‹ De la recherche de la véritéChapitre 23 sur 46 · Voir plus haut. Seconde partie^ F, it · texte numérisé non relu

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GHE DE LÀ VÉRITÉ, laire aux inventeurs des systèmes, rauts.

le coitiprendrè comment il se peut i ont de l'esprit aimeDt mieux se :res dans la recherche de la Térîtév mr a donné. Il j a sans doute inflt plus d'honneur à se conduire par lar ceux des autres; et un homme s'avisa jamais de se les Ibrmer ou l'espérance d'avoir un conducteur ejui, tlttUut in tenebrii ambutal'.

■t'il dans les ténèbres î C'est qu'il .X d'autrui, et que ne voir que de rement parler, c'est ne rien voir.

l'usage des yeux ce que l'esprit est jue l'esprit, est infiniment au-dessus prit est accompagné de salis Factions le contentent bien autrement que .

s ne contentent la vue. Les boromeft lurs de leurs yeux pour se conduire, que jamais de leur esprit pour d^

s causes qui contribuent à ce rennièremenl, la paresse naturelle des

il pas se doimer la peine de më-

tcilé de méditer, dans laquelle on itre pas appliqué dès la jeunesse, ïrToau étaient capables de toutes

En troisième lieu, le peu d'amour qu'on a pour les vérités abstraites, qui font le rondement de tout ce que l'on peut connaître ici-bas.

En quatrième lieu, la satisfaction qu'on reçoit dans la connaissance des yraisemblances, qui sont fort agréables et fort touchantes^ parce qu'elles sont appuyées sur les notions sensibles.

En cinquième lieu, la sotte vanité qui nous fait souhaiter d'être estimés savants * ; car on appelle savants ceux qui ont le plus de lecture. La connaissance des opinions est bien plus d'usage pour la conversation et pour étourdir les esprits du commun, que la connaissance de la véritable philosophie qu'on apprend en méditant.

En sixième lieu, parce qu*on s'imagine sans raison que les anciens ont été plus éclairés que nous ne pouvons Têfre, et qu'il n'y a rien à faire où ils n'ont pas réussi.

En septième lieu, parce qu'un respect mêlé d'une sotte curiosité fait qu'on admire davantage les choses les plus éloignées de nous, les choses les plus vieilles, celles qui viennent de plus loin, ou de pays plus inconnus, et même les livres les plus obscurs. Ainsi on estimait autrefois iléracUte pour son obscurité*. On recherche les médailles anciennes, quoique rongées de la rouille, et on garde avec grand soin la lanterne et la pantoufle de quelque ancien quoique mangées de vers : leur antiquité fait leur prix. Des gens s'appliquent à la lecture des rabbins, parce qu'ils ont .H;rit dans une langue étrangère, très corrompue et très obscure. On estime davantage les opinions \ês plus vieilles, parce qu'elles sont les plus éloignées de nous. Et sans

1. Voyez sur ce même sujet la Préface de la Recherche^ et Re^ cherche, IV, ii, m, et YI, Premi partie, m.

t. Les écrivains grecs l'appeaient 6 «ncoTuvi;, l'obscur. Lucrèce dit de lui : « Clarus ob oi>- €ur m linguam ». 1, 640.

EltCIIB DE LA VËRlTfc.

vnit écrit l'iiistoire de son règne, toute [)e et même toules les autres sciences , de même que quelques-uns troUTenl avaient une connaissance parfaite de >cler l'antiquité, dit-on; quoi ! Aristote.

grands hommes se seraient trompés !

qu'Aristote, Platon, Ëpicure étaient i et de même espèce que nous; et de i nous sommes, le monde est plus Agé qu'il a plus d'expérience', qu'il doit

que c'est la Tieillesse du monde et découvrir la vérité', arce que, lorsqu'on estime une opiauleur du temps, il semble que leur . à cause qu'elle en est trop proche; m de pareil de l'honneur qu'on rend

parce que la vérilé et la nouveauté ne er ensemble dans les choses de la Toi.

'oulaiit pas faire de discernement entre idenl de In raison et celles qui dcpenne considèrent pas qu'on doit les ap-

irihuamus propter anlïquila-

idi. lam cnim Mnïor e>l lusquam tune, majoranique

lel. Vil de fle«cor(«,B, 10.

icon, Joi-dano Bruno avïtent diveiofpi le mémi; «rgunienl.

prendre d'une manière toute différente ^ Us confondent la nouTeauté avec Terreur, et l'antiquité avec la vérité. Luther, Calvin et les autres ont innové, et ils ont erré ; donc Galilée, Harvey, Descartes se trompent dans ce qu'ils disent de nouveau. L'impanation* de Luther est nouvelle, et elle est fausse; donc la circulation d'Harvey est fausse, puisqu'elle est nouvelle. C'est pour cela aussi qu'ils appellent indifféremment du nom odieux de novateur les hérétiques» et les nouveaux philosophes. Les idées et les mots de véniê et d'antiquité, de fausseté et de nouveauté ont été liés les* uns avec les autres; c^en est fait, le commun des hommes ne les sépare plus, et les gens d'esprit sentent même quelque peine à les bien séparer'.

En dixième lieu, parce qu'on est -dans un temps auquel la science des opinions anciennes est encore en vogue, et qu'il n'y a que ceux qui font usage de leur esprit qui puissent par la force de leur raison se mettre au-dessus des méchantes coutumes. Quand on est dans la presse et dans Il foule, il est difficile de ne pas céder au torrent qui nous emporte*.

En dernier lieu, parce que les hommes n'agissent que par intérêt ; et c'est ce qui fait que ceux même qui se détrompent et qui reconnaissent la vanité de ces sortes d'études, ne laissent pas de s'y appliquer, parce que les honneurs, les dignités et même les bénéfices y sont atla-

1. La même distinction des vérités de foi et des vérilusde raison, et des méthodes par lesquelles il convient de les poursuivre, est faite, et maintenue plus fermement même par Descartes et par Pascal.

2. Pour Luther, Jésus-Christ descend dans le pain (tmpanalion), et coexiste avec le pain,

sans qu'il y ait transsubstantiation.

3. Les psychologues modernes diraient qu'il s'est formé entre ces mots et ces idées uue association inséparable,

i. La même idée est développée par Sénéque dans les premiér.es lignes du'Trat^^ de la vie hau; reuse.

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chés, que ceux qui y exceHent les ont toujours plutôt que ceux qui les ignorent.

Toutes ces raisons font, ce me semble, assez comprendre pourquoi les hommes suivent aveuglément les opinions anciennes comme vraies, et pourquoi ils rejettent sans discernement toutes les nouvelles comme fausses ; enfin, pourquoi ils ne font point, ou presque point d'usage de leur esprit. Il y a sans doute encore un fort grand nombre d'autres raisons plus particulières qui contribuent à cela; mais si Von considère avec attention celles que nous avons rapportées, on n'aura pas sujet d'être surpris de voir Tentôtement de certaines gens pour Tautorité des anciens.

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