‹ De la réforme des prisonsChapitre 21 sur 32 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

Le goayernement anglais publie chaqae année lei observations adressées an ministre de Tintérlear par les inspecteurs qu'il charge de visiter les prisons. Le rapport de MM. W, Grawford, W. Russell et B. Hawkins sur les prisons de Londres (Aom« disMcO renferme un traTail fort remarquable sur les jeunes délinquans, dont nous avons cm devoir publier ici la traduction, en abrégeant les détails qui n'offt-alent pas un grand intérêt pour des lectevr» français.

Rappêrt des impecteurs {home district.)

« On a diversement estimé le nombre des enfans de la métropole engagés dans la pratique du crime. Ces calculs reposent sur des données qui méritent pev de confiance, et nous inclinons à penser qu'ils exagèrent les faits, bien que Tonne puisse révoquer en doute l'étendue du mal. L'accroissement prodigieux qui se fait remarquer, depuis ces dernières années, dans le nombre des jeunes détenus, ne provient pas uniquement des progrès réels de la criminilité. Plusieurs délits, pour lesquels un enfant est aujourd'hui envoyé en pri* son, étaient négligés auparavant par l'autorité, ou n'étalent pas regardés comr me présentant un caractère assez grave pour qu'on les punit par l'emprisonnement. Aux termes de la loi sur le vagabondage {toagrant neCj, des centainea de jeunes gens qui demeuraient auparavant en pleine liberté sont mis aujourd'hui en prévention, non point pour quelque délit positif , mais comme vivant dans l'oisiveté et dans le désordre, ou comme étant réputés voleur^ {idle and disorderly orreptUed thieves).

La loi sur les délits de pure malignité [malidous trespass ocQ, et d'autres lois spécialement applicables aux délits de If jeunesse, ont contribué encore A augmenter le nombre de ees détentions.

Depuis FétaMtasement d'un meilleur système de police, des troupes de jeu-

( 242 ) nef délioqatnf , qui échappaient à l'action de la justice, ont été amenées devant les tribunani. Avant cette rérorme, l'arrestation du délinquant était provoquée, dans la plupart des cas, par la partie civile; et si le vol n'était pas découvert sur-le-champ, ou si quelque antre circonstance favorisait l'évasion du coupable, on parvenait rarement à le saisir. II en est autrement aujourd'hui : un officier de police arrête un enfant dans les rues sur le moindre indice de culpabilité, et lorsque celui-ci est encore nanti de l'objet que l'on suppose avoir ét4 dérobé ; l'enrant est détenu le temps suffisant pour découvrir le propriétaire, que la police avertit par la vole de son journal {hue and cry). C est lé sans contredit un moyen efficace de découvrir les délinquans ; et il ne donneraH Heu à aucune objection, si l'emprisonnement provisoire que subit le prévenu n'était de nature à le dépraver.

En calculant l'accroissement des crimes, il ne faut donc pas oublier que l'effet de la réforme introduite dans la poîice, et de la juridiction souveraine attribuée aux tribunaux {magistrates) de police, a été de porter i la eonnaiisance f du public une grande quantité de déprédations qui restaient ignorées, etd'aug-

! menter par conséquent le nombre des prévenus. Les délits les ploi légera,

commis par les plus petits enfans, que l'on considérait naguère comme des m-

piégleries, sont traités comme des crimes ; et les jeunes gens qui auraient et-

I suyé pour ces actes un châtiment sommaire , sont mis en prison et traînés de-

I vaut on tribunal criminel. Quelques-unes de ces accusations sont delà plof

frivole espèce. Un enfant a été détenu dans la maison de correction de Cold- Baih'Fields pour vol d'one orange ; plusieurs ont été confinés dans la prison de Westminster {fF'estminêter-Bridewell) pour avoir dérobé quelquea pommes , un dernier dans la prison de Clerkentcell pour avoir fraudé son maître de six pence (14 sous). Parmi les enfans détenus dans cette maison, il s'en trouve un qui a dérobé une jatte de bois, un second a volé une brosse à tète, un troisième un poids de demi- once, un quatrième une petite scie» un cinquième un flambeau de cuivre, un sixième des dragées, un septième ua coco, un huitième un couteau, un neuvième ua fouet , un dixième quatre sous [Ihree half pence) , un onzième enfin deux biscuits (1). Nous pensons encore que l'on suppose à tort que le nombre des délinquans est égal au nombre des délits jugés. En fait, la plus grande partie de ces enfans sont détenus à peine pendant quelques mois, et reparaissent fréquemment soi)S d'autres noms devant la justice dans des circonstances qui ne permettent pu de constater leur Identité.

