‹ De la réforme des banquesChapitre 2 sur 10 · IH DE U B&F(HUIB DES BANQUES · texte numérisé non relu

IH DE U B&F(HUIB DES BANQUES

r^rrer exclosÎTeDieat i ses cosoàébires la favair de «s commandes. Réciproquement toot prodncteur ou nêgoàaat adhérent à la Banque du peuple s'engageait à livrer aux autres adhérents, à prix réduit, les objets de son commerce et de non industrie. I.e payement de ces ventes et achats entre les divers associés ou adhérents de la Banque, soit l'échange réciproque de leurs produits on services, devait s'dfectuer au moyen du papier de la Banque, c'est-à-dire du bon d'édumge.

Il nous faut entrer maintenant dans le délail des opéralions auxquelles devait se livrer la Banque dupeuple.

Escompte du numéraire. — Tous consommateurs, associés ou non associés, qui voulaient jouir du bon marché garanti par les [voducleurs adhérents à la Banque, pouvaient verser à la caisse le numéraire destiné à leurs achats; ils recevaient en couverture une somme égale de bons d'échange. — Les ouvriers et travailleurs salariés pouvaient verser chaque semaine tout ou partie de leurs salaires; ils recevaient également à mesure des bons d'échange. — Les sommes versées ï la Ban(]ue contre bons d'échange ne devaient pas ^re productives d'iuti'rêl.

Escompte des effets de commerce. — La plus grande prudence devant présider aux premières opérations de la Banque du peu^e, les bons d'échange devaient se délivrer exclusivement dans le début : i* contre espèces, en la maniàne et aux conditions délenninées précédemment; 3* contre bonnes valeurs de commerce, dans la mesure des moyens que fournirail le capital réalisé de la Banque. Peu à peu, et à Tur et mesure du recouvrement des actions émises, de l'augmeatation de l'encaisse par l'escompte du numéraire, ainsi que par les prêts, dépôts et consignations, et du nombre des adhérents tant à Paris que dans les d^rtemenls, l'escompte du papier de commerce, Ltaites, mandata, bctures, commandes, billets à ordre, etc., devait être tait dans une proportion de i^us en plus large, sauf les précautions prises ordînat-

IS LA RfiF(»tHE BBS 8ANQDBS. 1S7

rement par les banquiers et fixées par le règlement de la Banque.

La Banque du peuitle devait escompter le papier de commerce ^ deux signatures. D'après le principe et le but de son inslitution.lagratuité du crédit, la Banque du peuple, templa- $ant, dans une proporti<y) toujours croissante, la garantie du numéraire par la garantie qui résulte de l'acceptation réciproque et préalable da son papier par tous ses adhérents, pouvait et devait opérer l'escompte et donner crédit moyennant un intérêt toujours moindre. Provisoirement cet intérêt, commission comprise, était fixé à 2 pour 100. Il devait être réduit peu à peu, à fur et mesure des progrès de la société. Pour être reçus à l'escompte, les clTets ou obligations, à deux signatures, devaient spécifier la nature, la quantité et la qualité des marchandises qui y auraient donné lieu; toute fraude ou dissimulation à cet égard élait passible de poursuites par les voies de droit. Précisément pour cette raison, la Banque recevait à l'escompte les commandes et factures acquittées.

Avances sur eonsigttations. — La fiatifue du peuple ne prélait point sur gage. Elle n'était ni un comptoir de garantie ni un mont-de-piété. Les bons d'échange ne pouvaient en aucun cas être assimilés aux warrants. L'escompte sur consignations était un moyen de faire cusser l'encombrement des marchandises et de venir au secours du commerce et de l'industrie, regorgeant de produits sans débouchés. La Banque du peuple achetait donc à terme, à demi, deux tiers, trois quarts ou quatre cinquièmes du prix de revient, selon les circonstances ou la nature des marchandises, les produits de ses clients, et les consignait par acte de dépôt privilégié. Jusqu'au terme fixé par la lettre de consignation, le consignatairc avait la faculté de vendre aux meilleures conditions possibles et n'était teau de rembourser que la somme avancée par la Banque. Passé le terme, la Banque pouvait faire vendre aux enchères publiques les marchandises consignées. L'excédant du prix obtenu

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par la vente sar le prix fixé par la consignalioD appartenait

de droit au propriétaire de la marchandise.

