‹ De la recherche de la véritéChapitre 33 sur 46 · I Ép. de S. Jean, ch. uk, ,(^o<e de Malebranche · texte numérisé non relu

I Ép. de S. Jean, ch. uk, ,(^o<e de Malebranche

ItEGEIIfnCItE DE U VËRITË.

nous prdpose, et qu'elle s'accomplira en nous, non, e disait le menteur et l'orgueilleux tentateur, en sant à Dieu, mais en suivant exactement ses ordres. BOnde raison qui fait qu'on regarde coinmu fous assurent qu'ils sont devenus coqs ou rois, et qu'on la m£me pensée de ceui qui assurent que peri les peut blesser, parce qu'ils sont au-dessus de la c'est qu'il est visible que les hypocondriaques se t, et qu'il ne faut qu'ouvrir les yeux pour avoir ives sensibles de leur égarement. Hais, lorsque sure que ceux qui l'ont Trappe ne l'ont point blessi'. st-dessus de toutes les injures qu'on lui peut faire, 'e, ou il peut l'assurer avec tant de llerlé et de grain ne peut reconnaître s'il est elTectivement lelau qu'il parait être au dehors. On est même porté à le son âme n'est point ébranlée, à cause que son meure immobile, parce que l'air extérieur de notre L une marque naturelle de ce qui se passe dans le notre Ame. Ainsi, quand un hardi menteur ment uiutup d'assurance, il Tait souvent croire les choses incroyables; parce que celte assurance avec laparle est une preuve qui touche les sens, el qui èquent est très Torte et très persuasive pour la pluhommes. U ï a donc peu de personnes qui rôles stoiciens comme des visionnaires ou comme de lenteurs, parce qu'on n'a pas de preuve sensible li se paiise dans le fond de leur cœur, et que l'air de ge est une preuve sensible qui impose facilement, * le la vanité nous porte â croire que l'esprit deest capable de cette grandeur et de cette indépenmt ils se vantent.

Mla fait voir qu'il j a peu : d'erreurs plus dange- ; qui se communiquent aussi facilement que celles

dont les livres de Sénèque sont remplis, parce que ces erreurs sont délicates, proportionnées à la vanité de rhomme, et semblables à celle dans laquelle le démon engagea nos premiers parents. Elles sent revêtues, dans ces livres^ d'ornements pompeux et magnifiques, qui leur ouvrent le passage dans la. plupart des esprits. Elles y entrent, elles s'en emparent, elles les étourdissent et les aveuglent. Mais elles les aveuglent d'un aveuglement su- . perbe, d'un aveuglement éblouissant, d'un aveuglement accompagné de lueurs, et non pas d'un aveuglement humiliant et plein de ténèbres, qui fait sentir qu'on est aveugle, et qu'il le fait reconnaître aux autres. Quand on est frappé de cet aveuglement d'orgueil, on se met au nombre des beaux esprits et des esprits forts. Les autres même nous y mettent et nous admirent. Ainsi il n'y a rien de plus conta-* gieux que cet aveuglement, parce que la vanité et la sensibilité des hommes, la corruption de leurs sens et de leurs passions les dispose à rechercher d'en être frappés, et les excite à en frapper les autres.

Je ne crois donc pas qu'on puisse trouver d'auteur plus propre que Sénéque pour faire connaître quelle est la con- Ingion d'une inOnilé de gens qu'on appelle beaux esprits et esprits forts, et comment les imaginations fortes et vigou« reuses dominent les esprits faibles et peu éclairés, non par la force ni l'évidence des raisons, qui sont des productions <le l'esprit, mais par le tour et la manière vive de l'expression, qui dépend de la force de l'imagination. Je sais bien ^que cet auteur a beaucoup d'estime dans le monde, et qu*on prendra pour une espèce de témérité de ce que j'en parle comme d'un homme fort imagiaatif et peu judicieux. Mais c'est principalement à cause de cette estime que j'ai entre- ' pris d'en parler, non par une espèce d'envie ou' par |iùxnèur, , mais parce que l'estime qu'on fait de lui toucher»- davan-!^'

tage les esprits et leur fera faire attention aux erreurs que j'ai combattues. 11 faut, autant qu*on peut, apporter des exemples illustres des choses qu'on dit, lorsqu'elles sont de conséquence, et c'est quelquefois faire honneur à- un. livre que de le critiquer. Mais enOn je ne suis pas le seul qui trouve à redire dans les écrits. de Sénèque; car, sans parler de quelques illustres de ce siècle, il y a près de seize ceats ans qu'un auteur très judicieux a remarqué qu'il y avait peu * d'exactitude dans sa philosophie *, peu de discernement et de justesse dans son élocution ', et que sa réputation était plutôt l'effet d'une ferveur et d'une inchnation indiscrète de jeunes gens, que d'un consentement de personnes savantes et bien sensées.

