‹ De la Réforme et du catholicismeChapitre 10 sur 13 · ELLE SERA CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

ELLE SERA CATHOLIQUE

Cette vérité n est pas assez codduc ^ ou bien elle est trop peu méditée. Si Tou s*y arrêtait avec toute latteutiou qu'elle mérite , on saurait ce que vaut le Catholicisme et combien il est important , si l’on tient encore à la religion de Jésus -Christ et à la patrie , de se ranger sous sa bannière, de le chérir, d'augmenter au milieu de nous et partout où il y a des hommes , son admirable influence. Pour nous , nous sommes fier et heureux de pouvoir consacrer toute notre vie à dire à nos frères : Aimez le Catholicisme, respectez son autorité , obéissez-lui comme à Dieu même ; là est la vie du Christianisme, la vie de la société ; si vous y touchez , tout est détruit , et dans la religion et dans l’état, et vous aurez contre vous l'univers. Oui, nous aimons à prouver ces choses , parce qu’alors on a prouvé

la divinité de la religion catholique ; car vous avez dit qu elle est ^ comme Dieu , nécessaire aux individus et aux empires.

Donc malgré toutes les réclamations de l’ignorance qui ne sait pas ce qu'elle dit , et des passions qui crient , parce qu’il y aurait un parti généreux à prendre : des actions chrétiennes à produire ^ ou un vil salaire à repousser , il ne faut point se lasser de la publier, cette vérité. C'est le repos du monde , et les peuples et les rois ne seront tranquilles et heureux que lorsque , embrassant de cœur tous les dogmes catholiques , ils viendront jurer à notre religion foi et amour , en confessant qu’elle seule a les paroles de la vie éternelle. 11 est inutile de blasphémer ; les faits sont là, et disent assez haut que lorsque Dieu a écrit ^ les hommes n’efTacent pas ; il faut que ce qu'il a dit reste ; et le ciel et la terre passeront plutôt qu'une de ses paroles.

Luther avait oublié cet oracle, quand il voulut remplacer le dogme si précis , si nécessaire de rinfaillibilité de l'Eglisè , par l'inspiration particulière ; mais aussi on ne tarda pas à voir que ce n’est jamais impunément , que l'homme essaie de corriger Dieu. Si l’Europe perdit le sens en écoutant cette étrange théologie , le châtiment sui- • vit de près, et, comme on l’a vu toujours, la foi périt dans tous les royaumes où passèrent les doctrines rebelles.

Et ce n’est pas nous qui le dirons. Nous voulons que vous entendiez des témoins non suspects , ceux même qui ont présidé à la destruction ; les apôtres nouveaux viendront après leur mission remplie , vous dire ce qu’ils ont fait j et leurs paroles désolées devant leur œuvre qui surpassa leurs espérances, vous crieront bien haut que le proleslan-

tisrne n*a fait que des mines, et que, s il eût triomphé parr tout , il ne serait maintenant plus question du Christian nisme. Entendez donc ces hommes tremblants encore et tout pleins de ce qu'ils viennent de faire, comme lesexécU' leurs des hautes œuvres en quittant Técbafaud , ou des assassins qui viennent de laisser le champ de mort où git leur victime. Ces paroles que Luther jette avec ses regrets, ses plaintes, ses mépris, sa colère sur l'Allemagne, quand il Teut ravagée et perdue, pour me servir de ses expressions, méritent d'ètre recueillies. On y voit pourtant qu'il restait encore dans le réformateur saxon quelque chose de l'hoin* me, car satan après avoir détruit la félicité d'Eden , ne tit que se réjouir et s'applaudir de sa victoire.

Que devint donc l’Allemagne sous le nouvel évangile? — Elle fut un peu différente de ce qu’elle avait été après les prédications des missionnaires qui lui étaient venus de Rome ; ceux - ci l'avaient peuplée de saints , et les convertis de Luther ne méritent , d’après lui^méme , que des malédictions et des supplices. « Je ne m’étonnerais pas , s'écrie le nouvel apûtre , que Dieu ouvrit entin les portes et les fenêtres de l'enfer , et qu’il fit neiger et grêler des flots de diables, ou pleuvoir du ciel sur nos tètes le soufre et la flamme , et qu'il nous ensevelit dans desabimes de feu, comme Sodome et Gomorrhe, mille fois cependant moins coupables que l'Allemagne; car elles n'avaient pas reçu la parole de Dieu de ses prédicateurs. Et nous qui l'avons reçue , nous ne cherchons qu’à nous élever contre le Seigneur... Si l'Allemagne doit vivre ainsi, je rougisd'étre un de ses (ils , de parler sa langue; et s’il m’était permis de faire entendre la voix de ma conscience , je voudrais

appeler le Pape et Taider , lui et ses suppôts , à dous enchaîner, à nous torturer, à nous scandaliser plus qu’il ne l’a fait encore. Autrefois, quand nous étions au service de satan , que nous profanions ie sang du Christ, toutes les boursesétaientouvertes, on avait de l'or pour doter les églises , pour élever des séminaires , pour entretenir la superstition... Et aujourd'hui que nous connaissons la parole sainte , que nous avons appris à vénérer le sang de notre Dieu martyr, les bourses sont fermées avec des cadenas de fer !... Et voilà les chrétiens!... Plus d’écoles, plus de cloîtres, l’herbe est séchée et la fleur tombée I... Si Je voulais appitoyer le ciel sur ma patrie bien-aimée , Dieu refoulerait ma prière, elle ne s’élèverait pas jusqu’à son trône. Dieu sauvera Loth et détruira Sodome.

» Depuis la chute du papisme, de ses excommunications et de ses châtiments spirituels , le peuple s’est pris de dédain pour la parole de Dieu. Le soin des églises ne l’inquiète pas , il a cessé de craindre et d’honorer Dieu !... Il n’y a plus ni crainte ni amour de Dieu. Le joug du Pape brisé, chacun s’est mis à vivre à sa guise; mais à nous tous et principalement au prince , c’est un devoir d’élever l’enfance dans la crainte et l’amour du Seigneur, de lui donner des maîtres et des pasteurs ; que les vieillards , s'ils n’en veulent pas , s’en aillent au diable ! »

Les plaintes de Luther étaient vaines, comme son appel aux princes. Quand on n’est plus avec l'Eglise , l’ange sc fait homme, et il n’a plus que la puissance de détruire. Les erreurs et les vices déchaînés riaient de ses supplications et de scs menaces , comme il avait ri de celles de Home , et devant eux tout périssait , comme sur le passage de la peste et de l’incendie.

CapitoD a voulu aussi stigmatiser la réforme et dire au monde ses méfaits. Écrivant aux réformateurs ses collègues, il traçait ces Irisles mots : a Tout s’en va donc, tout se perd et tout disparait; partout des ruines ! Le peuple nous (lit: Voici que vous voulez établir une nouvelle tyrannie, une autre papauté. Dieu m'a fait connaître quelle charge est celle de pasteur , et combien nous avons nui àVEglm en rejetant son autorité souveraine (1). »

Le ministre Starck s’adressant , il y a quelques années , à ses coreligionnaires d’Allemagne: nous dit assez bien ce qu’il faut penser du christianisme protestant. « La décadence de votre société religieuse , leur dit-il , augmente de jour en jour, et l’on peut môme dire que comme corps ecclésiastique elle a cessé d’exister. Ce n’est plus qu’une agrégation d’hommes ayant des opinions diverses et môme diamétralement opposées, sans ordre, sans harmonie, sans liaison. Si vous demandez ce qu’on croit, à qui l'on obéit, qui est le chef de la religion dans telle ou telle contrée protestante, on ne saura pas vous répondre ; chacun est réduit à son autorité (2). » Or, est-ce bien là le Christianisme, le chef-d’œuvre deTElernel, dontl’ordre, l’harmonie, l’unité ont fait l’admiration de l’univers, et que tous les grands politiques et tous les sages législateurs ont cherché à imiter , quand ils ont voulu rendre les empires florissants et les nations heureuses?

Les chefs de l’enseignement s’efforcent eux - mômes . de détruire les derniers restes du Christianisme. C’est ce

( 1 ) Epist. ad Fard.

(s) Entretiêm phil,'

que nous dit sans détour le professeur protestant à SebafTbouse , Muller. D’après lui : « Des tbéologiens memes se font un jeu de noyer dans un vain déisme les princi^ pes fondamentaux du pur Christianisme. Tous ensemble, sincèrement ou sans s’en douter , tiennent la même conduite et le langage suivant : Déchirons et jetons loin de nous ces liens qui attachaient à la foi et au devoir nos ignorants et ténébreux ancêtres. Ils donnent le nom de préjugés théologiques aux doctrines fondamentales même. En cbarpentant sans cesse l’édifice de la religion , ils en ont fait enfin une misérable cabane, à peine capable de nous préserver des orages. Au milieu de ces balancemenls incertains, entre les doutes, les hypothèses et quelques lueurs de certitude de la part de ceux qui ne font plus de la religion qu'une affaire de métier littéraire, au milieu de ce vague qui permet rarement de dire : je sais en qui et à qui je crois; dans cet état enfin où la certitude présumée n'est elle-même qu'une opinion, on a vu arriver la période de refroidissement chez le maître et le disciple, chez le souverain et le sujet ; et l’on travaille sans cesse à l'examen en dessus du degré de la congellation (1). »

S’il faut en croire les savants auteurs de la Gazette universelle littéraire , le Christianisme n’est bientôt plus qu'un mot dans l’Allemagne protestante , qu’une création inutile dont tout le monde se dégoûte , et qu’on ferait très-bien de mettre de côté, vu son inutilité et son impuissance. Ces écrivains conviennent : « qu’on aperçoit

(1) Lettres confidentielles à Brister . — Voyez aussi Rose, De l'état du Protestantisme en Allemagne.

maintenant les signes et les marques d’une dissolution et désorganisation presque entières de cette société appelée Eglise; que le plus grand nombre regarde le Christianisme comme une simple invention humaine , mêlée de toutes sortes de fables et d’illusions ; qu’on rougit d’une liaison plus intime avec cette Eglise , au dessus de laquelle on se sentait très-élevé; que cette Eglise, en un mot, ne pouvant plus rien pour la discipline et l'amélioration des hommes , se détruisait insensihlemeut elle-même. »

