‹ De la réforme des banquesChapitre 3 sur 10 · O.OU · texte numérisé non relu

O.OU

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Totaui. .

De 1848 k 1854, nos hôtels de monnaie ont donc frappé en pièces d'or de toutes coupures pour 1,187 millions de francs. C'est, à 40 millions prés, co qu'ils avaient frappé dans lesquaranle-huit premières annécsdecesiècle; c'est à peu près le quart de la production totale des gisements aurifères pendant ces sept années. Dans celte période, le monnayage de

186 DI LA RiFfflUIG DBS BANQUES.

l'argent ne s'est élevé qu'à 543 millions; il n'en a été mon-

najé que pour 2 mUlions en 1854.

Nous n'avons pas encore les chiiïres de la production aurifère pour l'année 1855; mais rien n'indique que cette production 80 soit ralentie ni que la France ait suspendu sa fabrication de monnaie d'or. L'or, en effet, continue à circuler chez nous, malgré la crise métallique, en plus grande abondance que l'argent. Nos pièces de 5 fr. sont toujours rares, et la Banque opère ses remboursem^s en pièces d'or. . Le régime monétaire de la France est donc complètement transformé. Autrefois c'était la monnaie d'argent qui en faisait la base : on comptait 100,000,000 de fr. en or contre 3,000,000,000 de fr. en argent '. Aujourd'hui c'est la monnaie d'or qui tend à obtenir la prépondérance. Sans doute les 1,187 millions que nous avons monnayés depub 1848 ne aont pas tous restés en France, une grande partie a été exportée à l'étranger; pourtant la plus grande quantité s'est ai^ rétée chez nous. Nous n'envoulonspourpreuveque leshabitudes nouvelles qui se sont introduites dans la façon dont s'exécutent les payements : naguère, l'or entrait dans les payements pour une proportion de 3 pour 100, et l'argent dans une proportion de 90 pour 100, le reste se soldait en billets de banque. Aujourd'hui, ces proportions sont renversées : l'or entre dans une proportion de 50 pour 100, les billets de banque pour une proportion de 20 pour 100; l'argent ne figure plus que pour une proportion de 30 pourlOO. Nous avons sous les yeux un tableau comparatif des quantités d'or et d'argent frappées dans les principaux États, de 1848 à 1853. Sur ce tableau, les États-Unis figurent au premier rang; l'Angleterre et la France figurent ex tequo au second; l'Autriche vient aii troisième; l'Espagne, autrefois si riche en monnaie d'or, occupe la dernière place. Il est impossible de le nier, nous sommes au régime de l'or.

< Frichot, Éludes monétaires, p. 149.

DE LA B£F0RHE DBS BANQUES. 18T

L'adoption do la mesure qu'on projette ne serait donc point extraordinaire; elle ne rirait que consacrer un Tait acquis. Reste à voir quels avantages résulteraient pour le public de cette modification apportée à notre régime monétaire, en d'autres termes, quelles sont les raisons qui militent en faveur de la prélércnce à accorder à la monnaie d'or.

