‹ De la réforme des prisonsChapitre 10 sur 32 · LES LIBERES · texte numérisé non relu

LES LIBERES

Les conséqaences morales de toute condamnation se font sentir encore, après qae les effets légaux ont cessé. Un détenu que le geôlier met en liberté, à l'expiration de sa peine, ne saurait rentrer surle-champ ni de plein droit dans la société qui Vu exdUi L^ délit qu'il commit un jour a laissé des traces qui déposent contre lui, même après Texpiation. Le passé de cet homme s'élèTe comme une barrière qui le sépare du monde. Par cela seul qu'il a faiUi , on suppose qia'il ne pourra plus se rencontrer aux prises ayec l'occasion sans y succomber. Les malfaiteurs le recherchent, et les gens honnêtes le fuient. La fatalité, dont le crime l'a marqué , est continuée par le préjugé.

N'en doutons pas, en dépit de quelques désordres temporaires, ce préjugé est un bien. Il est relativement à l'ordre, ce que la pudeur ^t à la chasteté : c'est la sauvegarde puissante qui maintient la paix ici bas. L'espèce d'ostracisme qui frappe les libéiés au sortir de la prison, signifie que la conscience publique n'est pas enUèrement satisfaite, quand la justice a prononcé ; à côté de la peine , il bit intervenir la nécessité morale du repentir ; il confirme 1m Ids par les mœurs , et donne une sanction providentielle à l'état social.

Si les crimindi qui ont attenté à la vie ou à la propriété pouvaient , après av<rir payé leur dette à la justice du pays, reprendre, sans autre formalité, la place qu'ils occupaient dans nos rangs avant leur déchéance ; s'il n'y avait d'autre différence de position,

entre an homme de bien et un malfaiteur, que la peine encourue ; si celui qui a yiolé les lois ne demeurait pas, jusqu'à preuve d'amendement^ en état de préyention devant ses concitoyens ; si , pour rentrer en possession de la conflance^ sinon de l'estime, il n'avait plus ni épreuves à subir ni garanties à donner ; alors tout serait renversé parmi les peuples, et la notion du mai se confondrait avec celle du bien.

On a coutume de représenter les libérés comme des victimes sur lesquelles la société s'acharne sans raison ainsi que sans pitié. Mettons-nous en garde contre ces clameurs irréfléchies. La société est pleinement dans son droit quand elle repousse les condamnés, au moment de leur libération. Le lien que ceux-ci ont rompu les premiers ne peut pas se renouer ainsi par le seul fait de leur retour. Quand ils ne sont plus détenus, ils sont encore bannig^t pour ainsi dire hors la loi. Mais la communauté qui veut s'isoler de tout contact avec ces cnfans égarés, a-t-elle aussi le droit de leur interdire partout le feu et l'eau ? N'est-ce pas au contraire un devoir étroit de leur ouvrir des asiles qui les recueillent dans cet exil , et qui les sauvent du désespoir ou des mauvaises pensées?

Naturellement la position du libéré est une sorte de transition entre la prison et le monde , un noviciat moral qui doit's'accomplir en dehors des relations ordinaires, de même que l'on purge une quarantaine dans un lazaret. Il y a là un degré préparatoire de réhabilitation que le législateur doit consacrer. La loi pénale ne réprime vérilablement qu'à condition de prévoir. Lorsque vous emprisonnez un homme, que vous l'arrachez à sa famille, et que vous lui retirez tous les supports de la yie sociale, ne contractezvous pas l'obligation de lui rendre des moyens d'existence avec la liberté? En le condamnant à la prison^ vous n'entendez pas le condamner à la mort ; vous ne voulez même pas qu'il meure , puisque vous cherchez à faire naître en lui le repentir. Ne le rendez done pas inhabile à vivre ; aplanissez-lui le travail et l'avenir, si