Bien que le savant professeur de Munich , Mœhler , soit des nôtres , nous Invoquons son témoignage pour constater les destructions de la réforme , et le mal qu’elle a fait au Christianisme. Nous lisons dans la pré face de sa a A l’heure qu’il est, non-seulement on tolère de grand cœur toutes les opinions individuelles qui viennent ajouter au dogme ; mais tous les dogmes chrétiens ne sont plus que des opinions qu'on doit tolérer , parce qu’ils répondent encore aux besoins de quelques individus. Si donc Luther éleva ses vues personnelles à la dignité de vérités générales , voici qu’on rabaisse ce général au niveau du particulier ; de sorte que l’on ne peut plus rétablir le vrai rapport entre l’un etTautre. Par une conséquence rigoureuse, chaque protestant, dans un cercle qui s’élargit sans cesse, se considère comme le représentant de l’humanité délivrée de l’erreur, et partant comme un sauveur en[^petit. Toutefois, pour pallier un peu l'absurdité de celle prétention, on a inventé l’expédient de laisser à chacun ce qui lui appartient ; c'est-à-dire , qu’on a permis à chaque protestant d’être à lui son propre sauveur, dese représenter lui-même. Quant à l’humanité , elle est vaguement représentée par

le point indéfinissable où tous les individus viennent se réunir. Dès lors, plus de dogme universel, si ce n*est sous des formes abstraites ; dès lors plus de véritable Christ ; car si tous sont leur propre sauveur, il n*y a plus de Sau> veur du genre humain. »

La voilà donc accomplie sur TAllemagne cette prophétie d'un des premiers élèves de la réforme :a Place à l'évangile de Luther^ qu'on le laisse passer, il a fait son temps, et qu'on prie Dieu de susciter d'autres apôtres , de nouveaux ouvriers quiapplaniront le chemin à un autre Messie, qui relèvera l'homme par la toute-puissance de l'Esprit et qui vivifiera par le Verbe vivant de Jésus. Les tonneaux sont trop vieux pour un vin nouveau. Luther a mis la création à la place du Créateur, la lettre à la place de l'esprit , la terre à la place du ciel ; il nous a fait sortir de l’Egypte et délaissés dans le désert. Que de la lettre émane le soudle de vie qui renverse toutes les plantes que n'a pas semées le Père céleste ! Honneur à Luther dont ma voix reconnaissante proclamera toujours les hienfaits , mais je confesse hardiment que la vérité une fois trouvée, comme elle l'est, j'aimerais mieux retourner aux papistes qu'aux luthériens (1). »

Qu'en pense la réforme? Toutes ces autorités à elle bien connues, ne viennent-elles pas de dire le dernier adieu? cela ne s'appelle-t-il point sceller la tombe? Oui, tout est fini pour elle , on n'en veut plus. Il faut au génie de la destruction sorti de son sein quelque chose qui soit plus éloigné encore du Christianisme, car Luther n'a pas assez détruit I

(1) Vie de Luther^ l. il , p. 486.

MaioteDant, nous dirons aux protestants d'Allemagne : Voilà où vous en êtes , ce qui vous reste de votre foi , ce que croient vos ministres , vos prédicateurs , vos professeurs , vos écoles ! £t pourtant, vous le voyez, on n'est pas satisfait. Du milieu des ruines saintes du Christianisme , tombé sous le marteau de vos premiers réformateurs, leurs disciples portent leurs regards vers d’autres destructions ; et s'il est encore une croyance debout, quelques vieux souve- . nirs du passé , ils veulent que cela croule , pour élever à la place je ne sais quels systèmes qui n'ont ni figure , ni r nom. AJais toujours ce qui est bien arrêté , c'est qu’il faut abattre , comme nos faiseurs français , sans s'inquiéter de ce qui pourra remplacer ce que l'on aura abattu.

Or, devant votre foi détruite , devant les projets ou tes espérances de vos docteurs , nous vous prierons de nous dire franchement si vous possédez le Christianisme? si vous êtes encore les disciples de Jésus ? Enfin croyez-vous que si les apôtres ,^qui évangélisèrent l'Allemagne au nom de Borne : saint Kilian , saint Willebrod , saint Swidbert ,

saint Boniface , saint Ludger , saint Villehade... reparaissaient aujourd'hui dans ces contrées qu'ils ont autrefois converties, sanctifiées par leur prédications , leurs miracles , leurs vertus , leur sang , croyez-vous qu’ils reconnaîtraient dans vous leurs enfants , et dans la secte de Luther ou dans ses malheureux débris , le Catholicisme qu'ils leur avaient autrefois apporté , et qui était alors cependant la religion dé Jésus-Christ? ^

Il me semble voir ces saints évêques, ces grands missionnaires, devant toutes ces sectes, tous ces systèmes, toutes ce s folies dont le rationalisme allemand, enfant de la réfor-

• me, a rempli ces malhearcnses provinces autrefois si cliréliennes: Après les soupirs d’une ineflable douleur, ils lèvent les yeux vers le ciel pour demander à Dieu ce qu’avaient fait ces peuples pour avoir été ainsi privés de la foi et abandonnés à de si monstrueuses erreurs !

Le Christianisme s’esl-il mieux conservé en Angleterre? — La réforme était encore bien jeune , et on loi faisait des reproches qui disaient assez clairement que le Christianisme n'était plus avec elle. Selon les historiens protestants les plus zélés, Strype, Cambden, Dugdale, et d’après même la déclaration de Henri VIH à son parlement , il y avait trop de désordres, de crimes, de calamités, pour que l’absence totale do Christianisme ne fût pas constatée ; car on voyait : « La charité atîaiblie, nulle conformité dans la manière de vivre avec la loi de Dieu ; l’avarice , l’oppression, le meurtre ; aucun remède par la loi ; les magistrats prêts à IraOqucr de la justice ; le clergé trés-corrompu , depuis les évêques jusqu’aux curés ; l’adultère et le libertinage , l’ambition et la jalousie parmi les grands , l’insolence et la sédition parmi le peuple. De manière que l’Angleterre parait être livrée à toute la rage et à toute la folie des rébellions ; tumulte , chaleur de parti , etc. Tel est, dit un protestant anglais, le tableau de la réformation naissante , auquel peut-être elle ne ressemble que trop aujourd’hui dans sa maturité. »

Depuis, elle a fait plus que des crimes; elle s’est appliquée à détruire les croyances , comme si elle ne voulait rien laisser en Angleterre de ce qui lient au Christianisme. Écoutons encore des anglais. Gibbon, qui doit être cru, va

noas dire la foi de l’église anglicane ^ et l'on saura si elle peut encore s’appeler chrétienne : (c La doctrine d'une église réformée n’a rien de commun avec les lumières et la croyance de ceux qui en font partie; et c’est avec un sou^ rire ou un sanglot que le clergé moderne souscrit aux formules de l'orthodoxie et aux symboles établis! Les

prédictions des catholiques se trouvent accomplies : Les arméniens, les ariens, les sociniens dont il ne faut pas calculer le nombre d’après les congrégations respectives, ont brisé l'enchainement des mystères. » Mais quand l’enchainement des mystères est brisé , est-il permis de dire que l’on tient encore au Christianisme ? 11 suffît de mettre de côté un seul point de la révélation , a dit Jésus-Christ. Eglise anglicane , tu as donc livré tes titres : tu t’es rayée de la liste des nations chrétiennes 1

Bien des ministres anglicans sont de cet avis. L'un d'eux parlaitainsideson église: uGràce à une raison profane que ne contiennent ni les enseignements d’une révélation divine ni l’antique croyance, les principaux articles delà foi chrétienne sont niés par ceux qui se disent les disciples de l’humble Jésus. Il est extrêmement à désirer que le grand corps des protestants sorte enfin de sa léthargie et revienne à la véritable foi, à l'égard de laquelle un grand nombre sont tombés par des degrés insensibles , dans une indilTércnce et dans une insensibilité brutale plus à craindre que l’intidélité même. »

L’évèque de Londres a plus d’une fois fait entendre des plaintes sur l’indifférence de scs ouailles, qui bientôt le laisseront seul dans ces immenses basiliques que les catholiques remplissaient autrefois. « Il faut reconnaître , disait ce

prélal dans une de ses exhortations, que la solitude remarquable de nos églises, dans les quartiers orientaux et occidentaux de la ville , est une preuve que la négligence pour les devoirs religieux ne se borne pas aux grands, mais a envahi presque toutes les classes du peuple dans la capitale (l). » Dans une autre occasion , les plaintes épiscopales accusaient hautement les habitants de Londres .

« Nous sommes , disait King , si éloignés d etre de vrais israélites , que uous sommes plutôt convaincus d être de vraisathées. » Mêmes accusations de la part de l’archevêque de Cantorbery ; son église à lui était aussi pleitie d alhees, Barlow était donc prophète, car il avait dit : « La religion, qui depuis long-temps en Angleterre est changée en satanisme y se changera bientôt en athéisme. »

Mais comme l’athéisme est la mort , l’église anglicane n’est plus ; et voici ce que nous disent des protestants anglais : « L’église anglicane a fabriqué pour son usage un Petit Catéchisme spécial , elle a conservé le respect de la tradition et la force de l’autorité. Elle a repoussé de son sein quiconque voulait ériger pour ses menus plaisirs une petite chapelle isolée.' Qui sait si malgré les paroles grccqnes , hébraïques et latines prononcées sur son cadavre y en guise d’incantation, elle ne linira pas par se réduire à l’état de momie l Les bandelettes seront belles et brillantes; il y aura quelque chose qui paraîtra ressembler

*^(1) Sermons y\o\.i, p.îlî. -La réforme rtnira par dire vrai. Voilà

qu’elle commence à n’adorer Dieu qu’en esprit, comme le remarque Llngard ; car scs enfants remplissent leurs devoirs religieux^

d’une manière spirituelle et Invisible. ^

a la vie, mais ce cadavre so\eni\c\ ne pourra marcher , ni

respirer, ni vivre (I). Disons-le donc avec Bossuet , il y a

(i) Le président Riambourg fait, au sujet de ces églises devenues momies par l’action du protestantisme, une réflexion que nous aimons à reproduire, a Ces églises nationales , dit-il , ne présentent point, à l’extérieur du moins, ce désordre qu’on remarque dans les autres sectes dissidentes; on reconnaît même, dans la plupart d’entre elles , les vestiges de l’ancienne hiérarchie , on retrouve dans quelques-unes la trace de la succession apostolique. Mais tout cela n’est qu’apparence; le fond manque; et semblables à ces idoles revêtues d’or et d’argeut dont parle l’Écriture , ces églises ont des pieds et ne marchent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas ; elles ont l’organe de la voix et ne parlent pas.

» Lorsque nous disons que les églises nationales n’ont pas la faculté de marcher, il est bien loin de notre pensée de leur reprocher d'être constantes dans leurs dogmes; car jamais la variation ne sera pour nous une marque de vérité; mais nous voulons dire qu’elles sont resserrées et circonscrites dans un cercle dont elles ne peuvent sortir, et que de plus elles n’ont aucun mouvement spontané. Ces églises, en elTet, s'étant identiflées avec le gouvernement qui s’en est constitué le régulateur, si le gouvernement avance, alors l’église s'étend avec lui ; s’il recule , elle est entraînée dans ce mouvement rétrogade, car d’clle-mômc elle est incapable de se mouvoir.

