‹ De la recherche de la véritéChapitre 41 sur 46 · Pour le sens de ce mot, voir Première partie^ IV, u · texte numérisé non relu

Pour le sens de ce mot, voir Première partie^ IV, u

les parlements qui renvoient les accusations des sorcelleries soient les plus équitables, cependant je ne doute point qu'il ne puisse y avoir des sorciers, des charmes, des sortilèges, etc., et que le démon n'exerce quelquefois sa malice sur les hommes par une permission particulière d'une puissance supérieure. Mais TÉcriture Sainte nous apprend que le royaume de Satan est détruit; que l'ange du ciel a enchaîné le démon, et Ta enfermé dans les abîmes, d'où il ne sortira qu'à la fin du monde ; que Jésus-Christ a dépouillé ce fort armé, et que le temps est venu auquel le Prince du monde est chassé hors du monde.

Il avait régné jusqu'à la venue du Sauveur, et il règne même encore, si on le veut, dans les lieux où le Sauveur n'est point connu ; mais il n'a plus aucun droit ni aucun pouvoir sur ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ, il ne peut même les tenter, si Dieu ne le permet ; et si Dieu le permet, c'est qu'ils peuvent le vaincre. C'est donc faire trop d'honneur au diable que de rapporter des histoires comme des marques de sa puissance, dnsi que font quelques nouveaux démonographes, puisque ces histoires le rendent redoutable aux esprits faibles.

Il faut mépriser les démons comme on méprise les bourreaux; car c'est devant Dieu seul qu'il faut trembler, c'est sa seule puissance qu'il faut craindre. Il faut appréhender ses jugements et sa colère, et ne pas l'irriter par le mépris de ses lois et de son Évangile. On doit être dans le respect' lorsqu'il parle, ou lorsque les hommes nous parlent de lui. Mais quand les hommes nous parlent de la puissance du démon, c'est une faiblesse ridicule de s'effrayer et de se troubler: notre trouble fait honneur à notre ennemi. 11 îiime qu'on le respecte et qu'on le craigne, et son orgueil se satisfait lorsque notre esprit s'abat devant lui.

II. n est temps de finir ce second livre, et de faire remarquer par les choses que Ton a dites dans ce livre et dans le précédent, que toutes les pensées qu'a Tàme, par le £orps ou par dépendance du corps, sont toutes pour le corps; qu'elles sont toutes fausses ou obscures; qu'elles ne servent qu'à nous unir aux biens sensibles et à tout ce qui peut nous les procurer, et que cette union nous engage dans des erreurs infinies et dans de très grandes misères, quoique nous ne sentions pas toujours ces misères, de même que nous ne connaissons pas les erreurs qui les ont causées. Voici l'exemple le plus remarquable.

L'union que nous avons eue avec nos mères dans leur sein, laquelle est la plus étroite que nous puissions avoir avec les hommes, nous a causé les plus grands maux, savoir, le péché et la concupiscence, qui sont l'origine de toutes nos misères. Il fallait néanmoins pour la conformation de notre corps que cette union fût aussi étroite qu'elle a été.

A cette union, qui a été rompue par notre naissance, une autre a succédé, par laquelle les enfants tiennent à leurs parents et à leurs nourrices. Cette seconde union n'a pas été si étroite que la première, aussi nous a-t-elle fait moins de mal. Elle nous a seulement portés à croire et à vouloir imiter nos parents et nos nourrices en toutes choses. Il est visible que cette seconde union nous était encore nécessaire, non comme la première pour la conformation de notre corps, mais pour sa conservation, pour connaître toutes les choses qui y peuvent être utiles, et pour disposer le corps aux mouvements nécessaires pour les acquérir.

Enfin l'union que nous avons encore présentement avec tous les hommes ne laisse pas de nous faire beaucoup de mal, quoiqu'elle ne soit pas si étroite, parce qu'elle est

ItECIlEltClIE DE LA VËRITË.

ire à la conservation de notre corps. Car c'est lie union, que nous vivons d'opinion, que i et que nous aimons tout ce qu'on aime et ne dans le monde, malgré les remords de ice et les véritables idées que nous avons

ne parle pas ici de l'union que nous avons des autres liommes; car on peut dire que ons quelque instruction. Je parle seulement sible qui est entre notre imagination et l'air

de ceux qui nous parlent. Voilà comment nsées que nous avons par dépendance du outes fausses et d'autant plus dangereuses e, qu'elles sont plus utiles à notre corps, is de nous délivrer peu à peu des illusions de visions de notre imagination, et de l'impretigination des autres hommes fait sur notre is avec soin toutes les idées confuses que »T la dépendance où nous sommes de notre mettons que les idées claires et évidentes çoit par l'union qu'il a nécessairement avec

Sagesse et la Vérité éternelle, comme nous lans le livre suivant, qui est de l'entendeisprit pur '.

irlêsienne, puis- i Halcbnnche ajoute que cos idccs

SUR LE SECOND LIVRE DE LA RECHERCHE D£ LA VfRlTE*

SUR LE tflKQfJlÈMB CHAPITRE DU SECOND LIVRE

Où je parle de la mémoire et des habitudes spirituelles.