TOUS Toulez qu'il ait intérêt à s'amender. Dans toute citilisation bien ordonnée, des étabUssemens ou des colonies de libérés sont le complément indispensable des maisons pénitentiaires ; le poète de la philosophie , M. Ballanche^ n'a fait qu'exprimer , par un$ magnifique hypothèse, cette nécessité de l'ordre social^ en écritant la yîlledes expiaiiom,

H existe une corrélation inévitable entre le régime des détenus et l'état des libérés. Des prisons, où la discipline est rigoureuse et a pour objet l'amendement des condamnés , disposent ceux-ci à résister, quand ils seront libres, aux tentations qui portent au mal ; réciproquement , lorsque las libérés peuvent exercer une industrie et gagner leur pain en travaillant, le nombre des récidives diminue , et le système pénitentiaire , n'ayant plus à lutter contre des natures endurcies , agit avec plus d'efficacité.

Les récidives, en Franco, vicnnentautant de l'abandon dans lequel on laisse les libérés que de la corruption qui se forme par le mélange des détenus dans les prisons. En exigeant de ces malheureux certaines garanties légales, on a négligé d'en stipuler en leur faveur. La loi procède logiquement, qui en doute? Mais ses procédés sont-ils humains? sont-ils conformes à l'équité? Assurément, quand on constitue une certaine classe d'individus en état de guerre avec la société, il est difficile de ne pas donner à la société des armes contre eux ; mais aussi pourquoi les placer dans cette situation violente, entre le devoir et le besoin ?

La surveillance de la haute police^ imposée aux libérés par le Gode pénal, n'est que la traduction exacte, disons mieux, la formule du prëjugé qui les poursuit. Elle ne va point au-delà : on y Ht clairement la répugnance dont ils sont l'objet dans nos mœurs, mais on n'y aperçoit aucun pouvoir de tutelle qui les garanii^e à leur tour de Poppression.

Nous avons fait l'essai de deux formes de surveillance depuis 1810. Ni l'une ni l'autre n'a produit la sécurité que l'on attendait. Avant 1832, le condamné se voyait relégué, & sa libération, dans

un Ilea dont n'atait pas le choix et dont ne pouvait pas sortir, sons peine d'une détention dont le gouternement seul arbitrait la durée. « Le mode actuel de surveillance, disait le Garde des sceaux en présentant la loi de 1832, élève des obstacles, presque insurmontables & Tamendement des criminels. Les mesures prises par la police pour s'assurer que le libéré occupe réellement la résidence qui lui a été assignée, donnent au fait de la condamnation une publicité inévitable. Surveillé par des agens subalternes, sigoalè & la défiance des maîtres, à la Jalousie et au mépris des ouvriers, suspect de tous les crimes qui se commettent dans le lieu où il réside, le libéré ne trouve plus de travail; l'impossibilité de gagner honnêtement son pain étouffe en lui toutes les résolutions d'une vie meilleure ; la misère rappelle et entretient ses anciens penchans au crime, et il se jette dans la récidive aussi souvent par désespoir que par perversité. Les libérés qui veulent s'amender essaient par tous les moyens d'échapper à la surveillance de la haute police. »

La loi donnait, il est vrai , un moyen de s'y soustraire; le condamné pouvait s'affranchir de la surveillance, en fournissant un cautionnement ; mais cette faculté détruisait précisément Téconomiede la loi. Qu'est-ce en effet qu'une gène, une garantie que l'on est libre de racheter ; qui ne retombe que sur les plus misérables , et qui épargne les plus habiles et les plus heureux ; vexatoire, comme on l'a dit, pour les uns, inefficace pour les autres, et nulle en résultat? On a constaté que les libérés de Paris et des environs usaient à peu près seuls de la faculté de donner caution ; les plus dangereux se procuraient ainsi la liberté la plus étendue. Ailleurs, le plus grand nombre changeaient de nom, rompaient leur ban ; et quand tous les subterfuges avaient été épuisés, venaient demander , comme une grftce , à rentrer dans la prison , où Us trouvaient du moins , un abri , des vêtements et du pain. Nous avons déjà cité la déposition du directeur de Glairvaux , qui atteste que la plupart des détenus ne considèrent aujourd'hui la

prison, que comme un hospice ouyert à leurs infirmités et à leurs besoins.

