‹ De la recherche de la véritéChapitre 18 sur 46 · Ces deux facultés (les sens · texte numérisé non relu

Ces deux facultés (les sens

et l'imagination) ne différent entre elles que de plus ou de moins, a dit Malebranche en commençant.

Si

vant de rimaginatioii et sur le peu qu'on vient de dire de la mémoire, et si l'on est délivré de ce préjugé : que notre cerveau est trop petit pour conserver des vestiges et des impressions en fort grand nombre, on aura le plaisir de découvrir la cause de tous ces effets surprenants de la mémoire, dont parle saint Augustin avec tant d'admiration dans le dixième livre de ses Confessions*, Et l'on ne veut pas expliquer ces choses plus au long, parce que l'on croit qu'il est plus à propos que chacun se les explique à soimême par quelque effort d'esprit, à cause que les choses qu'on découvre par cette voie sont toujours plus agréables et font davantage d'impression sur nous que celles qu'on apprend des autres.

IV. Pour l'explication des habitudes^ il est nécessaire de savoir la manière dont on a sujet de penser que l'âme remue les parties du corps auquel elle est unie. La voici. Selon toutes les apparences du monde, il y a toujours dans quelques endroits du cerveau, quels qu'ils soient, un assez grand nombre d'esprits animaux très agités par la chaleur du cœur d'où ils sont sortis, et tout prêts de couler dans les lieux où ils trouvent le passage ouvert. Tous les nerfs

1. «... Ce ne sont pas là les seuls objets que puisse contenir l'immense capacité de la mémoire.

J'y peux retrouver encore toutes les connaissances que j'ai acquises dans les sciences et que j'ai oubliées : mais elles sont retirées dans un lieu plus secret, ou même elles ne sont en aucun lieu; et ce ne sont pas de simples images,, mais les choses elles-mêmes que je porte en moi.... La mémoire

contient encore tous les rapports des nombres et des dimensions et leurs innombrables combinaisons, qui n'ont jamais pu faire impression sur les sens. Sans doute les mots qui les expriment ne sont que des sens, mais ces mots ne sont pas les choses elles-mêmes:

car ces mots sont autres en grec et latin, tandis que ces véi ités ne sont ni grecques ni latines. »

Confemonsy liv. X; ch. 9 et 12.

aboutissent au réservoir de ces esprits, et Tâme a le pouvoir* de déterminer leur mouvement et de les conduire par ces nerfs dans tous les muscles du corps. Ces esprits y étant entrés, ils les enflent et par conséquent ils les raccourcissent. Ainsi ils remuent les parties auxqueUes ces muscles sont attachés.

On n'aura pas de peine à se persuader que Tâme remue le corps de la manière qu'on vient d'expliquer, si on prend garde que, lorsqu'on a été longtemps sans manger, on a beau vouloir donner de certains mouvements à son corps, on n'en peut venir à bout, et même l'on a quelque peine à se soutenir sur ses pieds. Mais si on trouve moyen de faire couler dans son cœur quelque chose de fort spiritueux, comme du vin ou quelque autre pareille nourriture, on sent aussitôt que le corps obéit avec beaucoup plus de facilité, et l'on se remue en toutes les manières qu'on souhaite. Car cette seule expérience fail, ce me semble, assez voir que l'âme ne pouvait donner de mouvement à son corps faute d'esprits animaux, et que c'est par leur moyen qu'elle a recouvré son empire sur lui.

Or les enflures des muscles sont si visibles et si sensibles dans les agitations de nos bras et de toutes les parties de notre corps, et il est si raisonnable de croire que ces muscles ne se peuvent enfler, que parce qu'il y entre quelque corps, de même qu*un ballon ne peut se grossir ni s'enfler, que parce qu'il y entre de l'air ou autre chose, qu'il semble qu'on ne puisse douter que les esprits animaux ne soient poussés du cerveau par les nerfs jusque dans les muscles pour les enfler et pour y produire tous les mouvements que nous souhaitons. Car, un muscle étant plein, il est nécessaire-

