‹ De la recherché de la vérité (volume 3)Chapitre 4 sur 108 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

et s'il en rencontre quelqu'un, il se préoccupera d'abord qu'il est semblable à celui qu'il a déjà vu, et il se laissera aller à quelque affection ou quelque aversion secrète. En un mot, il jugera de tous les particuliers de celte nation par cette belle preuve qu'il en a vu un ou plusieurs qui avaient de certaines qualités d'esprit. » Un religieux d'un certain ordre a-t-il com mis une faute, cela suffit pour condamner indifféremment tous les particuliers du même ordre. D'autres moralistes ont fait sans doute des observations de ce genre, mais sans les rattacher, comme Malebranche, à ce principe général, qu'on saisit mieux les ressemblances, et qu'il est plus facile de s'y tenir que de découvrir des différences qui nous échappent à une première vue ; ainsi se montre le philosophe à côté du moraliste.

Voilà bien des causes d'erreurs, et en nombre presque infini ; comment notre pauvre entendement s'y prendra-t-il pour ne se laisser tromper ni par les unes ni par les autres? Voici la réponse de Malebranche : « Si les hommes, dans l'état même* où ils sont de faiblesse et de corruption, faisaient toujours bon usage de leur liberté, ils ne se tromperaient jamais. Et c'est pour cela que tout homme qui tombe dans l'erreur est blâmé avec justice et mérite d'être puni, car il suffît pour ne se point tromper de ne juger que de ce qu'on voit et de ne faire jamais des jugements entiers que des choses qu'on est assuré d'avoir examiné dans toutes leurs parties, ce que les hommes peuvent faire *. » Sans nier que, d'une manière absolue, il dépende de nous d'éviter l'erreur en suspendant notre jugement, en ne cédant qu'à une évidence irrésistible, nous croyons que l'erreur peut se rencontrer avec la bonne foi et la bonne volonté, et si elle méritait toujours d'être punie, ou donc serait celui qui ne serait digne de quelque châtiment ? Est-ce notre faute si nous sommes des êtres limités et imparfaits ?

Tels sont les illusions des sens, les visions de l'imagina! ion, les entraînements du cœur, les abstractions de l'entendement qui nous cachent la vérité ou ne nous la laissent apparaître que teinte, comme dit Malebranche, des fausses couleurs de la concupiscence. Indiquer le mal c'est donner en même temps le remède. Néanmoins, Malebranche a consacré le dernier livre

1 Recherche, liv. 3, chap. 9.

INTRODUCTION

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