(1) Il en est de même en France; des larcins que l'on punit a« collège par un jour de cachot, conduisent un enfant du peuple dans les prisons publiques, sonventpour le reste de ses jours. .

Toutes ces raiions nous font penser que raccroissement réel de cette classe de délinqoans n'est pas aussi considérable qu*on le croit généralement. Toutefois Ton ne saurait nier que le mal n'ait fait des progrès alarmans , et que le nombre des enfans qui encombrent les prisons et qui infes-^ tent les rues de la métropole ne soit assez grand pour expliquer l'intérêt que cette question excite dans le public, et pour appeler toute l'attentSon du gou> vemement.

Parmi les nombreux jeunes gens qui sont détenus avant jugement, et qui doiveni comparaître soit devant les assises, soit devant les sessions , ou qui ont été soit condamnés par ces tribunaux criminels, soit jugés (omipairement en vertu des lois suivantes : Malicious trespass act, Larceny ad, flagrant act, etc., la statistique des comptes-rendus officiels ne comprend que les criminels qui tombent sous la juridiction des assise» ou des sessions. Nous n'a vous donc aucun moyen de classer les autres délinquans de toute espèce qui peuplent les prisons.

Les Tables criminelles de 1834 montrent que sur 22,451 accusés, pour l'Angleterre et le pays de Galles, 9,077, ou environ 40 pour cent; n'avaient pa« dépassé l'âge de 21 ans, et que 2,604, ou 12 pour cent , n'avaient pas dépassé l'âge de 16 ans. La proportion des jeunes délinquans est bien plus grande â Londres et dans les districts manufacturiers que dans les comtés agricoles. X Londres et dans le comté de Middlessex, sur 3,075 hommes accusés en 1834, 498, ou environ 17 pour cent, étaient au-dessous de 16 ans; et de 962 femmes, 101, ou environ 10 pour cent. Dans le Lancashire, la proportion des Jeunes délinquans au-dessous de 16 ans était de plus de 14 pour cent, et pour les jeunes filles d'environ 14 pour cent, tandis que dans le Dsvonshire elle ne s'élevaitqu'â 8 pour cent, et dans le Buckinghamshire â 6 pour cent.

Ces faits indiquent suffisamment que les grandes villes sont le terrain où le mal a poussé les plus profondes racines ; les comptes-rendus officiels montrent encore que les jeunes délinquans ont plus de part^ux larcins et aux vols qu'aux, autres délits. Pràdant l'année 1834, 16,607 accusés furent mis en jugement pour délits contre la propriété stns violence ; dans ce nombre , 7,330, on 40 pour cent, étaient au-dessous de 21 ans, et 2,272, ou 13 1 {2 pour cent, audessous de 16 ans, pendant que sur 5,272 hommes et 572 femmes, compris dans lei autres classes de criminels, on ne comptait que 227 jeunes garçons et 25 jeunes filles an-dessous de 16 ans , soit dans le premier cas un peu plus de 4 pour cent, et dans le second 5 pour cent.

Le défaut de documens statistiques ne nous permet pas de présenter de& faits qui s'appliquent exactement au nombre total des jeunes délinquans ; mais pour ce qui concerne Londres ,ti le comté de Middlessex, ^ous avoua recueilli les renseignemens suivani sur les enfans au-dessous de seize ans.

qui sont cmtréf dani let prisoni de la métropole pendant les troU demlire» jumlef 1883, 1834 et 183& :

Cterkenirell. . 1,649

Gilbspor-Street 636

Bridewell 244

Westminster « . , . 1,109

Newgate 374

Cold-Bath-Fieldi 2,543

mm

6,455 Et pour la moyenne de chaque année. 2,151

Sur les 6,455 jeunes détenus, 1,295, ou un cinquième seulement, 432 par an, ont comparu devant les assîtes ou dans les sessions ; le reste des délinquans, ou 5,160, et 1,720 par anuée, ont été jugés sommairement.