Dans Fesprit du Gode pénal , la surreillance était une peine ; le législateur, en 1832^ s'est étudié à n'en faire qu'une mesure de précaution. On n'a plus désigné aux libérés un lien de séjour forcé; on leur a seulement interdit l'accès des grandes cités. Ils doivent déclarer le lien qu'ils ont cboist; et renouveler cette déclaration lorsqu'ils changent de résidence^ afin que l'autorité ne les perde jamais de yue. Voila donc le condamné libre de ses démarches et de ses actions. Le territoire tout entier lui appartient : si l'industrie du Nord le repousse , il peut s'adresser à celle du Midi. Son nom et ses antécédents sont-ils connus dans TOuest ; il émigrera yers les frontières de l'Est. La loi cesse de le persécuter ; est-ce assez pour mettre un terme à sa détresse et h son isolement ?

Que deyiennent aujourd'hui les condamnés, après leur libération ? Interrogeons les directeurs des maisons centrales. « Parmi les libérés qui ne sont pas repoussés par leurs familles , dit le directeur de Clairyaux ( 1 ) , les deux tiers au moins se conduisent bien , un sixième succombe faute do persévérance , ne pouvant dompter un profond sentiment de paresse ; le reste vole fatalement. Ceux qui ne trouvent pas de travail, se livrent au vagabondage, à la mendicité ou au vol. » —Les libérés, ajoute le directeur d'Embrun , commencent par dissiper leur masse, de réserve et reprennent ensuite leur vie d'industrieuse oisiveté, évitant cependant le plus possible de se faire reprendre dans le ressort de la Cour où ils ont déjà été condamnés. Et en cela Us sont merveilleusement secondés par les dispositions nouvelles sur la surveillance, qui leur permettent de changer facilement de domicile. » — Le directeur d'Ensisheim est encore plus précis : « Les libérés qui ont de bonnes intentions se retirent généralement dans leur

(1) Béponies des Birectears des Malsons Centrales.

en 1833, 1346 ont été pour saisis pour vagabondage ou rupture de ban ; le nombre ëtait de 1,435 sur 4,664 en 1834, ce qui indique à peine une augmentation de lil5"''' par année.

On remarque que le nombre des délits de vagabondage , qui s'accroît d'année en année^ pour les libérés en état de récidive, diminue cependant, eu égard à la masse des prévenus. En 1831, Ton comptait 3,683 prévenus de vagabondage ; et S,838 seulement en 1834^ la diminution est de 22 pour cent en quatre années. Ainsi la loi prend une direction opposée à la tendance des mœurs.

Les dispositions nouvelles qui concernent la surveillance ont encore pour résultat de favoriser l'agglomération sur certains points du territoire, ainsi que la réunion des libérés. Qn sait que les associations des malfaiteurs se forment dans les établissemens de détention : c'est là que se préparent les complots, et, pour employer le style du lieu, que se donnent les affaires ; de là partent les bandes qui vont exercer leur industrie partout où la police est faible et la propriété sans protection. Avant la loi de 1832, ces associations redoutables n'étaient guère possibles ; car il dépendait de l'administration de rompre le complot en expédiant les complices, l'un au Nord et l'autre au Midi. Aujourd'hui, les libérés sont maîtres de choisir leur résidence, et peuvent, par conséquent, se donner rendez-vous sur le théâtre désigné pour leurs.déprédalions. La loi de 1832 désarme la société , sans pourvoir au sort des libérés. L'état de guerre continue; seulement, et par un excès de confiance que rien n'autorise, nous avons renoncé à nous garder.