L'État pour les titres d'emprunt, les manuracturiers pour leurs produits, les marchands pour leurs marchandises, les propriétaires pour leurs locations de maisons , appartements, terres, machines; les fermiers pour leurs récolles, les porteurs de titres de renie, tous les citoyens, en un mot, pouvaient proGter, pour obtenir des avances , de cette combinaison.

Avances sur cautions. — La Banque du peuple escomp* tait les produits Tuturs, c'est-à-dire qu'elle ouvrait des crédits à découvert à ses adhérents, soit sur cautions, soit sur titres de propriété ou garanUes personnelles de fabricalion. Dans le premier cas, la garantie exigée consistait dans la présentation de deux ou plusieurs cautions, selon que la Banque le jugeait prudent et utile. Les cautions étaient solidaires ; chacune d'elles répondait pour le tout. En cas de non-payemenf de la part du sociétaire, la Banque devait traiter avec les cautions, k l'amiable, pour le remboursement.

Avances sur hypothèques. — A proprement parler, la Aonque du peuple ne prétait point sur hypothèque, pas plus qu'elle ne prêtait sur gage. Elle n'était point, dans le sens ordinaire du mot, une banque hypothécaire. Elle se proposait de faire des avances aux propriétaires et cultivateurs contre obligations à longs termes et annuités. Ces obligations et annuités devaient être garanties par un acte analogue k celui des achats et consignations de marchandises. La Banque achetait à terme (a propriété aux trois quarts de la valeur, et la consignait au propriétaire, qui en devenait gérapt et administrateur responsable, bien qu'il ttt tous les fruits siens. L'acte ainsi feit enlre le propriétaire et la société constituait une vente ou échange à terme et sous condition résolutoire de remboursement. Si, au terme Ëxé, le propriétaire n'avait pas remboursé l'avance à lui faite, ou si, pendant triùs années CMisécutives, il n'avait paa servi l'annuité convenue, la Ban-

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que prenait livraison de la propriété et pourvoyait à son exploitation. Le propriétaire déchu devait avoir privilège d'habitation ou d'exploitation, pour lui et pour les siens, à litre de fermier ou gérant, aux conditions établies par la Banque.

Crédits et comptes courants, et pœjements et recouvrements gratuits. — La Banque du peuple faisait sans rétribution, pour tous les sociétaires, les payements et recouvrements sur Paris et les départements. Elle ouvrait pour cela à chacun d'eux un compte courant. Un simple transfert du compte de l'un an compte de l'autre sudisait pour régler la plupart des payements.

De la commande. — Aux opérations de crédit réel, la Banque du peuple joignait des opérations de crédit personnel- Elle se proposait de provoquer, susciter, encourager, patroner et soutenir de son influence, de l'autorité de ses lumières, de ses avances, toute entreprise agricole, industrielle, commerciale, scientifique, etc., tout essai d'association ouvrière, qui lui paraîtraient présenter des garanties suffisantes d'habileté, de moralité et de succès.

Les avances ainsi faites par la Banque du peuple n'étaient point à titre de commandite et ne pouvaient en aucun cas être assimilées à un versement d'actions. Elles demeuraient, comme les avances sur les consignatioifi de marchandises et titres de propriétés, de KÎmptes opérations d'escompte et formaient la commande propre de !a Banque.