Du nombre actuel des jeunes criminels, il faudrait déduire ceux qui ont récidivé dans la même année. Sur ce point nous n'avons que des observations très imparfaites. En consultant néanmoins les comptes-rendus de la prison de Westminster {H^esimin»leT'Bridewell\ il parait que sur 215 garçons de seize ans et au-dessous, qui y ont été enfermés pendant les ^ six derniers mois de 1834, Il n'y en avait pas moins de 62 en état de récidive, dont 31 avaient déji iubl une condamnation , 7 deux , 2 trois, et 22 plusieurs. Ces faits suffisent pour montrer que la proportion des récidives est généralement considérable.

^oos ne croyons pas avoir à rechercher ici les causes premières des délits commis par la jeunesse ; l'accroissement de la population doit augmenter inévitablement le nombre des criminels, et, dans les saisons où le travail vient à manquer, le vol a un attrait presque irrésistible pour des hommes en proie au besoin. Le penchant au larcin est un des vices qui se déclarent dès les plus jeunes années , et le malheur de la pauvreté ne se fait jamais sentir d'une manière plus déplorable que dans l'impuissance des parens de la classe ouvrière à réprimer chez leurs enfans les premiers indices de ce penchant criminel. Dans les conditions élevées de la société, aussitôt que l'on découvre un pareil défaut, Ton s'attache à tous les pas du jeune coupable, et l'on cherche par tous les moyens à l'arracher de son cœur ; «ependant^^ malgré les ressources que donnent l'éducation, la richesse et le loisir, cette tâche est souvent d'une grande diflScolté. Combien les obstacles ne sont-ils pas plus grands pour des parens, même bien disposés, qui travaillent du matin au soir afin de nourrir leurs enfans, et qui ont bien peu de temps à consacrer à leur éducation \

Si telles sont les circonstances qui amènent souvent dans les prisons les enfans des ouvriers les plus laborieux, les causes qui tendent i démoraliser la famille des hommes criminels et dépravés paraîtront bien plus nombreufes et

' (346 ) plui fatales dans leurs résultats. La pauvreté et Tignorance, la misère e\ ia dégradation, qui sont le lot de tant de milliers d*faommes parmi les classes inférieures de la métropole, ont les mêmes conséquences pour le caractère des enfans que pour celui des parens. Élevé dès son enfance dans le crime, habitué à prendre ses plus vives impressions dans les scènes du désordre le plus honteux, le jeune homme s'y trouve eiposé à une contagion à laquelle aucun être humain n'aurait la vertu d'échapper entièrement ; ignorant les devoirs de la vie, n'étant retenu ni par le frehi moral ni par le lien religieui , il cède de bonne heure à l'influence de ces associations immorales qui l'entourent, s'initie bientôt et s'affermit dans toutes les habitudes de pillage et de vol.

Il est cependant une autre cause de délits pour la jeunesse, qui contribue plus puissamment À fortifier ses penchans vicieux: nous voulons parler de la corruption produite par l'emprisonnement. Il est pénible de penser que les moyens de réforme prévus par la loi pour les jeunes délinquans tendent à aggraver leur perversité. Pour un grand nombre d'cnfans que nous avons vus dans les prisons, nous n'hésitons pas à affirmer que l'impunité absolue eût été moins funeste qu'une telle détention. On sait avec quel empressement les voleurs consommés s'efforcent de corrompre ceux qui ne viennent que d'entrer dans la carrière du crime ; le récit de leurs exploits et de leurs évasions, les plus parfaits stratagèmes et Yargot du métier , fournit sent matière à des entretiens pleins d'attrait pour le néophyte, et qui font diversion aux ennuis de la captivité. Un enfant qui entre pour la première fols dans une prison, éprouve toujours un sentiment d'appréhension ; cependant l'on ne profite pas de cette disposition favorable de son esprit, pour lui inculquer de bonnes impressions : l'enfant est jeté parmi les vétérans du crime, qui se moquent de ses craintes , étouffent en lui les mouvemens du repentir naissant , caressent et enflamment ses penchans au mal. Là, il trouve des professeurs de crime, instruits et disposés à communiquer leur science, et qui arrachent par* degrés de son cœur jusqu'à la racine tout sentiment vertueux. Il entre dans la prison, jeune d'années et souvent de corruption ; il la quitte avec une connaissance des voies de la perversité, teèlQ^M'il lui serait impossible de l'acquérir ailleurs. »