Cette inconcevable sécurité du pouvoir social ne se révèle nulle part sous des traits plus naïfs et plus débonnaires que dans le rapport au roi , qui précède le compte-rendu de la justice criminelle pour l'année 1834. On yreconnatt le progrès des récidives parmi les libérés dans l'année qui suit leur libération ; mais il n'y a pas lieu de s'en étonner , dit le rapport, « parce que beaucoup de

ces libérés n'ont été poursuivis que pour s'être soustraits à la surtéinance de la haute police , fait qui n'était autrefois réprimé que par mesure administratlTc , et qui constitue aujourd'hui un délit, n

n semble, A lire ces lignes , que les libérés condamnés de nonyeau et pour fait dé vagabondage, ne soient coupables que parée quil platt aux tribunaux de les trouver tels ; que le vagabondage soit naturellement un état d'innocence, et que la condamnation ne soit prononcée que par mesure de sûreté. C'est pousser bien loin l'optimisme administratif. M. Faustin Hélie nous paratt plus près de la vérité, quand il considère le vagabondage comme un acte préparatoire des crimes ou des délits. Mais en observant attentiTement les faits, on reconnaîtra que cette définition ne répond pas encore & toute leur étendue. Dans notre opinion, le vagabondage est un état perpétuel de délit, c'est l'existence même des hommes qui conspirent contre les lois. Si l'on n'y porte remède, avant dix ans les bandes errantes des libérés auront remplacé, dans les campagnes, ces tribus de bohémiens qui ne vivent plus que dans la mémoire des populations.

Nous avons indiqué ailleurs le progrès général des récidives. Mais, sans nous occuper des libérés que moissonne chaque année la récolte des prisons , n'est-ce pas un grave sujet d'inquiétude que cette foule de condamnés qui rentrent chaque année dans la société pour y rester ; qui, repoussés par le sentiment public, privés des droits de cité, à peine supportés par la famille, ^membres déchus et non réhabilités , exemple et tradition du crime , objet de scandale et d'efTroi , vont accoutumer le peuple à voir la corruption habiter avec ses enfans et vivre dans leur famiUarité ?

De 1830 à 1833, en quatre années, 24,877 libérés sont sortis des bagnes et des maisons centrales : de ce nombre , la justice en a saisi de nouveau 4,387 ; plus de vingt mille sont retombés comme on résidu impur au fond de la société. Si l'on voulait énumérer

tous les reliquats de ce, genre qoe nous supportons depuis la paix, on ne trouterait pas moins de deux cent mille libérés dans nos raB^s,làeent soixante-cinquième partie de la population. Deux cent mille mlteionnaires du bagne, à côté de trente mille pirôtrM et dtd dix Aille magistrat! ! Qoe Ton dise si la puissance du bien est égale, dans notre civilisation, à celle du mal.

^ Les condamnés libérés, s'écriait un ancien préfet dans la difeussioli qot a précédé la lot de 1832, sont le plus grand fléau de l'administration. » Il n'y a jpas de ihois en effet, de semaine, ni de jour, où quelque procès n'atteste l'influence d'intimidation que oei hommes exercent autour d'etix. La maison où se retire lé condiiihitté libéré a remplacé le manoir féodal dans la terreur superstitieuse des villageois . C^st le repaire où se trament toutes les aftchltiatfotts contre le repos pùbPc. Les gendarnies obse^rent lliAbllant du Heu , et le Journidler évite sa rencontre avec soin. Uii ^f^tfeèê récent ne nous a-t-il pas appris que lé procureur du roi, te représentant de la société auprès de la justice, dans certaines villes de province ne sortait jamais lé soir ? Ainsi, les hommes que l'on a ehfttiés de leurs méfaits par le bagne ou par la prison, se tehgent en ettiprisoftitant nos magistrats dans leur domicile ! Us tiennent la force publique en é^hec ! Soyons fiers après cela de notre admlnisthition !