D était créé pour cet objet, dans les bureaux de la Banque, une division spéciale sous le titre de Syndicat de la production et de la consommation. Les attributions de ce syndicat devaient être : 1° de recevoir !a déclaration des industriels et commerçants qui, voulant se mettre en rapport avec les adhérents de la Banque du peuple et jouir de la clientèle de la société, devaient faire connaître leurs noms, profession, domicile, la supériorité de leurs produits et services, les qualités et prix courants des marchandises, le montant des remises et bonifications ; — 2* de recevoir les demandes des consomma-

IW DB U BfinttNE NES BAKQUBS.

leurs et de s'assurer, par une exploralûm exacte du débauché, des chances de succès des noufelles enlrepriscs; — 3* de publier, une ou plusieurs fois par semaine , un buU^n du commerce; de l'agricultTre éi de l'industrie, contenant, avec la situation de la Banque .et la mercuriale, tous renseignements et avis utiles, tels que demandes et oElres de travail, demandes ti offres de marchandises, diininnlion de prix, indication des iodnsthels et commerçanU noniellement admis dans b social etc.; — 4* de sollicita l'adhésiOQ des producteurs dont les sorvices et produits manqueraient à la société, et, à déEaut d'adhésion, de susciter, parmi les sociétaires, des àahUssemeots analogues et en coocurraice ; — 5* de commencer une statistique g^iérale, comparative et détaillée, du commerce, de l'industrie et de l'agriGalliire ; «i no mot, de procurer par tous les moyens possibles l'exlensioB et l'afTermissemeot de la sodélé.

Du reste, U Banque du patpie, <a^ne spéoal de la ctrcalation et du oédit, point de eouTS^ence de toutes les Ibrces produdiTcs ctMnme de toutes les demandes dn mardié, centre de ralliement entre le producteur et le coosommatoir, ne devait se livrer à aucooe entrqirîse. Elle ne s'immis^it, directement ou indirectement, dans ancsne aOaire, dans auome spéculation, de qnelqae nature que ce tût, antre que l'escompte. Elle n'acceptait et ne ■j^tà^^s^i'' de leqxtnsahilité qoe celle de ses propres opûatioas. Sa commande, de même que ses avances sur consîgnalioas de marchandises, titres de propn^êtè oo aoinitês. n'était poor die qu'une forme d'é- Aaa^, one opératioa d'escompte.

Hêcememis, ié^Sts, mamrmuxs, etc. — La Bmtfue du jMqife recevait en dqtât on placement les épargnes des ou- Triers> les êmnomirs des rentiers d des propriétaires, et gétiéralement tons les loods, valeurs ou capitaux réalisés appartenaM s«it à des particttliers, soit à des assoâatioiis ou «MMTporalMitts de Uxde espèce, et elle en serrait l'iatôèt aux déposMls an coars de son escoa^ptc. Les -nmmr- et ks va-

leurs déposées élaient restituées aux déposants, sur la présentatioD de leur titre, dans les huit jours de la demande; les sommes et capitaux remis à la Banque à titre de placement étaient remboursés aux propriétaires aux termes fisés particulièrement passés entre eux et la Banque. Jusqu'au jour de la restitution ou du remboursement, les sommes, tant déposées que prêtées, restent à la disposition de la Banque, qui avait le droit de les faire servir comme gage à ses émissions et à ses escomptes.

La Bampte du peuple n'était et ne pouvait jamais devenir . une entreprise d'assurances de quelque espèce que ce tùt. Elle recevait, en placement ou dépôt et aux conditions de remboursement fixées pour les dépftis simples, les fonds des sociétés de secours mutuels et des compagnies d'assurances. Elle se chargeait du recouvrement des primes et de la comptabilité. Elle acquittait, sur le visa des directeurs, gérants ou secrétaires desdites sociétés et compagnies, les pensions et indemnités dues, mais seulement jusqu'à concurrence des sommes encaissées. Elle était, en un mot, l'agent comptable et le caissier des sociétés qui lui versaient leurs fonds; mais elle n'assumait en rien la responsabilité de leurs sinistres et déficit . Pour prix de ses services, la Banque avait la faculté d'utiliser, à ses opérations de crédit et d'escompte, les sommes qui lui étaient versées par les sociétés et compagnies d'assurances et de secours mutuels.