Après avoir exposé les vices de la discipline des priions dans la métropole , relativement aux jeunes délinquans qui ne sont séparés ni le jour ni la nuit , et qui communiquent trop facilement avec les détenus adultes , les inspecteurs s'élèvent contre le système du travail en commun^ même avec la sauvegarde du silence.

« Fermement convaincus que le système que l'on appelle silencieux favorise la corruption des détenus adultes^ nous ne le sommes pas moins qu'il manque entièrement d'efficacité quand on l'applique à la répression des délits commis par les enfani. Ses avantages sont d'an caractère négatif et contin--

(246) gentÀ U 4018. D'autre part, les inconTénIens de ce système sont nombreux: il impose une contrainte contre nature à Télastlcité de la jeunesse ; W met >es détenus en présence d'une tentation perpétuelle de désobéir, et entraîne de% punitions fréquentes quijeicitmt ensuite le ressentiment; il tient éveillé un vit sentiment d'irritation , au lieu d'encourager cette résignation aux arrêts de la justice, qui est le premier pas yen l'amendemf nt. Dans de pareilles eircon> stances, les pensées du prisonnier ne se portent point sur les sujets qui Sont de nature À favoriser son amendement , mais elles se fixent sur les moyens de déjouer la surveillance dont il est l'objet. A quelque degré qu'on limité les rapports des prisonniers entre eux pendant la détention, les a rantages produits par ces restrictions sont ainsi contreb& lancés par l'association personnelle des détenus, qui se change, À leur sortie, en liaisons plus étroites, liaisons immo* raies et dangereuses pour la société. »

Les inspecteurs, elTlrayés des dangers qui attendent les enfans dans les priions, surtout pendant le séjour qu'ils y font avant leur jugement, séjour qui est souvent de deux A trois mois quand la cause doit se \ider devant les ses^ sionf, et de quatre à six mofs quand il faut attendre les assises , proposent diverses mesures pour remédier au mal. I,a première consisterait à donner aux juges un pouvoir discrétionnei d'accepter dans tous les cas la caution des parens ou du maître , au lieu d'envoyer l'enfant en pri<on. La seconde consiateraiti déférer à la juridiction sommaire d'un jury de cinq nombres, présidé par deux juges de paix {pelty sessions)^ les délits communs des enfans aunlessous de seixe ans, à l'exception des crimes de meurtre, d'assassinat, dincen^die, de vol sur les grands chemins , et de dommage porté aux moisioni ainsi qv'au bétail {malidOM injury to crops and caille ! ). Ces exce|>iiolis ne cominreùaient, en 1834, que 204 jeunes détenus sur 2,644.

Quant aux enfans pour lesquels l'emprisonnement est inévitable, les inspecteurs ne conseillent pas If s mêmes mesures pour ceux de la métropole et pour ceux du reste de l'Angleterre.

Pour les jeunes délinquans de Londrei, ils proposent d'établir une prison spéciale qui serait divisée en deux parties : la maison de^t%ntion , réservée aux prévenus et aux àccuséi (commitled for reexaminalion and for trial), et la maison de correction destinée aux enfans condamnés à un an ou à moins d'un an d'emprisonnement. La surintendance de l'établisse m eut devrait être confiée à un comité choisi parmi les magistrats sous la juridiction desquels la prison se trouverait placée.

