‹ De la réforme des prisonsChapitre 8 sur 32 · REGIME MORAL · texte numérisé non relu

REGIME MORAL

« Dans la prison de Philadelphie, le système semble opérer de lui-même par la force seule de ses principes. » Ce jugeioétft, que MM. de Beaumont et de Tocque ville ont porté sur le régime d'isolement absolu, le caractérise et le condamne en même temps. Il n'y a point, en effet, de principe si puissant qu'il dispense de l'intervention humaine. La morale la plus pure a besoin d'interprètes, et la loi la plus forte ne saurait se passer d'un pouvoir qui en surveille l'exécution. Dans la prison comme dans l'état de liberté, l'homme, mis en présence do la règle, ne la respectera que si elle a une voix qui lui parle, un regard qui remue son intelligencev,et un bras levé pour le frapper. Qui s'est jamais avisé d'une religion* sans prlISPéi^ et sans autels? et qu'est-ce que le précepte sans Texemple? La règle a été donnée à l'homme comme une force, et l'homme à la règle comme un moteur. La civilisation elle-même, ce mouvement perpétuel, n'avancerait pas si les hommes de génie ne venaient périodiquement en renouveler l'impulsion, et si les ai^nts subalternes du progrès n'avaient soin d'en remonter tous les jours les ressorts.

Le régbne de Sing-Sing, où le directeur est, à lui seu^Je sysië^

(90) me et le règlement, peut passer pour l'enfance de Part ; mais edui de Philadelphie , où le règlement supprime l'action personnelle des chefs, en est certainement la chimère. Nous ne sommes destinés, dans aucun temps, à voir régner le despotisme pur de la loi.Ce <iue Ton appelle la force des principes, c'est ayant tout la force de la société.

Dans notre opinion, le régime le plus efficace et le plus moral est celui qui emploie toutes les influences delà prison. Il faut que les détenus eux-mêmes y convourent; ils ne l'observeront bien, que s'ils en deviennent à la fois Tobjet et Tinstrument. La prison sera toujours une sorte d*enseignement mutuel , puisque le monde n'est pas autre chose ; il s'agit de changer la nature de cet enseignement, et de faire servir à l'amendement ce qui était un moyen de dépravation.

La néicessité d'une coopération morale de la part des condamnés est dékidntrée par le système actuel d'emprisonnement. Bien qu'on les craigne, qu'on les méprise et qu'on n'attende rien d'eux, on les emploie. Dans nos maisons centrales l'ordre intérieur est le résultat d'un espèce de compromis entre le directeur et les détenus. On choisit parmi eux, non pas le meilleur, mais celui qui a- le plus d'autorité sur ses camarades ; c'est le prévôt qui répond de la tranquillité dans les cours, dans les dortoirs, et généralement partout t>ù les gardiens ne pénétrent pas. Ce pouvoir absolu qu'on lui délègue a pour contrôle et pour limite la police occulte, l'espionnage; car la perfection du système consiste en ceci, que laUers des détenus est toujours enrôlé ou prêt à s'enrôler dans lés^ice de délation.

Les condamnés, au lieu de partager ainsi l'autorité, n'en doivent être que les auxiliaires. Disposez-les comme des enfants dans une ^cole, où les plus avancés secondent le mattre, mais en agissant itoussesyeuxet sans jamais le remplacer. Prenez parmi eux les moniteurs de l'enseignement, les contremaîtres des ateliers et les chefs de Me dans les mouvements; mais que l'enseignement soit

^géparTinstituteur, et que les surveillants de la prison président aux mouvements ainsi qu'au travail.

Bans la maison de refuge de Boston, et à la fin de chaque jour^ on appelle parleurs noms tousles détenus; ils doivent se juger euxmêmes, et déclarer si, dans leur opinion, leur conduite a été bonne^ passable ou mauvaise; s'ils prononcent avec trop de sévérité ou avec trop d'indulgence, les maîtres ou les moniteurs rétablissent la véiité.

Où pourrait introduire cette pratique éminemment morale dans^ la discipline des maisons pénitentiaires. Chaque semaine, le dimanche matin, on assemblerait les détenus; lecture serait faite, par le surveillant du quartier, des notes spéciales qu'aurait méritées tel ou tel condamné ; l'on appellerait ensuite chacun d'eux à rendre témoignage sur sa propre conduite, et les moniteurs, contremaîtres ou chefs de file, à. confirmer ou^â infirmer la déposition. La note hebdomadaire qui résulterait de ce jugement, ,sç0t ensuite portée au compte moral de chaque détenu.

Le règlement des pénitenciers doit emprunter à la discipline militaire tout ce qui est compatible avec l'austérité du châtiment^ car c'est la seule hiérarchie qui convienne aujourd'hui au caractère français. Nous voudrions qu'un roulement de tambour donnât le signal de chaque mouvement, que les condamnés fussent distribués par quartiers, et chaque quartier divisé par escouades, sous le commandement d'un sergent et de plusieurs caporaux. Ceux dont la conduil^urait été sans reproche un mois eûtier, formeraient le jury d%mion appelé à désigner chaque mois les candidats aux grades de la prison. Ces prérogatives donneraient droit en outre à une réduction de peine; il y aurait honneur et profit à les obtenir. L'ordre fondé aussi ouvertement sur le concours de toutes les volontés, n'aurait pas besoin de démoraliser les condamnés pour lés tenir dans la soumission.

Nous venons de tracer le cadre du régime moral; mais quelle en^ sera la méthode? L'éducation dans le pénitencier doit-elle partir àxa

(93) qu'avant de sayoir un métier. Il faut lijj^^finér les instruments du travail sans consulter sa volonté ; car'jtfpiistence est, pour tous les hommes, à ce prix.

L'enseignement dans les pénitenciers devrait avoir deux degrés : l'enseignement du dimanche, qui durerait deux heures au moins, aurait pour objet Tins truction primaire; l'enseignement du jeudi serait une conférence d'un ordre plus élevé. Dans les pénitenciers agricoles, on la consacrerait à développer les vérités morales * dans les pénitenciers manufacturiers, à expliquer la nature et la loi. Les détenus qui ne voudraient pas y assister seraient enfermés dans leurs cellules pendant sa durée, avec un livre pour lire et l'injonction de garder un silence profond. Le directeur de Loos, M. Marquet-Yasselot, ne prenant conseil que de son zélé, a établi des conférences pour les détenus, qu'il dirige lui-même, mais donti'influence est malheureusement neutralisée|»ar le déplorable système de confusion et de corruption qui est commun à toutes nos^i^isoiis.

La prière élève l'âme ; les hommes les moins religieux ne l'entendent pas sans un trouble secret de la pensée. Elle doit cornnoencer et terminer la journée pour les détenus. Le matin en hiver, et le soir en été, joignez-y une lecture morale, que les condamnés écouteront debout, devant la porte de leurs cellules ; que tous les officiers de la maison y assistent, l'exemple n'est pas la partie la moins importante de leurs fonctions.

Le travail dure trop peu dans nos prisons. L'ouvrier libre travaille plus de dix heures ; n'est ce pas une inconséquence, un scandale, oNnciger moins du condamné ! Faites deux parts égales de la journée ; et n'en réservez , sous aucun prétexte, plus de la moitié aux repas et au repos. L'hiver, le travail commence plus tard ainsi que le jour; mais le détenu peut et il doit veiller une partie de la nuit. L'été, où lé jour luit de bonne heure, les travaux s'arrêteront aussi plus tôt. Douze heures dans les ateliers, neuf heures daniiles cellules, trois heures pour les repas, pour l'exercice et les soins de propreté : voilà qu'elle sera la division du temps.

Le dimanche, Jour djjj^gyi et d'excepiioD, est la diflkultëdu fégime pénitentiaire. Ui^jfiéaine exerce lesbras; le dimanche doit exercer Fesprit. C'est le liii l fc ent de la réflexion. La matinée sera remplie par l'école et par les offices religieux. Les deux heures qui suivront le dtner seront accordées aux détenus pour l'exercice en plein air, pour voir une fois le mois leurs parents au parloir, pour se raser et vérifier leur compte de travail. On les enfermera ensuite, avec une Bible, dans leurs cellules où ils seront visités soit par l'aumônier, soit par l'instituteur, soit par le directeur, qui viendra les consoler et les encourager au bien.

L'éducation du pénitencier, agissant par les influences collectives et par les influences individuelles, par la méditation et par Tensdgnement, par l'exemple et par la régie, a un système de récompenses et un système de châtiments.

Les récompenses sont les grades et les gratifications qui y sont attachés , la possession de deux ou trois pieds de terre à cultiver en Jardin le long des murs de la cour , la liberté d'emprunter des hvres à la bibliothèque, et les remises de peine. Les châtiments sont la privation de tels ou tels aliments, l'exclusion des cours, la privation de visites, les corvées, l'emprisonnement solitaire et la cellule ténébreuse, au régime du pain et de l'eau.

L'instituteur et l'aumônier visiteront chaque Jour le^quartier de l'emprisonnement solitaire. C'est là que leur discernement et leur charité ont à s'exercer. Il est rare que, dans les fautes de l'homme, quelque germe de bien ne se trouve pas confondu avec les principes du mal *, c'est à eux à le démêler jQt à le fortifier par l'aseendant de leur parole. Ces entreliens, bien ^us que lalecture de la Bible, disposeront le condamné à de salutaires méditations.

Le droit de récompenser et le droit de punir sont dans les attributions du directeur. L'aumônier, pour conserver l'influence morale de son caractère, doit demeurer étranger aux actes d'administration. L'instituteur et les surveillants étant les délégués du directeur, et partageant sa responsabilU^, ne sauraient être destitués

(95 ) sans inconvénient de tout pouyoil^'^jfiftdlplinaire. En leur attribuant la Taculté de prononcer lel^^^^s légères, le directeur doit se réserver d'ordonner seul les tWÉiln ents graves et d'en fixer la durée. Mais comme ce sont les récompenses bien plus que les peines qui excitent la colère et l'envie parmi les hommes rassemblés, il ne faut jamais les décerner sans le concours des détenus. Ici vient se placer, du moins dans les pénitenciers manufacturiera, l'intervention du jury que nous avons indiqué.

Le directeur n'aura une autorité réelle sur les détenus qu*à condition de connattre les antécédents et le caractère de chacun d'eux. Dieu lui-même nous semblerait-il tout-puissant s'il n'était présent partout, et s'il ne lisait dans les plus intimes replis du cœur? Chaque détenu, à son entrée dans le pénitencier, passera donc huit jours entiers dans une cellule où il recevra successivement la visite de l'aumônier, de l'instituteur et du directeur. Ceux-ci s'informeront de sa vie passée, examineront avec lui les causes qui ont provoqué sa chute, étudieront ses défauts et ses qualités, lui mettront entre les mains, s'il sait lire, et, s'il est sans instruction, lui expliqueront les régies de la maison.

Les dépositions du directeur et de l'instituteur, après cette épreuve, seront transcrites sur le registre moral au compte du détenu, ainsi que cela est d'usage à Genève et aux Etats-Unis. Le compte moral, ouvert partin extrait du jugement et par les observations du directeur, se composera des notes tenues, à la suite, sur les récompenses et sur les châtiments que le détenu aura encourus ; il servira à marquer les progrès de l'amendement, il contribuera même à les hâter par cette publicité périodique donnée aux résultats.

Mais s'il est indispensable que la surveillance pénètre jusque dansla pensée des détenus, il nous paraît tout aussi nécessaire, que les antécédents et le nom même de chacun d'eux soient ignorés de leurs compagnons d'infortune. Loin d'étouffer la honte, nous voudrions que la prison la ftt nattre ; pourquoi l'homme qui rougit

(96 ) d'un crime commis, ne trouterait-il pas, dans le silence et dans le secret de la discipliins,^ asilo pour ce sentiment de pudeur? Que les détenus ne soient connus dans la prison que par leur nom de baptême; vous arrêterez ainsi, dès le principe, les liaisons dangereuses qui se forment au sein de la détention.

