Entretiens sur la métaphysique, X
Tiii INTRODUCTION
ouvrages et dans Thistoire des luttes qull eut à soutenir pour défendre ses opinions. Après . plusieurs années consacrées à l'étude de la philosophie de Descartes et à la réflexion, Malsbranche enti*eprit d'écrire la Rechet'che de la vérité^ et mit cinq ans à préparer les trois premiers livres, qui parurent en 1674. L'intervention de l'abbé d'Âligre, ami de l'auteur, avait été nécessaire pour obtenir le privilège d'approbation, qu'un docteur en Sorbonne, examinateur désigné, avait d'abord refusé. Le succès fut grand. L'ouvrage fut traduit en plusieurs langues, et l'assemblée de l'Oratoire vota à Malebranche de publics remerciements. La fin de la Recherche parut en 1675. Des éclaircissements et des réponses devaient encore y être ajoutés.
Le duc de Chevreuse, qui admirait surtout dans le livre de Malebranche le sens chrétien de cette philosophie nouvelle, pria l'auteur de détacher et de publier ce qui devait le plus servir à l'édification des âmes. Malebranche répondit à ce désir dans les Conversations chrétiennes^ parues en 1677, sans nom d'auteur, et qui furent pendant longtemps attribuées à l'abbé Cordemoy. — De la même année 1677 sont aussi les Méditations sur Vhumilité et la pénitence.
Cependant le grand Arnauld trouva que Malebranche, dans ces écrits, accordait trop à la raison. Une entrevue fut ménagée avec force diplomatie entre les deux illustres adversaires, chez le marquis de Roussy, en présence de Quesnel et du comte de Tréville. Âpres une discussion assez vive, on se sépara en se promettant de continuer la controverse par écrit. C'était, dit Fontenelle, se promettre la guerre. Cela se passait en 1679, et la guerre ne devait finir , qu'à la mort d'Arnauld, en 1694. c M. Arnauld, dit le P. André, était un grand homme, mais il eût été plus grand encore s*il eût été plus modéré. » Il alla jusqu'à solliciter et obtenir contre Malebranche un jugement de la congrégation de l'Index. De son côté, Malebranche semble avoir manqué de souplesse dans la controverse, tout entier à ses idées et refusant d'entrer dans celles d'autrui. On vit donc, dit Bayle, c deux grands philosophes se quereller à la façon des petits auteurs. »
INTRODUCTION. ix
Auinoisd*aoûtl679tMalebranche publia son Traité de la nature et de la grâce. Mais alors ce ne fut plus Arnauld seulement qu*il eut à combattre, ce fut encore Bossuet, qui écrivit sur la couverture du livre, qu'on lui avait communiqué, ce simple jugement : Fulchra, nova^ falsa, Malebranche se refusa longtemps à une entrevue avec ce nouveau et redoutable champion Et, quand elle eut lieu, il eût pu regretter de ne s'y être pas refusé plus longtemps. Cependant la haute estime de Bossuet pour Malebranche lui Ût ménager ses coups et l'amena à chercher toutes les occasions d'une entente ; de son côté Malebranche, dont on avait invoqué l'opinion en faveur de la doctrine du pur amour* protesta dans un petit écrit, dont Bossuet fut tellement satisfait qu'il alla visiter et remercier l'humble oratorien;
Au milieu de ces polémiques, Malebranche écrivit les huit premières Méditations chrétiennes j augmentées de douze autres en 1682. En 1684, il composa un Traité de morale^ qui fit dire à Fontenelle : c On est surpris et peut-être fâché de se voir conduit par la seule philosophie aux plus rigoureuses obligations du christianisme ; on croit communément pouvoir être philosophe à meilleur marché. » En 1688 paraissaient, encore sous la forme du dialogue, les Entretiens sur la métaphysiqe. Enfin les derniers ouvrages de Malebranche furent son Entretien entre un philosophé chrétien et un philosophe chinois, 1708, — écrit destiné à un missionnaire qui s'était servi avec succès de la philosophie de Malebranche pour convertir des Chinois, — et les Réflexions mr la prémotion physique, 1715.
Dans l'intervalle de ces publications et de ces grandes polémiques, Malebranche avait eu à lutter encore contre le bénédictin Dom Lamy, contre le cartésien Régis, contre le P. Tournemine, jésuite, et contre M. Boursier. Au sein même de son ordre, on s'en prenait sinon à lui, du moins à ses amis, c Je vous avoue, écrivait-il en 1684, que l'opposition que je trouve à la vérité me dégoûte fort d'écrire, et qu'il y a longtemps que je désire le repos et la pratique de la vertu. »
De solides amitiés lut étaient un refuge contre ces ennuis et ces persécutions. Parmi les amis de Malebranche il faut citer
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