'intersection Q. Et comme cette ligure ne représente qu'un rang de couleurs, au lieu qu'on en doit imaginer autant qu'il y a de parties que l'œil peut distinguer dans une sphère, le point d'intersection Q, doit recevoir et transmettre un très grand nombre d'impressions différentes, sans qu'elles se détruisent les unes les autres.
VII. Si le point physique ou la petite boule Q élail un corps dur comme le suppose M. Descartes, il serait impossible que l'œil en E, vît du blanc en A, el qu'un autre œil en e vît du
m: LA RKCttfèRCHK bte LA vérité
noir en Car lorsqu'un corps est parfàiteînétit dur, si quelque partie de ce corps avance quelque peu, ou tend directement vers le nerf optique de A, par exemple, vers E, il est nécessaire que toutes les autres parties de ce même corps y tendent aussi. Donc on ne pourra pas seulement voir du noir et du blanc dans le même temps par des rayons qui se croisent en Q.
M. Descaries prétend encore que le rouge se fait par le tournoiement des petites boules, qui se communique de Tune à l'autre dans (ont le rayon depuis l'objet jusqu'à l'œil. Cette opinion est insoutenable pour bien des raisons. Mais il suffit pour la détruire de considérer (pie si la petite boule Q tourne sur l'axe PN, de r où il y a du rouge, en f où est l'œil, elle ne pourra pas tourner en môme temps sur l'axe ?•, /*, de N, où je suppose encore du rouge, en P, où je suppose un autre œil.
Au reste, quand je dis que les rayons se coupent dans la petite boule ou dans le petit tourbillon Q, je ne prétends pas que ces petits tourbillons soient exactement sphériques, ni que les rayons visibles n'aient d'épaisseur que celle d'une petite boule du second élément ou d'un petit tourbillon. Je ne détermine point quelle doit être la grosseur de ces rayons, afin qu'ils puissent suffisamment ébranler le nerf optique pour faire voir les couleurs. Mais ce que j'ai dit d'une seule boule, il faut l'entendre de mille ou d'un million, si un rayon pour être sensible doit être aussi étendu que mille ou qu'un million de boules ou de tourbillons.
VHL II n'est donc pas possible que la petite boule Q, ou ses semblables, puissent transmettre l'action de la lumière propre à faire voir toutes sortes de couleurs, supposé que ces boules soient dures. Mais si on les conçoit infiniment fluides ou molles, ainsi que l'idée simple de la matière représente tous les corps, puisque le repos n'a point de force, qu'il est indifférent à chaque partie d'un corps d'être ou de n'être pas auprès de sa voisine, et qu'elle doit s'en séparer aisément, si quelque force, c'està-dire, quelque mouvement ne la retient; car on ne conçoit point dans les corps d'autre force que leur mouvement ; si, dis-je, Ton conçoit ces boules ou très molles, ou plutôt ce que je crois véritable, comme de petits tourbillons composés 1 d'une matière
1 On en verra ci-dessous la preuve et les conséquences. (Note de Malebran-
che.)
ÉCLAIRCISSEMENTS
comme infiniment fluide et extrêmement agitée, elles seront susceptibles d'une infinité d'impressions différentes, qu'ellespourront communiquer aux autres, sur lesquelles elles appuient, et avec lesquelles elles sont infiniment comprimées. C'est ce qu'il faut tâcher d'expliquer et de prouver.
IX. Pour cela il est nécessaire de bien comprendre que la réaction qui comme faction se communique d'abord en ligne directe, est ici nécessairement égale à l'action, par cette raison essentielle à l'effet dont il est question, que notre tourbillon est comme infiniment comprimé, et que par conséquent il ne peut y avoir de vide. Si par exemple, on pousse sa canne contre un mur inébranlable, la main et la canne seront repoussées avec la même force qu'elles auront été poussées. La réaction sera égale à l'action. Or quoique les rayons ne soient pas durs comme des bâtons, il arrive la même chose à l'égard de la réaction, à cause de la compression et de la plénitude de notre tourbillon. Car si l'on suppose un tonneau plein d'eau, ou un ballon de la première figure plein d'air, et qu'y ayant adapté un tuyau l'on pousse dans ce tuyau un piston, ce piston sera autant repoussé qu'il sera poussé. Et si l'on fait de plus au milieu de ce piston un petit trou par où l'eau puisse glisser et sortir du tonneau, et que l'on pousse ce piston, toute l'eau qui en sera comprimée, tendra en même temps à cause de sa fluidité et à s'éloigner de chaque point de ce piston par l'action ; et par la réaction, elle s'approchera du trou qui est au milieu. Car si l'on poussait le piston avec assez de violence et de promptitude, le tonneau crèverait dans l'endroit le plus faible de quel côté qu'il fût, marque certaine que par l'action du piston l'eau presserait le tonneau partout; et pour peu que l'on poussât le piston, l'eau rejaillirait aussitôt par le polit trou en conséquence de la réaction. Tout cela parce que la réaction est égale â l'action dans le plein, et que l'eau ou la matière subtile est assez molle ou assez fluide, afin que chaque partie se figure ou s'arrange de manière qu'elle satisfasse â toutes sortes d'impressions.