Tel éuit dans sesdétailsle projet de la Banque du peuple. On peut croire à l'exactitude de notre analyse; nous avons transcrit presque littéralement les articles de ses statuts. L'auteur avait annoncé que ce projet était le point de départ d'une révolution économique qui devait changer do fond en comble la société telle qu'elle est constituée. Sur une population couarde comme l'est notre race gauloise, cette annonce a produit l'effet de la tête de Méduse; tous les cerveaux semblaient être devenus de pierre. Le projet de la Banque du peuple fut condamné sans examen. En retrouvant ici ses dépositions

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priacipales et en les parcourant de eang-froid, plus d'on lecteur s'étonnera sans doute qu'un plan si sage dans ses cornbinaiaoDs, si prudent dans ses allures, si modéré dans son but immédiat, si conserTateur de tous les intérêts, ait pM «auser noe si grande frayeur.

Le mouvement qui se produit contre les banques de circulation est un procès qui s'achève et dont il tt^us sera prochainemebt donné de voir la fin. Un des aphorismes les plussOrs et les pins aulhentiquement démontrés de la pliUosophîe du progrès, c'est qu'une réforme est mûre quand l'iustitution qu'elle doit abroger est ea pleine contradilion. Or les faits liennent tous les jours prouver l'insuliisance des banques de circulation et les impossibilités qui les entourent. Ua autre aphorinne de la philosophie du progrès, c'est qu'une réfonne s'accomplit quand le sentiment de la contradiction est devenu universel. Ici encore, il est facile de voir que le mouvement est arrivé à son terme : toutes les idées, toutes les tendances sont à la réforme banquiô^, et déjà, dans les tentatives qui se font et dans les projets qui se formulent, on peut reconnaître l'institution nouvelle qui doit, à un moment donné, remplacer l'ancîrane.

Les premières o-iliques adressées aux Banques de circulation ne datent pas d'hier ; elles remontent à l'époque de leur établissement. A peine la Banque d'Angleterre ^it-elle fondée qu'elle se vit attaquée par des écrivains, à la tète desquels était le docteur Chcmberlayne, qui prétendirent que ce Ji' était qu'une demi-mesure fmancière. Un des pamphlets de cette école, qui date de 1696, porte un titre bien significatif: Plutieurs asiertions prowée$ dans un but de créer une autre et-

IW ffi Lft RËFOMn VBS BANQUES.

pèee de monnaie que celle de l'or, par Jean Asgill. L'auteur, traduisant les idées de son chef de file, proposait de remplacer l'or par des billets gagés sur le sol.

Law semble avoir été mêlé à toute cette polémique et avoir adopté d'abord les idées du docteur Chamberlayne. Dans un mémoire intitulé : La Monnaie et le Commerce, avec un moyen d'approvisionner la nation de numéraire, mémoire adressé au Parlement d'Ecosse, fort occupé de relever ta Banque fondée en 1695, et qui n'avait pu se maintenir, le célèbre auteur du Système s'attachait à un projet de banque territoriale avec billets obligatoires destinés à remplacer le numéraire. Néanmoins, on retrouve dans ce mémoire une grande partie des idées que Law formula plus tard .

Law est le premier qui ait attaqué systématiquement le régime banquier inauguré en 1694 par la fondation de la Banque d'Angleterre. C'est dans ses mémoires sur les banques et dans ses lettres sur les finances qu'on trouve, pour la première fois, les doctrines qui dominent aujourd'hui en matière de crédit et de circulation. Un passage de ces remarquables écrits résume en quelque sorte toutes ses idées. M. de Girardin l'a reproduit dans la réponse qu'il nous a adressée. Si le lecteur veut bien relire ce passage, il trouvera avec nous qu'il est impossible d'exprimer plus de choses en moins de termes : inconvénients de la monnaie métallique ; nécessité d'établir la valeur des choses sur les frais de production et de faire cesser les oscillations de la hausse et de la baisse; facilité, grâce à l'emploi de la monnaie de papier, de mettre en circulation les produits, et de réaliser ainsi la justice sociale. En trente lignes, Law a trouvé le moyen de dire tout ce qui a été dît de plus fort sur la monnaie métallique, et de formuler ce que, de nos jours, les théoriciens ont mis des volumes à démontrer.

