CHAPITRE VII
L’ AUTORITÉ QUI , DANS LE CATHOLiaSlIE , JUGE EN MATIÈRE DE FOI , ÉTANT LA PLUS RESPECTABLE DE L’UNIVERS , NE DOIT-ON PAS , SANS ALLER PLUS LOLN , LA PRENDRE POUR JUGE ET POUR GUIDE?
Nous ne disons pas encore à l'orgueil qui s'irrite au nom seul de l'autorité de l'Eglise, que , bon gré mal gré , il doit s y soumettre ; nous rappelons seulement des faits , savoir : qu'il est dans le Catholicisme une autorité qui a pour elle tous les siècles , devant laquelle ont été portées toutes les causes de la foi , que ses ennemis mêmes ont révérée et rétablie , et à laquelle enfin on doit le Christianisme et le salut de l'Europe.
Or, sans chercher d'autres motifs , il nous semble que ceux-là sutlisent pour rendre cette autorité infiniment, respectable , et déterminer les hommes de bonne foi à la prendre pour juge et pour guide ; supposé qu’ils vinssent à s’égarer, ils auraient une excuse auprès de Dieu, l’exemple des siècles et de l'univers ; tandis que s'ils se mettent à l'écart pendant que tout s’incline de respect et de soumission , ils n'auront pour se défendre que leur orgueil.
Celle autorité est' bien andeDue^ elle a commencé avec le Catholicisme , et son divin fondateur la recommande assez énergiquement aux chrétiens de tous les siècles , quand il leur dit : Owc cdui gui n'écouie pas YEglise soit pour vous comme un païen et unpublicain (1). Il voulait bien encore la rendre respectable lorsqu’il ajoutait , en parlant à ses apôtres : Celui qui vous écoule m’écoule: celui qui vous méprise me mépnse , et méprise aussi celui qui m’a envoyé (2). La vérité éternelle pouvait -elle se servir de paroles plus expressives pour dire le crime de ceux qui refuseraient de se soumettre à l'Eglise ? Ce n est pas elle qui est insultée , c’est Dieu même ; aussi il prendra pour lui l’outrage et se chargera de la venger. Le châtiment est terrible , et saint Jean commentant les oracles du Maître, dit ces mots qui méritent d’èlre médités : Celui qui connaît Dieu nous écoule , celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas; c’est par là que nous connaissons r esprit de vérité et l’esprit d’erreur (3). Ne pas persévérer dans la doctrine de Jésus-Christ , c’est perdre Dieu ; mais persévérer dans cette doctrine , c’est posséder le Père et le Fils (4). » Selon saint Jean , abandonner la doctrine reçiie^
(1) Quod si non audierit eos, die Ecclesiœ; si autem Ecclesiam non audierit^ sit tibi sicut ethnietts et publicanus. Matth. c. xvm, v. 17.
(2) Qui vos audit me audit, et gui vos spernit me spernit. Qui autem me spernit , spernit eum qui misit me. Luc. c. x , v. 16.
(3) Oui novit Deum, audit nos : qui non est ex Deo , non audit nos ; in hoc cognoscimus spiritum veritatis et spiritum erroris. Joan. I. Epist. C. IT, y. 6.
(4) Omnis gui recedit , et non permanet in doctrina Christi , Deum no» habet; qui permanet in doctrina , hic et Patrem et Filium habet. Joan. II. Epist.