X. Il faut remarquer (pie plus on pousse fortement le piston troué dans le tonneau, plus aussi l'eau, quoique poussée vers la surface concave du tonneau, est repoussée fortement vers le piston, et rejaillit par son ouverture avec plus de force. D'où il est facile de juger qu'un point noir sur du papier blanc doit
m DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ,
être plus visible que sur du papier bleu, parce que le blanc repoussant la lumière plus fortement (pie loutc autre couleur, non seulement il ébranle beaucoup le nerf optique, mais il est cause que La matière subtile lend par la réaction vers le point noir avec plus de force. Mais si la matière éthéréc n'était pas infiniment molle ou fluide, il est clair que les petites boules qui transmettent l'impression du blanc, étant dures, elles empêcheraient celle du noir, parce que ces boules se soutenant les unes les autres, elles ne pourraient pas tendre vers le point noir. Et si cette matière éthérée n'était pas comprimée, il n'y aurait point de réaction.
Ce que je viens de dire du blanc et du noir se doit appliquer aux autres couleurs. Mais il serait fort difficile de le faire dans le détail, et de répondre aux difficultés que bien des gens pourraient former sur ce sujet; car on peut aisément faire des objections sur des matières obscures. Mais tous ceux qui sont capables de faire des objections, ne sont pas toujours en état de comprendre tous les principes dont dépend la résolution de leurs objections. Il n'est pas impossible de concevoir comment un point sensible de matière infiniment fluide et comprimée de tous côtés reçoit en même temps un nombre comme infini d'impressions différentes, lorsqu'on prend garde à ces deux choses : 1° que la matière est divisible à l'infini, et que la plus petite sphère peut correspondre à toutes les parties d'une grande ; 2° que chaque partie tend et avance du côté qu'elle est moins pressée; et qu'ainsi tout corps mou et inégalement comprimé, reçoit tous les traits du moule, pour ainsi dire, qui l'environne, et les reçoit d'autant plus promptement, qu'il est plus fluide et plus comprimé. Je laisse donc le détail des conséquences qui suivent des principes que je viens d'expliquer par lesquelles conséquences on peut, ce me semble, ou lever, ou du moins diminuer cette difficulté étonnante, que les rayons des couleurs différentes devraient confondre leurs vibrations en se croisant. Et cette difficulté me parait telle qu'il n'y a que le vrai système de la nature de la matière subtile qui la puissse entièrement éclaircir. Quoi qu'il en soit, je crois avoir clairement prouvé que les diverses couleurs ne consistent que dans la différente promptitude des vibrations de pression de la matière subtile, comme les différents tons de la musique ne
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viennent que de la diverse promptitude des vibrations de l'air grossier, ainsi que l'apprend l'expérience, lesquelles vibrations se croisent aussi sans se détruire. Et je ne pense pas qu'on puisse rendre la raison physique de la manière dont toutes ces vibrations se communiquent, si l'on ne suit les principes que je viens de marquer.
Au reste, il ne faut pas s'imaginer que ce que j'ai dit des petites boules du second élément, que loin de croire dures, je regarde plutôt comme de petits tourbillons d'une matière fluide, doive renverser la physique de M. Descartes. Au contraire, mon sentiment peut servir à réformer et perfectionner ce qu'il y a de général dans son système. Car si mon opinion peut servir à expliquer la lumière et les couleurs, elle me parait aussi très propre à résoudre, conformément aux principes et à la méthode de ce philosophe, les questions les plus générales de la physique, comme par exemple, à expliquer la génération et les effets surprenants du feu, ainsi que je vais tâcher de le faire voir.
De la génération du feu.
XI. Comme les corps ne peuvent naturellement acquérir de mouvement, s'il ne leur est communiqué par quelques autres, il est clair que le feu ne peut s'allumer que par la communication du mouvement de la matière subtile aux corps grossiers. M. Descartes, comme l'on sait, prétend qu'il n'y a que le premier élément qui communique son mouvement au troisième, dont les corps grossiers sont composés, et qui les mette en feu. Selon lui, lorsqu'on bat le fusil, on détache avec force une petite partie du caillou. (Je croirais que c'est plutôt la partie arrachée de l'acier qui s'allume, car lorsqu'on regarde avec le microscope les étincelles de feu qu'on a ramassées, l'on voit que c'est l'acier qui a été fondu et réduit en boules, ou en petits scrpenlaux; et je n'ai point remarqué qu'il y eût de changement dans les petits éclats détachés du caillou. Mais cela ne fait rien au fond.) Cette petite partie détachée du fer pirouettant donc avec force, chasse les petites boules du second élément, et fait refluer sur elle le premier qui l'environnant de tous côtés, lui communique une partie de son mouvement
m De La recherche la vérité. *
rapide qui la fait paraître en feu. Voilà à jpeu près le senti menf de M. Descartes sur La génération du feu. On le peut voir expliqué plus au long dans la 4e partie de ses Principes, nombre Su, et dans les suivants. Mais si les petites boules sont dures, et se touchenl toules, comme il le suppose, pour expliquer les couleurs, on a de la peine à comprendre, comment 1 o premier élément pourrait refluer vers la partie détachée du 1er, el cela avec assez d'abondance pour l'environner et la mettre en feu, non seulement elle, mais toute la poudre d'un canon ou d'une mine, dont les effets sont si violents. Car le premier élément qui peut refluer, ne peut être au plus qu'une portion très petite de la matière subtile, qui remplit les petits espaces triangulaires et concaves, que les boules qui se touchenl déjà laissent entre elles : mais de plus la force qui ferait refluer le premier élément en pressant le second, n'est pas assez grande, comme il est facile de le prouver. Voici donc comme j'explique la génération du feu et ses effets violents, dans la supposition que les petites boules du second élément ne sont en effet que des petits tourbillons d'une matière fluide et très agitée.