« Nous ne saurions^ dit le rapport^ estimer à trop haut prix 168 avantage» qui résulteraient de cette mesure pour l'administration de la justice, et les bién- Caltt qu'elle produirait pour la jeunesse criminelle de k métropole. L'enfant détenu sur un simple soupçon, et l'apprenti accusé de quelque fraude légère,

seraient ainsi i Tabri des liaisons dangereuses qne l*on contracte dans les prisons ; un grand nombre seraient arrêtés dés leurs premiers pas dans le crime, pour lesquels l'emprisonnement est aujourd'hui une cause certaine de perdition. Ceux qui ne Tirent pas depuis long-temps dans le crime pourraient rentrer bientôt dans leurs familles et deyenlr des membres utllei de la société; les plus endurcis et les plus dépravés, n'ayant plus le pouvoir de corrompre les autres, seraient soumis aui chances d'amendement que présente un bon système de discipline dans les prisons. »

Le rapport des inspecteurs distingue cinq classes de délinquans parmi les cnfans détenus dans les comtés : 1<> les enfans prévenus de légers délits qui doivent comparaître dans les petites sessions {peily sessions); 2» les enfans accusés de délits plus graves, et qui seront jugés aux assises ou aux sessions trimestrielles [quarter sessions) ; 3« les enfans condamnés à l'emprisonnement pour un an ou moins d'un an -, A* les enfans condamnés à la déportation ; 5« les enfans condamnés à l'empri^tonnement de plus d'un an.

Nous traduirons encore ici textuelUment le rapport, qui renferme des détails fort utiles pour l'intelligence des institutions pénales de l'Angleterre.

« Les jeunes délinquans de l^ première classe ont généralement des habitudes plus décentes , et appartiennent à des familles plus respectables que ctux des autres classes de malfaiteurs; les délits pour lesquels on les traduit devant les tribunaux sont très souvent de la nature la plus frivole, et de ceux pour lesquels une correction manuelle suffirait amplement. Il est à désirer que l'on ait égard aux bons seniimens de ces enfans, et que l'on évite de flétrir leur réputation. Alors même que, durant leur détention , ils se trouveraient préservés de toute souillure , le seul fait de l'emprisonnement leur ferait un tort seniible et imprimerait une tache presque indélébile à leur personne; les jeter dans une prison avant le jugement, ce serait détruire le bon efTet d'une justice sommaire. La proximité, la fréquence des sessions et l'éloignement dans certains cas des prisons de comté , font qu'il est aussi peu convenable qu'utile de transférer le prévenu du district où il réside, avant le jour du jugement. Faut-il le renfermer en attendant dans la cage ou geôle {lock up housé) des enfirons ? Il y aurait à cela de graves inconvéniens. Ces dépôts ne sont ordinairement habités jpar aucun officier public, et demeurent dans le plus misérable état de dégradation. En y confinant un enfant, même pour quelques jours k peine, on dégraderait son caractère , et on l'exposerait i une honte publique dans les lieux où il a le plus d'intérêt à rétablir sa réputation. Lorsque les circonstances ne permettent pas de laisser le délinquant provisoirement en liberté sous caution, les magistrats pourraient pourvoir à sa détention temporaire, sous la garde d'un constable, dans un lieu qui serait affecté spécialement à cette destipation.

Quant aax Jeunei gem charges de délits graves et (pil doit eut eomparatirt aax assises ou aui sessions trimestrielles, nous craignons bien qu'il n*y ait pas d'autre alternative que de les diriger sur les prisons da comté. La nécessité de l'emprisonnement avant Jugement est toujours déplorable; mais le mal s'aecrolt lorsque la durée de la détention doit être considérable , comme il arrlTe dans un grand nombre de Tilles où les sessions ne reviennent que tous les trois mois et les assises deux fois par an. Mais aussi, plus la détention se prolonge, et plus il importe que la discipline soit sévère. La séparation individuelle des détenus, nécessaire en général pour tous avant jugement, devient une convenance rigoureuse quand les prévenus sont des enfans. On pourrait adoucir cette réclusion par le travail, par l'enseignement, en permettant les visites des amis et en multipliant les rapports des délinquans avec les officiers de la prison. Nous ne réclamons pas la séparation individuelle pour punir, mais pour protéger. Sans doute l'emprisonnement préventir, ainsi conçu, peut, en se prolongeant, prendre un caractère de dureté ; mais il faut choisir entre les souffrances de la réclusion et les maux de la corruption. Tant que l'on ne pourra pas éviter d'emprisonner les délinquans avant jugement, ni rapprocher davan» tage la décision du juge de l'époque où le délit a été commis, la seule question à considérer est celle de savoir comment on diminuera les pernicieux efTets de cette détention pour celui qui doit en souffrir.