est donc le plus grand de tous les maux. Séparé de Dieu , on Test aussi de la grande famille chrétienne; et saint Jean signale le rebelle à tous ses frères , aûn qu’il soit par eux repoussé : « Si quelqu'un vient à.vouSf leur dit- il , et n'apporle pas la doctrine que je vous ai enseignée , ne le recevez point; ne le saluez seulement pas (1). »
Saint Paul prêche assez haut et assez clairement le res* pect pour celte autorité , lorsqu’il dit aux Ephésiens ; a Jésus-Christ lui-même a donné à son Eglise des apôtres, des prophètes , des pasteurs , des docteurs , pour l’assemblage des saints , pour l’œuvre du ministère , pour réditlcation du corps de Jésus-Christ , afin que nous ne soyons pas flottants à tout vent de doctrine, et emportés , tantôt d’un côté , tantôt d’un autre , par les ditTérentes opinions des hommes. — Prenez garde à vous, ajoutait le saint apôtre, et à tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a établi évêque pour gouverner l'Eglise de Dieu , qu’il a rachetée par son sang. Je sais qu’après mon départ ou après ma mort , il entrera parmi vous des loups ravisseurs , et que même il s’élèvera au milieu de vous des menteurs, des séducteurs, des hypocrites qui tiendront des discours per* vers, artificieux , pour entraîner des disciples après eux. Souvenez-vous que je n’ai cessé , nuit et jour, de vous en avertir avec larmes (2). »
(1) Si quis veneril ad vos et hanc doctrinam non affert^nolite recipere tum in domumy nec Ave ei dixeritis. Joan. II. Epist.
(2) Ipse dédit quosdam quidem apostoloSy quosdam autem propheias, altos vero evangelistas , alios autem pastores^ et doctores^ ad consummationem sanctorum in opus ministerii, in œdificationem corporis Christi^ donec occurramus omnes in unitatem fidei et agnitionis Filii Dei.,. ut non simul parvuli fluctuantes et circumferamur omni venfo doctrinœ in ne-
Plein de celle triste vérité , saint Paul cberclie à prémunir les premiers fidèles et à les attacher de plus en plus à la foi qu’ils ont embrassée. « Obéissez à vos conducteurs, leur disait-il, soyez-leur soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme devanlen rendre compte. » S’ils n’écoutaient que leur raison , ils ne pourraient que s’égarer et se perdre; c’est pourquoi iis doivent s’en rapporter à la doctrine qn’ils ont reçue des apôtres, y tenir uniquement, n’en recevoir jamais d’autre ; de sorte que « si un ange du ciel leur annonçait un évangile difTérent , ils doivent lui dire anathème. » On voit par là que le mérite, le génie, la vertu dans un novateur ne comptent pour rien aux yeux du vrai fidèle; fùt-il un , l’autorité de l'Eglise doit toujours l’emporter. A elle toujours respect et soumission ; à lui toujours anathème. Quel qu’il soit, avec tous ses titres, toute son illustration, devant ^l’autorité il n’est pas plus que le dernier des chrétiens; et Luther, qui osera défier rois, empereurs, diables, l’universentier, d’en savoir autant que lui, proclamera une immense folie, mais non une excuse à la révolte; car, ajoute l’apôtre, « ce n’est pas à nous que vous. résistez , mais à Dieu. 11 faut que vous sachiez que nous sommes les envoyés de Jésus-Christ , et quand nous exhortons, c’est Dieu qui exhorte par nous (1). » De même
quitiahominum, in astutia ad circumventionem erroris... Attendue vobis et universo gregi , m quo vos Spiritus sanctus posuit episcopos regere Ecclesiam Dei , quam acquisivit sanguine suo. Ego scio quoniam tntrabunt post dissentionem meam lupi rapaces in vos , non parcentes gregi. Et ex vobis ipsis exsurgent viri loquentes perversa ut adducant discipulos post se. Propter quod vigiUUe , memoria retinentes , quoniam nocte ac die non cessavi^ cum lacrymis monens unumquemque vestrum. Ephes. c. IV, V. 14. - Act. c. XX, v. 28.
H) Tanquam Deo exhortante per nos. II. Cor. c. v, v. 20.
(( ce n’est pas nous qui dominons sur Yotre foi (1) , » quand nous vous disons de vous soumettre à l'autorité. Ne voyez que Dieu ; c'est lui qui commande , et « nous vous annonçons ce que nous avons vu et entendu , et ce qui était des le commencement (2). »
En vertu des pouvoirs qu’ils ont reçus de Dieu même , les apôtres ne tardent pas à prononcer sur les coupables qui leur sont déférés , et toujours leurs arrêts sont reçus avec révérence dans l’Eglise. ((Conservant la foi, dit saint Paul, et la bonne conscience, à laquelle quelques-uns ayant renoncé , ont fait naufrage dans la foi, je les ai livrés à satan , afin qu'ils apprennent à ne point blasphémer (3). n Certains différends s'étant élevés dans l'Eglise , les apôtres , assemblés au nom du Saint-Esprit , prononcent en ces termes : n Ha semblé bon au Saint-Esprit et à nous (4)..: » tuK-.