» Ces églises ont des yeux et ne volent pas ; jadis elles ont vu ; alors elles avalent pour se guider la lumière de l’Esprit saint , cette lumière qui a lui avec un nouvel éclat à l’avènement du Messie, et qui ne s’éteindra jamais au milieu de la catholicité. Mais elles ont fermé les yeux à cette lumière divine, elles se sont volontairement privées de la lumière qui descendait des deux, et maintenant elles ne voient, dans les choses qui se rapportent à Dieu, que par les yeux de ceux qu’elles étalent elles - mêmes chargées de conduire.

» De même elles ne font que répéter, sans se permettre d’y rien ajouter, les paroles que leur suggèrent ceux qu’elles avaient ellesmêmes charge d’instruire , en sorte que , sous ce rapport, l’ordre est encore renversé ; car les princes de la terre n’ont pas reçu

dans le prolestantisme un principe de destruction qui lut est inhérent (1). »

Aussi des anglais qui pensent , qui savent qu’ on grand peuple a besoin d’une religion qui soit autre chose qu un cadavre ou une tnoniie , *ont osé dire a la face de 1 anglicanisme : « L’église d’Angleterre est-elle en rapport avec les besoins de l’homme , ses espérances , ses destinées ? » La réponse à toutes ces questions a été négative ; personne n a réclamé , à moins que vous ne comptiez pour quelque chose les hommes à gros traitements , qui se sont plaints ; le mérite , la science , la bonne foi ont été pour les Puséisles. Donc cette église a fait son temps. Mais il est une autre conclusion nécessaire: donc l’anglicanisme n’est point la religion de Jésus-Christ ; donc les anglais devraient

d'en-haut la mission de diriger le pasteur et de conduire le troupeau dans ses voies ; ce n’est pas à eux qu’a été concédé par le divin législateur le droit de lier et de délier , d’enseigner et de prêcher, d’examiner et déjuger... » [Œuvres P)Ul. t. ii, p. 2<8 etc.)

• (1) Revue Brü. août 1838. — Voyez aussi Les Destinées du Christianisme^ II» part.,c. VI : —Long-temps avant, Turenne avait remarqué que tout s’en allait en Angleterre, et il en donnait la raison, laquelle ne servit pas peu à le ramener à l'autorité : a Je vois, écrivait-il à sa femme le 12 février 1660 , je vols, par le récit d’un gentilhomme que j’avais envoyé au général Monk , l’état de la religion en ce pays- On reconnaît , par toutes les sectes qui abondent en Angleterre, qu’avec trop d’indépendance d’esprit , quoique avec du bon sens et peut-être de la dévotion, on a si fort déflguré la religion , que chaque personne fait une secte à sa mode, et qué chaque personne qui lit la parole de Dieu et veut l’expliquer à sa fantaisie, va bien plus loin qu’on ne pense. VOus sentez bien, dans le fond de votre conscience , que l’on tourne un peu plus les esprits , dans lajeunesse, du côté de la dispute que du côté de la dévotion, dont j’avoue que je m’acquitte très - mal ; mais je vois assez bien les motifs qui font agir les personnes. »

s’adressera une autre ; et nous avons vu les docteurs d’Oxford tourner leurs regards vers Uome , où sc sont conservées les vraies doctrines.

Un écrivain anglais nous dit ce qui a tué l'église établie : la liberté (1). «Tant qu'on ne put se dispenser de paraître anglican sans être frappé d’anatbeme, la répugnance pour celte église était une sorte de secret qu'on gardait en soimême. Le bannissement ou la mort menaçait les réfractaires , jusqu'au règne de Guillaume 111; l'acte de ce règne enhardit à parler et à s'éloigner de l’Eglise. Des actes subséquents et l'opinion publiqne ont allongé la courroie de plus en plus , jusqu’à ce qu’enOn on en soit venu au point, de se faire un mérite de s'éloigner et de se moquer

de ce qui a coûté à nos pères tant de ruisseaux de larmes et de sang (2). »

Et qui remplace cette malheureuse église, laquelle avait remplacé le Catholicisme, c'est-à-dire, la religion de saint Augustin , de saint Grégoire , du grand Alfred et de saint Edouard ? Ce qui la remplace ? nous l'avons dit : l'irréligion et l'immoralité , suites nécessaires des croyances vagues , libres, que chacun peut se créer à sa guise , et surtout de

(1) a Souvenez-vous , disait le procureur général à la chambre des communes , que c’est absolument la même chose pour l’Angleterre, de révoquer les lois portées contre le Catholicisme, ou d’avoir sur-le-champ un parlement catholique , une religion catholique, au lieu de l’établissement actuel. » Et quand même tout serait catholique, M. le procureur général , quel mal y aurait-il ? Dans tous les cas , nous vous dirons que vous défendez mal votre église. Vous venez de dire qu’elle n’est qu’une erreur, car la vérité , vous devriez le savoir, n’eut jamais besoin d’appeler à son secours la tyrannie.

(2) Nouvelles Lettres sur la Réforme en Angleterre , lett. iv.

rignoraDce dans laquelle le clergé anglican laisse le peuple anglais. « Dans une grande partie de l’Anglelerre et du pays de Galles , dit le même écrivain, renseignement de la religion serait inconnu au peuple sans les dissidents des diverses sectes. Les rapports des missionnaires dissidents attestent qu’ils ont trouvé des paroisses entières absolument dénuées de toute connaissance de la religion. Et comment douterions- nous de ce fait , quand nous voyons 1496 paroisses dans les mains de 332 titulaires? » quand on sait combien est négligée l'instruction même des ministres. D’après Burkc, pour qu’ils puissent exercer leurs fonctions, « ils n’ont guère besoin que de savoir lire l’anglais (1). »

Ce qui est bien singulier , c’est que cet anglicanisme qui laisse tout périr autour de lui , ait la prétention de ptjrter au loin la vie. Et j’entends que la politique se préoccupe de cct évêque que le primat de l’Angleterre envoie à Jérusalem. Pour moi, en ce qui concerne la mission religieuse, je suis d'avis qu’on le laisse faire. Nos missionnaires ont besoin d’ètrc surveillés , car ils instruisent partout où ils passent ; ils touchent , ils convertissent les âmes , plus encore par leurs exemples que par leurs discours. Mais l’expérience a depuis long-temps appris au monde , que ceux de la réforme ont peu d’influence. Quand on lésa vus s’occuper plus de leurs intérêts que du salut des âmes , plus de se faire un établissement confortable que d’étendre le le royaume de Jésus-Christ , comme les relations viennent de tous côtés nous l’apprendre, leur mission est à peu près linie. Le bon sens dit à tous les peuples que les envoyés du ciel ne doivent toucher la terre que de la pointe de leurs

(1) Lingard, Justification de son Histoire d'Angleterre.

pieds ; ils veulent que chez eux tout soit pur , céleste : en un mot, il faut quils aiment mieux le salut d'une àme qu’un royaume : ce n'est qu a ce prix que nos missionnaires sont écoutés.

Laissez donc l'évêque anglican à Jérusalem : s'il ose par* 1er des mystères qui s'y sont opérés , et auxquels il ne croit plus , on le punira bientôt de son mensonge ; et les habitants de la ville sainte, mesurant du même regard l'envoyé de Mahomet et l'envoyé de l’église anglicane , se demanderont lequel iis doivent vénérer le plus , ou celui qui blasphème , ou celui qui ment ! Mais si ces deux hommes ne peuvent se rencontrer dans les rues sans rire , soyez bien sùr qu’en passant devant notre chapelle catholique, iis deviendront sérieux.

Quoi qu'il en soit, ne redoutez point pour la religion la présence de l’évèque anglican. Tout est trafic pour l’Angleterre ; dans l'Inde, elle gagne assez en fabriquant des idoles qu’elle vend aux païens; à Jérusalem , son évêque confectionnera des chapelets de 99 grains , qu’il fera bien payer aux turcs, et là se bornera toute la mission de sa seigneurie.

Nous ne disons point ce qu’est devenu le Christianisme parmi les protestants de France , mais il y a 70 ans qu’ils faisaient cesaveux : u Nous sommes aujourd'hui bien éloignés du chemin que nous ont ouvert nos ancêtres , au comroencement du seizième siècle. Luther et Calvin n'ont parmi nous que peu de sectateurs. Notre parti , actuellement haché en mille pelotons diOerents, n'est nulle part reconnaissable... Nous ne savons plus à qui nous appartenons, ni sous quelle bannière nous marchons. Aujourd'hui théistes, demain chrétiens , nous sommes tantôt pour la

religion naturelle , et tantôt pour la révélée. A l'esprit de parti qui nous animait autrefois a succédé une telle indifférence pour tous les partis , que je croirais volontiers le pyrrhonisme le système dominant. Nos ministres même , ébranlés dans leur croyance, nous parlent beaucoup moins de dogme que de morale. »

Ceux qui verraient encore dans ces hommes l’ombre du Christianisme, n’entendraient rien à cette religion divine, où les croyances sont si claires, si fixes, si arrêtées. Là, le dogme avant tout, que nos compatriotes fentendeut bien , parce qu’il est le fondement de tout , et que sans lui rien n’existe.

Mais voici un fait grave qui prouve assez clairement, ce me semble, que la réforme n’a rien de commun avec le Christianisme : Lorsque , dans le siècle passé , l'impiété voulut essayer une dernière attaque contre la religion de Jésus-Christ, à qui s’est>elle adressée? A la réforme ? non; elle savait que la religion n’était point là. Il faut d^catào- H$er I Dans ce mot profond l’impiété a dit la gloire de l’une et la honte de l’autre ; la puissance du Catholicisme, et la faiblesse , la nullité de la réforme. C’est donc à la religion catholique que l’on en veut , c’est elle qu’il faut détruire. Ainsi livres, discours , législation , échafauds , armées; tout cela contre Rome , contre le Pape. 11 faut aller là , pour frapper au cœur le Christianisme... On sait que l’on ne s’arrêta que lorsqu’on fut fatigué d’abattre et de tuer. Mais l’on sait aussi , que dans cette guerre , qui amusait peut-être les protestants , il n’y eut pas une égratignure , pas la moindre colère pour eux. Se souviennent-ils que pendant qu’ils jouissaient d’un repos que rien ne vint

troahler , le Catholicisme seul dans Tarène , usait tous les glaives et tous les marteaux ? Nous en avons dit la raison dans un antre écrit : c*esl que Ton ne s’amuse point à abattre des ruines. Dans une bataille, les ennemis ne s’arrêtent point à fatiguer sans fruit et sans gloire leurs épées sur des morts ; ils passent, et , avec tout ce qui leur reste de force et de puissance , ils vont à ceux qui résistent , qui leur disputent la victoire.