Parmi les enfans condamnés, un grand nombre n'ont à subir qu'on emprisonnement très court. Ils ont principalement commis des délits de vagabondage ou d'autres fautes de ce genre dont la pénalité légale n'excède pai trois mois de détention. La plupart sont condamnés au travail forcé pour un mois, soit comme convaincni de mendicité, soit en qualité de fainéans, de perturbateurs, ou comme faisant métier du vol {repnted thieves). A peine sortis de prison , il faut s'assurer de nouveau de leur personne ; ils forment nne classe que l'abandon où ils vivent , les habitudes de vagabondage et des inclinations vicieuses entraînent presque irrésistiblement à se joindre aux bandes de filous. Ces enfans seraient certainement bien placés dans une maison de correction ; mais la brièveté des détentions ne leur permettrait pas de retirer un grand avantage de la discipline pénitentiaire.

Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'adopter un régime rigoureux de séparation pour les enfans qui ont é subir un long emprisonnement; mais tant que l'on persistera dans le système des courtes détentions, et en considérant le peu d'impression que produit sur l'esprit de ces jeunes gens le meilleor régime de correction et la fréqueno&'des récidives , nous sommes autorisés à recommander instamment la séparation individuelle , comme le leul moyen de prévenir un contact corrupteur. Il n'y a que ce système dont on puisse dire que, s'il n'établit pas de bons principes, d« moins il ne les étouffe point, et

( 249 ) que, s'il ne fait pas du détenu on honnête homm« , il ne l'empéclie pas de reirenir aui habitudes d'une vie meilleure, et ne l'expose point à la contagion des criminels plus iricieui que lui. Nous demandons cependant que, dans le cas où déjeunes prévenus en état de récidive seraient condamnés à un emprisonnement à long terme, tous ceui d'entre eux, sur lesquels on aurait fait vainement l'essai d'un régime plus indulgent, soient soumis à un système de discipline complet et rigoureux.

» Il ne sera pas très difficile de pourvoir au sort des enfans condamnés à la dépprtation : ceux d'entre eux que l'on retient en Angleterre étaient confinés jusqu'à présent sur un ponton approprié à cette destination : l'impossibilité d'établir dans ces bagnes flottans le moindre principe de réforme , y perpétuait tous les ^ices que l'on rencontre dans les prisons. Nous nous réjouissons d'apprendre que le gouvernement da roi se propose de supprimer l'établissement et de fonder, à la place, une maison de correction et de réforme en faveur des jeunes délinquant.

» On ne peut douter de l'influence qu'exercerait une telle mesure sur la diminution des crimes. Les résultats heureux du refuge pour les abandonnés prouvent suffisamment qu'il est peu de caractères, mèm« parmi les plus dépravés, que la douceur ne calme, et qu'une sage discipline ne parvienne à comprimer. Ce que l'on a fait dans cette institution, en luttant contre une foule de désavantages, s'accomplira plus facilement dans une prison , où l'on peut employer l'autorité de la loi pour fortifier l'obéissance et pour resserrer l'emprisonnement. • ,1

» Nous ne voudrions pas que les avantages de cette maisonde réforme fosient réservés uniquement aux enfans condamnés à la déportation; un quartier distinct devrait être assigné dans la prison aux enfans condamnés par les assises ou par les cours de session à uq emprisonnement de plus d'un an. En transférant tous les jeunes gens de cette catégorie immédiatement après leur condamnation , on soulagerait d'un grand fardeau les prisons de comté et les mations de correction ; mais comme la mesure mettrait k la charge du pays des dépensés considérables qui sont aujourd'hui supportées par les comtés, nous croyons qiie ces administrations locales devraient s'engager, vis-à-vis du gouvernement, à rembourser la partie des frais qui pourrait les concerner. Il ne faudrait pas, au termede la peine, jeter ces enfans à la porte de la prison : se trouvant sans parehs et sans soutiens, comme le sont la plupart, ils accepteraient avec reconnaissance l'offre qu'on leur ferait de les transporter dans un de nos établissemens coloniaux ; et nous regardons comme une chose de la plus haute importance de les encourager à l'émigration. Mais comme il pourrait se présenter des cas où des enfans de cette classe préféteraient demeurei^^en Angleterre, ne conviendrait-il pas que chaque comté, outre l'obligation d'<ntrietenir dans la

yriitn lii JfttMi déliat|«aBt At il ciroeiigeripUoii, coniractât Éùèi «èlto de les HMrtic A i€t «pii «I à sa ytroissi ii'ép9f)M de làllftérfttlon?