(( Cette façon de parler, si peu» usitée dans les saintes lettres, et qui semble mettre dans un même rang le Saint-* Esprit et ses serviteurs, en cela même qu'elle est extraordinaire, avertit ledecteur que Dieu veut faire entendre à l’Eglise quelque vérité importante ; car il semble que les apôtres devaient së contenter de dire que le Saint-Esprit s'expliquait par leur ministère. Mais Dieu, qui les gouver-
(1) NonquUsdominamur fidei vestrœ, sed adjutores sumusgaudiivestri. H. Cor. V." *8. 0 ^ '
> ' '(2) Qmod fuit ab initio , quod audivimu$ y quod vidimus oculis nostrisy annuntiamus vobis. Joan. I. Epist. c. i , v. 8.
^ (8) Tradidi eos salanœ ut disccmt non blasphemare,, I. Timoth. c. I , V. 20. r.tmv . - M» <•
(4) Kisum est Spiritui sancto et nobis. Act. c. xv, v. 28.
naît înlérieuremeDt par une sagesse profonde, considérant par sa providence combien il était important d’éiablir en termes très- forts l'inviolable autorité de l'Eglise dans la première de ses assemblées , leur inspira celte expression magnitique : Il a plu au Saint<Esprit et a nous ; aGn que tous les siècles apprissent , par un commencement si remarquable, que les ûdèles doivent écouter l'Eglise comme si le Saint-Esprit pariait lui-mème (1). »
Il faut entendre les saints docteurs. Saint Ignace , qui avait vu les apôtres , parle ainsi aux Epbésiens : a Vous devez concourir à la volonté de l'évèque comme vous faites ; car vos dignes prêtres sont d'accord avec l'évèque comme les cordes d'une lyre , et votre union fait un concert merveilleux... Gardez-vous bien de résister à l'évèque; car celui qui lui désobéit , désobéit à Jésus-Christ , et alors il n’a pas la vie , et la colère de Dieu est sur lui ; châtiment des superbes qui n'obéissent pas aux supérieurs (2). »
Saint Irénée n’est pas moins positif, a 11 faut obéira ceux qui président dans l'Eglise , qui tiennent leur succession des apôtres , et qui avec la succession de l'épiscopat , ont reçu la grâce certaine de la vérité , suivant le bon plaisir
(1) RéftU. du Catéch. de Feri.
(2) Unde et tx)S decet episcopi sententiam sequi , qui secundum Deum pascit vos; quod et facitis ipsiy eruditi à Sancto Spiritu; nam et prœ~ dicandus iüe presbyterortm caetus , qui Deo dignus est , ita coaptatus est ac congruit episcopo , ui citharœ chordœ. Date operatn , düectissimi , ut episcopo subjiciamini et presbyteris ; qui enim his subditusest, Christo qui eos largitus est obedit : qui autem non obedit sibi non videbit vitam , *ed ira Deimanet super eum ; temerarius enim et superbus qui non obedit superioribus. Eplst. ad Ephes. v. 76 et 77.
<du Pcre (1) » Le saint docteur nous en donne cette raison qu’il faut peser : nous devons leur être soumis , parce que, « ce sont eux qui conservent la foi que nous avons au seul Dieu qui a tout fait , et qui nous exposent les Ecritures sans danger d’erreurs (2). »
Tertullien , dans son Traité sur le Jeûne , nous dit de quelle manière l'autorité de l’Eglise était respectée. « Suivant l’ordre prescrit , il s'assemble , de toutes les églises dans certains lieux de la Grèce , des conciles où se traitent , en commun , les atFaires les plus importantes ; et cette représentation de tout le monde chrétien obtient , parmi nous , la plus grande vénération. »
Eusèbe donne une assez haute idée de cette autorité , lorsque, parlant du concile de Nicée, il rapporte que l’empereur et les évêques a ne virent , pour éteindre l’incendie qu’avait allumé l’arianisme, d’autre moyen que l’autorité d’un concile général : « J’ai cru que pour remédier à un si grand mal, dit Constantin aux évêques, et pour qu’il n’y ait qu’une* foi et une àme dans toute l’Eglise , il fallait une assemblée de tous les évêques. Je vous ai donc réunis en aussi grand nombre que j’ai pu , afin qu’après votre examen et votre sentence, il n’y ait plus de partage entre vous, plus de prétexte de disputer (3). »
L’empereur Jovien ayant demandé à saint Athanase une confession de foi, le saint évêque, au nom du concile d’Antioche, commence ainsi : a Sachez , 6 empereur, que la foi que nous professons et que nous conserverons tou-
(1) Adv. hœres. I. XLiii.