Le Système, dont le développement et ia chute forment un des épisodes les plus curieux de l'histoire du dii-huitième siècic, fut une tentative pour élargir l'horizon des banques et

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pour réTolutioaner le crédit. D'où vient que cette tentative a échoué? Par une raison bien simple : c'est que, l'expérience des banques de drculatioo n'étaut pas complète, il était impossible qu'on comprit la réforme que Law provoquait et dans soD principe et dans ses tendances et dans ses moyens de réalisation. Law, ses écrits en font foi, n'avait pas lui-4néme l'in- . telltgence bien nette du mouvement qu'il essayait d'imprimer au monde économique ; ses idées sur bien des points sont obscures ; quelques-unes d'entre elles sont fausses, et les moyens qu'il employait pour réaliser ses théories étaient les plus sûrs pour les f^ire échouer.

Il fallait que les vices des Banques à base métallique Eiissent démontrés, non par la théorie, mais par les feîls. Tout le dix-huitième siècle et le premier quart du dix-neuvième ont été employés à cette expérience.

Personne, après Law, ne.songea à reprendre ses critiques. Loin de là, Law fut immolé par tous les publicistes du dernier âècle. Sa déconfiture servit à la gloriQcation et à la béatification de la monnaie métallique. Les billets de la banque de Law Jouèrent, pendant plus d'un siècle, auprès des imaginations couardes, le rôle que les financiers font jouer aujourd'hui aux assignats. Qui n'a présente à la mémoire cette célèbre séance de l'Assemblée constituante, où l'abhé Haury employa un billet de la banque de Law comme moyen oratoire pour détourner ses collègues d'adopter la mesure révolutionnairfi de la vente des biens du clergé ?

Le successeur de Law, c'est Ricardo. Ricardo, homme de bourse et de spéculation, financier consommé, placé à la tète d'une fortune immense, avait asàsté k toutes les péripéties de ce grand imbroglio économique qui avait commencé en 1796, avec la suspension des payements de la Banque d'Angleterre, et qui ne se termina qu'en 1833. Aux théories par lesquelles les chefs du gouvernement anglais cherchaient à faire prendre le change sur les vices rendus saillants desbanqaes, Ricardo opposa son fameux pamphlet : Le haut prix des Ungots, preuve

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de la (léprMation de» bUlets de banque. Dana cette brochure se trouvaient formulées de nouveau les idées émises un siècle auparavant parLaw. Le fameiix aphorisme : la monnaie, à l'état le plus parfait, est de papier, n'est que la reprise en 80us-œuvrv de la pensée de Law, comme le projet d'étahlir une banque dont les billets auraient été gagés, non plus sur le numéraire, mais sur des lingots, est un projet dans le genre de ceux que le célèbre Écossais aurait pu concevoir pour habituer le public à se passer de monnaie métallique.

Le pamphlet de Bicardo est de 1810 et son projet est de 1815. Depuis ce temps, l'expérience des banques de circulalion s'est complétée, les vices de ce moyen terme éconamique ont frappé tous les esprits, et les théories de Law et de Ricardo ont pénétré dans toutes les intelligences. Un grand nombre d'écrits, marques au coin de la philosophie la plus haute, ont été publiés sur la matière, ils sont en général le fcnit, ou de l'analyse la plus profonde, ou ds l'expérience la plus CMisommée. Le seul catalogue de ceB écrits remplirait un volume. La conclusion de tous est celle qOe H. Isaac Péareire, fondateur et président de la Société de Crédit mobilier, adoptait en 1851 , h' savoir, « que la monnaie est un moyen de circulaliofl barbare, que l'argent ne joue un rôle que dans l'imagination do certains publicistes, et que la sobâtitution complète du papier à la monnaie est une mesure qui doit marcher parallèlement avec le progrès. » '