1. J'expliquerai ailleura en quoi consiste ce pouvoir. (Note de Malebranche,)

ment plus court que S'il était vide; ainsi il tire et remue la partie à' laquelle il est attaché, comme on le peut' voir expliqué plus au long dans les livres des Passions et de Y Homme de H. Descartes ^ On ne donne pas cependant cette explication comme parfaitement démontrée dans toutes ses parties. Pour la rendre entièrement évidente, il y a encore plusieurs choses à désirer, desquelles il est presque impossible de s'éclaircir. Mais il est aussi assez inutile de les savoir pour notre sujet; car, que cette explication soit vraie ou fausse, elle ne laisse pas d'étrC' également utile pour faire connaître la nature des habitudes; parce que, si Tâme ne remue point le corps de cette manière, elle le remue nécessairement de quelque autre qui est assez semblable, pour en tirer les conséquences que nous en tirons.

Mais, afin de suivre notre explication, il faut remarquer que les esprits ne trouvent pas toujours, les chemins, par où ils doivent passer, assez ouverts et assez libres ; et que cela fait, que nous avons, par exemple, de la difficulté à remuer les doigts avec la vitesse qui est nécessaire pour, jouer des. instruments de musique, ou les muscles qui servent à la prononciation, pour prononcer les mots, d'une langue étrangère ; mais que peu à peu les esprits animaux, par leur cours continuel,, ouvrent et aplanissent ces chemins, en sorte qu'avec. le. temps, ils nfy trouvent plus de résistance. Or c'est dans. cette facilité que les esprits animaux, ont de passer dans les membres, de notre, corps, que consisitent les habittides.

li.»... La> seule cause de- tous les mouvements des membres est que quelques musclas s'accourcissent et que leurs opposés s'allongent, ainsi qu'il, a. déjà été dit; et la seule cause qui lait

qu'un muscle. s*accourcit plutôt que son opposé est qu'il vient, tant soit peu plus.d!esprits.du cerveau vers lui que vers l'autre.... »- Les passiont de rdme,. première partie, ar.t. ,zi

RECBERCHE DE U .VÉRÏTË.

s facile, 3«lon eelte explication, de réBOudre

i de questions qui regardent les habitudes;

exemple, pourquoi les enfants sont plus capamr de nouvelles habitudes que les personnes

pourquoi il est très difficile de perdre de tudes; pourquoi les hommes,. à force de parler, ine si grande facilité A cela, qu'ils prononcent !s avec une vitesse incroyable, et ménie sans y me il n'arrive que trop souvent è ceux qui disent

qu'ils ont accoutumé de faire depuis plusieurs pendant, pour prononcer un seul mot, il faut > un certain temps, et dans un certain ordre, uscles a la fois, comme ceux de la langue, des isier et du diaphragme. Vais on pourra avec un lifation se satisfaire sur ces questions et sun itres très curieuses et assez utiles, et il n'est re de s'y arrêter.

ibie, par ce que l'on vient de dire, qu'il ; a e rapport entre la mémoire et les habitude*, et ;ns la mémoire peut pas:;er pour une espèce . Car, de même que les habitudes corporelles lans la facilité que les esprits ont acquise de »rtains endroits de notre corps, ainsi la raéste dans les traces que les mêmes esprits ont ans le cerveau, lesquelles sont cause de la faciis avons de nous souvenir des choses. De sorte

avait point de perceptions attachées aux cours

animaux, ni à ces traces, il n'y aurait au-

e ecclisiaEtique, m lilleu ds louteices iienlinquu. .

cune différence entre la mémoire et les autres habitudes' . Il n*est pas aussi plus difficile de concevoir que les bétes, quoique sans âme et incapables d'aucune perception, se souviennent en leur manière des choses qui ont fait impression dans leur cerveau, que de concevoir qu'elles soient capables d'acquérir différentes habitudes. Et après ce que je viens de dire des habitudes, je ne vois pas qu'il y ait beaucoup plus de difficulté à se représenter comment les membres de leurs corps acquièrent peu à peu différentes habitudes, qu'à concevoir comment une machine nouvellement faite ne joue pas si facilement que lorsqu'on en a fait quelque usage.

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