Je n'avais garde de parler dans ce chapitre de la mé-* moire ni des habitudes spirituelles, pour plusieurs raisons^ dont la principale est que nous n'avons point d'idée claire de notre âme. Car quel moyen d'expliquer clairement quelles sont les dispositions que les opérations de l'âme laissent en elle, lesquelles dispositions sont ses habitudes, puisqu'on ne connaît pas même clairement la nature de. l'âme? Il est évident qu'on ne peut pas connaître distinctement les changements dont un être est capable, lorsqu'on ne connaît pas distinctement la nature de cet être. Car si. par exemple, les hommes n'avaient point d'idée claire de

1. Malebranche écrivit dix-sept éclaircissements sur la Recherche de la vérité. Nous publions les éclaircissements Yll et IX, qui ont trait au second livre. Le huitième, dont nous ne donnons

que le titre, se rapporte à la partie du second livre de la Recherche que, pour, nous con-^.

former aux pro^'ranimes de la classe de philosophie^, nous nV vons çf s publiée.

RECOERCIIE DE lA VÉltlTË.

e, ce serait en vain qu'ils s'elîorceraient d'en délea figures. Ce serait en vain qu'ils lâcheraient de raison de la facilité, par eïemple, qu'acquiert une tourner autour de son essieu, par l'usage qu'on en pendant, puisqu'on souhaite que je parle sur une qui ne m'est pas connue en elie-in^me, voici le le je prends pour ne suivre en ceci que des idées

ppose qu'il n'y ait que Dieu qui agisse dans l'esprit ni représente les idées de toutes choses, et que si aperçait quelque objet par une idée très claire et i, c'est que Dieu lui représente celte idée d'une maës parfaite.

ppose de plus que, Ja volonté de Dieu étant enlièconforme à l'ordre et à la justice, il suffît d'avoir me chose afin de l'obtenir. Ces suppositions, qui se ;nt distinctement, étant faites, la mémoire spirii peut expliquer facilement et clairement. Car, l'ornandant que les esprits qui ont pensé souvent à objet y repensent plus facilement et en aient une s claire et plus vive que ceux qui y ont pensé, la de Dieu, qui opère incessamment selon l'ordre, rei à leur esprit, dés qu'ils le souhaitent, l'idée claire de cel objet. De sorte que, selon cette explication, aire et les autres habitudes des pures intelligences isteraient pas dans une facilité d'opérer qui résulertaines modiGcalions de leur Être, mais dans un nmuable de Dieu et dans un droit que l'esprit acur les choses qui lui ont déjà été soumises, et toute lance de l'esprit dépendrait immédiatement et unit dé Dieu seul, la force ou la facilité d'agir que es créatures trouvent dans leurs opérations, n'é- I ce sens qiie la volonté effîcace du Créateur. Et je

ne crois pas qu'on fût obligé d'abandonner cette explication à cause des mauvaises habitudes des pécheurs et des damnés. Car, encore que Dieu fasse tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les actions des pécheurs, il est évident, par les choses que j'ai dites dans le premier éclaircissement, que Dieu n'est point auteur du péché.

Cependant je crois et je pense devoir croire qu'après l'action de l'âme il reste dans sa substance certains changements qui la disposent réellement à cette même action^ Mais, comme je ne les connais pas, je ne puis pas les expliquer, car je n'ai point d'idée* claire de mon esprit dans laquelle je puisse découvrir toutes les modiGcations dont il est capable. Je crois, par des preuves âe théologie, et non point par des preuves claires et évidentes, que la raisoii pour laquelle les pures intelligences voient plus clairement les objets qu'ils ont déjà considérés que les autres, n'est pas précisément et uniquement parce que Dieii leur représente ces objets d'une manière plus vive et plus parfaite, comme je viens de l'expliquer, mais parce qu'ils sont réellement plus disposés à recevoir la même action de Dieu en eux. De même que la facilité à jouer des instruments, qu'ohl acquise certaines personnes, ne consiste pas précisément en ce que les esprits animaux, qui sont nécessaires aux mouvements des doigts, ont plus d'action et dé force en eux que dans les autres hommes, mais en ce que les chemins par où les esprits s'écoulent sont plus glissants et plus unis par l'habitude de l'exercice, ainsi que je l'ai expliqué dans le chapitre que j'éclaircis. Cependant je derpêuré d'accord que tous les usages de la mémoire et des autres habitudes ne sont point absolument nécessaires à céuX qui.

1. Voyez l'éclaircissement sur le chapitre vu de la 2* partie dij Ml' ïiwe. {Noté de Màlebrànche.)

étant parfaitement unis ,à Dieu, trouvent en sa lumière toutes sortes d'idées, et en sa volonté toute la facilité d'a*^ gir qu'ils peuvent souhaiter.

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