(2) Adv. hæres.\.\L\.
(3) Ëuscbc. Ilist. Eccl. 1. iii, c. 17.
jours, est la foi du concile de Nicée (1). » C’est toujours l’autorité invoquée, toujours elle qui fait loi, jusque-là que saint Léon déclare : « Que ceux-là ne sauraient être coni«* plés parmi les catholiques, qui ne suivraient pas les déüni- ‘ tions du vénérable concile de Nicée et les règles du grand concile de Chalcédoine (2). »
. (( Les ariens , dit Gélasc , prétendaient prouver leur erreur par l’Ecriture ; les Pères de Nicée invoquèrent l'Ecriture et la tradition. Après avoir long-temps , mûrement et pleinement considéré ce sujet adorable, il parut à tous les ' nôtres ensemble que la consnbslanlialüé devait être déünie de foi , de la même manière que cette foi avait été transmise par nos saints Pères , après les apôtres. »
Tous les siècles célèbrent lautoritéde l'Eglise, et tous les siècles demandent qu'elle soit respectée. «La sainte Église romaine, s'écriait llincmar dcHeims, la mère, la nourrice et la maîtresse de toutes les églises , doit être consultée dans tous les doutes qui regardent la foi et les mœurs, principalement par ceux qui , comme vous , ont été engendrés à Jrsus-Cbrist par son ministère , et nourris par elle du lait de la doctrine apostolique (3). »
« Que celui, dit saint Augustin, qui craint d’être trompé par l’obscurité d’une question , demande conseil à l Église, qui expose l'Ecriture sainte sans aucune ambiguïté (4). »
Le pape Agathon écrit aux Pères du vr concile général,
(1) Socrate, Hist. Eccl. 1. iii.
(2) Epist. 78.
(8) De Divor. Loth. t. i , p. 561.
(4) Quisquis fatlimetuit... obscuritate quœstionis , eamdem Ecclesiam de iUa consulat. ( L. i , c. xxxiii , cont. Crescent.)
assemblé à C. P. « Jamais l'Eglise aposloliqne ne s'esl écartée en rien dn chemin delà vérité. Toute TEglisecatholique, tous les conciles œcuméniques ont toujours embrassé cette doctrine , comme celle des princes des apôtres. » Les Pères répondent : « Oui , telle est la véritable règle de la foi ; la religion est toujours demeurée inaltérable dans le siège apostolique. Nous promettons de séparer , à Tavenir , de la communion catholique , tous ceux qui oseront n'ètre pas d’accord avec cette Église (l). »
<( Tout ce que votre autorité , écrivait un saiut roi , au pape Benoit Ylll , a réglé dans son concile |)our le rétablissement de l’Église, je le loue , je l’approuve, je le confirme , comme votre fils ; je veux qu’il soit inséré parmi les lois , qu’il fasse partie du droit public , et qu’il vive autant que l'Eglise (2). »
C’était encore cette autorité , partout reconnue et partout vénérée , que le grand saint Prosper a chantée , comme dit Bossuet, par ces paroles : u Rome, le siège de Pierre , devenue sous ce titre le chef de l’ordre pastoral dans tout l’univers, s’assujétit par la religion, ce qu’elle n’a pu conquérir par les armes. »
La puissance de celle autorité éclate surtout dans les différends sur la foi ; tous les novateurs qui s’élèvent dans l’Eglise, quels qu’ils soient, malgré leur nombre et leur pouvoir, sontohligés de comparaître devant elle, et de s’en rapporter
(1) Antiquis regulis saiicitum est ut quidquid^ quamvis tn remotis, vel m longinquis agalur provinciis , non prius tractandum vel accipiendum sit, titsi ad notitiam almce /tdei vestrœ fuisset deductum.