XII. Mais il faut remarquer d'abord que, bien que l'air ne soit point nécessaire pour exciter quelque petite étincelle de feu, cependant, faute d'air, le feu s'éteint aussitôt, et ne peut se communiquer même à la poudre à canon, quoique fort facile à s'enflammer. Lorsqu'on débande un pistolet bien amorcé dans la machine du vide, l'expérience apprend que faute d'air l'amorce ne prend point feu, et qu'il est même très difficile d'en remarquer quelque étincelle. Enfin tout le monde sait que le feu s'éteint taule d'air, et qu'on l'allume en soufflant. Cela supposé, voici comme j'explique la génération du feu, et son effet prompt dans les mines.
Si l'on bat le fusil dans le vide, l'on arrache par la force du coup, une petite partie du fer ou de l'acier. Cette petite partie pirouettant, et frappant promptement sur quelques petits tourbillons du second élément, qui se contre-balancent tous nécessairement les uns les autres, rompt aisément leur équilibre; car il ne faut pour le rompre que très peu de force, et il détermine par conséquent leurs parties à l'environner, et ensuite à l'agiter et la mettre en feu. Mais la matière de ces tourbillons qu'on ne saurait imaginer trop agitée, après avoir
ÉCLAIRCISSEMENTS
eu en un instant quantité de mouvements irréguliers, se remet promptement en partie en de nouveaux tourbillons, à cause de la résistance qu'elle trouve à son mouvement, et en partie s'échappe dans les intervalles des tourbillons environnants, lesquels intervalles deviennent plus grands, lorsque ces tourbillons s'approchent de la partie détachée du 1er, et ces derniers tourbillons ne sont rompus, à cause que la partie du fer arrondie, ou à peu près cylindrique, tournant sur son centre, ou sur sa longueur, ne choque plus les tourbillons environnants d'une manière propre à les rompre. Tout cela se fait, comme en un instant, lorsque le fer et le caillou se choquent dans un endroit vide d'air, et l'étincelle alors n'est presque pas visible, et ne dure pas.
XIII « Mais lorsqu'on bat le fusil en plein air, la partie arrachée du fer, en pirouéttant fortement, rencontre et ébranle non seulement quelques petits tourbillons, mais beaucoup de parties d'air qui étant branchues rencontrent, et rompent par conséquent par leur mouvement beaucoup plus de tourbillons (pie la petite partie seule du fer. De sorte que la matière subtile de ces tourbillons venant à environner le fer et l'air, elle leur donne assez de divers mouvements pour repousser fortement les autres tourbillons , et exciter en nous un sentiment vif de lumière. Ainsi les étincelles doivent être bien plus éclatantes dans l'air que dans le vide; elles doivent aussi durer plus de temps, et avoir assez de force pour allumer la poudre à canon. Et cette poudre ne peut manquer de matière subtile qui la mette en feu ou en mouvement, quelque quantité de poudre qu'il y ait ; puisque ce n'est pas seulement la matière du premier élément, comme Ta cru M. Descartes, mais beaucoup plus celle du second, ou des petits tourbillons rompus, qui produit le mouvement extraordinaire du feu dans les mines. Si l'on fait réflexion sur ce qui arrive au feu lorsqu'on le souille, c'est-à-dire lorsqu'on pousse contre lui beaucoup d'air, on ne doutera pas que les parties de l'air ne soient très propres à rompre quantité de tourbillons du second élément, et par conséquent à déterminer la matière subtile à communiquer au feu une partie de son mouvement. Car ce n'est (pie de Cette matière dont le feu peut tirer sa force ou son mouvement, puisqu'il ('si certain qu'un corps ne peu!
se mouvoir que par l'action de ceux qui l'environnent ou qui le choquent. Les effets prodigieux dos grands miroirs ardenls prouvenl assez que la matière subtile est la véritable cause du feu. Les rayons de; lumière se croisant au foyer de ces miroirs, les petits tourbillons de la matière éthérée dont ces rayons sont composés, doivent changer leur mouvement circulaire en divers sons, et tendre à se mouvoir tous dans le même sens, c'est-à-dire selon Taxe du cône de lumière réfléchie, et percer et ébranler ainsi les parties du corps qu'ils rencontrent