GeUe impréfoyance de la légiglatton, en ce qui concerae l'èUt dsi libérés , n'est point parUculiére à la France. NoUe part, siée o'eit pent-élre dans le dnehé de Bade , où le patronage fondé en fitf enr des enfants s'étend anssi aax adultes après leur libératiop, la loi n'a songé à suivre les détenos, dont la peine expire, aa*delà des portes de la prison ; il n'y a de s<dUcitnde qœpour ceux qui sont eneore sous les verrous. On les traite, dans ces maladies morales, tant qu'ils sont hors d'état de nuire; d<is que le danger eommence, et que la liberté les expose de nouteau à toutes les sédnetions de leurs mauvais penchans , on les abandonne sans contrôle et sans secours.

Mais si la même lacune^ dans les institutions pénales, se fait sentir chez tous les peuples civilisés, c'est prindpaleoMit en France que l'incurie du législateur a tourné au détrinient de l'individu et de la société. Partout ailleurs les condanuiés Ubérèi, que le monde repousse , trouvent encore quelque refuge où llnfvnie de leur

« passé n'empêche pas du moins qu'ils obtiennent du travail et.4u

i pain. £n Belgique eten Hollande, leur placeest marquée, 4uand Os

le veulent, dans lesc(donies«gricolesd'indigens. L'Angletomi leur ouvre , comme à tons les pauvres oisifs , sjss nuUsoni de traidl

i( {ydork'hùuitè\ et au besoin ses nombreuses colonies. Dans les

états de l'Union américaine , un détenu y que l'on met en liberté , n'a qu'à passer du nord au sud,^u de Touest à l'est , pour se voir

/- ' mettre de recommencer une nouvelle existence, dans une contrée

où ses antécédens sont tout-&-fait ignorés ; si la société lui est devenue odieuse, il va défricher le désert^^

En France, aucune de ces ressources n'existe. Les dép<Ms de mendicité, création avortée de l'Empire, ont été fermés dans certains départemens ; dans certains autres, on les a convertis ei^prisons. D'autre part, nos établissemens coloniaux sont trop exigus ou trop mal organisés pour offrir un exutoire à la mMropole, en-

combrée des débris d'une longue eorrnption. A rintérieur, les libérés n'ont pas d'autre asile contre la snnreillance et contre la misère que la maison de détention. Nous ayons déjà cité la déposition du directeur de Clainraux , qui affirme que , sur 655 condamnés en récidife qui peuplaient la maison en 1834, 506 étaient réputés n'aroir commis un nouveau délit que dans l'unique but d'y trouTer des moyens d'existence assurés. La prison est leur hospice, ou leur maison de campagne, pour emprunter la langue pittoresque de Targot.

n n'y a qu'une opinion aujourd'hui sur la nécessité de pourvoir au sort des condamnés, après leur libération. L'humanité le veut, etllntérèt social le conseille avec énergie. Quant aux moyens de replacer ces malheureux^ sans danger, au milieu de nous , c'est une matière à peu près inexplorée. Nous en sommes encore aux vœux, quand il faudrait mettre la main à l'exécution.

Un grand nombre de conseils-généraux, dans la session de 1836 , ont pressé le gouvernement de prendre une mesure à l'égard des libérés; mais il en est peu qui aient donné en même temps leur opinion sur la nature des ixpédiens qu'ils entendaient reconmiander. Encore même , delà part de ceux-ci, le vœu n'avait-il pas toujours une précision suffisante pour que l'on en pût attendre des résultats dans l'application. Ainsi le conseil du Loiret engage le gouvernement & coloniser les forçats lihérésy sans expliquer s'il entend parler de colonies intérieures ou de colonies fondées sur un autre continent. Pendant que les conseils de la Creuse et de Sa6ne-6t- Loire veulent que l'on ouvre aux libérés des ateliers de charité, edui du Morbihan s'élève eontre ee remède provisoire qui n^empèche pas l'accroissement des crimes , ni l'expansion du vagabondage et de la mendicité.