(2) L. IX, Conc. col. 831.
à ses décrets , qu*elle les absolve ou les condamne, qu elle donne la vie ou la mort. Ainsi , depuis les ébionites jus^ qu'aux jansénistes , et les autres encore plus près de nous , tous les hérétiques ont été traînés devant le tribunal éternel, et le monde entier a toujours attendu avec respect sa sen« tence.
On aime à voir , à la naissance des hérésies , tous les évêques « accourir , comme dit Eusèbe , pour éteindre le feu. »
Au milieu des ravages de l'arianisme , saint Basile fait un appel aux évéques d'occident , aGn que réunis à ceux d'orient , ils donnent le dernier coup à l'erreur; « Elle se répand , leur écrit le saint évêque ; l'infàme Arius a jeté les premières semences; elle a été fortiûèepar une infinité . de gens qui ont soutenu avec ardeur son impiété , et nous en voyons maintenant les funestes fruits... Envoyez-nous donc le plus que vous pourrez de nos frères , afin que le nombre soit suffisant pour faire un synode légitime , et que le mérite des envoyés puisse contribuer à rétablir la foi , en renouvelant ce que les Pères du concile de Nicée ont ordonné , en coupant entièrement le venin de l'hérésie. €’est le moyen de rendre la paix à l'Église , et de ramener ceux qui s'en sont écartés par la diversité des sentiments. »
Les iconoclastes menacent, détruisent, et le pape Léon llf reçoit cette supplication de l'église de Constantinople : « O toi , pasteur suprême de l'Église qui est sous le ciel , aidenous dans le dernier des dangers ; remplis la place de Jésus- Cbrist ; tends-nous une main protectrice , pour assister notre église de Constantinople ; montre-toi le successeur du premier pontife de ton nom ; il sévit contre l'bérésie
d*Eutychés, sévis à ton tour contre celle des iconoclastes ; prête roreilleà nos prières. O toi , Chef suprême de l'apostolat , choisi par Dieu même , pour être le pasteur du troupeau parlant , car tu es réellement Pierre « puisque tu occupes et que tu fais briller le siège de Pierre ; c'est à toi que Jésus-Christ a dit : confirme tes frères. »
C'est en vain que l'hérésie cherche à se défendre ailleurs; il faut quelle paraisse devant l'autorité de l'Eglise; elle seule est juge compétent. Dans un ouvrage contre les monothélites , saint Maxime s'écrie : « Si Pyrrhus prétend n'être point hérétique, qu'il ne perde point son temps à se disculper auprès d'une foule de gens ; qu'il prouve son innocence au bienheureux ^Pape de la très -sainte Eglise romaine.; c'est-à-dire ,{au siège apostolique , à qui appartient l’empire , l’autorité et la puissance de lier et de délier, sur toutes les églises qui sont dans le monde. » ni « Ignorez - VOUS , disait le pape Jules aux partisans d'Eutychès , que l’usage est qu’on nous écrive d'abord, et qu’on décide ici ce qui est juste (1) ? » >
Le pape saint )Célestio , dans une $ lettre adressée aux évêques {des gaules, après les avoir (blâmés , dit Vincent de Lerins , de ce que par/ une sorte de connivence ils se taisaient sur l’antique foi , et laissaient ainsi s'élever des nouveautés profanes, saint Célestin ajoute : «^Nous sommes grandement responsables, si;, notre silence favorise l’erreur. Qu'on réprimande donc de semblables novateurs, et qu’il ne leur soit plus libre de parler à leur gré (2).