L'or a sur l'argent ce premier avantage, d'être ploa économique. Les frais de fabrication de l'or sont, à valeur égale, quatre fois meilleur marché; par conséquent l'or monnayé est vingt fois moins coûteux que l'argynt. En outre, l'usure de l'or, ce qu'on appelle le frai , est bien moins rapide et bien moins considérable que celle de l'argent. Un manufacturier qui est versé dans tout ce qui concerne la fabrication des monnaies, M. Frichot, a calculé ce que coûtait l'usuredu frai pour notre appareil monélairelelqu'ilélait constitué avant l'année 1848, et il a trouvé les résultats suivants : La perte du frai étant de 4 milligr. par pièce de 5 fr. et par an, les 600 millions de pièces d'argent perdaient par année 2,400 kilog., qui faisaient, au prix de 200 fr. le kilogr-, 480,000 fr. L'usure, calculée à raison d'un milligr. par pièce et par an, pour 5 raillions de pièces d'or de 30 fr., montait à 5 kilogr., lesquels, à raison de 5,100 fr. le kilogr., fabaient 15,000 fr. Celaient danc495,000 fr. de dépense annnoUe que nous faisions pour l'usure du frai. En Angleterre, oiî l'or sert de base au système monétaire, et où la moimaie d'argent n'entre que dans une proportion trcs-minimc, l'usure du frai ne coûte que 97,050 fr. '. « Quoique la France, dit avec i-aison M. Fridiot, soit assez riche pour supporter les saorifioes périodiques que lui imposent ses refontes, on ne doit pas négliger l'économie d'un mëlleur système, surtout quand ce système doit procurer des avantages considérables au commerce. » Mais ce qui rend le feit plus palpable, c'est le calcul qui a été fait sur le plus ou moins de durée des deux métaux: or il a été dé-

' Priebot, Êludet monilaires, p. U9.

m DE LA RfiFORHB DBS BANQUES.

montré que la durée de l'or est de cinq ^ »i fois ta durée de

l'argent.

Un autre motif à l'avantage de la monnaie d'or, c'estqu'dte coûte moins au monnayage que la monnaie d'argent. 100 kilogr. d'orcoâtentJi faire mounayer600fr., et l,5ti^ kilogr. d'argent, qui représentent la même valeur, coâteni 3,100 fr. , c'esl^-dire dnq fois plus. Cette considération a une grande importance; non-seulement la valeur relative des métaux précieux Tarie, l'un par rapport à l'anlrc, mais encore cette variation a lieu par rapport à tous les produits et services qui s'offrent sur le marché. Or, quand on construit un appareil monétaire, il faut choisir la matière qui se prête le mieux à ces variations et qui permet de les suivre à moindres frais. L'or, de l'avis de tous les hommes compétwts, €st celui des deux m^ux précieux qui, coûtant moins cher à monnayer, peut subir le plus fréquemment les transformations qu'appeUe la régularité dans les transactions et dans les échanges. Des refontes périodiques sont plus faciles et moins coûteuses opérées sur un système monétaire basé sur l'or que sur un système monétaire basé sur l'argent. L'adoption de l'or aurait donc pour résultat d'écarter les craintes qui se renouvellent chaque fois qu'augmente la production des deux métaux précieux. Pour mettre la valeur de la monnaie d'or au. niveau des frais de production de marchandises et des services de toute espèce, il suffirait d'un Eim{de remaniement dans le poids des pièces, qui constituerait une dépense bien moindre que s'il s'agissait d'une monnaie d'ai^ait.

L'or offre encore sur l'argent un autre avantage : il est moins volumineux, et, par conséquent, d'un transport plus facile et plue-commode. La différence du poids est énorme : 1 1 ,000 fr. de monnaie d'or ne pèsent pas plus que 1 ,000 fr. de monnaie d'argent. Il y a quelques anoées, pour payer 1 ,000 fr., il fallait, en France, compter en moyenne cent quatre-vingt-deux coupures; en Angleterre, la même somme se payait avec trente coupures; c'est-à-dire que les recettes

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et les payements allaient six Tois plus vite en Angleterre avec les monnaies d'or qu'en France avec la monnaie d'argent.

On a calculé que les payements, les recettes, le comptage et le transport étaient vingt fois plus coûteux en France qu'en Angleterre. En ajoutant l'usure du frai, ce qu'on dépense de temps pour te comptage et la vériGcalion au moment des recettes, et ce qu'il en coûte pour les Frais de transport, on trouve que notre système monétaire coûte chaque année 125 millions de plus que le système anglais.