On a remarqué que les filles perdues, en payant de leur person-^ ne dans la débauche, avaient soin de changer de nom pour sauver du moins l'honneur de leurs familles (1). Il est permis de croire que les condamnés seraient conduits par le même sentiment aux mêmes précautions, si la régie «de la prison ne faisait pas obstacle à tout respect humain.

(1) « Depuis le 18 novembre 1828, époque i laquelle on exigea l'acte de naissance non seulement de toutes les filles qui se faisaient Inscrire, mais encore de celles qui étaient inscrites , jusqu'au 31 décembre 1831 , on fut obligé de faire des rectifications aux noms et prénoms de 2271 filles. Sur ces altérations on trouva :

Noms entièrement changés 528,

Prénoms entièrement changés 861 ,

Noms et Prénoms entièrement changés 314, Noms altérés 215,

Nom« et Prénoms altérés ou surchargés 353.

( De la ProsliluUon par Parent DucbAtelet ).

Qaand les prisons ne sont que des maisons de force où la terreur gouverne , tout homme d'énergie est bon pour les garder. Il suffit d'accepter, l'obéissance comme une consigne et de l'exiger avec la même rigueur. Aussi la caste militaire , façonnée à ceUe discipline mouette, a-t-elle été de tout temps en possession de fournir les geôliers des lieux de détention. Ceux des donjons féodaux étaient d'anciens hommes d'armes ; ceux des maisons d'arrêt et des maisons centrales sont des soldats libérés du service ou des sous-offîciers. Mais , dés que la prison devient une maison de'réforme, la mission des gardiens s'élève et s'ennoblit : la force physique n'est plus le titre en vertu duquel ils commandent ; ils doivent posséder . l'autorité morale qui dompte les volontés sans combat.

La moralité d'un établissement pénitentiaire dépend entièrement du choix des hommes appelés à le diriger. L'influence du règlement n'est que secondaire \ celle des personnes est tout. Dans un système qui multiplie les rapports entre les détenus et les officiers de la maison ; où ceux-ci agissent des yeux , ilu geste , de la voix, de l'exemple; ou ce que n'ont pas fait les agents subalternes est repris en sous-œuvre, tantôt par le directeur et tantôt par l'instituteur où par l'aumônier , on conçoit que l'efficacité du régime tienne principalement à la valeur des instruments. .

Aux Etats-Unis l'on attache une grande importance au choix du personnel. « Dans les pénitenciers, disent MM. de Beaumont et tic Tocqueville , le poste de surintendant est confié à des hommes honorables qui joignent à une grande probité et & un sentiment profond de leurs devoirs , beaucoup d'expérience et cette parfaite connaissance des hommes si nécessaire dans leur position. —Les agents inférieurs ne sont aussi distingués ni par leur position so^ ciale ni parleur talent. Ils sont cependant , en général, inldligen(t>

{9h) et honnêtes. Chargés de la surveillance des travaux dans les ateliers , ils ont presque toujours une connaissance spéciale et technique des professions exercées par les détenus. »

Les mêmes auteurs remarquent que le personnel des prisoWl, en Amérique , a changé de nature avec le système. Telle est en eAèt rinévitable condition de toute réforme. On ne fera jamais le succès d'une idée nouvelle ayec des moyens usés. Pour mettre en œuvre le système pénitentiaire, il faut des hommes convaincus, qui atettt foi dans sa nécessité et dans ses résultats A venir. On ne fonde pas ime institution avec l'incertitude et le scepticisme ; afBrmer la vérité avec tiédeur et avec hésitation, ou la nier, c'est la détruire égale- Àient. Quel qde soit le mérite des agents de l'administration dans nos prisons , ils ne croient pas en général au système pénitentiaire; td radmitalstration, en réformant l'établissement pénal, prétendait M servir d'eux indistinctement , elle s'exposerait à fiiire mettre en question ou ses lumières ou sa bonne foi.

Est-il po^^le de rencontrer en France , une classe dlioinmes dévoués à la règle , ponctuels et intelligents, comme le sont les gardiens des pénitenciers américains ? ou plutôt le caractère admirable de ce personnel n'est-il pas particulier aux États-tTnis , comme le système? Point dé difficulté pour les fonctionnaires supérieurs. Ce que M. Ëlam Lynds demande surtout dans un directeur , c'est Vart pratique de conduire les hommes; cette science Mûsêtlre vulgaire chez cous, n'y est point ignorée. Quand on vo dra rétribuer et honorer convenablement la direction d'un pén tëncier, \et hommes de mérite ne manqueront pas pour l'occupe Ij*enseignement , l'industrie , la magistrature et l'armée foumiro IdMz de dandtdats. XJue nation qui a fait dé si grandes choses, q -t 'donné des lois et des martres à l'Europe , ne peut pas être ei lÉrrassée pour administrer ses jprisôns.

La AiiSSlon du pouvoir religieux dans les pénitenciers sera ' délieatie tpié ceBe du pouvoir civil. L'aumônier cathoEquè n'a tomme le chajpdiafn protestant, avec la société où il vit, cette c<

munauté d'instincts et d'éducation qui fait que le pfètre iratiie la foule après lui. Notre clergé est jeté pour un temps hors des yoles du monde; il a perdu le sens du mouyement social, et garde la tra-* dittOD du passé , ainsi que Laban gardait ses idoles , par ayarice plutôt que par zèle religieux. S'il comprend le catholicisme j» il ne sait plus l'expliquer. Nous craignons bien qu'un aumônier sorU de ces séminaires diocésains , où Ton adore la lettre morti» , sans connaissance des hommes et du siècle , ne soit tout-à-fait inci^pable de trayailler & l'amendement des détenus. Ne comprenant pas la régénération ciyile , aura-t-il la yolonté d'y coopérer ?

Ah ! si jamais le prêtre catholique allait de nouyeau sç placer mi milieu des hommes, s'il adoptait nos progrès et nos sympathies, alors quelle puissance qe prêterait-il pas à la réforme? ï|[ous n'aurions plus rien à enyier aux Etats-Unis. Il y a mieux : le culte protesr tant rappelle l'homme à lui-même ; le culte catholique le rappelle à Dieu. Celui-ci ne l'abandonne ni à sa faiblesse ni à sa force , mais lui fait sentir constamment le frein ou l'appui. Le prêtre, dans le protestantisme , est un raisonneur qui lutte de logique i^yec les passions; le prêtre, dans le catholicisme, oppose les passions aux passions. S'il nous était donné de mettre cette force immense en rapport ayec la nature actuelle de l'homme et de l'état social, nous pourrions tout tenter; il n'y aurait plus de hauteurs inaccessibles dans le domaine moral.

Aux Etats-Unis, la classe des aumôniers de prison et eeUe des suryeillants existent dans la population; chez nous , il faudra les créer. Nous ayons dit ce qui manquait au prêtre , nous ne dissimulerons pas dayantage les lacunes de l'autorité.

C'est parmi les sous- officiers de l'armée et ceux de rindqstrie que se recrutent les agents de l'administration. Or , ayec cette tendance à monter qui nous emporte tous , il ne reste dans les rangs subalternes que les indignes ou les incapables. La France ressemble A un grand corps où la tête, en croissant, attire A elle la substance 4es membres Inférieurs.

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Où sait par expérience ce qu'il faut allendre des sergents ou caporaux» libérés du service militaire^ danslasunreillancedes prisons. Ils sont attentifs à la consigne, exacts et fidèles, mais d'une exactitude brutale et , pour tout dire , des sentinelles en faction. Ils se croient postés là pour empêcher le désordre matériel, sans imaginer qu'il y ait pour eux un rôle de conseil ou d'action à remplir.

Vàri n'obtiendrait pas une coopération meilleure en s'adressant aUx contre-maîtres d'atelier. Leur éducation est tout aussi imparfaite; elle n'a pas la rigueur des habitudes militaires, et l'espèce de liberté qu'elle comporte ne s'est pas développée par le côté moral, n jr a des ouvriers intelligents et instruits; mais on en voit peu qui n'abusent pas de cette supériorité. Le même contre-maître^ qui se regarderait comme déshonoré s'il détournait une once de soie ou de colon , tyrannisera^ sans le moindre scrupule^ les malheureux enfants qui l'assistent dans le travail. L'ouvrier le plus actif n'est pas le'moins intempérant. Ce sont des caractères incomplets , où un vice est toujours à côté d'une vertu.

En désespoir de cause, plusieurs écrivains semblent vouloir que l'on remette à des corporations religieuses le gouvernement des maisons de détention. M. Bérengerle demande formellement pour les pénitenciers consacrés aux jeunes détenus ^ c'est aussi l'opinion de M. Lucas, et cette opinion doit être partagée par l'administration, puisqu'elle a déjà confié aux frères de la doctrine chrétienne là direction du quartier pénitentiaire établi à Lyon pour les jeunes détenus du ressort.

II est clair que le personnel dont se composent les congréga- (ions religieuses vaut mieux que celui de nos prisons; si nous étions

réduiils è choisir entre des hommes formés à la discipline monas-

tique et des hommes façonnés à la discipline militaire, nous inclinerions assurément du côté où prédomine l'élément moral. Mais ni les uns ni les autres ne sont disposés pour une réforme telle que la réclame l'esprit de notre temps. Nous ne connaissons point de corporation qui soit à la hauteur de cette mission; mais en

(lût ) existâUil, les détenus ne raccueilleraient qu'avec une invincible antipathie. La sëule^présence de l'habit religieux serait une cause de désordre dans les prisons. Si l'on veut que les condamnés s'accoutument à entendre avec respect la parole d'un prêtre , il ne faut pas que le prêtre commande. L'autorité temporelle et l'autorité spirituelle doivent être séparées dans la prison^ de même que dans la société *, c'est la tendance positive de nos mœurs.

Dans un pays où renseignement de la jeunesse n'appartient point aux ordres monastiques, il est complètement impossible de les charger de l'éducation des condamnés. Prévenir et réprimer , enseigner et punir, c'est une seule chose sous des termes différens; les écoles et les prisons dépendent nécessairement du même pouvoir. Là où l'éducation est purement civile, la peine ne saurait être religieuse Les jésuites dirigeaient nos collèges , au temps où les Franciscains et les Augustins avaient accès dans les lieux de détention. L'ordre de Saint-Dominique , cette formidable propagande , faisait marcher devant lui la prédication et les bûchers.

Si Tessai tenté à Lyon par les frères de la doctrine a réussi ; si , dans quelques prisons de femmes, les sœurs de la charité ont rendu des services, c'est que l'opinion publique considère ces deux institutions comme des ordres à peu près séculiers. L'un et l'autre sont connus du pauvre , dont ils instruisent' les enfants ; on les tolère sans aimer l'habit, et pour le bien qu'ils font. Cependant il ne faudrait pas trop généraliser l'expérience. Dans lepènitencierdeParis, les frères seraient certainement conspués*, cette humilité d'intelligence serait prise au mot par les vauriens spirituels et entreprenants qui peuplent les prisons de la capitale. Le ridicule peut tuer aujourd'hui la morale , en prison comme ailleurs.

Le directeur de Sing-Sing, M. Elam Lynds pense que Ton doit commencer par dompter l'âme du détenu et par le convaincre de ia faiblesse (i). Cela ne suffirait pas en France ; il faut encore que

(1) Du système pénitentiaire aui Etats-Unis»

le délf fiu aoit conyaiDCU de sqn îDrériorité inlellectiiQlle, ^nd il se compare aux surreOlaiils e( aux directeurs. On méprise chez nous raptoiitè qui n'a p^s l'ascendant d une intelligence supérieure; c'est là son véritable titre moral. Mettre les frères ignoranlins aux pfises avec cetlç nature déliée des Qloqs modernes, ce serait fournir 4 ceux-ci une excellente récréation.