M. Bëranger propose d'étendre aux adultes le patronage que Hlnsieurs associations ont établi avec succès en faveur des jeunes libérés, n n'y apas d'inconvénient à le faire ; mais que l'on n'espère pas conjurer ainsi les périls de cette situation. î-e patronage in-

tenricDt, d'une manière efficace, pour rattacher à la société dei enfans qu'une faute légère ou très souyent un malheur en aialt exclus ; parce qu'il n'y a point sur eux cette note d'infamie qui repousse la confiance, et parce qu'ils ne sont pas atteints de cette corruption invétérée qui ne laisse presque aucun accès au repentir. Mais en sera-t-il de même des libérés hommes faits ? Trouyerat-on bien facilement un assez grand nombre de citoyens déyoués, et qui joignent in la chaleur du cœur l'autorité de l'intelligence > pour secourir, surveiller et fortifier dans leurs bonnes résolutions les dix miilomairaiteurs reconnus qui sortent tous les ans des bagnes ou dts prisons? Comment les patrons triompheront-ils de la jubie répugnance que les chefs d'atelier éprouvent à recevoir, au nombre do leurs ouvriers, des hommes dont la probité a notoirement fléchi , et demeure suspecte à bon droit ?

£n supposant que les obstacles s'aplanissent de ce côté , les libérés se verront peut-être à l'abri du besoin ; mais on les aura replongés dans ce milieu social, où les occasions de mal faire sont tes mêmes auxquelles ils n'avaient pas su résister. Ils passeront sans transition de la détention à la liberté ; au sortir de l'obscurité ils seront esqposés à la vive Uimiëre , qui ne peut manquer de les éblouir et de les aveugler. Le patronage ne sera utile qu'à ceux qui avaient déjà la ferme intention do se bien conduire ; il n'aura pas la puissance de raffermir ceux qui chancelleraient dans le bon propos, ni de convertir ceux que le crime attire comme malgré eux.

M. Guillot , entrepreneur-général des travaux de la maison centrale de Gaillon , qui sait de quelles tentations les libérés ont à st défendre, a conçu la généreuse pensée de réunir un certain nombre de ces malheureux dans unétablissementindusMIelqu'ilafondé, auprès de la maison de détention. C'est une succulrsale de la prison, et comme un lazaret moral où les condanmés viennent se purifier par le travail et l'épreuve, avant de rentrer dans le monde. Après avoir passé quelques mois dans ces ateliers , ils peuvent se présen-

ter dans toate ifille manufacturière ayec des livrets réguliers , qui leur serrent de recommandation .

M. Guillot yondratt que chaque maison centrale eût ainsi une succursale libre où les condamnés trouyeraient à se réhabiUter par l'économie et le travail. Ce plan est déjà réalisé, bien que sur une échelle peu étendue , & Gaillon ainsi qu^à Fonteyrault ; et il serait fadle d'en généraliser, à peu de frais , l'exécution , s'il devait résoudre la difficulté. Le directeur de la maison centrale de Gaillon , qui a vu les commencemens de cette expérience , y fait de graves objections. «Il serait dangereux, dit-il, de placer les luccursales de travail à côté de chaque maison centrale par plusieurs raisons : 1* les libérés coatinucraient d'entretenir des rapports avec les détenus; ^""k l'époque des libérations, ils se tiendraient à l'affût des partans pour leur escroquer leur argent ou les séduire; S"" dans un moment de crise, il y aurait du danger à ce voisinage de malfaiteurs détenus. »

On pourait obvier encore, par des mesures de police, aux dangers que signale le directeur de Gaillon. Mais le défaut capital du plan de M. Guillot, défaut sans remède possible, est d'un ordre purement moral. Il fait beaucoup pour les libérés, en leur mettant, comme on dit, le pain à la main ,- mais il fait trop peu pour la société , puisqu'il néglige , dans le régime de ces ouvriers improvisés , tout autre moyen d'amendement que le travail.