Toutes les raisons qu'on peut faire Taloir en faTcur de l'or 86 ramènent donc à celle-ci, qui les comprend toutes : c'est que l'emploi de l'or est un moyen de réduire les frais généraux de la circulation. L'or entrerait ainsi comme uii rouage dans ce mécanisme gigantesque qui se construit pour rendre les échanges plus faciles et plus économiques. Et, de fait, oii remarque que les nations qui ont donné à l'or la prépondérance dans leur système monétaire sont celles où l'on accom* plît le plus de transactions avec la somme de monnaie la plus petite. « Avec deux fois moins de monnaie que nous, l'Angleterre accomplit plus de transactions que noua et se targue à bon droit d'être plus riche. L'Espagne a plus de monnaie que les Etats-Unis; les Etats-Unis sont cependant plus riches que l'Espiigne '. » C'est que l'Angleterre et les Etats-Unis sont au régime du papier de crédit etque l'or n'y sert en quelque sorte que d'appoint dans les transactions. En Angleterre, on calcule que, pour faire les payements, on emploie 30 pour 100 en or, 5 pour 100 en argent et 65 pour 100 en billets de banque. Aux États-Unis, les proportions sont plus fortes, le papier de crédit figure dans les comptes pour plusdes trois quarts. Un usage plus étendu et plus régulier de l'or, faisant sentir le prix qu'il y a à faire des économies sur les transports d'espèces, a du amener ce résultat et contribuer à répandre

■ H. Michel Cbevalier. Art. Monnaie, du Dictionnaire d'économit politique.

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190 I« LA BÉFORIK DES BANQins.

l'emploi de la moanaie de papier. L'or aurait ainsi appris à ces peuples à se passer d'or.

L'adoption de la monnaie d'or comme base de notre système monétaire, bÎ elle avait lieu, détruirait dans son économie ta loi du 7 germinal an XI, qui est, pour ainsi dire, la charte de ce njstème. Tout l'esprit de cette loi est dans la disposition générale qui précède tous tes articles et qui est ainsi conçue : « Cinq grammes d'argent, au titre de oeut dixièmes de fln, constituent l'dkitë honëtaire, qui cons^^e le nom de franc. » Par cette disposition, on a voulu rattacher noire système monétaire au système métrique et décimal qui régit les poids et mesures, et régler, une fois pour toutes, l'étalon des valeurs échangeables, comme on avait réglé précédemment l'étalon des mesures de volume, celui des mesures de longueur, etc. C'est ce qui résulte de ce passage de l'exposé des motifs : « Ce projet est en quelque sorte précédé par une disposition générale qui tend à prévenir la dépréaalion de l'étalon, et à ramener vers un point fîie toutes les variations de valeur qui peuvent survenir entre les métaux employés à la fabrication des monnaies, u

Noire système monétaire a donc pour base un poids d'argent dcLerminé. C'est à ce poids d'argent que sont rapportées loules les parties qui le constituent. A la vérité, il entre dans ^e syslèmc une monnaie d'or, et cette monnaie d'or est admise dans les échanges sur le même pied légal que la monnaie d'argent; mais c'i:st du franc que cette monnaie d'or reçoit sa dénomination, comme c'est au franc qu'elle est comparée pour recevoir sa valeur. Si 29 centigrammes d'or sont un franc aussi bien que 4 grammes 1/2 d'argent, c'est qu'à l'époque où la loi était faite ils les valaient. M. Michel Chevalier a dit avec raison que c'était en francs, monnaie d'argenl, que, au point de vue juridique, tous les contrats et obligations étaient stipulés, bien que, commercialement parlant, on pût les remplir ou les éteindre avec l'une ou l'autre des deux monnaies. C'est également avec raison que M. Agé-

m LA RtFORlIB DES BANQUES. 191

nor de Gaaparin a pu dire, dans une lettre écrite au Journal des Débats le 23 novembre dernier : « Nous n'avons pas deux étalons; nous en avons un seul, et cet étalon est le franc.... La pièce d'or n'est pas une unité; c'esl une pièce de vingt fratu*.»