(1) 8ozoméne;ffM^IiV,ni, c.Wii.*^^
' ( 8 ) Mérite cauiw nos respicit^^^si sikntio' faveamus errorem. jFrjjro
Saiot Léon dit au concile de Cbalcédoinc , en lui rappelant sa lettre à Flavien : « 11 ne s’agit pas de discuter audaeieusemcnt, mais de croire; ma lettre à Flavien, d’heureuse mémoire , ayant pleinement et très -clairement décidé tout ce qui est de foi sur le mystère de l’incarnation (1). »
Saint. Jérôme écrivant au pape Damase : « Comme l’orient , agité de ses anciennes furies , met en lambeaux la robe du Seigneur , robe sans couture et d’un seul tissu ; que les renards dévastent la vigne du Christ, et que parmi tant de citernes enlr’ouvertesqui ne sauraient garder Feau, il est dÜTicile de découvrir la fontaine scellée et le jardin fermé , j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre et cette foi louée par la bouche de l’apôtre , et chercher la nourriture de mon âme , au lieu même où jadis je reçus les vêlements du Christ. La vaste étendue du liquide élément et ce long espace de terres ne m’ont pas empêché d’y aller cliercher la perle précieuse. Partout oà sera le corps , là se rassembleront les aigles.
« Pendant que des enfants pervers dissipent leur patrimoine , vous seuls conservez l’héritage de vos pères. Chez vous lesol riche et fécond, rend au centuple la pure semence du Seigneur ; chez nous le froment , étouffé dans les sillons, dégénère en ivraie et en chaume. Aujourd’hui dans l’occident se lève le soleil de justice , tandis que dans l’orient
corripiantur hujusmodi; non sit his liberutn habere^ pro volunUite sernwnem.
( 1 ) UndCy fratres carissimi^ rescita peritus audacia disputandi contra fidem divinilas inspiratam vana errantium inftdelitas conquiescat , nec liceat defendi quod non licet credi...
ce Iticifer qui était tombé a établi sou tréne au dessus des astres. Vou$ êtes la lumière du monde ^ vous êtes le sel de l<i (erre... Je parle au successeur du pécheur, et au disciple de la croix ; je communique avec votre béatitude , c’est-àdire , avec la chaire de Pierre. Quiconque mange l’agneau hors de celte maison est" un profane (1). »
Après avoir rapporté l’exemple du pape Étienne , qui décide la question du baptême des hérétiques' par ces mots : U ne faut rien innover, mais s*en tenir àla tradition, Vincent de Lerins dit : « Tout est rempli de semblables exemples , afin que tous voient plus clairement que le jour, avec quelle force , avec quel zèle , avec quel empressement les bienheureux successeurs des bienheureux apô-
(1) Quoniam vetusto oriens inter se populorum coUisus indiscissam Domini tunicam, et desuper textam , minutatim per frusta discerpit ; et CAristi vineam exterminant vulpes, ut inter Utcus contrites, qui aquam non habent , difficile ubi fons signalas et hortus iUe conclusus si<, possit itUeUtgi ; ideo mihi cathedram Pétri , et fidem apostolico ore laudatatn , censui eonsulendam , inde nunc meœ animœ postulons cibum , unde olim Christi vestimehta suscepi. Neque vero tanta vastitas elementi Uquentis ei interjacens longitude terrarum , pretiosœ me margaritœ potuil inquisitione prohibera : Ubicumque fucrit corpus, illinc congregabuntur aquilæ.
Profligato a sobole mala patrimonio , apud vos solos incorrupta patt'um servatur hœr éditas. Ibi cespite terra fecundo , dominici seminis puritatem centeno fructu refert ; hic obruta sulcis frumenta tn lolium avenasque dégénérant. Nam in occidente sol justitiœ oritur; in oriente autem lucifer ille , qui ceciderat , supra sidéra posait thronum suum- Vos estis lux mundi , vos sol lerræ.
.... Cum successot e piscatoris et discipulo crucis loquor. Ego nüllum primum , m'si Chrislum sequens , communione consosior, super iUam pelram œdificatam ecclesiam scio. Quicumque extra hanc domum agnum comederit, profanas est.
tresn'ont cessé de défendre rintégrité de la religion une fois reçue (1). »
Cbarlcniagne , pris pour arbitre par les hérétiques qui venaient de s’élever en Espagne, après qu’il eut consulté le Pape et les évêques, leur envoie a les lettres, les décisions et les décrets formés par l’autorité ecclésiastique ; les exhortant à s’y soumettre avec lui et à ne pas se croire plus savants que l’Eglise iiniverselle ; parce que , ajoute ce grand prince , après le concours de l'autorité apostolique et de runanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d’étre tenus pour hérétiques , et nous n’osons plus avoir communion avec vous (2). »
Telle fut la conduite de tous les siècles; lorsque l’erreur se montre quelque part , elle est citée devaint la chaire de Pierre ou au concile , et c’est là que son sort est décidé.