Au témoignage de l’impiété qui s’y connaît un peu , et qui sait fort bien où se trouve la mort et la vie, la vérité et l'erreur, voulez-vous que nous ajoutions celui des enfants mêmes du protestantisme? Eli bien ! chez nous encore , vous verrez qu’il est si vieux , si décrépit , si nul , que tout le monde le repousse; etl’on déblaie tous les Jours pour faire place à d’autres erreurs. Quand il veut réclamer' contre le sort qu’on lui destine et qui lui est commun avec toutes les hérésies: une place dans l’histoire où l’on conserve ce qui n’est plus, voici ce que lui répondent ses flis, mal appris sans doute ', mais justes : Nous n’avons plus besoinde vous, nous traiterons nos affaires seuls. « Nous> agirons , ont dit naguère les méthodistes , nous agirons avec les consistoires , sans les consistoires , ou malgré les consistoires. »

Nous comprenons. la douleur du protestantisme en se voyant ainsi traité, compté pour rien, lui qui fut si grand, si puissant autrefois ; mais il aurait dù penser, si l’àge ne l’avait aveuglé comme tant de vieillards, qu’il devait mourir, parce qu’il est enfant de l’homme. Au lieu de chercher à prolonger sa vie , il aurait dù l’arranger de manière, à n’avoir pas tant de regrets à son dernier soupir , car tout

vieot se rassembler autour du lit de l'agonie. Eh bien 1 là» pourra-t'il se justiûer» lorsque Jésus-Christ et les apdtres de la France qui sont venus en son nom nous rendre chrétiens» lui diront : Destructeur de notre ouvrage » tu n'as laissé sur ses ruines que l’indifférence ou l’impiété I

Quant à la Suisse , Calvin , témoin des tristes résultats de la réforme et en prévoyant de plus malheureux encore, s'écriait sur son œuvre : « J’ai trop présumé de mes forces; l'égoïsme est le monarque qui gouverne le monde ; il n’y a plus d’esprit national » plus d’amour » plus de charité » plus de mœurs à Genève ; mon œuvre est arrêtée. Je tremble pour l’avenir. » Cet avenir » qui ne l’a vu avec toutes ses erreurs » toutes ses folies» tous ses crimes et aussi toutes ses calamités [1] !

Dès le commencement de la réforme » le conseil souverain de Berne se lamentait sur les maux que le nouvel évangile avait faits au Christianisme, à Nous avons vu »'

(1) La prophétie de Calvin ne s'est pas accomplie seulement sur ^néve : « L’influence de cette petite démocratie » née de la réformation , sur quelques grands états , particulièrement sur la France et sur l'Angleterre , est incalculable , dit un protestant. C’est à Genève qu’allèrent s'enivrer de républicanisme et d’indépendance les exilés et les proscrits anglais qu’éloignait de leur lie l'Intoléraoce de leur première Marie... C'est de ce foyer que partirent les sectes de presbytériens, d’indépendants, qui agitèrent si longtemps la Grande-Bretagne , et qui conduisirent sur l’échafaud l'infortuné Charles I«... C’est de Genève que sont sortis tant d'hommes de génie qui ont influé de la manière la plus décisive sur la France, sur sa situation politique et morale , sur l’opinion et sur les lumières. C’est du voisinage de Genève que Voltaire s'est applaudi , et d’où , comme un nouveau Calvin , il a étendu de toutes parts son influence. » (Essai sur l’influence de la Réformation de Luther.)

disaient LL. EE. quand même nous ne l’aurions pas su , quels désordres et combien de mauyaiscs mœurs la division a fait éclore , et combien peu de Christianisme il y a parmi nous ; car , nonobstant nos édits et ordonnances > toutes sortes de vices ont éclaté parmi nos sujets du pays allemand et romand (t). »

On connaît cette accusation terrible de Voltaire : c< De Berne a Genève , il n’y a pas un partisan réel du Christianisme (2) . » En 1773 il écrivait au roi de Prusse que « La Suisse était pleine de gens qui avaient pour le Christianisme autant de mépris et de haine que l’empereur Julien. »

Non , Genève n’est plus chrétienne , puisque les disciples de la réforme , ses docteurs en théologie > ses ministres font des livres contre la divinité de Jésus-Christ, celle de la Sainte-Trinité , etc. Demandez-le à M. Chenevière qui établit , « que la divinité de Jésus-Christ , telle que l’entendent les catholiques , empêche un grand nombre d’individus d’embrasser le Christianisme. )>

Ce qui veut dire que , pour être vraiment chrétien , il ne faut plus croire à la divinité de Jésus-Christ. Les siècles , l’univers avaient pensé le contraire , et c’est pourquoi les turcs n’appartenaient point au Christianisme. Maintenant rien ne doit les arrêter ; ils croient au prophète Jésus ^ et les voilà chrétiens. Et puis, que Ton dise que les protestants perdent tous leurs disciples ; qu’il ne reste plus rien chez eux de la religion chrétienne ! D’un mot , M. Chenevière a su refaire le Christianisme et toutes ses conquêtes : la religion de Calvin et l’alcoran unis , quelle puissance !

(1) tlxü, de la Réf, prot. en Suisse , par M. de Haller.

(2) Lettre à Damilavüle , 1766. '

que de peuples au christianisme de Genève ! Nous préviendroDS pourtant M. Chenevicre que ses frères d'Angleterre avaient été plus généreux encore : ceux-là ont reconnu pour chrétiens tous les inûdéies.

Au surplus, ceux qui auraient quelques doutes sur les destructions de la réforme , n'ont qu'à parcourir les pays protestants, et ils nous diront si leur cœur n'est pas serré, quand ils comparent l'état actuel du Christianisme avec sa splendeur d'autrefois. Demandez-lui ce qu'elle a fait de toutes CCS populations jadis si chrétiennes ? de ces églises où le service divin se célébrait avec tant de foi, de pompe, d'édification ? de ces monastères , où , malgré les relâchements, tant de religieux rappelaient , par leurs vertus, leurs travaux , leurs saints cantiques qui s'élevaient sans cesse vers le ciel, les beaux temps des Benoit, des François d'Assise, des Bernard et des autres qui ont fait tant d'honneur au Christianisme ? La réforme a prêché , et les peuples qui l'ont écoutée sont devenus rationalistes , et ces belles églises que la piété de nos pères avait élevées , ont été dépouillées, profanées, livrées à des usages immondes, quand elles n'ont pas, été abattues. Celles dont elle a fait ses temples,, désertes maintenant, pleurent en voyant leur, solitude et|î'hcrbe qui couvre les chemins que remplissaient autrefois les fidèles se pressant à leurs solennités. La réforme a prêché, et les monastères qui avaient rendu fanl de services au pays, aux arts, aux sciences, à la civilisation, ont été la proie des flammes, ou celles de quelques, apostats qui , pour s'en emparer, les ont calomniés (1) !, , ^

(1) « Seulement, en Angleterre, on supprima, sous Henri VIII, six cent quarante-cinq couvents , quatre-vingt-dix-neuf colleges,

Moins funeste eût été le passagedes bunsetdes vendales: quand ils se furent retirés^ la religion se releva du milieu de ces ruines plus belle et plus florissante , parce qu*ils n’avaient tué que les hommes. Mais après les prédications de Luther et de Calvin rien n’est resté , parce qu’ils ont tué la foi. Nous appelons rien , un proleslanlisme endormi sur desruines. Comme leshérésiesne vivent que par la violence et la destruction, maintenant qu’il n’y a plus à persécuter et à détruire* , la réforme meurt elle-même comme le chancre , ou comme l’iDcendie qui a tout dévoré , faute d'aliment.

Tout ce qui n’est pas uni avec l’Eglise catholique périt , comme toute branche séparée du tronc. C’est pourquoi l’église russe, elle aussi , cesse tous les jours d’ètre chrétienne ; les sectes qui pullulent dans son sein, la dévorent comme ses sœurs d’Allemagne et d’Angleterre. L’illuminisme gagne les grands , et le rascolnisme , qui s’est divisé et subdivisé déjà en plus de 40 sectes diflerentes , fait des progrès immenses dans le peuple.

Oui, l’église du Czar peut se dire orthodoxe tant qu’elle voudra, on lui crie de tous côtés : a Depuis les contins de la Russie jusqu’aux limites de l’Afrique , nous sommes tous protestants... L'Eglise universelle, détruite par la

cent dix hôpitaux et deux mille trois cent soixante-quatorze fondations pieuses et chapelles. » ( Hichard Barker, p. Ht.) Et pour eflTectuer plus facilement ces suppressions , on prit soin , dit un auteur protestant, de faire une telle peinture de la vie des moines, des religieuses, etc. , que leur destruction inspira peu de regrets. Thomas Cromwell, nomme visiteur général, employa des gens qui . senirent merveilleusement ses vues à cet égard.

pensée protestante , a succombé (1). » a Rien ^ .en effet ^ n'est plus évident que la fraternité qui règne entre l'églifle russe et la réforme , et que la tendance qui les rapproche et bientôt les confond. 11 est dit , dans la préface du catéchisme imprimé par ordre de Paul 1*% que les russes et les réformés s'accordent sur plusieurs articles de foi , autant qu’ils diflerent de l’Eglise romaine. On y tend la main aux évêques anglais, qui bientôt ne feront qu’un avec les évêques russes. Si les symboles sont différcuts , chaque jour on voit l’église grecque se rapprocher de celle de Wittemberg. Un archevêque de Twer publia en 1805 un ouvrage sur les quatre premiers siècles du Christianisme, dans lequel il avoue sans détour qu’une grande partie du clergé russe est calviniste. Détestant les livres catholiques, ce clergé ne reçoit son instruction que des livres protestants ; si vous l’accusez d’hérésie , il en appellera au protestantisme pour prouver que son église n’enseigoe que la foi des apôtres (2). »

Quand on en est là , et que l’on ose se dire le Christianisme, il faut penser,’ malgré soi, à ces gens de néant qui s’imaginent avoir quelque chose de la famille illustre dont ils ont volé le nom et l’héritage.

Nous dirons donc à toutes ces Eglises qui se sont séparées de Rome : vous n’ètes point et vous ne pourrez jamais être le Christianisme. Et les ministres qui réfléchissent se joignent à nous pour le prouver : « C’est , disent-ils , que

sans chef suprême pour maintenir l’ensemble de toutes ses

(1) Revue Britan.

(1) M. de Maistre, Du Pape, l. ii, I. ir.

parties , et sans un irUerpréte authentiqué de ses lois , aucune société hnmaineet par couSéquèot aucune Eglise chrétienne ne peut exister (1). »

Mais s'il en est ainsi , une conséquence rigoureuse se présente à tous les esprits : si la réforme eût vaincu en France et en Europe , nous n'aurions plus de Christianisme ni en France ni en Europe^ puisqu'on ne le trouve plus dans les lieux où elle a passé, puisqu’il est impossible qu'il ne périsse pas avec ses principes.