^olqM félitt d'iAaiidoo où it iTovrent 1« pluptirt des j««ilMs délttiquaM leur flMiM dei dmiU i la€oiiiflii9érailioii publique, il falit prcudip* gardé, en yeoait é kmt «eeoiin, de le« plaeet dam utie ^tuatioii que tei eiitois du pantre potrraieiil ettVieTé Un refuge, oà êen&mi admis sans diitinction tous les enfans abandonnés, aurait pour eCTet d'augmenter le crime au Heu de le diminuer. La maiMft ^ e^rreMion de la métropole doit donc être d'un aspeet sévère et por- ¥tt ¥b earaetèfe d'un étMfssetiMt pénal. Loin de donner le moindre eneouragimentaMtgens yfeieu&et dépravé», il faut que des prisons de celte nature irnp p ttK t de terreur non^entement les Jeunes criminels » mais encore les ia- Mittes ^ntqaèllef Ha appartiennent. Gomme un moyen de produire l'intimidadon, BMH recommandons instamment que, pendant toute la durée de la délenHon , attcun eiirant Ht puisse communiquer ayeo ses parelis ni avec àes amis.

» Pirmi les t»bslàcies qui arrêtent la réforme des jeunei erlmineli, le plus gMfe est sans contredit la difficulté de trouTcr au terme de la peine une oocnpalion convenable pour ceuiqui n'ont pas d'appui. Quelques mesures que l'on adapte dans Tinlérét de cette classe de condamnés , elles seroAt généralement ians «ffet, à metes que l'on ne ^attadie-à lenr donner les moyens -de gagner taunnétement leur subsistance. La loi établit pour l'enfant qui est simpletténl sans appui ou sans amis , un asile où Ton trayailie à son éducation morale et où Ton cberche à le corriger de ses dispositions au vagabondage; il ■*7 a rien dans sa condition qui Tempéche d'obtenir ou la paroisse de lui fonnir du travail. Mais il en est autrement du Jeune criminel i dépouillé de iMle considération morale (ekairaeêer) aussi bi^ que privé de idit soutiei, H B^ d'antre ressource que de revenir à son premier métier*

• L'tepérieBce ai»ontré que cette difficulté était trop puissante paur permalire l'établisacment des Jeunes libérés dans leur propre patrie. Par bonheur, l«f rufiaurces que n'offre pas l'Angleterre, nons les trouvons dans les coloïkiM : la d«nande^ travail dans pinsleurs de ceacolonief est aujourd'htti sam limites; et BOUS ne connaissotts pat da meilleur moyen de pourvoir au sort de ces^nfana que d'encourager l'émigration de «eux qui n'ont pas commis de délite asseï graves pour mériter d'être bannis , et de tendre le bannissement forcé pénr les atatsea les plus redoutables de condamnés. Il importe done que datoa la maiioa de correction à Londre», aussi Iden que dans la maison générale de réléÉne (reformatory), Féduaation ait surtout pour but de les former au travail des e^niea. Avec la eoacouri des gouvememens coloniaui, on pourrait leur proaver dee cmplote en qualité de travailleurs libres ou d'apprentii. »

Les caaiinisiaires tecamiiiandetit enitite que lei enlàfis ne soient ftti m-

(251 ) Yoyés dans les mêmes colonies que les eonviets adultea , et que Ton élablisi e une distinction entre l'émigrant Tolontaire et Tenfaiit banni. Ils proposent de réviser et de réformer le système entier de la déportation en ce qui concerne les enfans. Dans leur pensée, le délinquant serait maître de eonfertir une partie de Temprisonnement en exil Tolontaire; le terme de cet exil dépendrait de sa conduite, et on l'obligerait à rembourser une partie des dépenses qu'il aurait oecasionées i son pays en Tiolant les lois. Nèfis ajouteront que lord John Russell vient d'annoncer au parlement un blll qui donnera force de loi à toutes les propositions des inspecteurs.

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