On a reconnu la nécessité d'un esprit de porps dans l'enseigne-* q^ent , pour y porter Tuqité e\ pour y conserver les bonnes traditions j on a institué , dans ce but, des corporations civiles. Nous propo$»ons de puiser, pour le gouverneaient des prisons, aux fnèm^ sources qù va se recruter renseignement. C'est dans les écoles noripales établies au cl^eMieu de chaque département que viennent se former les maires oui doivent régénérer la première instruction. Pourquoi pç pas prendre de même dans ces sémioaires laïcs le; suryeill||nt$ des pénitenciers ? Quelle plus belle carrière pour ces jeunes g;cns , e( quelle classe d'hommes conviendrait mieux à dç telle; fonctions ?

{les élèves de Téçole normale, en dirigeant des enfants , apprennept à conduire des hommes ; les connaissances élémi^iitaires aux- ^uplles on les initie et qu'il; ;qnt appelés à répandre^ peuvent ser-? vjfr à rensejgpemeqt des adultes comme à celui de la Jeunesse^ Çoipipe une cer^ipe maturité est nécessaire pouf imposer aux multitudes , on exigçrqit de; candidats un stage de deux ou trois an; df^ns les écoles urbain^ ^ où ils assisteraient les instituteurs ; ils devraient encore employer ce temps |i s'instruire des procédés 4^ quelque trayait industriel. L'épreuve passée , on les admettrait dqns la prison ep leur assignant un salaire honorable, et avec la perspective de remplacer rinstiluteur de la inaison^ qui serait <;l)Qisi parmi eux.

Les fonctions de surveil^nl sont confondues presque partout avec celles de porte-clés ; c'est une faute étrange. Dans tous les établissements on a besoin d'hommes de peine et de main ; mais c'est la même erreur de leur donner un popyoir pioral , ou de ra-

t^e. Mes ilèû'x cias%s (Tèteplôfés; à^Tât AèÉ )^nè-bi^ I^Vti^lb émik te la i^iiàOD , ayez ttéï imifSMÛ pHià ttâiiàM ttktàif; di^lfueic té sér^cé Mii uèl U sëHi«è ïib^àl ^ f 4HUf6 i^plè Ma' cette ^iétàrcitté d^àttMbùttôïïs.

lui inippostatdlxi^aneiàftùt^^^ tf e ceirts fatOUMotes , %é lieraient èhlflrdii iËftri| tënik iplAcétt I^MM^ ndministration des maisons pénitentiaim^ ^tiâ&ps^^^yéiAétt^k c'otiiftMfétés itôtvé&èspH^ns, MiiAfaitéid&lëè èèdîés MHAhles pôtit* ^ùiiùët 4cè ^éte.

1fiéi&ànte4uiittrtiletattè«b tiiie éfaéaâdii cèMâitâie, aoiWtettt idwliii Àtanlà^s d'tfÀe ebrpôràtioti, et n^éû iundeulpiâ leiifneôftVéïitetiâ. Gé ^ràlt xÂe clàà^e dlïoiifittieà; sq^èblàûi , Miè qui tietedrafeàt à h Uàél^ dVilejpartèurâ Idées àtitAMï^è j[>àirtéar8iDœtlr8. À etliÂe^ tfilt ékttrè eûî àéi Hèbâ àé dèpendaneë et drétniitatlôà. Entaà , tes emplois hm \(A jprltonsdevtetidrateiit tmè eàririëirè qui àintiift ^ réglée él àés dit>hii, au lièa d'être eàtàiAe atJKmrà'hfd te pis-ietièr Al iàdiéi les ttaicapadtés que la p^otèclîoft dès p^irs, des doutés H iéé préfets à'apùpairtéotri t^àoqàeir aiDeUrs.

liîstàt né peui 4^6 gagner à indnltipBèr ces iioiÈitioAk dû sy^tëtnlb ikénal tirec te systétàe d'enseigûetuent. Ainsi , ft qnoi bois ilngé^ Âter i crtor dés moyens dlnspeètlon pîotir tes prf sons , loirsqlie , )>ar lirtie irtinpte eniienston d'àltrïbtiilons , Vc/à disposerait dîi Bott^ breux personnel qu'entretient l'Université ? Il existe un inspeetcMr de renseignement primaire par département ; chargez-le de Tisiter, dans ses tournées , les prisons de canton , d'arrondissement et de département. Chaque académie a un inspecteur de renseignement secondaire ^ ce Tôïï(3I9MMn^ li'est-il pas bien placé , au centre de plusieurs départements , pour inspecter les maisons pénitentiaires ? L'inspection , pour exercer un contrôle réel , doit être régulière, quoique imprévue *, comment veut-on que des fonctionnaires parisiens , qui se présentent tous les deux ou trois ans

émà #jM.f%iiriMHi. jrscKdkBté*^

fie , Itt i84e:is«i»-«BMrsin u seraent dMtuêsqs'à ^â c0Blf 'Uer 1» dsniMCs îoaraâ» par les icsçccteon liiiliiinÉ' a de lûoi23 ÎB&erii»!!». muafier h ■irfcii' cIkIi de tndftk» aôBsi 4EM: de progrès, es oibmiI, rispakim. CarlciiralHiM,i eux . est d'agir ptaSôC sor les

Aoof se rcpimsH»! pas rialerf eaUoB des< tniifCsiastiliiéespMVTeîDersqr la prifOBS, oaif les fflir composées aotienoBt qo'cOes-M le soat. Em des fosefioMudres sopènews poor en fiûrr partie ^ oa ks amolle par arsAfe : car il iie£MUpasc4Miipicrfiirleiêiedeslioimiie«qm ont des occupations oookbreincs, oa qoi oat alteîat Toljei de leur ainbitioB.AlapiacedoiBaire,choiâisez uooaploieiirBeaibrcsdn coBfea Bonidpal : à la fidace da procoreor da roi, soo sobstitat : et à la place do président, oo Juge da triboBal; jœgaez-T un irofesiear do collège , oo le diredeor de Fôeole prioudre , et peoi-étre la cyiamû^ioD , aiosi composée, fera-t-elle loo deToir. lof oqoez Feqirit d^anociatloo et de charité à TOtre aide ; m'attendez rien qoc do eoocoors des honones qui aoront à dre compte de leors fooetions. Chez on peopfe neof , el dans OBC iémacsMe , toot traiail exige on salaire ; cl le traf ail gratoit, qoand il produit quelque chose , fiait loajoars par être le plos cher.

rÉNITfiNCieRS DE R£CID1\B.

H Le gratad nombre des récidives est affligeant. Ce nombre est de 4/nuesar ofUftdan^lesnraisopsoflDtrales; ils'M^Te mftnieà wtsAr quatre parmi le» détei|UB correctionnels. •• Lçrsque ]){. de MoDH)ei coDslgoait ces résultats dans son rapport au roi surlesprisons, on était «t'29 Janvier 18^; le' progrès du mal les a laissés bien loin depuiA six ans. Sn 1833, les ^nisafiàâ Système pénitentiaire aux Étata-Unii tiom apprirent, d'après des documents fournis par radmïnfstralion,que, sur seize mille détenus, les maisons centrales en renfermaient quatre mille en état de récidive constatée. Un an plus tard, M. Télix Réal, dans son rapport sur les comptes de 1832, Bl connaître que le nombre des condamnés en récidive, qui élaît en X830 de 3,787 sur 17,898 détenus, ou de 21 sur 100, s'élevait au 1" juillet 1833 A 5,018 sur 15,898 détenus, ou à 31 sur 100. Enfin,la statistique des maisons centrales, publiée récemment pur le ministère de l'intérieur, établit qu'au 1" janvier 1836, sur une population de 15,870 condamnés, on en comptait 6,155 en état de récidive, environ 38 sur 100, ou plus de un sur Irais.

Nous venons de voir dans quelle proportion les récidives se trouvent combinées avec les éléments nouveaux du crime parmi les habitants des maisons de détention. La progression paraîtra bien autrement rapide, si l'on ne considère que le mouvement annuel des condamnations prononcées par le jury et par les Tribunaux. C'est en 1838 que l'administration a commencé à déterminer avec quêAqae certitude le nonibre des condamnés m rcoldivci les documâits

( 107 ) côlé, et par l'effet de ces nouvelles dispositions, beaucoup de récidives demeurent ignorées, ce qui fait au moins compensation.

Le compte-rendu de 1834 entre dans quelques détails sur lafré* quence des récidives, qui prouvent que le crime est devenu pour certains hommes un véritable m6iier.«< 924 accusés en récidive, ou 66 sur 100, n'avaient été condamnés qu'une fois; les autres (34 sur 100) avaient encouru plusieurs condamnations, dont le chiflirc varie de 2 à 10. »Et plus loin : « le chiffre si élevé des prévenus en récidive (7,135) est d'autant plus affligeant que beaucoup d'entre eux, à raison du peu de durée des peines qu'ils avaient à subir, ont comparu plusieurs fois dans la seule année du compte devant

les Tribunaux de répression. Parmi les individus qui avaient déjà sub'i des condamnations, 597 ont été jugés deux fois, 84 trois fois, 14 quatre fois, 2 cinq fois et 2 six fois. » ^ < Mais ni le nombre des condamnations, ni celui des accusations, ne donnent la mesure exacte des récidives. On a calculé que , sur cinq délits commis, un seul était réprimé ; les malfaiteurs que l'on arrête de nouveau, un ou deux ans après leur libération, ont vécu tout ce temps du pillage régulier, organisé par eux aux dépens de la société. Un filou bien connu, interrogé à la Force, par un visiteur, sur les bénéfices que lui valait sa profesfession, répondit du ton de la plus parfaite simplicité: « Pouï* moi, Monsieur, je suis rangé, quand j'ai gagné trente francs dans ma journée, je me repose. »

Une circonstance bien remarquable dans le mouvement de la criminalité en France, c'est que le crime ne mène pas au crime, mais au délit. Les forçats et les réclusionnaires libérés, instruits à l'école des prisons, calculent mieux les chances auxquelles ils s'exposent, ne commettent guère que des délits légers, et font rarement leur va-lout. Ainsi de 1400 accusés en récidive, pour l'année 1834, 1075, ou 76 sur cent, avaient commis des vois; la projporlion n'est que de 35 sur 100, pour les prévenus. Parmi ceux-ci, 435 avaient précédemment subi la peine des travaux for-

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ç^fst pour «ttx au fiOAtraké que It châUuMBl $*«doiicK. Lapriion est le domiciteardimire du réddifiste ; il ert (amiUer eTéç la.èb«^ cl^Une, afecies détenus et atec les gardieui-, c'est là f a*ii ttout r^ablir sa santé litérée par la débauche ou {lar les privations., ei. Itfjiwrerdes eombioaisons mieux assurées que celles que la|u^tice ou lafortuno a d^ouées.L'habitude du travdl qu'il a d^à eontracUMi pendant un premier sé}our, et l'habileté qu'il a pu acquérir le fentre« chercher des entrepreneurs, et lui procurent des salaires plus éiev)és qui lui permettent d'acheter et dto savourer plus souvent les jo^^ssancea animales de la prison. Il y rentre gatment, et il est le UeuTvenu; Ses camarades le saluent du nom de voyageur et éft toa> friumnier ; son crime n'est à leurs yeux qu'une maladresse ^ et ta eendammtion qu'une fatriité« U se considère lui*mème comme m pensionnaire de l'État^, au bescrin, il saura bien forcer TÉtat à le nourrir. I«a déposition du directeur de la maison centrale de Gairvaux contient, sur ce point ^ un enseignement sans réplique s n Sur 655 condamnés détenus au 1*^ avril 1834, IttS seulemait étaimt réputés fonder leurs principaux moyens d'existence sur rtiabitude du volj 506 détenus, coupaUes de nouveiiux crimes ou déltlB commis contre les propriétés, étaient réputài n'avoir ^|l(|ll^ dans J'uiykii(e but de retourner en prison pour y trouver èés poyoM d'existence assurés M une vU plus facile. Enfin , t^Mêj^ t^onstant que parmi les 115 détenus, de la première cai^p»ie ^ 17 au moins avaient dédaré à diflérentes époques qu'ils n'a vident pris aucun s(rin pour éviter les poursuites de ta justice, désireux quils élident de revenir passer un ou deux ans dans la maison centrale powr y remettre leur santé délabrée. I»