Ceux qui comptent la religion de Jésus-Christ pour quelque chose, peuvent apprécier maintenant la conduite des différents gouvernements à l'apparition de la réforme; on voit qui a mérité les blâmes et la reconnaissance des peuples, et ce qu'il faut penser de ces écrivains qui appellent intolérants les rois qui ont voulu rester catholiques et conserver à leurs sujets la religion de leurs pères. Et ces hommes ont la prétention d'écrire la philosophie de i'bistoirc! Nous ne sommes pas pour les persécutions, nous abhorrons la tyrannie ; aussi bien que Fénelon nous blâmons les dragonades; mais nous croyons que Louis XIV et Richelieu auraient été grands , ils auraient bien mérité de la religion, de la France, de l’Europe, quand ils se seraient bornés à détruire des erreurs aussi funestes (2) ,

et à nous conserver le Catholicisme. . .

(1) Réunion des différentes Comm. — Or, quel est le chef suprême et Infaillible, entendez -le bien, des églises dites nationales? U faut que vous nommiez rempereur Nicolas, la reine Victoria ou le prince de Galles.

(2) Louis XIV, dit lord Filz - William . résista aux efforts de^ huguenots qui avalent troublé le gouvernement pendant plusieurs

* Nous ne disons pas ici ce que l*on aurait fait de nous sous le rapport politique , si on eût triomphé de notre religion comme on Ta essayé plusieurs fois au mépris des lois , de rbonneur et du pays; nous ne disons pas que notre France ne serait peut-être qu’une possession anglaise , car on sait que la réforme n'étant qu*un parti, ne tient pas à la patrie et n’eut jamais une goutte de sang français dans les veines; nous nous bornons à cette accusation assez grave et désormais prouvée : c'est qu'elle ose se dire la religion du Christ, et d'après ses amis, vous l’avez vu, d’après ses défenseurs, ses ministres , d'après elle-même en un mot, dans tous les

pays où elle a dominé , elle na fait que la détruire, ,

Oh ! comme la religion catholique est grande et belle à côté de cette erreur si misérable ! Les protestants euxmêmes , subjugués par sa gloire, viennent joindre leurs louanges aux nôtres, aOnque nous puissions dire au monde que scs ennemis même l’ont célébrée.

D’abord ils ont foi en sa vie et en sa puissance; et sans compter M. Guizot qui s’est plu à les reconnaître et à les proclamer hautement , nous avons des témoins graves, et parmi eux ce que les protestants ont de plus grand et de plus illustre. L’Eglise catholique vivra , elle sera puissante, car « elle possède, dit un ministre qui a été un des hommes les plus honorables de la réforme , un interrègnes, et qui paraissaient travaiiler à sa perte. La salutaire révocation de rédit de Nantes déiivra son peuple de commotions intestines, et lui assura le bicnTait inappréciable d'une paix intérieure qui dura tout un siècle et sans interruption , jusqu’à la dernière révolution , c’est-à-dire , jusqu’à la destruction du Catholicisme. »'

prèle authentique de ses lois , qui maintient Tensemble de foutes ses parties. » A elle donc l’avenir, à elle la durée des siècles I a Elle est bâtie sur la pierre ferme, et les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle : Fundalaesl super pelram firmamy porlœ inferinonprœvalebunl adversus eam. » C’est le sentiment du baron Slarck.

Avec cette force et cette puissance que le temps et les hommes n’usent point , comme le fait remarquer lé même ministre, en citant ces paroles du prophète : « ils m’ont livré bien des combats , et depuis ma jeunesse, mais jamais ils n’ont pu m*abattre(l ) », l’Église catholique possède une vertu qui conserve, au lieu d’un élément de destruction, comme nous l’avons dit du protestantisme. Et pour cette raison encore il faut qu’elle vive ; car, dit le Célèbre LavatePj ministre à Zurich, <c Si le Catholicisme périssait, il entrainerait avec lui la ruine du Christianisme. » Tant il était convaincu que l'Eglise catholique est elle seule toute la révélation , que son interprète authentique conserve toujours pure. *• * V

Le savant Casaubon est de cet avis , et en appelle à l’ex*^ périence : « C’est à celte autorité, dit-il , que l’on est redevable du Christianisme. Tout homme instruit des affaires de l’Eglise sait que, pendant plusieurs siècles. Dieu s’est servi des efforts des évèqueS de Rome pour conserver la fixité et rincorruptibilité de la foi (2). » El comment cela?

(1) S(spe expugnaverunt me à juventute mea^ etenim non potuerura mihi.

(2) XV Excrcilatio : o Nemo peritus rerum Ecclesiœ ignorât opéra romanorum pontificum , per muUa sœcula , Deum esse usum , in coneervanda sarta et tecta fidei doctriua, »

par leur vigilance sur l'Eglise, par leur fermeté à condamner toutes les hérésies. « Telle a été , ajoute un ministre , d’après Casaubon, la salutaire inûuence du chef de l'Eglise sur la conservation de la religion ; or, ce chef, elle Ta encore , et tant quelle le. possédera , son assiette sera, inébranlable. » . . ,

Tobler de Zurich, d’une haute réputation parmi les.protestants, a parlé sur ce sujet d'une manière plus pressante encore ; après avoir rappelé , dans ses Discours aux dînes contristées dans te temps présent, la grande.influence qu'exerçaient les Papes du moyen-àge etque l’on a si légèrement blâmée , il soutient que «La papauté était dans ces siècles d'affliction la meilleure religion de ces époques ; sans elle aucune digne et commune religion ne fût restée dans le monde. Que dis-je? cette indispensable religion eut e^e; inêmedisparu, et nous-mêmes, comme église, nousfussions morts , ou , pour mieux dire, nous n’eussions jamais vu le jour. »

« Sans le Pape , et sans le Pape chef d’un état , dit un écrivain judicieux , aucune universelle religion , aucune commune église n’eussent été possibles ; l'Europe entière serait tombée de très -bonne heure dans un ou plusieurs caHfats , et elle eût été aussi immanquablement que honteusement soumise à nn régime oriental, à une oppression orientale, à une hébetation orientale (!]. »

Ces témoignages et bien d’autres que nous citerons au chapitre suivant , sont bien glorieux au. Catholicisme , à son autorité, qui veille toujours sur la foi. La réforme l’a

(1) Sur VesprU et les suites de la Réformalion ^ p. 132.

méconnue cette autorité, et cbez elle tout a péri ; le Catlio* licisnic la conservée comme venant de Dieu même ; il a respecté ses décrets comme ceux de l’Esprit saint, et l’Europe lui doit le Christianisme.

Donc les hommes de bonne foi doivent nécessairement tirer cette conclusion : Si nous voulons rester chrétiens , conserver VÊvdnfjfile, voir fleurir ta religion de Jésus-Christ, soyons catholiques.

Aussi, un ministre, prédicateur d'une cour d’Allemagne,^ disait sans détour aux protestants : « 11 faut que les princes

comme chefs de la société, quHls sont chargés de sauver en se sauvant eux-mémés , se présentent les premiers dans l'arène; et comme 11 est impossible que le protestantisme puisse être formé en un corps religieux uni avec toutes ses parties et présidé par un chef ecclésiastique suprême , ils seront enfin obligés de coopérer eux - mêmes à celte union avec l’Église catholique. »

Leurs ancêtres l’ont repoussée t Mais, est-ce, que le crime de nos pères nous impose d’autre obligation que celle de le réparer ? Ils font repoussée I C’est précisément pour cela qu’il faut hâter le retour et la soumission. 11 y a eu une ingratitude monstrueuse : d’immenses bienfaits furent oubliés ; dette d’amour , de regrets , de reconnaissance. Ils font repoussée ! Mais demandez-leur pourquoi ? Ils voûtaient vivre dans des habitudes coupables , s’enrichir des biens des églises et des couvents (1) , et ils

n’ont plus voulu du Catliolicisme qui venait leur reprocher

(1) « Si l'un veut réduire les progrès de la réforme en des prin

leurs crimes ; ici encore raison de plus de redevenir catbolique , d’apporter son admiration à une religion toujours inflexible, comme Dieu, meme devant les menaces des vices couronnés. Ils l’ont repoussée 1 Mais les désordres, les révolutions vinrent bientôt leur dire s’ils avaient bien fait. Ils l’ont repoussée I Mais leurs trônes écroulés ou tremblants leur ont appris qui était leur appui et qui peut les sauver. Ils l’ont repoussée 1 Mais on commence à s’apercevoir enfin qu’il faudra'la rappeler , quand on voudra unir les sujets et les rois , et travailler efficacement au bonheur de tous. Ils l’ont repoussée I Mais les peuples qui reviennent au Çatbolicisme par toutes les issues , forceront bientôt les rois , comme ils l’ont fait autrefois , d’y revenir euxmémes.

Tous les préjugés et toutes les répugnances doivent tomber devant cette vérité : les protestants n’ont plus le Cbristianisme ; car, sans lui, qui vous aidera à porter le fardeau

clpes simples , on verra qu’en Allemagne ce fut l’œuvre de l’intérêt, eu Angleterre celle de l’amour. » ( Le grand Frédéric. )

« Le véritable fondement de la reforme fut l'envie de voler l’argenterie et tous les ornements des couvents. » (Hume.)

« Les confiscations déterminèrent la religion des grands : on adopta sans examen un système fondé sur un principe aussi lucratif. » {Esprit de V Histoire.)

O Plusieurs sont de bons évangélistes parce que les monastères ont encore des terres et des vases sacrés. » [Luther.)

« Trésors d’églises et de couvents, les électeurs gardent tout, et ne veulent même rien donner pour les écoles. » { Mélanchton.)

a La réforme ne fut l’œuvre ni de la vertu, ni du fanatisme, ni de l’erreur, ni de l’ambition , mais uniquement d’un invincible penchant au vol et au pillage. ( Hist. de là Réforme en Angleterre , p. US. )

du gouvernement ? qui vous dira d’ètre justes et bons ? qui apprendra aux peuples à vous aimer et à vousobéir(l)? N'avez-vous pas vu dans nos saints livres , où tous les devoirs sont marqués , ceux des rois comme ceux des sujets , parce que Dieu est le grand roi de tous? n avez-vous pas vu ce que deviennent les empires» quand Dieu» mécontent» en jette les rênes aux hommes? Il est bien étoonanl que Ton ne se souvienne pas de ces ciioses» comme si la politique tirée des livres saints n’était pas la bonne» la seule bonne ! Quoi que vous en pensiez » je vous le dis » vous ne pouvez plus mettre en oubli ces paroles que Jésus- Christ adites pour vous ; Cherchez premièrement te royaume des deux et la justice » et tous les autres biens vous seront donnés par surcroît. Trop long-temps on a répudié ce bel héritage» il faut le reprendre» car il est toujours vrai que les trônes » pour être solides» doivent s’appuyer sur celui de l'Eternel» et que la paix et toutes les prospérités viennent de là comme leur puissance.

