‹ De la recherche de la véritéChapitre 13 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Du changement des esprits causé par les nerfs qui vont au cœur et aux poumons. — IL De ceiui qui est causé par les nerfs qui vont au foie, à la rate et dans les viscères. — III. Que tout cela se fait contre notre volonté, mais que cela ne se peut faire sans une providence.

Nous avons dans toutes nos passions des expériences fort sensibles de ces différents degrés de chaleur de notre cœur. Nous Fy sentons manifestement diminuer et s'augmenter quelquefois tout d'un coup ; et comme nous jugeons faussement que nos sensations sont dans les parties de notre corps à l'occasion desquelles elles s'excitent en notre âme, ainsi qu'il a été expliqué dans le premier livre, presque tous les philosophes se sont imaginé que le cœur était le siège principal des passions de l'âme ; et c'est même encore aujourd'hui l'opinion la plus commune.

Or il faut bien remarquer que tout cela ne se fait que par machine, je veux dire que tous les différents mouve> ments de ces nerfs dans toutes les passions différentes n'arrivent point par le commandement de la volonté, mais se font au contraire sans ses ordres, et même contre ses ordres; de sorte qu'un corps sans âme, disposé comme celui d'un homme sain, serait capable de tous les mouvements qui accompagnent nos passions. Ainsi les bêtes mêmes en peuvent avoir de semblables quand elles ne seraient que de pures machines.

ii RECHBRGHË DE LA VÉRITË.

Mais si Ton examine les raisons et la fin de toutes ces ■choses, on y trouvera tgint d'ordre, et de sagesse, qu'une attention un peu sérieuse sera capable de convaincre les personnes les plus attachées à Épicure et à Lucrèce qu'il y a une providence qui régit le monde. Quand je vois une montre, j'ai raison de conclure qu'il y a une intelligence, puisqu'il est impossible que le hasard ait pu produire et arranger toutes ses roues. Comment donc serait-il possible <\ue le hasard et la rencontre des atomes fût capable d'arranger dans tous les hommes et dans tous les animaux tant de ressorts divers, avec la justesse et la proportion que je viens d'expliquer, et que les hommes et les animaux ■en engendrassent d'autres qui leur fussent tout à fait semblables ? Ainsi il est ridicule de penser ou de dire, comme Lucrèce, que le hasard a formé toutes les parties qui composent l'homme, que les yeux n'ont point été faits pour voir, mais qu'on s'est avisé de voir parce qu'on avait des yeux, et ainsi des autres parties du corps. Voici ses paroles :

Lumina ne facias oculorum clara creata

Prospicere ut possiinus, et, ut profeiTe via!

Proceros passus, ideo fasligia posse

Surarum ac fcminum pedibus fundata plicari :

Brachia tura porro validis ex apta lacertis

Esse, manusquo datas utraque ex parte ministras,

Ut facere ad vitam possimus, qusB foret usus.

Caitera de génère hoc intor quaecuroque pretantur

Omnia perversa prspostera sunt ratione.

Nil ideo natum est in nostro corpore ut uti

Possimus ; sed quod natum est, id procréât usum '•

Ne faut-il pas avoir une étrange aversion d'une providence pour s'aveugler ainsi volontairement de peur de la reconnaître, et pour tâcher de se rendre insensible à des

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