Or ce qu'il s'agit de faire est le renverseroenl de ce que H. deGasparin définit si bien : l'unité monétaire cesserait d'être le franc, c'est>à>dire un poids de cinq grammes d'argent au litre de neuf dixièmes de fin; l'argent perdrait même complètement son caractère de monnaie et ne serait plus reçu que comme billon. L'unité nouvelle serait un certain poids d'or à un certain litre. L'or prendrait la place de l'argent comme étalon des monnaies et comme régulateur des choses échangeables. Delà loi de l'an XJ, devant laquelle certains financiers se prosternent avec aulantde dévotion que si c'était l'arche sainte de nos libertés, il ne resterait plus un article debout.

N'en déplaise à ces tioanciers, nous pensons que la loi de l'an XI ne mérite pas tous les respects qu'on lui porte, et puisqu'on parle de la remanier de fond en comble, nous voudrions qu'on profitât de l'occasion pour voir si les savants qui ont créé notre régime monétaire, entraînés par l'esprit de sjstème, n'ont pas commis une erreur dont, après cinquante ans d'expérience, il est nécessaire d'opérer le redressement. Où gU cette erreur? C'esl ce que nous all<His essayer de montrer.

Les savants qui ont élaboré le sptème métrique et décimal, et les Assemblées françaises qui ont sanctionné leurs travaux, se sont surtout préoccupés de deux choses : la première, de baser tout leur système sur une unité Use et invariable qu'il fût toujours possible de retrouver; la seconde, de faire de ce système un tout uniforme et bomogètie dans toutes ses parties. C'est sous te coup de cette préoccupation que, de même qu'ils ont pris pour unité de capacité el pour unité de poids un mutiple de l'unité de longueur, ils ont choisi pour unité

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m DE LA RfiFonm des barques.

monélaire un muUiple de l'unité de poids. Ils aTsient même poussé l'amour de l'uniformité plus loin : ils ayaienl réglé le module et le diamètre des pièces d'or et d'argent, de telle façon qu'en en plaçant un certain nombre bout à bout on obtenait l'unité métrique et décimale.

Quand on examine les choses à la surface, on est frappé de la simplicité aveclaquelle se déroule ce sjstème; mais, quand on descend au fond, on aperçoit bientôt une anomalie qui se comprend d'autant mieux, qu'il n'y avait pas un économiste, pas un disàple de Turgot ni d'Adam Smith diins la commission savante chargée de mettre do l'ordre dans notre système des poids, mesures et monnaies. Cette anomalie réside dans le rapport qui a été établi entre la mesure du méridien terrestre et l'unité monélaire.

On conçoit très-bien qu'on puisse établir un rapport entre l'unité de longueur et l'unité de capacité; la longueur et ta capacité appartiennent toutes les deux à la catégorie de l'espace. On conçoit également que l'on prenne pour wnilé de poids le poids d'un certain objet ayant telle ou Idle dimension ; il y a pour faire ce choix des raisons de commodité qui s'expliquent d'elles-mêmes; Mais ce qu'on conçoit moins, c'est qu'on ail établi un rapport entre l'unité de poids et l'unité monétiiire, ou, ce qui revient au même, entre l'unité de longueur et l'unité destinée à mesurer les valeurs échangeables. Il y a là une analogie qui n'est point légitime, et qu'une connaissance même médiocre des principes de la science économique eût fait tomber au premier examen.

C'est un fait formulé pour la première fois par Adam Smith, et admis aujourd'hui sans conteste par tous les économistes de quelque valeur, que u le travail est ta monnaie originaire au moyen de laquelle on se procure toute chose, et que celui qui désire légalement posséder un produit mis en vente est obligé de céder en échange une quantité de travail équivalente à celle qu'il a fallu pour établir ce produit. » En d'autres termes, le travail est la mesure de la valeur; c'est par

lui que toutes les choses se produisent et s'acquièrent; c'est lui qui donne aux choses leur valeur échangeable.