* Ainsi, p<Hir les condamnés en récidive^ si le Jugement est sévè-» re, h| peine est douce, et, j'ose dire inoifensive. Mais avonsHioua le énÂi d'en fortifier la rigueur 7 En principe, ce droit est incontes^ table. Le crime s'aggrave de la perversité du criminel, et la gravl« té du crime est la mesure directe du châtiment. Mais, dans notre étjAt social, la récidive Indique autre chose q«e la perversilé du

fous, désabusez- vous. L'infamie, les tiumiliatioQS, la misère, Toilà ce qui vous attend. — Mais j'ai de l'argent, je pourrai chercher de l'ouvrage. — On vous en refusera. — J'ai des parents. — ^ Us vous méconnàttrônt. — Des amis. — Ils vous repousseront. —- Une femme. — ^EUè se sera prostituée. — Des enfants. — ^Ils demandent l'aumône. — • Que deviendrai-je donc ? — Vous dissiperez votre masse de réserve , vous vendrez vos vêtements pièce à pièce , vous quêterez votre pain, plus tard vous le déroberez, la police lancera ses limiers sur vos traces ; au lieu de travail et de pain vous trouverez un gendarmé , un geôlier, une Cour d'assises, et puis après ]dL petite charrette pour vous ramener ici. »

On a remarqué avec raison que les condamnés en récidive n'étai^ pas toujours plus pervertis que les autres détenus, mais qu'ils étaient certainement plus incorrigibles. Le penchant au mal ne devient pas alors plus impérieux, mais il se change en système. Les condamnés envisagent le crime et s'y préparent de sang-froid: c'est pour eux la conséquence nécessaire de leur position; ils en font la morale intime de la prison.

L'administration avait annoncé le projet de créer, daus les maisons centrales et pour les condamnés en récidive, des quartiers spéciaux, où l'on auraitfait régner une discipline plus rigoureuse; il paraît même que cette pensée a reçu, dans la maison de Limoges, un commencement d'exécution. L'essai ne peut être que malheureux. D^abord il y a quelque chose d'absurde à commencer l'application du système pénitentiaire ou d'un système pénitentiaire en France, parles détenus que l'on n'espère pas amender. Ensuite, et en admettant la possibilité du succès, des maisons spéciales conviennent mieux que des quartiers spéciaux. Il est très dilDcile de suivre deux régies différentes dans une seule prison, et d'imprimer la même efficacité à deux systèmes divers de détention. Tel dit'- - '

reof^r donnera une attention pajrtioilière aux condanmés en ricidiv«, et tel autre au régime des nouveaux condamnés. Tout com- ^

( 114) «andement ^ eMftUM plusienrt attrfbittioiii Onll par ma&qQer

Ëa poptdttkm èm eondanmés en récidiTa; q^ui sont déUANÉdBM las iMigfiea el dans ks maisons centrafes', ji^t être ètafaée à iktàlt iiJHfeiie ttondM dimtaitterattpromptMiient si l'on établbsait des co*. fbnies où les libéréstrouTeratent un asDe et dti travaB en tout temps/ niais, en prenant eette proportion numériqaê pour une base régùttère, oh voit qu'il serait nécessaire de convertir en maisons de rèd^ye environ lÀngt pénitenciers : savdr, cinq pénitencien agrièbMt el qiiinze péniteiiciers manufacturiers. Le calcul ne parâilrà point exagéré, si l'on réfléchit que les condamnés en récidive for- V^|e noxap def loncpies détaitions.

léf réi^e, sévère ailleurs, doit être rigoofeux dans les maifipna ^ fil0fff(p. Au lieu d'uiie semaine 4'eiiiprisonnement soUtdre par tj^pfpl^, nous proposons dt rendre mensuelle pour cettedàssede condamnés la pérîp4e d'isolement abfolu. Sans retrancher sur la )|g)aiaitité dç la nourriture, il faut modifier la qualilé, et supprimer la viande dans les aliments. On réduira au tient dil salaire la part ^1 revient au détenu sur les produits du travail. Le temps do fmail sera prolongé d'une heure par Jour; le temps accordSScMfflTl^i^^ éiée ch pidii air sera rédoit cfe'moitié. SI nous ne cqwbÎBôhs pas Éhjelndreàr ces mesures quelque signe extérieur de digfàtiKitOiH ^ c^qiénoôs pensons qu'en tiùmttânt les condamnés,' oio^nëles céMce pas. Lliumiliation ne fait partie de là pénltcaftiê^ madanslé sritéme rdigieut, parce que là sécdement edè es^ conuÂf eitaltat$MdëIairértu;

l^cmsnedèmandonsni fers, ni tortôreVc'èstla souffrance morale q^ei^Jcraffd^ui lé diç^p jfe

Jtnqpi^t rtoie, la j^iàmccdàantè elât ïli^&méitriiouà proposons de le rèsseniM'^otirléB îMxntfsmnâî i^Sme vemiére âÀtëiitîon n'aura im corH^- Midi qoâqàb s^t?^Mlé ^i^||riyatlbn que l'on aicfoptt^ ceîpd^^i^diMil!^^ dbRMre^

l'Hitoi H^hét'i^iriW w |M éMNiHi ' air wtiàfifi %( eôflptfuvantafl*

On a Youlu faire de la terreur un instrument politique, et il s'est trouvé que la terreur n'effrayait personne. Dans un siècle conune le nôtre , où le courage est la vertu la plus vulgaire, loin de l'abattre on l'exaspère par l'intimidation. Mais Le courage, qui s'exalte de toute la sincérité des opinions, demeure froid dans les calculs du vice et du crime. Un malfaiteur est toujours un lâche, a dit M. Elam Lynds, et il l'a dit avec raison. Le plus déterminé des soHérats, Lacenaire, en présence del'échafaud a eu peur.

L'intimidalion est l'auxiliaire indispensable de la morale. Il n'y a point de religion qui n'ait son enfer; la loi pénale doit être in> flexible au même degré pour les criminels relaps ou endurcis. Vous pouvez faire la peine boiteuse; mais il faut qu'elle marche précédée de la peur, d'autant plus que le repentir ne la suit pas toujours. Dans toute loi morale, la rectitude est le mobile des gens de bien; le danger que l'on court à la violer est le mobile des méchants. Que deviendrait une société où la loi n'intimiderait point! Qui protégerait les personnes et les propriétés ? Où serait le frein des mauvaises passions et des calculs audacieux ?

Humanisons la peine, mais gardonsrnous de l'affaiblir. C'est le moment de la fortifier au contraire, puisque, aussi bien, la morale de nos jours ne parle plus qu'au nom de l'homme, et que Dieu n'est plus redouté même du malfaiteur. C'est la loi qui régne; e]le règne seule, elle est, absolue; ne craignons pas dé lui donner des annes trop puissantes. Plus elle aura de force et moins cette force aura besoin de frapper.

-ni

$^UHf Eq général, te nombre des femmes détenues a diminué depnin cinq ou six ans; les maisons centrales en renfermaient 4,388, au 91 dèceml»re 1831 ; et 3,692 au 31 décembre 1834. En quatre années, la population moyenne s'était réduite de 9 pour cent. Ce résultat n'indique pas une diminution parallèle dans la criminalité. JietS^O à 1834, la moyenne des fenunes condamnées à l'emprisonnament est de 6,071 pour les trois premières années , et pour ISiS trois suivantes de 6,714, ce qui représente un accroissement de 10 poui* cent. Mais la durée des condanmations est fort abrégée ; aipsil^i moyenne des condamnations à plus d'un an d'emprisonnevpmU qui était de 1,617 pour les trois premières années, tombe, pour les suivantes, à 1,312, ce qui représente une réduction de 19 pour cent.

Pendant que le nombre des prévenues augmente, celui des accusées décroît dans la même proportion. La moyenne des accusées de 1929JI 1832est de 1,340, et n'est plus que de 1,214 de 1832 à 1835. li'inteiisité du crime diminue pour les femmes plus promptement que pour les hommes; la diminution n'est que d'un centième pour «eux-d en six années, elle est d'un dixième pour celles-là. En supposant la progression constante, dans soixante années les femmes ne commettraient plus que des délits correctionnels ; l'élément criminel se serait effacé de leurs actions. H se ferait comme une émigration de la population féminine des maisons centrales vers les rprbons de département. Mais aucun fait humain ne suit la li^e

droite dans la loi de son développement.

La France est peut-être le seul pays où l'on ait consacré des maisons spéciales aux femmes détenues. Les maisons centrales de Clermont, de Haguenau, de Montpellier, de Cadillac, et la prison départementale de Saint-Lazare, à Paris, leur sont réservées.On en a réparti un certain nombre entre les maisons centrales deBeaulieu, deClairvaux , de Fontevrault, de Gaillon, de Limoges, de Rennes et de^loos. Dans certaines prisons, on en rassemble jusqu'à cinq cents; ddaa d'asitvep^ la population onUnaire est de deux à trois cents.

( 117 ) ire parler au cœur. La religion qui entre, si ayant dans l'èdueitàm des femmes, sera pour les détenues le principe de ramendemesl.

En Angleterre et en Allemagne, des sociétés de dames charitables se sont vouées à la réforme des condamnées. Elles ont introduit dans les prisons, renseignement, le bon exemple et la pen-^ sée religieuse. Ces repaires d'orgies et de désordres se sont changés par degrés en écoles de silence et de réflexion. Le nom de mistriss Fry, dont le zèle a opéré ces merveilles, mérite d'être gravé en lettres d'or, à côté de celui d'Howard, dans la mémoire de tous les honnèles gens. Mais aucune association de ce genre n'existe en France, ou du moins n'a produit de semblables résultats. L'administration aura d'autant plus à faire, qu'elle ne peut guère compter sur le concours de la charité publique. Les fenunes ont trop peu de loisir dans notre société pauvre et occupée, pour reporter hor^ de la famille un dévouement qui n'est jamais sans emploi.

C'est une question bien délicate dans les pénitenciers de femmes que celle du personnel administratif. La direction qui comprend Tautorité et la responsabilité, demande la main d'un honime. Des hommes doivent veiller aux portes et former la garde extérieure, être en un mot la force de la prison. Mais les devoirs de la surveillance intérieure ne sauraient leur appartenir; des fenimes seules peuvent remplir ce poste de confiance et représenter la morale dans la maison. .,.. .