D’après la grande conseillère des rois , l'histoire » dont les raisonnements ne souffrent pas d’objection» ce que Dieu fait» ce que son bras protège » est impérissable; ses institutions ont senti sortir de tui quelque chose de puissant» d'éternel. La loi qu’il donna à son peuple subsiste d’elle-méme, indépendante » bientôt depuis vingt siècles» de tout gouvernement. a Miracle perpétuel » dit M. de Bonald » tout aussi étonnant pour l'observateur politique» que le serait»

(1) Un journal a osé dire d'un prince» qu’il était trop habile pour s'appuyer » dans le gouvernement de ses états , du secours de la religion» lorsqu'il avait à sa disposition des troupes, des tribunaux et des potences... Et l’on se mêle de faire de la politique I

pour un naturaliste , la végétation d’une plante dont les racines ne loucheraient point à la terre , et nageraient dans le vague de l’air (t). »

Notre Catholicisme depuis deux mille ans voit naître et

périr tous les royaumes , toutes les législations » toutes les

institutions; or, cette durée , ces prospérités , cette gloire

qui ont triomphé de tant d'ennemis jaloux et tout-puissants,.

ne disent-elles pas ce que pourraient espérer les royaumes

qui laisseraient gouverner Dieu, qui s’inspireraient de ses

pensées comme son ancien peuple, comme le Catholicisme?

Ils ont essayé quelquefois , en ont-ils eu du regret ? Leur

sécurité fut-elle moins grande, leur puissance-moins respectée , leur bonheur moins vrai , moins solide? Un protestant, dont les paroles méritent d’ètre prises en cousidéra- • lion, va répondre pour les monarchies catholiques :

a Celle de France , vous dira-t-il , a duré quatorze siècles; ceHe'de Pologne , malgré le vice de sa constitution , qui la rendaitélective, treize ; celle de rempired’Alleniagne subsiste depuis dix ; celle d'Espagne , depuis quatorze.

« Je ne parie pas des royaumes qui ont cessé d’étre catholiques ; leur longue existence comme tels est prouvée par l’expérience , pendant que leur sort à venir, comme réformés, est incertain, v

« Si la durée d’un empire est une forte présomption de l’excellence de son gouvernement, sa tranquillité intérieure en est la preuve ; elle atteste la paisible et respectueuse soumission d’un peuple aux lois, provenant de la justice et de l’impartialité avec lesquelles elles sont administrées.

(1) Mélanges ^t. i, p. 8*8.

Or, les états catholiques romains , aussitôt que la religion eut pris racine chez eux et opéré la civilisatiou des peuples, ont joui de cette paix intérieure, pendant que les autres états n’en ont ressenti que les avantages momentanés ; et s’il y a eu quelques interruptions , elles ont été si courtes , que le bonheur , malgré cela , avait le temps de s’accroître, et que les hommes vivaient en sécurité , <( chacun , comme dit l'£criture , sous sa vigne et sous son iiguier. »

(( 11 n’en est pas ainsi , continue le même écrivain , des états réformés. 'Genève n’a-t-elle pas toujours été le foyer de la discorde? La Hollande, toujours en proie à des séditions et à des révoltes? Le Danemark, forcé par des révolutions fréquentes à se soumettre au despotisme le plus arbitraire? La Suède n’a-t-elle pas changé sa. constitution de nos jours? Celle do l’Auglelerre n’est-elle pas comparable à un vaisseau battu par des tempêtes continuelles , où le pilote embarrassé et les matelots fatigués travaillent sans relâche à lutter contre les vents , à fuir les écueils, à réparer les avaries', tandis que les infortunés passagers, tourmentés du mal de mer, tloltent perpétuellement cotre l’espérance et la crainte , la vie et la mort (1) ? »

Nous ne parlons point de la Russie: là, règne le despotisme dans tout sou luxe (2} ; et uu empire qui se désho-

(1) IV» Lettre à Atticus.

(2) Tout le monde a pu voir dans les journaux , surtout dans VUtiivers et dans les Annales de Philosophie chrétienne, n»» de janvier et de mars 1840 , la conduite de Nicolas à l’égard des catholiques de son empire, et les plaintes si touchantes de Grégoire XVI A cette occasion. Quand on a lu ces documents, on s'étonne fort qu’il y ait des hommes qui sc scandalisent de la flétrissure que la presse

nore par la violence et par la persécution , n’est pas heureux. Mais vous remarquerez pourquoi son souverain s’est fait le bourreau de ses sujets, dont il devrait être le père ? pourquoi les catholiques n’ont plus , comme autrefois sous les persécuteurs, que le choix de l'apostasie ou du martyre !.. Si le prince avait écouté le Catholicisme , son opprobre serait de la gloire ; il est exécré et il serait béni ; sur tous les chemins de l’Europe où sa haine les a dispersés, ses sujets ne jettent derrière eux que des malédictions, et , heureux de son règne , ils l’environneraient de leur amour et de leur reconnaissance.

Catholiques ! une vérité à nous bien glorieuse apparaît dans cette horrible oppression : vous prêtiez l’oreille, espérant qu’une voix généreuse et puissante demandât grâce pour vos frères qui expiraient sous le knout ou reniaient leur foi.... Rome! Rome! c’est ta voix que le monde a entendue! Je la bénis, parce qu’il a été forcé de reconnailre en loi la véritable mère. Tes entrailles se sontérnues, et ton amour, les larmes ont consolé du moins tes enfants, si lu n’as pu les soustraire à la tyrannie. C’est comme il y a deux mille ans , quand les pontifes descendaient dans les catacombes pour presser sur leur sein les confesseurs et les martyrs... Ainsi se conduisent , et le Catholicisme , et l’hérésie !

religieuse jette quelquefois à la face du persécuteur. Ceux-là voudraient-ils blâmer Lactance et saint Grégoire de Nazianze , parce qu’lis ont dit à tous les siècles l’infamie de Néron et de Julien? Pour nous, nous pensons qu’il faut rendre à chacun selon ses œuvres; c’est pourquoi nous aimons le généreux O'Conncll, qui refuse à Nicolas une ligne de son écriture , parce qu’il ne voit en lui que l’ennemi de sa religion cl le tyran de son pays.

Lorsqu’on aura bien compris ce que le Catholicisme a de puissance et d’amour, la société tout entière seraeatkiolique ; et alors encore nous la verrons • renouvelée ; alors l’humanité n’aura pas à rougir pour ses persécuteurs , ni à pleurer sur leurs victimes. Dociles à la voix de l'Eglise, toujours si admirable de sagesse et de charité, on ne verra dans les princes et les sujets que des pères et des enfants. La Justice et la bonté , la soumission et l’amour uniront les chefs et les membres; et , comme tous les biens sont inséparables de cette union , vous aurez trouvé le secret que les politiques cherchent en vain , parce qu’ils no savent pas le demander au Catholicisme : celui de procurer la gloire des souverains et de faire le bonheur des peuples. Toutes les nations de l’Europe ne feront plus qu’une seule famille, et cette belle république détruite par Luther , et que les hommes marquants.de tous les partis ont tant regrettée; reparaîtra parmi nous. • • ’

Il faut dire cela à ceux qui attachent peu de prix aux croyances, afin qu’ils sachent bien que la réforme a fait quelque chose de plus que de décathoHser la Société moderne :

« L’Europe présentait l’aspect d’une grande famille , elle avait un centre d’unité ; et , il est à remarquer que le premier effet de la révolte de Luther a été de rompre ce faisceau. C’est ce qui excitait les regrets de Leibnitz; c’est ce qui a fait dire à Saint-Simon lui-même que l’Europe a été désorganisée par Luther (l). »

Après les regrets de Leibnitz et de Saint-Simon , entendez ceux dc'Uume : « L’union de toutes les Eglises occi-

(1) CEuv.phü. du president Riambourg , t. u, p. 90.

denlales» sous un pontife souverain facilitait le commerce des nations^ et tendait à faire de l’Europe une vaste république. Le Pape et la splendeur du culte , qui appartenait à un établissement si riche, contribuaient en quelque sorte à reocouragement des beaux arts , et commençaient à répandre une élégance générale de goût , en la conciliant avec la religion. »

Mélancliton a déploré d’autres pertes; il prévoyait, avec une vive et inconsolable douleur que l’autorité du Pape brisée , « La discorde serait éternelle, et qu’elle serait suivie de l’ignorance , de la barbarie et de tous les maux (1). » Mélanchton s’est-il trompé ?

Sans la réforme , a dit lord Fitz-William , « l’Europe entière professerait aujourd’hui la religion catholique romaine ; toutes les nations qui la composent auraient probablement moins de guerres entre elles , et certainement une paix plus constante dans leur intérieur ; les arts, les sciences, le commerce auraient fleuri chez elles plus qu’ils n’ont fait jusqu’à présent ; et par cet heureux mélange de biens sociaux et de vertus religieuses , on aurait vu s’accroître le bonheur des peuples , la prospérité des Etals cl la gloire des trônes. »

Tous les États où la réforme a exercé son influence ont perdu cette union politique qui doit exister entre les enfants d’une même patrie. « Les intérêts qui , jusqu’à la réforma- lion, avaient été nationaux, comme le remarque Schiller, l’auteur de la Guerre de Trente ans , cessèrent de l’être à cette époque... Un sentiment plus puissant sur le cœur de l’homme que l’amour même de la patrie, le rendit capable

(I) L. IV, Epist. 196.

de voir et de sentir hors les limites de celte patrie. Le réformé français se trouva plus en contact avec le réformé anglais , allemand , hollandais , genevois ^ qu’avec son compatriote catholique... On prodigua avec zèle, à un compagnon de la croyance, des secoursqu’on n’eiit accordés qu’avec répugnance à son voisin (1). »

Enfin, un protestant vient de prouver que la réforme fut également funeste au développement des lumières, au progrès social , aux libertés populaires et à l’unité germanique (2).

Vous le voyez , c’est le protestantisme lui-même qui dit à l’Europe le parti qu’elle doit prendre; et c’est au nom de ses prospérités, de sa gloire, de son bonheur, qu’il demande qu’elle redevienne catholique. Et s’il faut en croire le grand Leibnitz, peut-être qu’elle aurait trouvé V âge d'or (3), cette

(1) Cité par M. de Donald, Mélanges , 1. 1 , p. 34B.

(2) M. Spazier, dans la Revue du Nord.