Les métaux précieux qui composent la matière de la monnaie sont soumis à cette loi. Leur brillant, leur densité, leur inaltérabilité, leur divisibilité extrême, leur propriété de renfermer une grande valeur sous un petit volume, etc., ont contribué sans doute k les bire admettre comme instmm«it des échanges; mais ce qui fixe leur valeur, ce n'est ni leur composition, ni les qualités qui leur sont inhérentes ; c'est , tous tes économistes en conviennent, le travail auquel il faut se livrer pour se les procurer.

Quand il s'est agi de calculer quelle devait être l'unité monétaire, les savants chargés de cette besogne ardue devaient donc se préoccuper, non pas seulement de fixer le rapport qu'il y avait entre le poids des pièces de monnaie et l'unité métrique, ils devaient déterminer en outre quelle qnanlité de travail entrait dans l'unité monétaire qu'ils proposaient d'adopter. En un mot, en même temps qu'on établissait l'étalon-mati^rf, on eût dâ établir l'étalon-ïraviii/.

Le lecteur ne comprendra pas tout d'abord quelle est l'importance de l'anomalie que nous signalons. Peut-être y verrat-il une pure subtihté de langage. Ce qui contribuera à lui donner le change, c'est qu'en admettant pour le franc le poids de cinq grammes d'argent, on a pris soin de le mettre en rapport de valeur avec la monnaie d'or, à laquelle on a donné un caractère légal. Ainsi, c'est sur le rapport qui existait alors entre la valeur commerciale des deux métaux précieux qu'on a établi le rapport de poids entre les deux monnaies. Si on est convenu que cinq grammes d'argent et vingtneuf centigrammes d'or vaudraient tous tes deux un franc, ou , si l'on veut, que la pièce de 90 francs pèserait 5 grammes 806 milligrammes d'or (în, c'est qu'avant d'établir le rapport de poi<ls on avait eu soin de calculer le rapport de valeur.

Les membres de la commission des poids et mesures

sembltiDt donc avoir rempli les conditions que nous réclamons ici.

Un examen plusattentifdelatoi du 7 germinal an XI montrera que ces conditions ne sont remplies qu'en apparence, et les contradictions auxquelles l'application de cette loi donne lieu achèveront de faire mesurer au lecteur la portée de nos criliques.

Quaud il a Tallu indiquer quelle était la valeur du franc, le législateur de l'an XI a tenu compte des circonstances au milieu desquelles il se trouvait, et il a donné au franc une valeur prise sur la mercuriale des métaux précieux, telle qu'elle existait au moment où i) partait. Quand il s'est agi de rédiger son décret, le législateur de l'an XI a statué pour l'éternité; il a déclaré que, pour toujours et dans tous les temps, cinq grammes d'argent au titre de neuf dixièmes de fin constitueraient l'unité monétaire, c'est-à-dire que, dans la disposition générale qui renferme toute l'économie de la loi, qui en est en quelque sorte l'idée plvotale, il a cessé complètement de tenir compte de la valeur en échange du franc pour ne plus avoir égard qu'à son poids : il a ainsi établi ce rapport absurde qui ne saurait exister entre la mesure de la terre et la mesure du travail humain.

Une seule chose peut servir d'excuse au législateur de l'an XI : c'est la préoccupation où il était d'introduire la fixité dans la mesure de la valeur, comme elle l'avait été dans les mesures de lor^ueur, de poids et de capacité. Pourquoi n'aurait-il pas commis cette faute? Il avait l'habitude et le préjugé pour lui. De temps immémorial l'unité monétaire a été un certain poids de métal. Tout le monde croit encore aujourd'hui qu'il est, dans la nature, des produits particuliers, l'or et l'argent, dont la valeur est fixe et invariable. 1/ expérience démontre le contraire; elle prouve que l'or et l'argent, comme tous les produits, sont sujets à des varialions et à des oscillations, qui, pour être moins fréquentes, n'en sont pas moins trés-apprcciables. Mais les savants se

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plaisent assez souvent k caresser les erreurs du vulgaire. Et, d'ailleurs, il n'y avait pas à balancer, il fallait que le système métrique reçût son application partout.