On a invoqué dans quelques prisons de femmes l'assistance des corporations religieuses pour discipliner et pour réformer les détenues. Ces tentatives, contrariées du reste par l'esprit du siècle, n'ont abouti qu'à diviser et qu'à discréditer l'autorité. Les femmes engagées dans les vœux monastiques ne reconnaissent que la hiérarchie religieuse. Elles se refusent à servir d'instrument au pouvoir civil, et sont toujours prêtes à appeler des ordres du directeur à leur évéque ou à leur curé. Dans les hôpitaux, où les sœurs de la charité rendent de si grands services^ il oe se passe pas de jour

pour qui l'ignoraiice esl une partie de la sainteté, qui ne comudih sent ni le monde ni ses passions, ni ses misères, ni ses écuefls> n'on^ aucune des qualités nécessaires au sacerdoce de la réforme. Les détenues sont généçileiiient des filles perdues qui s<mt entrées par la débauche dans la Voie qui les a conduites au meurtre ou an vol ^ comment oseraient-elles confier leurs chagrins et dévoiler leurs pensées à ces anges de pureté ? H n'y a que des mères de famille qui puissent entendre et comprendre de pareilles choses ; ce n'est pas à la vierge des couvents, c'est à la matrone^ ce type du gouvernement domestique, qu'appartient la surveillance des péniten*^ ciers.

Dans les prisons de l'Angleterre, le quartier des femmes est toujours dirigé par une matrone, qui ne prescrit pas la ^discipline , mais qui surveille Tobéissance des condamnées. On les respecte encore àsaezj malgré leur dégradation, pour leur épargner le contact humiliant des geôliers.Ce respect de la pudeur et des convenances est tellement empreint dans les mœurs anglaises, que mistrissFry, interrogée par le comité des lords, déclarait que le chapelain luimême ne devait jamais visiter les détenues dans leurs cellules, sans être accompagné d'une surveillante de la maison.

C'est parmi les femmes qui se vouent à l'enseignement, le véritable sacerdoce des temps modernes, que Ton recrutera le personnel de la surveillance. Elles doivent être habiles au travail , d'une intelligence cultivée et d'une moralité éprouvée ; les femmes veuves et sans enfants conviendront mieux pour de telleit fonctions que celles qui ont encore à s'acquitter de tous les soins de la famille. On se partage difficilement entre des devoirs domestiques et des it^ voirs sodaux.

Le nombre des condamnées à un an et au-dessus est d'environ cinq mille dans nos prisons; on aurait donc dix à douze pénitenciers de femmes, au nombre des cinquante maisons pénitentiaires. Plus de la moitié de ces détenues appartenant à la population ur- ))aine, et l'existence des femmes étant presque partout, A la oam^

mars mêmes des dortoirs, où l'on pouvait lire des inscriptioiis ordorières et des dédarations d'amour; et conmie pour parodier la plus religieuse des institutions sociales, elles appelaient cela leur mariage.

Le régime cellulaire et une surveillance vigilante arrêteront ces désordres. Mais sera-ce un frein pour la corruption du cœur ? On empêche le contact ; mais on ne réprime pas la passion par les clôtures et par les obstacles matériels.

Quelques écrivains semblent penser qu'il ne faudrait pas interdire complètement les relations sexuelles aux détenus. Ils craignent que ce penchant trop contenu ne dégénère en manie; pour prévenir un désordre, ils en autoriseraient volontiers un autre. C'est là ce qu'ils appellent résoudre la qiiestion de Vamour dans les prisons. Mais alors pourquoi séparer les hommes des femmes? Le beau idéal du système serait le mélange complet des sexes dans les prisons.

Ne profanons ni le mot ni l'idée. Nous savons que la prison n'éteint pas les passions, et que souvent elles s'éveillent avec plus d'âpreté dans ces tortures de l'isolement. Mais le détenu est eofermé pour souffrir, pour souffrir dans la chair, dans l'esprit, dans toutes ses passions. Il n'est pas seulement privé de sa liberté, il est encore séparé de tout ce qu'il peut aimer et posséder. Point de biens, point de femme, point d'enfants, point de société ; sans de telles privations, la prison ne serait qu'une plaisanterie, encore le condamné n'en ferait-il pas les frais.

Mais, après tout, la force morale ne vient-elle point se placer à côté de la souffrance? Les besoins delà matière organisée sont-ils tellement impérieux que la volonté ne puisse pas réagir ? La loi des sens est-elle donc un tyran sans contrepoids? L'observation démoi^tre que les détenues les plus corrompues ne sont ni les plus valides ni les plus passionnées. Ces robustes campagnardes^ qui ap* proehent de la force physique de l'homme, mais dont rimagipattoo n'a pas ètA aouiUée par la luxure, donnent rexMoqrtede la €Mtî*

( 123 ) tion exceptionnelle et despotique qu'elle n'a pas instituée. Cet état de choses se prolonge depuis trente ans. Il est trai que pour légaliser l'arbitraire des procédés administratifs, on exhibe une espèce de consentement donné par les prostituées, au moment où eUes subissent la formalité de l'inscription. Mais quelle valeur doitavoir un contrat où la partie qui intervient est ordinairement en état de minorité et n'a pas l'entière responsabilité de ses actions ? Mineur ou majeur, quel individu a le droit d'aliéner sa liberté ? est-ce une chose qui puisse faire la matière d'un contrat, sans l'entacher d'immoralité?

Je sais que le pouvoir municipal agit dans l'intérêt de la morale et de la salubrité publique, que son intervention , tout arbitraire qu'elle est, nous a préservés de bien de désordres ; mais la grandeur du but fait-elle l'éloge du moyen? Ce sera toujours une chose monstrueuse que celte extension d'une magistrature que la loi n'avait entendu armer que d'une pénalité de cinq jours de prison contre les délits qui lui sont déférés, et qui s'arroge, par voie disciplinaire, de distribuer des pénalités semblables à celles dont pourrait disposer un Tribunal correctionnel.

Notez bien que l'on se propose ici, non pas de réprimer la prostitution, mais seulement de la régulariser. Lorsqu'on oblige les filles inscrites sur les contrôles à ne circuler que dans tel quartier et à telles heures, qu'on leur prescrit une sorte de décence extérieure, que l'on exige d'elles ces visites qui sont un outrage à la pudeur même des femmes qui en ont le moins, et que l'on attache une peine sévère à l'infraction de ces réglemens, ce n'est pas la prostitution que l'on poursuit; on tend simplement à la dégager des excès et des vices qu'elle attire, comme leur centre naturel.

Avons-nous le droit d'aller plus loin? La prostitution est un délit contre la morale, pouvons-nous en faire un délit contre la société et que la répression légale vienne frapper ?

On regarde généralement la prostitution comme une nécessité de notre ét^i social, «omme une plaio de la même nature que la

(is»)

loBgeiit le oéUbat lasqb*! Pige de 95 ou SO èbSjéi fàl àUÉMBlèit la déplorable indualtie dès prostituées ; te S(M tes enidoyéf ; lei offlefers de FaMée, les jeunes gens qui se destfaieiit au eommèfee ou âui professions libérales. Mais ceut-là ontdeft sœur^qui ne se marient pas aussitôt nubiles, et auxquelles ils ne permettraient point de Tirre dans le désordre. Totks n'ouyret pas des lieux de dM>au* ebê pour la satisfaction des femmes, comiùe vous en ouvres pour eette des hommes. D'où vient cette différence dans les mêmes pa»* sions? La retenue que la pudeur inspire à l'autre sexe, pourquoi le nôtre ne trouverait-il pas dans sa raison la force de l'observer ? Il semble que le sentiment du devoir soit exclu désormais de ce monde. Nous composons avec les faiblesses, et nous faisons de Tordre social quelque chose d'intermédiaire entre le vice et la vertu. Au lieu de régler le mouvement du vioe, la tolérance qu'on lui accorde ne sert guère cependant qu'à le développer. Nous n'avons plus à chercher l'occasion, elle est placée sur notre chemin comme pour nous inviter. Or, l'occasion, pour l'homme, c'est déjà la moitié du mal. Le nombre moyen des filles inscrites à Paris était, en 1812, de 1,293 ; en 1820, il s'élevait à 2,746, et en 1832 à 3,558. A la vérité, de pareils résultats indiquent une amélioration dans la surveillance autant qu'un accroissement dans les délits ; mais cette augmentation si rapide et si considérable de 200 pour 100, atteste un affaiblissement réel du lien moral dans la population. H est évident que le mal a dévoré au-delà de ce qu'on lui donnait à dévorer.

Un autre système tout aussi etclusif consiste à voir dans la né^ sèrela cause unique ou même la cause principale delà prostitution ; en l'admettant, nous n'aurions aucun droit de sévir : la faim excuse le vol, qui est un attentat à la propriété d^utrui; elle poun. raitMen justifier la débauche publique, qui n'est que l'abus de la personne et de la Itterté.

Fort^heureusement la misère nCa îanjourdliui ni cette étendue iil toutes ces eo n s ft q a en ées . 99ÊÊA tes caÉtes du vice, ef^quol quVm

(127) que le vice abonde, qa'il tient école, table et lit ouyerts; LesfiOfes les moins chastes se rencontrent dans les ateliers où le trayail est le plus lucratif; car la coquetterie s'augmente plus yite que le reyenu.

M. Parent a cherché à déterminer la proportion des diverses causes qui concourent à la débauche. Ses observations portent sur un nombre de 5,183 prostituées. Suivant lui, la misère ou, ce qui est la même chose, l'abandon des parents aurait entraîné 2,781 filles ou 53 sur 100. L'auteur ne garantit pas l'exactitude des renseignements qu'il a examinés; nous ferons plus, nous les rejetterons entièrement, parce que la source nous en est connue.

Les déclarations des prostituées forment la base des documents consultés par M. Duchâtelet. Ces déclarations sont toutes calquées sur le même patron. Les filles qui se présentent au bureau des mœurs allèguent naturellement le motif le plus honnête qu'elles peuvent trouver à leur détermination; elles se disent sans ressources: et comment leur prouver le contraire, si ce n'est en leur donnant du travail?

Les progrès de la prostitution tiennent à une cause plus générale, et qui contient peut-être toutes les autre?, au progrès de la démocratie. Le mouvement, qui emporte les dernières classes de la société vers les régions supérieures, a trop profondément ébranlé les habitudes et les idées reçues pour ne pas amener d'inévitables désordres. Quelque rapide que soit l'ascension, l'imagination devance la réalité et les besoins excèdent la mesure des facultés. Les moyens réguliers paraissent trop lents; on se jette dans les sentiers de traverse, on se livre au jeu et au hasard, qui n'est que le jeu des circonstances. Le négociant fait des spéculations de bourse , l'ouvrier met à la loterie , la jeune fille trafique de sa beauté.

Ce désordre est transitoire; pourtant, il ne faut pas se le dissimuler, comme le travail, cette loi du monde démocratique, n'est pas encore placé dans les conditions d'tndépendânee et de bien-

(129 être qu'indirecte ; les moyens directs ei décisifs, en tranchant la difficulté, pourraient bfen la multi^er. Nous ne proposons pas de supprimer l'inscription ou les précautioqs sanitaires, ni Temprisonnement par lequel on réprime ce que la prostitution a de trop scandaleux; mais la prostitution elle-même n'est pas atteinte par ces mesi^res de police, et aucune peine jpe l'atteindrait, «r

Au lieu d'instituer des peines et des prisons, ce sont des refuges qu'il faut établir ; que toute joline Q)le qui serait amenée par le besoin oif par quelque faute de conaufte sur la pente de là débauche publique, sache qu'il est un asile où elle çeut oJ[tenir du travail et ie repos ^ que le pouvoir municipal, ^alÉÉU^ se présente pour être inscrite, puisse lui donner lechoiiLi||^ la débavche et une eiHlPièe honnête^ que, dans les égaremehtsj^u ^vice individuel, la sodété purge ^ moins sa complicité. Les refuges sont nombc^ux en Aligleterre ; en France, il n'en existe ^e deux ou trois. U appartiendrait à l'administration de les généraliser ; une maison de refuge serait nécessaire par département. Des villes comme Paris et Lyon en réclameraient plusieurs.