L'épreuve , insuifisante comme elle est , a d'ailleurs une trop

courte dorée. Qu'est-ce qu'une expérience de quelques mois pour rassurer les chefs d'atelier contre la perversité de gens familiarisés de longue main avec toute espèce de dépravation ?

Pour débarrasser la métropole des libérés qui Tinfestent , on a plus d'une fois imaginé de les déporter en masse et d'en former une colonie sur quelque point des territoires inoccupés qie renferment les deux Amériques, l'Afrique et l'Asie; mais une déportation sans terme ne leur serait pas moins funeste qu'une liberté soudaine

et sans préparation. Nom ratons tu, le moment de bUbèrtUon ne peut pai être, pour les condamnés, celui de leur retour dans la société ; toutefois ils doiyent y rentrer un jour, et ce serait une grande faute de les en exclure à jamais. La société est notre mère commune, qui ne déshérite personne, et qui doit recueillir tôt ou tard sesenfans égarés. Lorsque la peine, d'ailleurs, est temporaire, on n'a pas le droit de comprendre au nombre de ses conséquences une sorte d'exil perpétuel ; si l'on colonise les libérés , il importe de se souvenir que ces établissemens doivent être des colonies de réhabilitation, et non des colonies de punition.

Les malfaiteurs étaient Jadis une population héroïque, habituée à braver les élémens comme les hommes , et que la civilisation , après les avoir châtiés, pouvait jeter à Favant-garde pour lui servir de pionniers et d'édaireurs. Aujourd'hui, cette race impure a changé de caractère : elle a moins d'audace que de ruse, et moins d'énergie que de corruption. Ce sont des instrumens débiles, des corps usés qui résisteraient mal aux fatigues d'une colonisation lointaine ainsi qu'aux influences d'un climat étranger. Il faut retremper leur constitution physique et leur nature morale, avant de leur donner un rôle social & remplir.

Une grande nation doit outrir^ sur son territoire, des établissemens de refuge pour les libérés , de même qu'elle entretient des maisons de détention. Mais convient-il de placer ces asiles dans l'intérieur dc^ dtés populeuses, qui offrent, comme on Ta dit,«d'nn côté, des ressources industrielles variées; et de l'autre, des moyens de police qui ne se rencontrent pas ailleurs ? » L'organisation manufacturière nous parait tout aussi peu appropriée au régime des refuges qu'à celui des prisons. Si les moyens de police abondent dans les villes, les occasions de mal faire y sont aussi plus fréquentes ; le libéré s'y trouverait saisi de nouveau par une multitude détiens, dont il importe de l'isoler.

C'est au travail des champs, à cette vie de retraite et de paix qu'il faut demander la gymnastique morale qui renouvelle les con-

fldeiMM. FMidefe Ûm reftogetf afrieolei, à roietepl» ili ae lùÉl tii U'^ bitos dantt h Belgiqiie etteôi la Hoflande, ml IwIflMMi tJMMrt liifra qoàraiiti^e eomme dans on laiarel. La Fniiea a haH «•- UoM fllieetaFes en landes > en brarèrea eten Mrrea ineall6B4 41=^ frhAier. VeBà le lerrrin de la eoiontwitlon. EMMIawa ona fé r aM p # î nalepar d^pfartement ; on eonWaiiei lea MaHIaaeaMna «or qtflÉ^ qaep pointa, teb que la 'Sologne, la Champagne ellaa hndaa di Bordèan. QaelerHbèréfl y sAjoarnent denx âM, et qn% y r^ ^àfrent, à leur ebohE, soit une Adocatiott eoloniala qali leadiapaaa à a^expatrier, aolt des eonnatananees pnreneel applteaMaa à nudnstrie et ft la cdltnre du territoire nattoniA. Qu'à rexptratlo»da eé terme, une société Ubre de patronage, on une eoBMUiarion inal^ tuée par l'état, se charge de suiyre ehaeon d'eox dns lasadèi^ d^siorer les premiers pas qn'U doit y flrire et de le redrcaasr qiMÉid il eal tenté de défier de la voie qni Ini esl traeée. Pr o p os as eneeai» des primes à la bomie eondoite; et qne le enltifitenr libéré , qil anràofllrt les mriOenrs exemples, soit doté, an ternaa iMPépravaé; d*«ie éha^pilére, d^on aFpenfde terre, d*one tanhe, oo df lB at sit » * mens delalnnnr. La discipline des'reftiges agricito, sans aHMar la séférité firi est ttéoessaire dans une prisa», MèsfraltpialaÉ»* sir MX coloJM nne entière liberté d'action. A côté des réeampin i ses qni excitent rémalation, nons toolons vne sanetfoii pénale qid cSIraie, et qui prérfanneles désordres. La règle dea habltndaa béH Ulatres nons parattici la mdileare ; le refuge doit raiaf hlftr A -wà oÉmp, plntôt qu'A on eonrent oiKqa'à nne prison. •'/^•i.' .