A part quelques économistes encroûtés et qnekpieB finanlàere enfoncés dansla routine, on peut dire que les tbéories de Law et de Bicardo n'effrayent plus aujourd'ui personne, et que l'idée de substituer à la monnaie métallique un 'autre moyen de circulation a obtenu gain de cause dans les iatelllgences. Le dis-neuvième siècle, qui est en travail de tant de choses, s'est imposé la ttcbe do remplacer les institutions banquières du dix-septième siècle, reconnues caduques et incapables de servir d'instrument au progrès. Dans les tentatives et dans les projets que nous avons passés en revue, on peut déjà dé-

couvrir quelle est l'idée qui servira <te point de départ k la réforme et qoi deviendra la base des institutions nouvelles. Cette idée, c'est celle que Law formulait au début du mouvement : c'est la HonËnsATion des VAurns. La monétbalion des valeurs est au fond de tous les essais qui sont en cours d'exécuttoD, comme elle sert de prémisses à tous les plans qui se sont produits par milliers dans ces dernières années.

L'klce de la monétisation des valeurs esi-elle légitime? En d'autres termes, vient-elle à son rang dans révolution économique? Car il ne suffit pas, pour qu'une idée soit légKime qd'elle soit rationnelle et juste, il Taut encore que le dévdoppemenf des faits l'ait rendue possible. Or, quand on e^iamine en (piel sens se dirige le progrès au point do vue de la circulation et du crédit, on aperçoit bienlôt la monétisation des valeurs comme étant le but suprême de tous les elForls tentés par l'humanité depuis qu'elle s'occupe d'échatw ges. C'est ce qui résulte de l'bistoîre de la monnaie et des banques. Rappdons~en les phases principales.

L'invention de la monnaie, avons-nous dit ailleurs, répond - au besoin d'introduire l'ordre et la règle dans les échanges. Il s'agissait de savoir si, dans un troc, l'objet qu'on donnait était l'équivalent exact de l'objet qu'on recevait. Pour faire cette comparaison, on s'avisa de prendre parmi tous les produits celui qui était le plus recherché, de lui donner une valeur typique et de le faire servir de commune mesure. L'idée était bonne; si la ccmiparaison avait été bien faite, il eût été bcile de dresser un tarif de tous tes produits et services ; c'eût été un premier pas vei^ la monétisation des valeurs.

Malheureusement, an lieu de s'attacher à découvrir le rapport de valeur qui esistait entre les choses, on se mit k exalter le produit auquel on avait donné la qualité de monnaie. L'or et l'argent furoit le but de tous les eiïorts: ce fut pour Acquérir de l'or et de l'argent, devenus l'expression de la richesse, de la force et de la puissance, que le travail humain

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créa toutes Ees meireilles. Il y eut nn moment de l'histoire où le préjugé devint ^ invétéré que l'on ne se donna plus la peine de travailler pour obtenir de l'or et de l'argent, mais que les nations se fireiit la guerre entre elles pour &e dépouiller. Cela dura des aiècles.

Le premier choc que re^ut cette primauté qu'on avait accordée aux mélaax précieux, ce fut rétabliBsement, au quinzième et au seizième siècle, des banques de dépôt. On avait reconnu à la monnaie métallique certains inconvénients que nous avons décrite ; on la remplaça dans la circulation par nn papier qui en ^ait la représentation exacte. Qu'est-ce que le papier des banques de dépôt 7 C'est, avons-nous dit, un warrant, une déclaration qu'une somme d'espèces existe dans un lieu et que te porteur de la déclaration tient cette somme à sa disposition. S'il avait existé un esprit généralisaleur i l'époque où les banques de dépôt furent instituées, nul doute qne

Je problème de la monétisation des valeurs n'eût reçu sa so-

.tution. Il se serait dit : « Si un morceau de papier peut représenter des espèces, il peut tout aussi bien représenter de la laine, du drap, delà toile, du blé, du vin, tout ce qui se pro-

,duit et se consomme ; à quoi bon dès lors s'arrêter au premier terme de la série? Pourquoi ne pas mettre en circulation tous les produits et tous les services possibles? » Mais le pre-

■ jugé de la monnaie métallique était encore trop fort ; il ne se trouva personne pour tiire ce raisonnement si simple, et la réforme fut ajournée.