Les maisons de refuge, où l'on reçoit aujourd'hui les filles de mauvaise vie, sont administrées par des corporations religieuses qMi n'en règlent pas le régime dans un but social. Les détenues yolontâices^oa forcées n'y re(ij9fvent d'autre éducation que celle du travail etde la prière : il semble, à la manière dont on les traite, qu'elles ne doivent jamais rentrer dans la société. Ce serait bon si la vie claustrale faisait encore partie de nos mœurs, 'e( si le peu qui reste n'allait pfint senécularisant chaqpe jour. Malr aujourd'hui, c'itft à^ famille qu'il Taut ramener la^iemmes qui s'en sont écartées ; tes maisons de refuge doWent les préparer, non point à prûi|^|j|er des vœux religieux, mais à devenir épouses et nISres, et Jil^pUi^les devoirs de cette position . ' ^ ^ :

*Se Sr'est pas tout dé les retirer du vice, il faut leur donnei* un avenir. La plupart des fiUes que leurs penchants ont égarées ne se jetaient' dans la prostitution que par une sorte de' désespoir j et

aiM^Nird'htti un fait à pieu près avisai uniTersel que la ci^liddtton, tl que rèfMaiit tes ajiQales de toutes les cputrées sMmfe^ à uii gou- Yeawineiit r^uiiér. AuxStats-Unisfle noinbre^dés cHiiiiti^ Mdessous de vingt ans est le dixième *du nombfie total (l).l^ifAi tes uations du continent europèip^ la Prusse^ en 1II2Ô^ éomptiit déjà SOQdélinquants au-^dessous de 16anS) t^ sur tr m^^-cttef pçétreiiu» ouaceusés. Sans lé ducHè de Bade> enfS3fl, lettotidM des jtduïies dMiii^iiatits de 14 A llBan» ét|^t ded4 sur l,OÔO,etde T$ sur l,mo pour les Jeunes filles prévenues. Eu 19^%^ le royaume des Pays- Baig fenferaiBât 261 ditenuir «uMlessous de laaks, la trèûte^quatilèmeî^tie desdétoutions.'

I# Bôiubre des acqusés de eM âge est encore auj[gurd'tiui en Mjrijton 4e 6 sur lOD. En Hollande, là maison de eorr^ou' de Kof^rdam est peuplée, suivant M. cousin, de soixante A qmtre-vingts jeunes détenus. Ce aôo^re; eomparéà la populatioi^nérule^ a pÊïfi fort modeste à M. te e(»s|^r de l'UiÀversité; il y a vu la \fmme de l'etôeHent aystëme âmtrudion prinilitre qm est en vlKôéur dans les^provinc^s-ubies. Nous ifQj^uvons pas en porter le tnètneJogemenVËn France, où rinstruction est moins réplmdue, la^pulalion des jeunes détenus n'est pas tèlativemeat pliteéoiiBidèrablBqu'enHollaàâe^ bien qu'un climatpluscliauddciYO détdopper plus promptement l'intelligence et le oorps. Il est UfÊ^ de renoncer à ce préjugé i^îm libéralisme étroit qui voyait dàiis l'éiiseilsnement de la leeterè , de l'écriture et de Tarithmétique le reiftèae à tous les désordres de l'état social/ En Éeosser^fe peupkd estédiirè, lettré ipiémi^ et pourtant^ dès 1818, Ton ^||;|HBontFait ùêm l09 prisons de cette coniréé, tin condamné au*deÀbùr de 17 anssur cing détenus.

^^tBrès des calculs faits sur plusieurs comiès de l'Angl^tterre et rapporté^par le docteur Juiius (2), le nombre des détenus au-des-

(1) Du Système pénitentiaire aux États-Unis.

(i) Leçons sur les tHrisons.

( 133 ) sous de 20 ans, les deux tiers n'ont pas atteiiU leur seizième année , et qu'un sixième d'entre eux n'ont pas treize ans. Ces résultats, s'ils étaient bien constatés, nous plaGeraient immédiatement après l'Angleterre, dans l'échelle de la criminalité. M. Bérenger fait entrer peut-êti% dans ses calculs les prëv^uus qui sont justiciables des Tribunaux de simple police. Quant aux délinquants au-dessous de seize ans, condamnés par les Tribunaux correctidkneb ou par le jury, ou prévenus d'un délit qui les soumet à ces juridictions, nous ayons lieu dé*crq^ que leur noipbce n'excède pas, pour toutes les prisons de la France, deux mille détenus. Sur, quinze cents condamnés de cet âge, plus de la moitié n'ont en effet à subir qu'un emprisonnement de moins de six mois.

Les comptes- rendus de la justice criminelle fournissent des données précises pour la période de ffeuf aniu^ea^qui s'étend de 1826 à 1834; voici les chiffres, que nous Hisserons parler.:

f Condamnés à reêlprUonnem^^iont moins de 16 ans.

Moyenne.

nnées.

Accusés.

Prévenus,.

Total.

llîST

iHH

On voit que le nombre des condamnés qui ont moins de §Nize ans est annuellement de quatorze à quinze cents, et qu'ils sont au nombre total comme un est à vingt. En comparant les moyennes triennales, on reconnaît encore que cette avant-garde du crime s'est grossie, en 9 ans, dans la proportion de li5*, ou, plus exacte-

( 1S6 ) pris lès faoboQVgft, pendant les quatre années 1832, 1833, 1834 et 1836, releyé fait par ordre du parlement :*

Dtt !•' août 1831 au 31 }uiltot 183â . . . 1,954

Du l" août 1832 au 31 Juillet 1833 ... 2,l4a

Du 1" août i833au 31 juillet 1834 . . . 2,117

Du 1*' août 1834 au 31 Juillet 1835 . . . 2,439

En quatre années, huit mille six cent cinquante enfonè'jetés hors de la, famille ! Cest le mime qui 1er dévoré^ s'ils ne deviennent pas la proie des anîmauif; et en yérité, nous ne savons lequel de ces deux résultats tourne le plus à ïa honte de la société.

L'opinion de la Société des prisons est confirmée par le rescrit miniglériel, %mané éa cabinet prussien en 1826. Le ministère attffttte?aceroi8seni|pit des jeunes malfaiteurs : l** au malheureux hasard d'une naiasanee Hlégitime quf soustrait de bonne heure les enfants à la survemanoe dç lem^infents ; 2" aux mauvais exemplesdlÉÎSs reçoivent de 4eur femffl«^-i'ignorapcé où on les laisse de fbiile instPucliOB prknaire et de'^ïut dev<Hr religieux ; 3« à la vieva^^AxwdequorméneDt la plupart de ces esfoqts, et à Femploi préoMtaré que Fqn fait d'eux en 'qualité d'oiifriers deyabrique, de ADmesiiqoes, et surtout de bergers; 4'' à leur entnfhieraeot pour des habitudài honteuses. Nous ne parlons ni des spectacles ni des réunions publiques, qui sont indiqués par pliBieurs écrHalfs comne des eauses, ma^ qui ne sont en réalité^que des' Ôeoasiens de déhl.

MM. de J^ea»mont et de Toéquevflle ont constaté, en visitant la maison de refuge de New-Toric, que plus de la moitié des enfants reçus dans cet étaUHAeilient j étaient #enu9 par suite^ malheurs qui ne sauraient leur être imputés. Sur 513 Aifants, 116 avaient perdu kur père, «t 40 leur mère ; 67 étaient orp^dins ; 51 a^fdent ét# pousséf au crhne %9f llneonduite notoire de leurs parents ; on en comptait 47,ilent chacun avait une mère qui s'était remariée.

ESSAIS i)E REFORBÏE. • .. , ,

C*eA'deit|Uigleterre que nous est yenue4a p^sée d'une ^rëfbr- Hie, applicable '^aiix jeunes crimiQels ; c'est là ttiisi que cette pensée segoble âVoir fait le moins de prdgr^. Dès 1788, Rdtysrt Younn^âtaU institua à Londres la ^^ociété philanthropique de f ^- Georgi's fifÊli; dans le but jfi prénenir les' crimes par l'adoption dm enfants d'e&\;riniihels , et par l'amMioratiod morale des jeunes délinquants. En 1^06, ts gouyemement la reconnut oomine upe dirporation indépendante^ eue a maintenant cinquante ans d'existence^et a rendu de gran49, sernoes: ^ JamiAn , .dit Highinore , 41 n^ sorti du sein des peuples une institutiçy;i plus sage eC j^bis utHéi »; ^ " . '

L'èffblissement fondé par Robert Young sert fisjourdiiui dè'demeu{:e à deux cents enfants des deux sexes ; il KespiiYisé eP trois quartiers : 1<> la maison de réforme * renferttie les jonnes gens qqi ontfpmmis des crimes • on lesicotifie & la tortetpanciB d'uncbape- . lal|^' 4'ÙQ instituteur. L'instruction moiiile et reOglèAse^t le fonds de l'enseignement ; les etfanls n'apprennent qu'accessoirement à raccommoder leur chaussure et leurs habit;. Leur séjour 4lins ce quartier est considéré «omnie up temps 4'éprpave; fis ne passent dans la seconde diyision que lorsque le chapelain a déclaré que le repentir était entré dans leur cçeur.

2* Le second quartier, ou la manufacture^ reçoit les jeunes oriminels qui commencent à se corriger, ainsi que les enfants dés mallaiteor^^rsqu'ils n'ont commis aucun délit. On leur enseigne di- Yersès professions usuelles, telles queleà métiers decordier, de tailleur, de cordonnier, d'imprimeur et db graveur. Le produit du

f 137) se di8i>enser de contribuer, pour sa part, ^la tâche di(|leiie et importante déformer la génération qui devait un jour goirrerner ou défçndre 1» patrie. De nos jours ce devoir est bien-plus impérieux; renfant,*èmancipé, presque en naissant, du pouvoir paternel, aurait bétoin qu^une tntQlIe plus vaste et plus forte le dirigeât sûrement vers Tavenir. Pourtant cette tutelle est désertée; nul n^a le courage ou la capacité dej'instituer. On 3è contente d'ItakUr des é^es dans les vâUe^ ainsi que dans les villages; on outre dosg^mnoMtfjiour l'iiitelligencè , quant au reste, leb popydlftUOBS d^viradroâd ce ^'elles pourroât. , *

â y a deux moyens de diminuer les progrès du crime ': «le premier^ le pluj|,effiQace , mais acy^i le plus liifficile , (xAsiste âtnarcher droit aux causes et à porter la réforme âuca^ur de la société ; leii^nd n'agit que sur les oondjàmnés , <«ou9 foulon» pader dèram^oration desprisoiiis. v \ ' ' V

IJBe n'est pas Ici le Uw de Dléfienter un plan de réforme sodale , ai d^in^i^uer^commènt en pourrait remplir toutes les laciinSS de rd^cation. La tâcliè plus modeste de ce travail se borne à étudier la diâiBJpline qui convient le ndoùx en Franoe aux maisons «^correction. LA <}itBS|i09 , déjà grave pour les adultes , prend an degré nouveaàdJintérôt'<Uju|^.on considère cette classe de déliliquantSy dçp^leur 6^]^e:p^liitl/^Bd^ ù^sféver. Les écHyains qui révoqoant gn doutii la .fUCMmilitè dé corriger ^ies criminels 'hokiSnçs l^t^; et^quti attribuent au niai uneqprte de fatalité sociale , ceux-là ml^fii ne conteiSent pas l?amendement des jeunes détenus. Exami9||ft les ess^ de réforme que le. système pénitentiaire a pro-^ diiiywîns cette dir«ctioB« ,

■! ' If

fi-

( 139) travail appartient à la maison; cependant Ton abandonne une partie du salaire au^ meiUeur$ ouvriers, soit immédiatenieBt ; soit à leur sortie. Un inspecteur, un sous-inspecteur et un chapelain mènent tout le personnel de 120 ^ 15() enfants.