n ne fant pas dissimnleF qne la fondttitin de ref agsSri!a|riatfM^ asseï vastes et assez noadveiix poor admettre anwsOmsentteh pour garder, pendant deux années, les cQodaaaaéalibéiéa<i»|(nr tes les parties de la France, exigerait d'abord une forte dépense de capitaux. Mais ces dépenses ne tarderaient pas i ètr^amplemcBt compensées par la dimimition des récidives qd amènerait nne grande économie dans les frais de détention.

La seule question qu'il reste à examiner, c'est de satirtrsi Ton

YfUtitfttttffk dit 4A vàan à nag An niniiaiirf fWHBltiifliWfi AU

Iffpr i<fnr4lit dm n^bTeDlto? 4a goawrae^mt; op il TAlttidlpaipvmi chtfBk46 l'iadMvMratioii dff ntnt»^ wmm A rut dllàdi «filte4ii |ii#«M. £« AbiM^

rUf^Bi iBfMit tavriowr 4 l«iii« qsuvmê un cachet 4e dqi'^ ^ ||e ptidtar, etiQiii ««uriiflliDi d'aiUeprf l'citroUen atec )a «oUlcftaie de.n«tértt piiTé. Mate en France, l'eaprit d'aMociafiaii n'a pat hi oitaaet baUtuto de disciidina et ne 9'eit pai éieté encore i4iett# bamear ; il n'a nifMtience, Bilanneté, ni déaintteeflieiyiant, at4Wieportegaèi«qnelàoa daa proûts preaqqe cartai«i Kuatt t e^^érer. Le^oawrneniant feol a chez «oui cette «apacUé morale q«i«nrt di baae an inftitutionf.

flrtndiedaidociinienfl neouelllii par N. Bneiviede Binmienae qae féti^aieinent dea colenief a^icolea ^n Aelgiqae, f comppii l'acbat dea.teina, la conatraotion dea bUtaMUti, et le^fapital d'cBpWlation, a eo&té mUle fkanca efttkon par ladiTida. S« jiop^

peaMl4inel'opdMaerèilgfuv9.en France, il des iraii ci^^^Mi dat^ bflilne propoEtioDy ce aérait une fonune de Tingt nUttonad* f lanci * idtpenaer en dem ana, ponr ttngt aiiHe Mbèpia. On pcwr^ raiteBpnuiter leeapital, «fecr«8péranoe<de l'unoiitir a» iv^a» deyaaaédant daa leceUea aur lea dépenaca; aroédapt irtEwMIMii, al kaMhMlaa étaient bien adminiatrèea. MUa, qoand jl jÇptqdrait.eo fairel*ftbaBdon» nooa ragarderiona ee aacriice'CaBMBe Uon fidUe, eu égard à la grandeur da bat. Si l'on demandait .pon pal ilMft flriltena, maiiisent, mida danx-centa, ponr le vepoa de la aooièté, et liow la fégènération 4*ane race mandile an miliea daa bomnea , qrt -pMrrait mardinder œa réaoltats ?

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