11 est inutile de combattre par des écrits publics des erreurs grossières, parce qu'elles ne sont point contagieuses. 11 est ridicule d'avertir les hommes que les hypocondriaques se trompent ; ils le savent assez. Mais, si ceux dont ils font beaucoup d'estime se trompent, il est toujours utile de les en avertir, de peur qu'ils ne suivent leurs erreurs. Or il est visible que l'esprit de Sénèque est un esprit d'orgueil et de vanité. Ainsi, puisque l'orgueil, selon l'Écriture, est la source du péché, a initium peccati superbia >, l'esprit de Sénèque ne peut être l'esprit de l'Évangile, ni sa morale s'allier avec la morale de Jésus-Christ, laquelle seule est solide et véritable.

Il est vi*ai que toutes les pensées de Sénèque ne sont pas fausses ni dangereuses. Cet auteur se peut lire avec profit par' ceux qui ont l'esprit juste et qui savent le fond de la

1. c In philosophia parum dtligcAs. »'{Note âe. ÈlaleUranche.) 3.. « Vollçs (Mim- suo ingenio

3. « Si aliqua contempsisset, etc., consensu potius eruditoram quain puerorum ainorc compro-

dixisse a.lièno jjudicio. » {Note de baretur. » Quintilien, I.X, ch. i. Uîntéin^dncHe^i ^- ■ , (Tv^/^ de Malebrariche.)

morale chrétienne. De grands hommes s'en sont servis utilement, et je n*ai garde de condamner ceux qui, pour s'accommoder à la faiblesse des autres hommes qui avaient trop d'estime pour lui, ont tiré des ouvrages de cet auteur des preuves pour défendre la morale de Jésus-Christ et pour combattre ainsi les ennemis de TËvangile par leurs propres armes.

Il y a de bonnes choses dans l'Alcoran*, et Ton trouve des prophéties véritables dans les Centuries de Nostradamus*: on se sert de l'Alcoran pour combattre la religion des Turcs, et l'on peut se servir des prophéties de Nostradamus pour convaincre quelques esprits bizarres et visionnaires. Mais ce qu'il y a de bon dans l'Alcoran ne fait pas que l'Alcoran soit un bon livre, et quelques véritables explications des Centuries de Noslradamus ne feront jamais passer Nostradamus pour un prophète ; et l'on ne peut pas dire que ceux qui se servent de ces auteurs les approuvent, ou qu*ils aient pour eux une estime véritable.

On ne doit pas prétendre combattre ce que j'ai avancé de Sénèque, en rapportant un grand nombre de passages de cet auteur, qui ne contiennent que des vérités solides et conformes à l'Évangile : je tombe d'accord qu'il y en a, mais il y en a aussi dans l'Alcoran et dans les autres méchants livres. On aurait tort de même de m'accabler de l'autorité d'une infinité de gens qui se sont servis de Sénèque, parce qu'on peut quelquefois se servir d'un Uvre que l'on croit impertinent, pourvu que ceux h qui l'on parle n'en portent pas le même jugement que nous.

Pour ruiner toute la sagesse des stoïques, il ne faut

1. Coran, Alcoran^ c'est-à-dire le livrCf livre sacré des musulmans, composé par Mahomet.

2. Nostradamus (Michel de Nostredame, dit), astrologue, né en

Provence, 1505-1566, publia, sous le titre de Centuries^ un recueil de prédictions. Catherine de Mcdicis l'appela près d'elle et lui fit tirer l'horoscope de ses fils.

150 RECHERCnE DK LA YÉUlTÉ.

savoir qu'une seule chose, qui est assez prouvée par Texpérience et par ce que Ton a déjà dit : c'est que nous tenons à notre corps, à nos parents, à nos amis, à notre prince, à notre patrie par des liens que nous ne pouvons rompre, el que même nous aurions honte de tâcher de rompre. Notre âme est unie à notre corps, et par notre corps à toutes les choses visibles par une main si puissante, qu'il est impossible par nous-mêmes de nous en détachera 11 est impossible qu'on pique notre corps sans que l'on nous pique et que Ton nous blesse nous-mêmes, parce que, dans l'état ou nous sommes, cette correspondance de nous avec le corps qui est à nous est absolument nécessaire. De même il est impossible qu'on nous dise des injures et qu'on nous méprise sans que nous en sentions du chngrin, parce que. Dieu nous ayant faits pour être en société avec les autres hommes, il nous a donné une inclination pour tout ce qui est capable de nous lier avec eux, laquelle nous ne pouvons vaincre par nous-mêmes. Il est chimérique de dire que la douleur ne nous blesse pas, et que les paroles de mépris ne sont pas capables de nous offenser, parce qu'on est audessus de tout cela. On n'est jamais au-dessus de la nature, si ce n'est par la grâce.; et jamais stoïque ne méprisa la gloire et l'estime des hommes par les seules forces de son esprit.

Les hommes peuvent bien vaincre leurs passions par des passions contraires. Ils peuvent vaincre la peur ou la douleur, par vanité ; je veux dire seulement qu'ils peuvent ne pas fuir ou ne pas se plaindre lorsque, se sentant en vue à bien du monde, le désir de la gloire les soutient et arrête dans leur corps les mouvements qui les portent à la fuite. Ils peuvent vaincre de cette sorte; mais ce n'est pas là

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