3^ Là trûisiôme division est destinée aux filles; on les élève à c(oudre, à tricoter et à faire le service du ménage; À leur sortie, ellas sont placées en qùali|é de domestiques dans quelqucf^nne et lionnète maison. L*ftge d'admissl9n est, pour les garçons, de 9 à 12 ans, et pour les filles de 9 à 13. ' - .

On a suivi les mêmes prindpèi'dans Torganlsation de^ autres étriblisym^ts institués en faveur des crimftiels lib^éâ, et^ui sont devenus, pour la plupsyrt, des maisons de refuge popr le^ /eiukes dé- Hl^piants. Bansle nombre, il faut distinguer f association {îiftidèe& Ldndres, en 1805, pour les êtres abapdo;inés de^ deux sexes. {Repage for destitute). La société entretient deux élahllssementa, dont cbacun, pouvant contenir 200 individus, est partagé en deâi qpiartfers, le refuge provûâire et||p.refCige.jiei^^ . -

L^ règl^ de cet éiablissemAit admet toute autre asièciawn ï^ placer ûeà libérés en gayant une subventiop de 7 scBilli^gs par S160iaine(8 fr. 8â C), c'est ainsi que la société dès prisons («Miprîsàri^iifcipline) entretient, ^ dans lereftage teinporaire, un certain nombre de jeunes criminels.

n^st fort difficile d?agfr efQçaceipent sur le moral des âon^es, ou niême sur celfai ifis enfants cfui.Ont vécu long-temps dans le désordre. Le refuge, bien qu'il' soit organisé avec fnteHigenjoe et soutenu par une subvention du Parlement, ne paraît pas avofr complètement répendu aui espérances des fondateurs. Une institution plus récente, celle des asiles établis à Hackney- Wick et '^ À Chiswick, obtient en ce moment un succès réel. En cinq années, la société a pris à sa charge 866 garçons et 187 filles, au total 1,053 enfants. Sur cq nombre, 638 ont été envoyés aux colonies et placés en apprentissagioi dans les fermes , sans ^<ine leur bonne conduite i^ soit démentie. L'entretien d'un enfant à

imitaliOD, à un syétëine à peu près identique de réforme^ Le Irayail et l'enseignement en font la base, carPenseignemeiit est^Uhs Im deux pays Tobjet de la même prédilection; Ton y consacre,^en Prusse, yingt-quatre heures par semaine, sans compter ies exercices religieux. Un autre principe de ces ètabiissemenis comiste'à n'admettre qu'ui^.petit nombre d'enfants, soixante ou^ soixantedix au maximum. Par là, on résenre aux chefs de la maison la possibilité d'exercer une influence directe et cënstante sur chacun d'eux. ' ^ t ,' »;».

M. Lucas et M. Julius pensent que la création des maisons de refuge a eu pour effet de diminuer, en Prjisse, le nôritbre des délits commis par les Jeunes criminels. lAs faits cités par ces deux pu- Midstes ne sont malheureusement pas déoisifs. Ainsi^M. Lucas ibe saurait se prévaloir de ce que le nombre des délits, qui étail^ jod i828, de 752, ne s'est trouté que de 591 en 1829 ; car rinflàeûce de l'institution n'avait pas encore pu se faire sentir. Saivant le docteur Julius, de 1828 à 1831 inclusivement, la population, en , Prusse, s'est accrue de 3 0[0, et le nombre des jeunes criminels a '* diminué dans la même proportion. Voyons les chiffres. '

Délinquants. 762 591 516 73Ï

En additionnant les nombres des deQ3( premières annéeSi et en mettant en regard le total des deux deltiières , on s'aperçoit au contraire que le crime est demeuré, à peu de chose près, statioânaire. Mais pour démontrer l'influence bienfaisante des refages^ prussiens, il suffit, à notre avis, que le crime n'ait pas- augmetité avec la population.

MM. de Beaumoni et de Tocqueville ont écrit sur les refuges américains un des meilleurs chapitres de leur livre. Nous nepou* vous mieux faire que de résumer ici leurs observations.

Les maisons de refuge auxÉtatSrUnis sont une institution privée.

( 141 y anraîtde Biieia à fureptoreiiz, «ferait 4e ta taoBirtefawft kl^ailfl ont attçfat teor najorité.»

Mais Mt^il posnble, ert-il jnste, pov purcv FA iiglcIai i c dB banditi qpi l'jjlMtwnt, de njelcr cbbs-cî for les ocdcnies av»t Vi-fN^t donné d»p«im d'»»dn»^? U»idioralki.des déléwb doU^réc^der et piéitom ccle dts klii^ ' '

iilli^rt wnii ; lord John Kouellfiepl d'ordonner qn^nn] tpftrial pour tes jJkias dètenns seriitconstniit à IlBrtnionr, reqfidKte nui i^nfermail, pendant ks guerres de TEinpira, les prisonniers français.

âljPrdisifte lrè»-^f9noéë dns la réforoM des jeunes déiinteants-; Un reserît mîofsIérM, da i octobre 1816, reee^Haanda amnBreelAiBS de prisbn de consacrer à ces enfants une altention pai^ieuliére ; dn donner iSosleç trais mois des rcns eigp enMn|s. eiai^ pr ledrcoodule,^de les séparer des dMenosadallea^ et de tra^MH^pt^aotîTement' à leur aipélhystion morale. Les quartien 8ont^4"îhc(a; mais ÏBi 8é|»rattM inst pascômp!^ ; fln'ynpoM lecaDiiles'poiur opérer fitolement de nuit. Les détenus eoocSnt datisdes clip^nbres qui en contiennent 3, é ou 7 , et oà la 8i|r:ytt(n&ee pèil è'ire fàdfement déjouée.

Mfifi/ée que le gouyemementn'apastrit, des associations particnlièies fondèrent, à tierlin, en 1825, et pins tard, à Dantzick, à Kœnigsberg et dans plusieurs autres TîUes, des maisons de refuge àfL Ton entreprend |^é9ucatrbn des enfants repris de justice, pourra qp'Us n'aient ni plus de seize ans, ni moins de six. La défeMon pénale est apmmuée en un -séjour plus ou moins long déni ces MabHssements ; et les détenus n*en sortent que lorsqu'on pevi les tendre sans danger â la' sociAé.

M. Cousin (1) a donné, sur là discipline des refuges prussiens, desienseignementsqifi sont précieux, en ce qu'ils montrent que

la Prusse cftles EtatSTUnis sont arrivés, sanâ concert préalable ni

(1) AfofitfMidal4j«aTierl639

( 143 ) qui est née do concours des cbarités individuelles; elles ont reçu la sanction de l'autprité Qi^lique, et tous les enfants qu'elles renferment sont détenus légalement. La durée de la peine n'est point déterminée par le magistrat^ et la tutelle de l'administration n'expire .^au moment où le détenu a vingt ans révolus. De cette mattfére^ la maison n'étant pas considérée comme une prison, n'imprime aucune flétrissure ; et les directeurs, conservant une autoiité sur l'enfant qu'ils placent en apprentissage au dehors, le mUntiennent par la crainte dans le devoir.

Le premier refuge fut établi à STew-York en 1825 ; bientôt Boston eut lesieib, puis Philadelphie, Baltimore et toute grande ville de l'Union. A New-York et à Philadelphie, le système enusageest 11sôlement cellulaire de nuit, avec travail en commun pendant le jour; è:9oston, la séparation n'existe qi la nuit ni le jour, mais ce n'est, diMPt les (luteurs du Systèmepénitentiaire aux ÉtaU- Unis, que par des mirades de surveillance que l'on évite le danger de ces communications.

Le tem{)s de l'enfant est partagé entre l'instruction et les travaux matériels : quatre heures pour l'école, huit heures pour l'industrie, trois belles aux repas et aux révsréations, neuf heures au sçiofimeil. Le conseil queToQ donne aux détenus à leur entrée est celui-ci : « Ne mentez jamais, faites le mieux que vous pourrez. *>

Ofi tient pour chacun d'eux, sur le registre moral, un compte étLsont inscrites, avec sa^^jinduite antérieure, ses actions de chaque Jçor. Us sont classés par rang de mérite ; la première dàsse se cobpose: & New-York, des enfants qui ne jurent et ne ménfènt ]amais ; à Boéton, de ceux qui font des efforts positifs, réguliers et constants vers le bien.

L'instruction , dans les maisons de refuge, est. d'un ordre assez élevé^À la lecture, à l'écriture et au calcul, on joint des notions d'histoire et de géographie. On a compris que, pour agir avec succte sur une dàsse d'enfants intelligents, d'un esprit aventureux, inquiet et avide de coAnattre , i||était nécessaire d'ii|^ndir le ca-

(H5) forme en faTeur des jeunes détenus qui ont précédé le régime (on dé en 1831.

18 août 1814, ordonnance relative à rétaUissement d'une prison pénitentiaire pour cent jeunes condamnés pris dans le res^rt d0 la Cour royale de Paris.

9 septembre 1814, ordonnance qui généralise l'institution et lui donn9 le caractère d'un essai de réforme des prisons. Tous les dé*r tenus, au-dessous de 20 ans condamnés pour crimes, devaient être réunis dans une prison centrate désignée par le ministre de l'intérieur, («es événements de 1815 et plus tard les passions pc^tiques firent ajourner l'exécution de ces plans.

En 1817, rabl>é Arnoux fonde la maison de refugede la rue des Grès à Paris, destinée à 50 enfants au-dessous de 15 ans, choisis dans les prisons de Paris parmi les détenus de cet âge qui iAspî<* raient le plus d'intérêt. La ville de Paris concède le local, fatt les frais du mobilier et fournit une allocation annuelle de 6,000 fr . , à laquelle le ministre de l'intérieur ajoute une subvention de 3,000 fr. Quatre frères de la doctrine sont chargés de la direction de l'en* seignement et des travaux. Le système cellulaire de nuit est mis en vigueur. Le refuge, malgré le relâchement de la discipline, subsiste jtt4qu'à rétablissement de la maison des jeunes détenus.

Tout imparfait et tout exclusif qu'il était, cet établissement a produit un lÂen réel. De 1816 à 1832, 250 enfants en sont sortis; etles récidives qm, pour les jeunes libérés, étaient communément de 1 sur 2, ont été réduites à un sur 10 pour les enfants qui avaient partidpé au bienfait 4^ la fondation.

En }824, il se forme à Slfrasbourg une société pour Pamélioratùm nwale des jeunes détenus , qui entreprend de leà placer en apprentissage et de les surveiller après leur libération . La société des prisons de Rouen établit une école pour les enfants que renfermait la maison de correction du département.