Le préjugé et l'esprit de système, voilà donc ce qui a inspiré la loi de l'an XI ; voilà ce qui la soutient encore aujourd'hui. Pour montrer les inconvénients qu'elle entraine à sa suite, nous rappellerons les raisonnements récents d'un savant qui a fait de la question monétaire une élude toute spéciale. Nous voulons parler de M. Michel Chevalier, conseiller d'Etat et professeur au Collège de France.

H. Michel Chevalier, en fidèle disciple d'Adam Smith, admet que l'or et l'argent, comme tous les produits, empruntent leur valeur au travail qu'il faut faire pour se les procurer. H Les mines du Potosi, dit-il quelque part, occasionnèrent jadis une forte baisse de l'argent, parce que la quantité de travail qu'elles exigeaient, la masse d'efforts et de sacrifices de tout genre qu'il fallait faire pour retirer 1 kilogramme d'argent, étaient moindres que la quantité ou ta masse correspondante dans toute autre raine. Pour employer les mots consacrés parRicardo, les frais de produeiim y étaient moindres en même temps que la production pouvait y être étendue. C'est en ce sens qu'on doit entendre ces mots : La mine du Potosi fut une mine très-riche. Cette condition est la même à laquelle satisfont aujourd'hui, quant à l'or, les mines de la Califoniie et de l'Australie. »

Mais, en même temps que M. Michel Chevalier enseigne cette doctrine si orthodoxe, il est l'alai'miste persévérant à l'endroit des baisses qui tendent à se manifester sur l'un ou l'antre des mètau:! précieux. Il y a dix ans, certaines circonstances pouvaient faire ci'oire à une production plus facile, et, par conséquent, à une baisse prochaine de l'argent ; il avertissait le public du danger, et il conseillait de pousser, comme remède à la crise, au développement des institutions de crédit. Aujourd'hui l'or a fait une intrusion soudaine sur notre marché monétaire; il est, k son tour, menacé d'une

196 DE LA RËFOAHE DES BiVNQUES.

baisse. En fidèle veilleur, H. Michel Chevalier ramené sur l'or l'attenlion qu'il avait appelée sur l'argent ; il propose des mesures toutes noUTelles.

On sait en quoi consistent ces mesures. M. Michel GliCTalier, friippé de ce fait que l'or est, aux termes de la loi de l'an XI, repu sur le même pied légal que la monnaie d'argent, voudrait qu'on fit cesser cette anomalie en enlevant Ji l'or sa valeur légale pour ne plus lui laisser que sa valeur commerciale. Les raisons qu'il donne pour motiver ces mesures sont également connues : la baisse de l'or, jointe à cette Taculté de se libérer de ses dettes avec ce métal, peut, à un moment donné, cau^ ser du préjudice à tous les créanciers de l'État et des paiticuliers.

M. Michel Chevalier n'admet pas que l'État et les particuliers aient le droit de proUter de la baisse de l'or pour frustrer leurs créanciers d'une partie de ce qui leur est dû. « Il serait, « certes, bien tentant, diL-il, pour un ministre des finances, R au milieu des embarras du Trésor et des réclamations des a contribuables, de pouvoir dire, dès que la baisse de l'or aua rail commencé à se déclarer : L'occasion est bonne; payons « les rentiers en or désormais; donnons-leur pour 20 fr. les « pièces qualifiées ainsi par la loi de l'an XI, quoique la quan- « lité d'or qu'elles contiennent ne vaille plus que 15 fr., et « nous continuerons ainsi quand il n'en vaudra que 10. « Mais ce serait attentoire à la justice. Quand le législateur « de l'an XI ordonna la fabrication des pièces en or de 20 fr. a contenant 5 grammes 806 milligrammes de métal , sur quoi «se basa-t-il? Sur ce que, à ce moment-là, celte quantité « d'or fin se vendait dans le commerce tout juste 20 fr.,c'est- « à-dire 90 grammes d'argent fin . Si cette quantité d'or n'eût . n valu que 15 Tr., l'eût-il adopté? Non, évidemment'. ■

Tout cela est irréfutable. C'est la confirmation de ce que nous disions plus haut, à savoir, que la valeur des mélaui:

* Dictionnaire d'Économie politique, art. SIomniie.