(3) a J’al vu, dit Leibnitz, quelque chose du projet de M. de Saint-Pierre pour maintenir une paix perpéluelie en Europe. Je me souviens de la devise d’un cimetière : Fax perpétua , car les morts ne se battent point, mais les vivants sont d"une autre humeur, et les plus puissants ne respectent guère les tribunaux. 11 faudrait que tous ces messieurs donnassent caution bourgeoise , ou déposassent dans la banque du tribunal , un roi de France , par exemple , cent millions d’écus ; un roi de la Grande-Bretagne , à proportion ; afln que les sentences du tribunal pussent être exécutées sur leur argent, en cas qu’ils fussent réflractaires... Je me souviens qu'un prince savant d’autrefois , de ma connaissance , fit un discours approchant , et voulut que Lucerne en Suisse fût le siège de cctribunal. Pour mol, je serais d’avis de l'établir à Rome môme et d’en nommer le Pape président ; comme , en effet , il faisait autrefois figure de juge entre les princes chrétiens. Mais il faudrait en même temps que les ecclésiastiques reprissent leur an-

félicUé que Montesquieu avait crue réservée pour le ciel , mais (iool la religion chrétienne lui avait montré la po^ihililé sur la terre.

Il est une autre voix qui sollicite TEurope , et celle-là ne devrait pas être moins éloquente ; c'est celle des craintes et des alarmes : « La; société contemporaine manque de . base et d'assiette ; elle ne tient ni à la terre ni au ciel ; détachée 4u ciel par le siècle dernier ^ relevée de terre par, l'instinct généreux du nouveau siècle , elle reste comme suspendue et égarée dans un vide sans horizon. Telle que l'oiseau messager de l'arche à la Gn du déluge | . elle ne trouve nulle part encore où poser le pied (1).»

.Eh bien !> politiques déconcertés , écoutez l'expérience, méditez les leçons des sages , étudiez le Catholicisme , et vous aurez trouvé la hase et V assiette que vous cherchez pour la société ébranlée , détruite , non par le siècle dernier , mais par le protestantisme ; et vous verrez qu'ici encore tout vous conduit au Catholicisme. Instruits par le passé , mécontents du présent , tremblants pour l'avenir , n’esl-il pas une voix qui vous cric : adressez-vous à celui qui vous a rendus puissants et heureux pendant tant de siècles ? « Il est une vérité de laquelle on ne pourra rien

eicnne autorité , et qu’un interdit et une excommunication Ht trembler des rois et des pays, comme au temps de Nicolas !•' ou de Grégoire Yll. Voilà des projets qui réussiront aussi aisément que ceux de M. l’abbé de Saint-Pierre; mais, puisqu'il est permis défaire des romans, pourquoi trouverions-nous mauvaise la action qui nous ramènerait le siècle d’or? » ( //• Leur* à M. Grimaresty t. n . p.^ 65. )

( 1 ) Journal des Débats.

retrancher , savoir qne dans la diversité de tous les gouvernements connus, aucun n’a plus contribué au bonheur du genre humain , que ceux qui ont été établis sur la reli* gion catholique et romaine (1). »

‘ Tous les jours des âmes fatiguées de leurs doutes , après avoir demandé en vain la vérité à tous les livres, à tous les systèmes, à toutes les religions , viennent la demander au Catholicisme ; il faudra que les empires fassent de même; ils essaieront de tout ; mais comme la science humaine est

bientôt â bout , et qu’elle ne peut donner ni le repos , ni la

vie, ils viendront comme les hommes fatigués de l’erreur,

prier le Catholicisme de s’asseoir dans leurs conseils, d’inr

spirer leurs législateurs et surtout de porter les lois dans le

cœur des peuples. Lui seul étant la vérité et la vie ^ ce n’est

que lui qui peut faire vivre ce qui est mort, et relever ce qui

est abattu. Priez-le dônede s’étendre encore de tout son long

sur la société que vous trouvez si malade , mourante , et vous la verrez, comme autrefois, se relever pleine de vie et de puissance. — Elle est morte, disaient ses pauvres parents en regardant la jeune fille qui venait d’expirer. On appelle Jésus; (( Non , dit le Sauveur elle n'est pas morte , mais elle dort : Ma fille , levez-vous , et marchez ! Elle se leva et se mit à marcher. » — Croyez - vous qu’il lui est plus difficile de rendre aux royaumes la vie et la puissance ? Faites donc que le Catholicisme reste avec la société , qu'il la défende , et elle sera mieux gardée que par des sociétés de philanthropie , des réquisitoires , et tous les moyens de la politique humaine , lesquels n'ont jamais empêché la chute d’un trône ni le malheur d’un peuple.

(1) IV* Lettre à Atticus.

Les faits viennent encore ici déposer en faveur du Catholicisme , et dire bien haut ce que I*on doit attendre de lui ; mais de lui seul. Si les rois peuvent oublier tout ce qu’il peut pour leur repos et pour leur gloire , les peuples devraient se rappeler qu’ils ont en lui leur plus vrai , leur plus zélé défenseur.

' Dans le moyen - âge , qui retenait tous ces princes tyrans de leurs sujets? Les Papes seuls. .. élevèrent la voix/ et, par leurs menaces, leurs excommunications, produisirent des résultats magnifiques, et pour les peuples, et pour *es rois eux-mèmes. Eh bien I à la place de ces Papes si vénérés, si puissants , qu’auraient fait , par exemple / des ministres ou des évêques évangéliques?... Nous le savons , ils auraient applaudi , ils se seraient faits les complices de la violence et de l’injustice ; et , comme en Angleterre , en Allemagne et en Russie , ils auraient sanctionné , moyennant protection , le pillage « le meurtre , la débauche , la tyrannie (1).

Et dans les grandes calamités de l’Europe, dans ces moments suprêmes où il semblait que tout allait périr , avezvous oublié d’où lui vint son salut? quel fut le bras puissant qui la sauva ? Aux jours d’Attila et de l’invasion des barbares , vous le' savez ,.tout périssait, les hommes, les arts, les sciences , les monuments. Mais la papauté veillait ;

(1) C’est pour être protégé du landgrave de Hesse , que l’on mil de côté l’Evangile et que l’on appela vertu la débauche. La dispense qui permet au landgrave d’avoir deux femmes à la fois , laquelle est signée par Luther, Mclanchton, Bucer,elc., porte ce considérant : a Notre pauvre église, petite, misérable et abandonnée, a besoin de princes régents vertueux.

elle appela la vie sar tous ces morts et sur toutes ces ruines, et à sa voix on vit l'Europe se relever, belle, puissante, héroïque , telle qu'elle se montre au moyen-âge , aux croisades... Sans la papauté , il est probable qu’elle serait rentrée à cette époque dans ses forêts , et que nous serions barbares.

« Au neuvième siècle , dit Voltaire , lorsque l'armée formidable des sarrasins devait détruire l’Italie et faire une bourgade mabométane de la capitale du Christianisme , le pape Léon IV, prenant dans ce danger une autorité que les généraux de l'empereur Lotbaire semblaient abandonner, se montra digne en défendant Rome d’y commander en souverain; il fortifia Rome, il arma les milices, visita luimême tous les postes... 11 était romain; le courage des premiers âges de la république revivait en lui dans un âge de lâcheté et de corruption , tel qu'un beau monument de l'ancienne Rome qu'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle (1). »

En 1075, Grégoire VU «contraint la force brute à plier devant une intelligence sublime ; et , par un bienfait immense , tandis que la barbarie et la férocité universelles tendaient à tout désorganiser sur la terre, la papauté sauve le monde et lui donne en écbangel'ordre, la science, l'union, l'organisation, le progrès (2). »

Et* le fameux combat de Lépante , où les armées chrétiennes remportèrent par les soins et les prières de Pie la plus belle victoire qui ait jamais illustré les annales des

0) Essai sur les Mœurs y t. iii, c. xxvui.

( 2 ) Revue Britannique.

peuples , qo*en dites-vous t L’Europe aura-t-elle assez d’admiration » de reconnaissance pour ses résultats ? « Cette journée fut l’époque de la décadence des turcs : elle leur coûta plus que des hommes et des vaisseaux dont on répare la perte ; car ils y perdirent cette puissance d’opinion qui fut la principale puissance des peuples conquérants , puissance qu’on n'dcquiert qu’une- fois , et qu’on ne recouvre jamais (1). y> Michel Cervantes avait dit , en parlant du combat de' Lépante, où il fut lui-mème blessé: « Cette immortelle journée brisa l’orgueil ottoman , et détrompa l’univers qui croyait les flottes turques invincibles (2), x> Or ^ à la place de l’autorité pontificale , de ces grands papes , de saint Léon , de Léon IV , de Grégoire VU , de Pie V , figurez-voos encore des ministres protestants ; qu’auraient -ils fait, ainsi isolés, sans crédit, sanspuis-

(1) Législat. pritnit.

(2) Cité par M. de Maistre. — o Tout ce que les Papes ont fait d'admirable , n'empècbe point qu'en Angleterre , tous les ans, un discours est prononcé, dans lequel on prouve que le Pape est Vantechrist.Cest le fanatique Warburtôn qui, en mourant, fit cette fondation si déshonorante pour celui qui l’a fâite, et surtout pour le pays qui la souffre ; car ce pays doit aux Papes la civilisation et la liberté , que leurs missionnaires apportèrent à leurs sauvages conquérants avec le Catholicisme. 11 leur doit des siècles de prospérité et de gloire. Le peuple leur fut redevable de son bien-être, de l’abondance, d'un gouvernement paternel qui Ta rendu longtemps heureux. D'un autre cété, ce pays doit à la réforme des. guerres et des massacres sans nombre , une dette immense , des impôts énormes, la dévastation et le pillage des biens de l'Eglise et des pauvres, des souilVances incroyables parmi le peuple; tous les jours à la veille de mourir par ia faim ou la mitraille. Et ce pays, comme le dit un de ses historiens, a l'injustice et la cruauté de persécuter les anglais et les irlandais qui restent fldcles à la fo^ de leurs ancêtres , et il cric encore : Point de papisme ! »

sance?... Vous souriez ! Mais ce n'est pas assez : car nous serions musulmans ; et Ton a vu Luther et Juricu , dans leur haine pour le Catholicisme , tendre une main aux soldats de Mahomet , et Tautre aux ennemis de leur pays ! Comptez donc sur Thérésie pour la paix ou la gloire de la patrie 1 Avec ses vues étroites > sauvages , antisociales ; à force de dépit et de haine , elle aurait consenti que l'Europe devint une province turque , ou comme dit Herder , un désert mongolien (i).