(1) Exêmplis talibus plena sunt<Knnia...ut omnes luceclarius videant beatorum apostolorum beata successio quanta vi semper^ quanta studio^ quanta contentlone defenderit , susceptœ semel religionis integritatem. Cümmonilor. c. ti.
(2) ‘Voilà comment les princes jugeaient en dernier ressort et dominaient l’autorité des conciles. Parmi tous les mensonges de Basnage , il n’en est pas de plus impatientant que celui-là. « On portait souvent lesalTaires devant le tribunal des princes, dit-il, qui jugeaient presque toujours en dernier ressort , et qui donnaient l’autorité et la vigueur au concile. » ( Hist. Eccl. 1. 1 , p. 4.) Tout le monde sait si les évêques souiTraient que les princes se mêlassent des alTaires de la foi. L’on connaît celte parole d’Hosius à Constantin : a Prince, Dieu vous a commis l’empire; à vous il a confié ce qui regarde l’Eglise , et de même que celui qui attaquerait votre autorité d'un Œil jaloux , agirait contre l’ordre divin , de même aussi vous vous rendriez coupable d’un grand crime, en attirant à vous les afTàircs de l'Eglise. » Et ces paroles de saint Athanase : a On ne peut rien imaginer dans le Christianisme de plus monstrueux
Que si quelque débris de l'hérésie foudroyée persiste encore dans la révolte, tout le monde fuit le rebelle; partout il ne trouve que l’infamie , en attendant qu'il disparaisse sans retour. Et pendant que les erreurs sur lesquelles l'Eglise a prononcé, meurent ou sontà jamais flétries, vous la voyez elle-môme, toujours pleine de vie et de puissance^ continuer sa marche victorieuse à travers les siècles, i i C'est alors que Bossuet fait entendre en son honneur ce beau langage : « La comprenez-vous bien celte immortelle beauté de l’Eglise catholique , où se ramasse ce que tous les lieux , ce que tous les siècles présents et futurs ont de beau et de glorieux ? Que vous êtes belle dans celte union , ù Eglise catholique 1 mais en même temps que vous êtes forte ! Belle ; dit le saint cantique , et agréable comme Jérusalem ; et en même temps , terrible comme une armée rangée en bataille : belle comme Jérusalem où l’on voit une sainte uniformité, et une police admirable sous un même chef ; belle assurément dans votre paix , lorsque recueillie dans vos murailles vous louez celui qui vous a choisie , annonçant ses vérités à ses fidèles. Mais , si les scandales s’élèvent, si les ennemis de Dieu osent l’attaquer par leurs blasphèmes ,;VOus sortez de vos murailles , ô Jérusalem ! et vous vous formez en armée pour les combattre ; toujours belle en cet état , car voire beauté ne vous quitte pas ; mais tout à coup devenue terrible ; car une armée qui parait si belle dans une revue , combien est-elle terri-
qu’un roi qui s’arroge le droit de juger les controverses ecclésiastiques. » Et ceiles-cl de saint Ambroise à Valentinien : a Quand avez-vous entendu dire, très-clément empereur, que les laïques aient jugé sans les évêques dans les affaires de la foi?