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précieux, comme la valeur de toales choses, est soumise k k mesure du travail. Il est certain que si, pour se procurer 5 grammes 806 milligrammes d'or, it faut deux fois moins de travail, on n'a le droit de réclamer en échange qu'un produit exigeant de même deux fois moins de travail, et qu'il serait injuste d'en exiger le double, sous préteste que le législateur, statuant sur ce qu'il ne connaissait pas, a posé un Faux principe.

Chose singulière! M. Michel Chevalier, qui admet ces conclusions quand il s'agit de l'or, les repousse quand il s'a^t de l'argent. « Si c'était l'argent qui eût baissé de valeur, le « gouvernement françab serait parfaitement dans son droit fl en payant les rentiers en argent, tout juste comme de- « vant*. »

Il faut voir les raisons que donne l'honorable professeur du Collège de France ; elles montrent combien les meilleurs esprits se payent de mots, en même temps qu'elle fait éclater les impossibilités de la loi de l'an XI. a C'était, dit M. Michel « Chevalier, en argent que la convention avait été faite. La « loi a statué, une fois pour toutes, que 4 gr. iji d'argent fin feraient 1 franc, ni plus ni moim, chacun courant les clian- « ces de variations fortes ou faibles quepouirait prouver la « valeur du métal. Dont, toutes les fois que le gouvernement « français doit ou devra eu francs, il est ou sera toujours fondé « à donner 4 gr. 1/2 d'argent fin. Celui qui réclamerait con- K tre cette manière de s'acquitter perdrait son procès en jus- « lice et en équité '. »

Nous avouons que nous ne comprenons rien au raisonnement <lc M. Michel Chevalier, pas plus qu'il ue nous est possible d'admettre la justice du législateur. Quoi ! quand il s'agit d'un payement à faire en monnaie d'or, si l'or a baissé de valeur, vous te refusez sur le pied de sa valeur légale, sous

' Dictionnaire d'Économie politique, art. Mohbjiie. « Ibid.

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prétexte que c'est sur le pied de sa valeur commerciale, résultant de firâis de production, que tous avez stipulé et que le marché doit être eiécuté. Au contraire, quand il s'agit d'un pajement à faire en monnaie d'ai^ent, si l'argent a, à son tour, baissé de valeur, vous prétendez qu'il doit être accepté sur le pied de sa valeur légale, sous prétexte que c'est en cette valeur que la stipulation a été faite. D'un cdlé, vous admettez que la valeur de l'or dépend de la quantité de travail qu'il faut faire pour se le procurer ou pour obtenir tel ou tel produit en échange ; de l'autre càté, vous prétendez que la valeur de l'argent dépend uniquement de son poids fixé, d'une manière invariable et pour toute réiemité, par le législateur. C'est une parfaite inconséquence. Si vous voulez être aussi logique que juste, il faut que la dépréciation que peut subir l'argent mette le créancier dans la même situation où il serait en présence d'une dépréciation de l'or, c'est-à-dire qu'il soit reçu à réclamer une bonification, si une dinérence se trouve entre la valeur de l'aient au moment oill il a stipulé le contrat et celui oij il reçoit ses arrérages. Non-seulement cela est équitable, mais on ne comprend pas que l'Étal, gardien des fortunes, sauvegarde de la foi publique, en agisse autrement.

