‹ De La Rectite DysentériqueChapitre 7 sur 17 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

Un grand nombre d’accidents peuvent venir compliquer la rectite. Nous signalerons, en premier lieu, le relâchement du sphincter et la procidence du rectum. Ces accidents s'expliquent par la persistance du ténesme et par les contractions réflexes qu’il occasionne dans le plan musculaire de l'intestin. On ne les rencontre guère que dans les cas graves et chez les individus affaiblis et débilités par une dysenterie antérieure.

Les hémorrhoïdes constituent parfois une véritable complication de la rectite. Elles sont gênantes, douloureuses et peuvent s’accompagner d’hémorrhagies abondantes. Une fois produites, ces hémorrhoïdes ont plutôt une tendance à s’accroitre qu’à diminuer.

Parfois le travail ulcérätif de la muqueuse rectale, augmentant de jour en jour, peut arriver à perforer les tuniques du rectum. Le tissu cellulaire très-abondant qui enveloppe cette partie du gros intestin peut alors s’enflammer et constituer des abcès périrectaux à la suite desquels peuvent s'établir des fistules à l’anus et des fistules vésicorectales. On observera alors tous les symptômes de la gangrène intestinale: sueurs froides, vomissements, pouls petit, etc.,'etc. Dans le

cas de fistule vésico-rectale, on trouvera de l'urine mélangée avec les selles, et réciproquement. | |

La cystite vient aussi souvent compliquer la rectite. Le malade urine souvent, difficilement, et avec la sonde on ne retire que quelques gouttes d’une urine trouble. Le ténesme du col de la vessie est parfois très-violent et cause au malade beaucoup d’anxiété.

Enfin, nous terminons ce chapitre en citant une observation de complication grave du côté de la vessie (abcès gangréneux de la prostate et communication directe entre le rectumet la vessie), observation que nous empruntons à M. Leclerc.

Observation Première

Simon, quarante ans, ouvrier du port de Toulon, a passé six ans en Cochinchine, d’abord comme soldat d'infanterie de marine, puis comme ouvrier des constructions navales. Il à été atteint, dans cette colonie, de diarrhée et d'une ou deux attaques de dysenterie aiguë.

Depuis son retour en France, il avait eu, de temps en temps, un peu de diarrhée; quelquefois selles dysentériques, glaires, mucosités sanguinolentes, etc. Mais ces attaques étaient courtes et cessaient vite, parfois spontanément; du moins, elles ne l’obligeaient pas à entrer à l'hôpital. |

Au mois de mars 1870, il entre à l'annexe de l'hôpital maritime de Toulon, salle des fiévreux. Il souffre beaucoup : selles nombreuses, dysentériques. Il présente en outre deux phénomènes remarquab e 1° ténesme vésical, dysurie; ?° écoulement par l'anus d’un liquide en telle quantité et d'une façon si continue que le malade est obligé d'y tenir constamment un linge.

La sonde d’argent ordinaire ne peut parvenir dans la vessie; mais, en la retirant, elle est accompagnée de deux ou trois gouttes de pus,

d’une odeur gangréneuse dysentérique très-prononcée. (Le malade n’a pas eu d’uréthrite.) |

Introduction d’une bougie qui arrive dans la vessie et laisse sortir environ 100 grammes d’une urine boueuse et fétide. Recueillie dans une écuelle et reposée un certain temps, cette urine laisse déposer des

grumeaux jaune verdâtre, qui ne sont autre chose que des matières fécales.

Symptômes généraux.— Fréquence et petitesse du pouls, douleurs vives, insommie, etc. |

Traitement :

Potion avec : Extrait de quinquina. 3 gr.

Ipécaiconcassé, 21.1" upr.

À infuser dans eau. . 100 gr.

Sirop écorces oranges. 30 gr.

Bouillon, vin vieux.— Injections phéniquées, tièdes, dans la vessie. Au bout de quatre jours :

Potion avec : Extrait de quinquina . . 4 gr.

Sous-nitrate de bismuth. . 15 gr.

Amélioration considérable.

Au bout de quinze jours, le malade est évacué dans la salle des blessés. Il présente le curieux phénomène de gaz intestinaux évacués par la verge.

La guérison a lieu peu à peu et le malade sort deux mois et demi après.

Conclusions : 1° Cet homme a gardé la rectite avec exacerbations dysentériques pendant cinq à six ans.

20 L’ulcération s’est étendue à la vessie et a constitué une fistule : odeur gangréneuse, écoulement de l’urine par l'anus, et expulsion par la bougie de matières fécales et de gaz. Symptômes généraux de gangrène intestinale: sueurs froides, pouls petit, etc.

Le chef du service des blessés, M. le professeur Barthélemy, croyait à un abcès de la prostate et lui attribuaït la communication du rectum avec l’urèthre. C’est possible, ajoute l’auteur de l'observation, mais dans ce cas l’abcès aurait été consécutif à l’ulcération et à l'influence du liquide intestinal qui, à la manière des abcès par congestion, aurait agi de proche en proche, en enflammant les tissus et se créant ainsi un passage à travers la prostate et le col de la vessie.

Page 1