‹ De la réduction spontanée de l'invagination intestinale chez le nourrissonChapitre 24 sur 36 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

SHEWEN. — Australasian medical gazette, Sydney, 1891- 1892, XI.

B... D... un bel enfant de six mois ordinairement constipé, nourri au sein et au lait condensé. Pendant trois jours on ajouta à cette nourriture de la farine lactée. L'enfant devint si constipé que sa mère était obligée d'utiliser un suppositoire au savon pour le faire aller à la selle. Le jour suivant, il put aller à la selle naturellement et parut en fort bonne santé. Le lendemain (11 juillet), il eut quatre selles sans douleurs, ni troubles. Durant la nuit cependant il fut agité et eut jusqu’au matin par deux fois envie de vomir, s’affaiblissant et se refroidissant à chaque fois. On alla chercher alors le docteur KEARNEY. Avant l’arrivée du médecin, l’enfant eut une selle abondante très légèrement teintée de sang. Le petit bonhomme était alors froid et affaibli. La température était inférieure à la normale. Il avait la physionomie tirée et inquiète. Il vomit de petites quantités d’un liquide bilieux. On lui administra de petites quantités d’huile de ricin en émul-

sion, qu’il vomit aussitôt. On ordonna alors un mélange de bismuth et de calomel à prendre toutes les trois heures. Il en rejeta la première dose. Je vis l’enfant en consultation avec le docteur KEARNEY le même jour à 11 h. 30 du matin. I1 était presque complètement remis, le pouls aux environs de 120, était bon. Pas de sensibilité de l'abdomen, mais haut dans l’hypocondre gauche, une masse allongée de 3 cm. de largeur sur 8 de longueur. On n’éveilla aucune douleur à la palpation. Nous pensâmes être alors en présence soit d’une invagination, soit d’une accumulation de matières dans lintestin, le peu de douleurs révélé par l’enfant penchant en faveur du dernier diagnostic. On recommanda à la mère de continuer le bismuth et le calomel jusqu’à ce que d’autres signes ultérieurs d’invagination vinssent à apparaître. Il n’y eut pas de selles jusqu’au lendemain matin. Le docteur KEAR- NEY lui administra alors un petit lavement de glycérine. I y eut alors une selle abondante presque entièrement formée de sang. L'enfant devint alors plus mal, roulant sa tête de part et d’autre et souffrant apparemment. Un lavement contenant quelques gouttes de teinture d’opium lui fut donné. Je le revis à 11 heures ce même jour c’est-à-dire le 13 juillet, il reposait, calme .et presque inerte dans les bras de sa mère, évidemment sous l'influence de l’opium. La langue était chargée, mais non desséchée. Le pouls à 120, bien frappé — température 101° Fahrenheit (38°3). En examinant l’abdomen, le boudin qui était si perceptible la veille avait disparu, le ventre était presque souple et insensible. L’enfant fut nourri au lait condensé, à raison d’une cuillerée à café toutes les 10 minutes, ce qu’il acceptait volontiers. Il n’y eut rien de nouveau pendant plusieurs heures. On lui fit des applications chaudes. On l’envoya à Svdney par le train de 1 h. 30. L’enfant ne s’en porta pas plus mal pour cela. À son arrivée, la température était de 101°6 (38°6) le pouls de 120. On prescrivit des applications de moutarde et d’eau chaude, des lavements d’opium et de belladone toutes les trois heures et une cuillérée à café de lait toutes les 10 minutes. À 9 h. 3010 eut deux selles peu abondantes, formées de sang et de mucus. [1 devenait très agité si on ne lui donnait pas un lavement toutes les trois heures, Pas de sommeil, le ventre est un peu plus tendu. À 4 heures du matin, le jour suivant, l’en-

fant étant toujours agité et sans sommeil, le ventre augmentant de volume, on lui donna à prendre, toutes les deux heures, en cas de nécessité, de la teinture d’opium et de la teinture de belladone. On fit ce traitement durant toute la journée et dans l’après-midi, je lui donnai un lavement d’eau chaude. Il n’en garda qu’une très petite quantité et il n’élimina pas de matières fécales. Un peu plus tard, je lui en donnai un autre. Cette fois il fut suivi du rejet d’une petite quantité de matières très noires. L'enfant s’endormit alors pendant quelques heures et en s’éveillant, il eut des gaz et une selle noirâtre. Il se rendormit ensuite. Le jour suivant, il était pratiquement aussi bien que possible.

Ce cas est intéressant. IL montre en effet le désordre que peut engendrer une invagination qui n’a duré que 24 heures et qui s’est réduite d’elle-même. Il est intéressant également en raison de l’état de l’enfant qui fut compromis pendant de longues heures.

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