On le voit, la loi de l'an XI non-seulement a le désavantage de consacrer une anomalie et une absurdité, elle a encore celui de faire déraisonner les économistes. Four la remanier, dans le casoiî la mesure que l'on projette serait admise, il ne suffirait point de substituer un étalon d'or à un étalon d'argent. M. Michel Chevalier serait homme à retourner son argument; il nous dirait, si on stipulait que l'unité monétaire est un certain nombre de grammes ou de centigrammes d'or fin, que cette unité est la règle de toute justice et de toute équité, et que, si l'or venait à baisser encore, l'État et les particuliers pourraient se libérer avec la quantité que la loi aurait fixée. La loi monétaire doit prendre désormais pour base, non [plus un poids d'or substitué à un poids d'argent, mais la seule et véritable valeur, celle qui sert de base et de

mesure à toutes les valeurs, le travail mesuré par le temps.

C'est en effet avec la catégorie du temps, et non avec celle de l'étendue, que le travail humain soutient des rapports. Times ismofiey, dit le proverbe anglais, plus vrai et plus philosophique qu'on ne pense. Qu'après cela on incorpore cette valeur dans un certain poids d'or, d'argent ou de cuivre, cela ii'olTre rien que de très-rationnel, et, dans ta plupart des cas, est très-commode. Mais il ne faut jamais perdre de vue que c'est le travail qui vaut, et que ce n'est jamais la matière dans laquelle il est incorporé. C'est sans doute ainsi que l'entendait M. Léon Faucher quand il a dit que : u te dernier progrès des monnaies consistait dans la substitution de l'idée ite la valeur à celle de la quantité*. »

L'idée de substituer à l'étalon-métallique l'étalon-lravail est entrée aujourd'hui profondément dans l'esprit des hommes qui réfléchissent sur la marche des phénomènes économiques. Tout le monde a compris que celte substitution serait la conséquence naturelle de l'adoption de la monnaie de papier et de la monétisation de toutes les valeurs. Du moment que toutes les valeurs seraient entrées en mouvement et constituées toutes sur le type de l'or et de l'argent, quel motif y aurait-il à choisir l'une plutôt que l'autre pour étalon? Ce sérail alors que se trouverait réalisé cet aphorisme posé par Turgot ; Toute marchandise a les deux propriétés essentielles de la monnaie, Se mesurer et de représenter tonte valeur, et, dans ce sens, toute marchandise est monnaie. C'est alors aussi que l'axiome posé par Adam Smith aurait reçu sa justification.

C'est donc aux mesures du temps que le nouvel étalon emprunterait ses divisions et ses multiples.

Sous le régime mitoyen que la réforme projetée nous prépare, il n'y aurait aucun inconvénient à conserver les anciennes dénominations, le public, ayant quelque peine à s'habituer

' BeekercJtes sur l'or et sur l'argent.

SOO DE LA RÉFOEtHE DES BANQUES,

à attacher des noms nouveaux à nne chose ancienne. Hais, dans une société fondée sur le travail et sur l'échange, qu'y aurait-il d'étrange à se serfir, au lieu du franc pour mesure de ta valeur des choses, de l'heure de travail équivaleiito à 60 centimes, et à dire d'un objet valant 60 francs qu'il vaut 100 heures ou 10 journées de travail? Pour nous, plus nous y réOéchissoiiB, plus non-seulement nous croyons la chose possible, mais plus aussi nous la considérons comme le seul moyen de créer un système monétaire rationnel, comme le seul de parer à toutes les hausses et à toutes les baisses qui peuvent se manifester sur le marché métallique.

L'adoption d'un système monétaire basé sur l'or serait la transition toute naturelle pour arriver à ce résultat. En elTel, l'or, par le peu de frais que coulent sa fabrication et son monnayage, est le métal dont les refontes sont le plus faciles, qui permet le plus de mettre la valeur monélaire au niveau des frais de la production métallique, et de réaliser ainsi, dn moins en partie, ce que nous demandons : la substitution du travail pris pour étalon de la valeur à telle ou tdie quantité d'un certain métal.

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