£n 1830, JM[. de Montbel propose de créer un péuiteneierqui doit réunir les jeunes détenus répartis entre les diverses maisoQi

fc'^

( 146 ) centrale», au nombre de 800. Sur les obserTations de M. Pasqnier, ce plan mal conçu fait bientôt place au projet d'établir deux maisons de réforme, Tune dans le Nord, et l'autre dans le Midi. Le plan d'un refuge pour les départements septentrionaux ayant été soumis au Conseil- d'Etat, après les événements de juillet, M. Ch. Lucas, appelé depuis peu à l'inspection générale des prisons, fait au Conseil un rapport sur les principes qui doivent déterminer le nombre et la répartition des maisons de jeunes détenus sur le territoire. M. Lucas conseillait de répartir 16 pénitenciers par ressort d'une ou deux Cours royales; il voulait qu'on les consacrât non plus seulement aux enfants condamnés à plus d'un an, qui formaient les quatre dixièmes du nombre [total , mais à tous les jeunes détenus qui avaient encouru l'application des articles 66 et 67 du Code pénal, n posait encore pour bases d'organisation ces idées un peu vagues, empruntées au système américain : .

l*" Le système cellulaire de nuit ; S^" un système de classification pendant le jour, comprenant les trois quartiers d'épreuve, de récompense et de punition, et un quatrième destiné aux prévenus ; Z"* le travail silencieux; 4"* un enseignement élémentaire, moral et religieux ; b"* une comptabilité morale , fondement de la récompense et de la répression ; 6*' l'emploi de l'emprisonnement solitaire, simple ou rigoureux pour régime répressif; 7* la coopération des associations libres pour le placement des jeunes libérés. M. Lucas demandait, en outre^ que le personnel de la surveillance fût composé d'hommes irréprochables, et que les enfants déjà repris de justice ne fussent point admis dans les pénitenciers. L'avis du Conseil-d'Etat, en date du 21 mars 1832, consacra les conclusions de l'inspecteur, qui sont devenues le point de départ de la réforme en France, et auxquelles il faut rapporter ce qui s'est fait dans cette direction, le bien comme le mal.

An milieu de ces tâtonnements nous rencontrons deux mesures décisives :1a circulaire du 3 décembre 1832, et la création d'une fludson de jeunes détenus à Paris.

( ti7 )

La circulaire de M. d'Argoat est & elle seule une théorie ; le ministre inyitait les préfets à faire sortir des prisons d'adultes et à plar cer en apprentissage, soit à la Tille, soit à la campagne, les enfants jugés eA vertu de l'art. 66, sur lesquels l'administration consenre un droit de tutelle. Cette mesure, qui est en usage chez nous pour les enfants abandonnés, appliquée pareillement à 595 orphelins du duché de Saxe-Weimar, y a produit, selon M. Lucas, d'excellents effets ; mais ces orphelins n'étaient pas corrompus par la pratique du crime, ils n'avaient commis aucun délit.

Dans l'état actuel des prisons, la mesure prescrite par M. d'Argout est certainement un bienfait. Mieux vaut encore pour les jeur nés détenus Tabsence de correction et d'éducation qu'un enseignement corrupteur. Mais,, s'il existait en France des maisons de réforme en nombre suffisant, le système de la circulaire devrait être abandonné. H y a de graves inconvénients à rejeter dans la société des enfants qui ont commis un délit contre la morale et contre les lois , avant de les avoir amendés et dirigés. vers le droit chemin. Bien qu'ib n'aient pas atteint l'âge du discernement, la notion et l'habitude même du mal existent chez eux à quelque degré : doit-on les mettre en présence de l'occasion, sans les avoir préparés à la résistance? Bans les familles d'artisans ou de laboureurs auxquelles on va les confier, ils ne recevront ni l'instruction primaire, nil'instruction morale et religieuse qui manque surtout dans la maison du pauvre. N'est-ce pas les abandonner? n'est-ce pps renoncer à la réforme? n'est-ce pas déclarer non-avenu le jugement qui avait institué, au défaut de la famille, la tutelle de l'Etat?

L'idée première de réunir les enfants au-dessous de seize ans détenus dans les prisons de Paris, et de leur affecter un local sépar ré, appartient à M. Baude, qui prescrivit cette réunion dans les bâtiments de Sainte-Pélagie par un an été du 3 février 1834. M. Vivien les transféra aux Madelonnettes; ils occupent maintenant le pénitencier cellulaire de la Roquette , mieux approprié & cette nouvelle destination. Enfin, ce que l'adminiitration fait au dedans,

( 148 ) rasfoeiâtion du patronage le fait au dehors. Instituée le 17 mars I8389 elle 9^ déjà pris à sa charge 269 jeunes libérés.

Nous n'insisterohs pas sur l'histoire de la maison des jeunes détenus, que M. Bérenger a présentée avec un grand charme dans son rapport à la société de patronage pour Tannée 1836; mais nous tenons à dire que, malgré la bonne volonté de l'administration , et dans Tétat avancé de la science, cet établissement n'eût pas même obtenu le commencement de succès dont il est en possession, sans l'active et intelligente persévérance de trois hommes qui ont attaché leur nom à cette création : M. Charles Lucas, M. M oreau- Ghristophe, inspecteur des prisons de la Seine, et M. deYillars instituteur de la maison .

Depuis le mois d'août 1831 jusqu'au 1" juillet 1833, où l'action du patronage a commencé, les 217 enfans qui ont quitté le pénitencier présentent 99 récidives, ou 46 sur 100. Sur 269, au contraire, dont la société de patronage s'est chargée, depuis le 1*' juillet 1833 jusqu'au 1" juin 1836, 51 seulement ont subi de nouveaux Jugements, ce qui donne une proportion de 19 sur 100.

Si le résultat n'est pas meilleur, cela tient à plusieurs causes. En premier lieu, le régime disciplinaire de la maison consacre un grand nombre d'abus. Le travail est organisé dans l'intérêt de l'entreprise plutôt que dans celui des détenus, qui sortent presque tous du pénitencier avant que leur éducation professionnelle soit terminée ; et ^e là les difficultés du placement. Le règlement est bon pour les masses , il ne s'occupe point des individus ; aucune influence morale n'est exercée sur ces enfants , qui demeurent abandonnés à eux-mêmes et à la contagion de l'exemple, aux heures de liberté. L'enseignement , qui n'est que de six heures par semaine, n'a ni une assez grande durée ni une étendue suifisante. La cantine, les visites, la distribution immédiate d'une partie du salaire, tous les abus des autres prisons se sont glissés dans celle-ci. Les surveillants qui la gouvernent sont pris dans les mêmes classes que ceux de Bicêtre et de Sainte-Pélagie ; ce sont des porte-clés, et non pas ,

( 149) comme il le faudrait , des iiistitutears. Enfin la maison dépend de la préfecture de police, instrumeùt politique qui résiste aux plans de réforme, de toute l'énergie de ses traditions et de seft passûms.

En second lieu, quand la discipline du pénitencier aurait use puissance plus efficace d'amendement, la société de patronage, telle qu'elle est constituée, ne pourrait pas garantir que les bonnes impressions reçues par les libérés se conserveront sans mélange dans le milieu qu'elle leur fait traverser. Avec le système de pla^ cer les patronés en apprentissage dans la capitale, les rechutes seront nécessairement fort communes. Ces malheureux enfants le savent bien eux*mèmes, et demandent souvent à être envoyés hors de Paris, loin du danger auquel ils ont déjà Succombé. C'est par des affiliations dans les cAlonies ou ddns les campagnes de Tinté^ rieur que le problème sera peut-être résolu.

Depuis la création du pénitencier à Paris, l'administration aoor vert des quartiers spéciaux pour les jeunes détenus dans les prisons de Lyon, de Rouen , de Garcassonne , de Ntmes, de Tou'louse et de Bordeaux Maïs elle a eu le temps de se convaincre que ces maisons de refuge, en dépit des séparations intérieures , souffk*aient encore du voisinage des malfaiteurs. Le projet de loi préparé par M. de Gasparin institue des pénitenciers distincts de jeunes détenus, et les répartit sur le territoire, par ressort d'one ou de deux Cours royales ; il décide de plus que la seule Cour royale de Paris en aura deux, admettant ainsi la distinction des populations rurales et des populations urbafiHes, que nous avons indiquée.

La loi de 1832 a déjà renvoyé devant les Tribunaux correctionnels les délinquants âgés de moins de seize ans, dans le plus grand nombre des cas où ils devaient comparaître devant la Cour d'assises. Le projet de M. Gasparin complétera cette juridiction patemdle, en déférant un pouvoir de tutelle aux sociétés de patronage qui veillent sur les Jeunes détenus après leur libération.

Mafaitenant, après avoir posé en principe nnstitation de mair

C151 ) leur humeur vagabonde , qu'en les attachant à la glèbe et en leur donnant la nature à dompter.

A côté de la réforme , ne faut-il pas d'ailleurs considérer la santé ? Les adultes peuvent yivre plusieurs années dans la prison , parce que leur corps a pris tout son déyeloppement, et qu'il réagit par sa propre énergie contre Tinfluence délétère de cet air qui se renouvelle si lentement. Mais les enfans n'ont pas seulement besoin de se conserver ^ il faut qu'ils grandissent, qu'ils se fortifient , qu'ils aspirent la vie À pleins poumons. Une longue détention détruit en eux la santé et même la vie. Ceux qui vivent dans les villes sans en sortir y perdent les fraîches couleurs de leur âge. Que sera-ce, si on les enferme inexorablement entre quatre murailles , où né pénètrent ni la brise ni le soleil ?

L'architecte qui a construit les bâtimens somptueux de la Roquette, et cette enceinte dont les angles sont dessinés par autant de tours^ croyait sans doute faire une merveille. A quoi sert cependant tout ce luxe de bâtimens ? ce n'est qu'un magnifique tombeau. Pour un pénitencier, tel que nous l'entendons, il ne faut que des granges bien fermées , à diviser en cellules , dans un vaste enclos que cent enfans convenablement dirigés puissent cultiver selon la méthode flamande et transformer en un potager productif. Les travaux sédentaires ne doivent être qu'un moyen de punition pour les fautes de discipline et pour les tentatives d'évasion. L'éducation pénitenciaire , dirigée dans ce sens, aplanirait en grande partie les obstacles que rencontre le placement des Jeunes condamnés après leur libération , et l'on pourrait les établir partout ; car il n'est pas un village en France où l'on n'ait besoin de garçons de ferme , d'aides-jardiniers et de valets de charrue.

On démontrerait aisément que l'acquisition de dix hectares de terrain et la construction des bâtimens , pour chaque ferme-refuge destinée è cent détenus, ne coûterait pas cent mille francs, ni pour vingt refuges deux millions. Il est, du reste ^ facile, tout en adoptant le travail agricole pour cadre général du régime, d'en

modifier les préeeptes et les habitudes sdon le earactère de fat population que l'on aura à réformer. Nous proposons ce plan ayee confiance pour les deux races de condamnés. Les enfans des campagnes n'y perdront rien ; et les enfans des yilles, éneryés par les priyations autant que par fat nature des trayaux^ se retremperont au sein d'une atmosphère salubre ; on redressera tout à la fois famé et le corps (1).

(1) La Revue d^Édifnbourg, dans ion naméro de Janvier 1837, exprime Topllkm fve Ton ne de? raitpas receroir dans les pénitenciers destinés aux Jeunes OMiéaMBés les enCans abandonnés on vagabonds ; elle propose de leur appilqner^ par Jugement sommaire , la peine du fouet {they ought to be tohipped and ditehargeâ^. Cette proposition pourra sembler fort naturelle en Angleterre > où la peine du fouet est restée dans les mœurs et résiste à tous les progrèi de la civilisation. Mais , chei nous , ni la loi ni les moMirs ne Tautorisent. Dans tous les cas , nous regardons un tel châtiment comme absolument fans force et sans efficacité. Lorsque vous aurez fouetté un enfant jusqu'au sang , et tpM vous Vanrea frappé de terreur, s'il est abandonné de sa famille , et s'il n'a d'avtre resaource que le vagabondage ou le vol , comment l'en détoaraerez- Yons P le besoin ne sera-t-il pas pins fort que la frayeur? L'expérience a d'ailleurs prouvé que le vagabondage et le vol étaient deux conséquences inséparables de la même situation. A Paris , presque tous les enfans, que l'on surprend erraal dans les rues, ne vivent que du pttlage des boutiques. L'éducation des pénitenciers ne leur est pas moins nécessaire qu'aux Jeunes déUnqnans notoirement convaincus de vol.

( lis )

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