L'insuffisance des banques de dépôt semble avoir frappé de bonne heure l'esprit des financiers. En effet, à peine deux siècles ^'étaient-ils écoulés depuis leur établissement, qu'on

.songe à les remplacer par une institution plus large. Nous avons vu plus haut que la fondation des banques de cîrcula-

. tion rencontra dès son début une opposition formidable. L'absurdité qu'il y avait à donner la prépondérance aux mé-

- taux précieux dans les échanges venait d'êlre découverte

.par un certain nombre d'homm.s, et au lieu de l'ambigu

M LA RÉFORME DES BATIQVES. Utf

écODomiqae qu'on voulait établir, ila demandaient nettement qu'on ndt en circulation les valeurs et qu'on remplaçât la monnaie métallique par la monnaie de papier. • Si l'on vent bien descendre au mécanisme des banques de circulation, on s'apercevra qu'eu éliminant le problème, elles en rendaient la solution encore plus urgente. Qu'est-ce qu'une banque de circulation? Une institution ayant pour but de donner cours authentique aux elTets de commerce souscrits par les particuliers. En échange de l'ellèt de commerce, qui re* prÉBente une opération particulière faite à l'occasion de tel, ou tel produit, la banque de circulation donne un billet, à la vérité, conçu en francs, mais qui, bien qu'échangeaNe contre espèces, peut être considéré comme une délégation sur tous les produits et services dont la société peut disposer. Grâce au billet de banque, une multitude d'échanges peuvent se consommer sans qu'il soit nécessaire de faire usage d'un écu.

En examinant bien les choses, nous avons démontre que si cette manière d'opérer est commode, elle est abusive, et que tes producteurs ont le droit d'en réclamer la réformation. Le billet de banque n'a pas pour gage réel les espèces toujours insuffisantes; il a pour gage l'acceptation publique, les produits de tous les commerçants et industriels. Qu'un producteur, sans avoir égard à l'encaisse métallique des banques, refuse de donner son produit en échange du billet de banque, et le billet de banque n'est plus qu'un chidon de papier. C'est la garantie publique, la fortune des particuliers, qu'exploitent les banques de circulation ; ce n'est pas le capital qui a servi à leur fondation.

C'est le pressentiment de celte vérité qui rend aujourd'hui les banques de drculation si impopulaires, et qui fait qu'on poursuit leur chute avec tant d'acharnement. Un reste, la garantie publique, réalisée par l'émission du billet de banque, est apparue de nos jours comme une source si féconde de profits, que, tout en paraissant suivre les vieux errements, on l'exploite sur la plus vaste échelle, et l'on dépasse énormé-

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tuent le gage-espècea. Que sont les grandes opérations an cré» dît mobilier, les essais de banques d'échanges, les banques d'assurances, les docks, etc., sinon des lenkitives faites ponr supprimer totalement la monnaie métallique et pour la remplacer paria garantie réciproque d'acceptation?

Or, l'acceptation réciproque, la garantie puUique, c'est la monétisation des valeurs. Le biUel de banque transformé n'est plus échangeable seulement contre l'or et l'argeni , il est échangeable contre toute espèce de produits. Les faits sontd'accord avec le mouvement des idées; la penséedes théoriciens est légitime; la réforme est non-seulement possible, elle est nécessaire, elle est urgente.

De quelle façon s'accomplira-t-elle? C'est ce qui est diffieile k dire. 11 n'est guère possible de dresser le programme d'une révolution politique; il l'est encore moins d'indiquer comment se fera une réforme économique. Tout ce que peut faire le philosophe, c'est de constater des tendances et de dégager des formules.

Nous avons montré oii va le mouvement qui se produit, et nous avons dégagé l'idée qui domine dans tous les essais et dans tous les projets qne forme te génie financier à l'époque où nous sommes. Notre tâche est remplie. Aux hommes do pratique à se mettre à l'œuvre.

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