Encore une fois , le Catholicisme a d'autres idées ; il entend un peu mieux ce que vaut la patrie ; et si on Tavait toujours cru , il est mille circonstances où il aurait fait voir que s’il pense d’abord au salut des âmes , il n’est point étranger à la gloire des empires. Qui ne partage la noble indignation du Tasse , à la vue de la Grèce schismatique qui, sous la tente et souriant d'aise , regardait la défaite et les malheurs des croisés ? Et , eu effet , ce crime ne sera jamais assez déploré. Si la Grèce eut été catholique , elle

aurait voulu sauctiüer son épée en secondant l’élan sublime

que le Catholicisme venait de faire prendre à l'Europe , et la Grèce n’eùt point péri, l'empire du grand Constantin serait debout (2) , et le royaume de Jérusalem serait un ûef de la France.

(1) Voici les paroles de Herder, assez glorieuses pour la papauté : « Le joug de la hiérarchie romaine était peut-être nécessaire pour tenir en bride ces peuples grossiers du moyen-âge ; sans ce frein indispensable, l’Europe serait devenue très-vraisemblablement la proie des despotes , le théâtre d’une éternelle discorde , qui eût flni par en faire un désert mongolien. Comme contre-poids, cette hiérarchie mérite par conséquent vos éloges. »

(2) « Il est sûr, dit Tautcur des Lettres sur l’Histoire , que si les

Après tous ces faits , après les suffrages de la science , du géuie ; après les invitations de la réforme elle-même , et les besoins de la politique ; devant la paix , la concorde , la gloire « toutes les prospérités qui nous attendent dans le Catholicisme, devons -nous nous occuper de réclamations qui n’ont pour elles que des préjugés , que l’ignorance , que des passions mesquines ? Et que dire à CCS théologiens protestants qui osent écrire ces lignes : « 11 est impossible qu’une église aussi respectable que l’évangélique pût jamais se réunir, d'aucune manière , avec des usurpateurs tels que les catholiques , et qu’on pourrait plutôt donner le nom de Christianisme à Tislalisme, et même au paganisme , qu’à ce qu’on enseigne maintenant à Rome, comme étant le Christianisme (2). )> Ici l’aveuglement le dispute à la folie !

Cet évêque anglican qui définit le protestantisme : l’abjuration du papisme , n’étonne pas moins. II y a là distraction monstrueuse , impiété , vœux coupables envers sa patrie. Dans sa pensée , comme dans celle des théologiens que nous venons de citer , l’Eglise ne saurait être avec le Pape ; mais ^ d’abord , il aurait du penser , que contre sa

deux empereurs décrient et d’occident eussent réuni leurs efforls, ils auraient inéviUiblement renvoyé dans les sables de l’Afrique ces peuples ( les sarrasins ) , qu’il? devaient craindre de voir s’établir au milieu d'eux; mais il y avait entre les deux empires une jalousie que rien ne put détruire, et qui se manifesta bien plus pendant les croisades. Le schisme des grecs leur donnait contre Rome une antipathie religieuse, et celle-là se soutint toujours, même contre leur propre Intérêt. ( T. ii , lett. xlv. )

(2) Miller, surlamoraU de Moshelin. — Less. Vérité de la religion chrétienne.

propre croyance et celle de toute son église , il se met en opposition avec les premiers siècles dont lui et les siens respectent l’autorité. Comment a-t-il oublié ces paroles : « Là où se trouve le Pape , là aussi est l’Eglise. — Pierre vit dans ses successeurs. — Ne pas être en communion avec lui« c’est être séparé de l’Eglise catholique, hors de laquelle il n’y a point de salut à espérer. — Chacun des évêques a sa barque particulière , Pierre a le vaisseau de l’Eglise. — C’est à l’Eglise de Romeque nous avons coutume de déférer les plaies de la foi, les injures faites à Jésus-Christ , les atteintes portées contre l’autorité des Pères. » 11 faudrait que l’évèque de Saint-David se donnât la peine, avant d’aller plus loin , de concilier cette doctrine avec la sienne.

Après cette difficulté capable d’arrêter un peu tout homme de bonne foi , viennent tous les faits que nous avons signalés , et qui prouvent que sa haine pour le Catholicisme s’adresse nécessairement au Christianisme luimême. Mais alors est-il chrétien? les vœux qu’il fait pour les succès de sa secte ne sont - iis pas impies? L’enseignement de ses séminaires , qui ne consiste, dit-on , qu’à bien graver dans l’esprit et le cœur des jeunes ministres que la haine du Pape et du Catholicisme (1) , cet enseignement

(1) Un anglais demande la raison de cette haine : « Ministres de i’église anglicane, dit-il , expliquez-nous pourquoi vous faites preuve de tolérance à l’égard de sectes de toutes couleurs cfui pullulent en Angleterre, fraternisant avec le quaker, qui rejette le baptême et les sacrements; donnant la main à l’unitaire , qui proclame le contraire de ce que vous enseignez , la nécessité de la foi , et admettant jusqu'à des juifs aux bénélices ecclésiastiques ; tandis que vous repoussez impitoyablement le catholique , non comme homme, dites-vous, mais comme catholique? a {Histoire de la Réforme , par Cobbett.)

u’es(-il pas coupable, funeste à son pays? Â>t-ildonc oublié, que ce fut toujours un. grand mallieur que la chute d’une religion positive ? Et un ministre instruit cite à cette occasion les politiques les plus habiles , les législateurs les plus sages qui tous s'accordent à dire que « celui qui ébranle la religion , ébranle en même temps les fondements de toutes les sociétés humaines (t). » El sans aller bien loin , l’évèque anglican doit savoir ce qui arriva en Angleterre , lorsqu'on chassa le Catholicisme vers l'exil ou vers l'échafaud ; et une révolution atîreuse, le culte iinpie et insensé de la déesse Raison le remplacèrent en France , il y a un demi-siècle.

Mais avecdes revenus exhorbitants, scandaleux, milord, peut-on embrasser la vérité , supposé qu’on la voie? C’est un malheur quelquefois pour l'homme d'ètre élevé, d’étre noyé dans l'or ; son cœur cloué à des intérêts vils ne battra jamais pour la vérité. Si elle vient , comme il craindrait d’étre écrasé de son regard , il détournera la tète , ou bien , à l'exemple de cet absurde gouverneur de nos livres saints , il lèvera la séance. Cependant nous vous dirons : que pensez - vous de vos saints prédécesseurs , lorsque vous vous les figurez courant à travers l'Angleterre après les saxons païens , sans autre suite que leurs vertus , leur zèle, leur charité?... Oui, ceux-là étaient grands, car ils ont porté à vos peuples le plus précieux de tous les biens, celui qui seul suflit , la vérité ! Ils les ont sanctifiés; et vous, avec votre faste et vos titres , vous les entretenez dans l’erreur , le plus grand de tous les maux !

(1) Platon , X* liv. des Lois.

Alais laissons ces hommes qui ne compreuueDl même pas que leur grandeur véritable est attachée à notre foi , à la profession du Catholicisme.

Nous venons de prouver, l'histoire à la main, que l’Europe devrait le chérir , ce Catholicisme , le vénérer , se presser autour de lui , augmenter son influence , se soumettre à son autorité, quand ce ne serait que par politique, que par reconnaissance. Si tout périt , comme on Ta vu quelquefois , il sera là pour sauver le monde.

Si, ensuite, vous vous rappelez que le Catholicisme fut le défenseur des peuples , l’auteur et le conservateur de leur liberté, l’ami et le protecteur des arts et des sciences , l’instituteur de l’Europe , enfin le conservateur du Christianisme ; si à ce bienfait , sans lequel l’homme ne peut rien , pas plus que la société , vous ajoutez qu’il a traversé dix-huit siècles, privé de tout secours humain et par conséquent soutenu de Dieu seul ; si vous dites qu’un ascendant divin a traîné devant son tribunal toutes les erreurs , et que tout l’univers a applaudi à ses arrêts; si vous vous souvenez , enfin , que ses ennemis mêmes ont célébré son autorité et prouvé qu’elle était nécessaire , alors , certes ! devant des services aussi éminents, devant toutes ces gloires , toutes ces bénédictions , il n’est permis à personne de conserver des préventions, encore moinsde haine ; mais tous , nous devons nous réconcilier avec le Catholicisme , prendre sa main qu’il nous tend en signe d’amour , et cela depuis trois siècles I

Et qui pourrait avoir oublié ces magnifiques paroles

du concile de Trente : a Le saint synode , semblable à une

tendre mère qui gémit et enfante , désire et s'eflbree qu*il n*y ait aucune scission parmi ceux qui portent le nom de chrétiens, mais que, puisqu'ils reconnaissent tous le même Dieu et le même Sauveur, ils aient aussi le même langage, la même foi et la même opinion. Le synode se confie et espère , par la grâce de Dieu , qu’ils retourneront , dans fespérance et dans la charité, à la sainte et salutaire unité de la foi , et ce sera avec une grande joie qu’il donnera à ceteflel toutes les facilités convenables (1).

Quand même ce langage ne serait pas celui de cette Eglise que Dieu a faite la mère de tous les hommes; quand on ne verrait point dans ces désirs et cet amour l'accent divin de la vérité , nous croyons qu’il faudrait l’environner de respect, d’amour, de confiance ; et dans les doutes sur la fui , c’est elle seule que l’homme raisonnable devrait prendre pour juge et pour guide ; car vous ne trouverez point ailleurs des litres semblables aux siens , capables de vous satisfaire. Si donc vous la repoussez , la révélation n’est plus ; du moins il vous est impossible de la trouver, comme nous vous l’avons dit , et c’est en vain que Dieu l’a donnée au monde.

A cette considération qui doit être d’un grand poids pour quiconque veut être chrétien , il faut ajouter tout ce que

(1) Sancta synodus , tU pia materque ingemescil et parturit , iummopere id desiderans ac laborans ut in his qui christiano nomine consensu nuUa fuit schisiucUa^ sed quemadmodum eumdem omnes Deum et redeinptorem agnoscunt , ila idem dicanl , idem credant , idem sapianl , confidens Dei misericordiœ , et sperans' fore ut iüi m sanctissimam et salutarem unius fideiy spei charitatisque ^ concordiam redigatUem^ Ubenter eis hac in re morem gerens. (XllI* session. )

le Catholicisme a fait pour la société, pour l’Europe, pour la France eu particulier; et si l'on voit des hommes qui n’ont point de religion , vous n’en trouverez pas qui ne soient pour le Catholicisme , car il n’est personne qui ne veuille avoir une patrie.

Ce chapitre , moins les notes et quelques développements, faisait la matière de ce discours que l’on a commenté d’une manière si étrange et si peu loyale. Maintenant , que les hommes justes prononcent. Comme ce sont mes doctrines qui ont tant déplu , et qu’ils les connaissent , iis peuvent dire s’il en est qui doivent être plus chères aux rois et aux peuples, aux individus et aux empires.

Au reste , ces doctrines , qui sont celles de la plus saine raison , de la science , du génie , des protestants les plus recommandables, sont encore conflrmées par l’expérience ; et il nous semble qu’elles peuvent être bien tranquilles, protégées par une défense aussi imposante.

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