ble , quand od voit (oua les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi. Que vous êtes donc terribles , 6 Eglise sainte , lorsque vous marchez , Pierre à votre tète , et la chaire de Tunité vous unissant toute ; abattant les tètes superbes et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés ; les accablant tout ensemble ^ et de toute Tautorité des siècles passés, et de toute l’exécration des siècles futurs ; dissipant les hérésies et les élouflant quelquefois dans leur naissance ; prenant les petits de Bab^'lone et les hérésies naissantes , et les brisant contre votre Pierre ; Jésus-Christ, votre chef, mouvant d’en haut et vous unissant ; mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés , par des moyens convenables , par un Chef qui le. représente ^ qui vous fasse en tout agir tout entière , et rassembler toutes vos forces dans une seule
action (l). 'hiii.*-: ! , ; ■<
Or , il faut voir ici) un grand mystère , sans quoi vous n’expliquez rien : ni cet ascendant prc^igieux qui soumet à l’Eglise toutes les causes de la foi ; ni cette puissance terrible qui donne la mort, ou grave un opprobre éternel sur tout ce qu’elle a frappé; ni cette attitude surhumaine que toutes les grandeurs déjà terre ont respectée comme les siècles, sinon elles sont brisées; Oui, dites que Dieu a confié à l'Eglise le dépôt de la révélation ; et comme cette révélation appartient à tous les siècles, il est nécessaire que son autorité survive à tous les événements comme à toutes les institutions , >afin de la transmettre par scs soins pure
,(1) Bossuet , Discours sur l'Unité de l'Eglise, ■ . \
et sans tache à la dernière génération. Donc , il faut qu’à sa seule parole , tous ses ennemis tremblent devant elle ; donc toutes les erreurs doivent disparaître , et la vérité triomphante briller à jamais; donc il ne sera plus possible de douter que les arrêts que l'Eglise a portés , ne soient regardés comme venant de Dieu et respectés comme tels.
Aussi , vous connaissez ces cris si glorieux pour son autorité, lorsqu’elle a rendu sa sentence : a Le concile a prononcé, l’alTaire est terminée; Pierre a parlé par Agatlion, il n’y a plus d’appel. » On ne distingue plus la volonté de l’Eglise de celle de Dieu ; scs arrêts sont ceux de Jésus- Christ ; ce qu’elle a -dit, c’est l'Esprit- Saint qui le lui a dicté , et tout ce qu’elle a fait sur la terre est ratifié dans le ciel. « C’est par la volonté de Dieu , disait un grand empereur, que le concile a été assemblé : ce que trois cents évêques ont ordonné n’est autre chose que la sentence du Fils de Dieu ; le Saint-Esprit a déclaré la volonté de Dieu par ces grands hommes qu’il inspirait. »
Saint Athanasc , écrivant aux' évêques d'Afrique, appelle le concile de Nicée : l’oracle de Dieu : a Qu’a-t-il manqué à ce concile pour en demander d’autres? Les indiens eux-mêmes en ont connaissance , et tous les chrétiens des pays barbares le vénèrent... La parole de Dieu , qui a parlé par ce concile œcuménique , demeurera à jamais ; Jésus-Christ était avec les évêques , lui qui a dit : « Quand deux ou trois personnes seront assemblées en mon nom , je serai au milieu d’elles. » Car que Jésus-Christ ait lui-même invinciblement présidé celte sainte assemblée, comment serait-il permis d'en douter? » a Je professe , écrivait saint Grégoire-le-Grand , que je
reçois et vénère les quatre premiers conciles généraux » comme les quatre livres du saint Evangile (1). » Parlant du concile de Nicée , saint Augustin l’appelle « le concile de l'univers ; et ses décrets doivent être respectés comme les commandements célestes, d Et dans son Livre du Baptême il assure « que saint Gyprien s’en serait tenu à la décision de l’Eglise, si la vérité avait été éclaircie et proclamée de son temps par un concile universel. » Ailleurs il dit :
« Nous conservons religieusement toutes les choses qui nous ont été laissées par la tradition , soit qu'elles noos viennent des apôtres,* soit de l'Eglise universelle , soit des conciles généraux dont l'autorité est partout recommandée dans l'Eglise comme trés<8alutaire(2]. »
Enûn,dit le saint docteur^ en écrivant à Honorât , tf ne point se soumettre à une pareille autorité, serait le comble de l’orgueil , le dernier terme de l'extravagance. Ne point se soumettre à une pareille autorité, serait le comble de l'impiété et de la plus aveugle arrogance. Quelle *
(1) Exeuntes maligni homines turbaverunt animes Destros^non inUUigeules neque quœ loquüntur , neque de quitus affirmant , ûdstruentes quod aliquid de sancta Chalcedonensi synode piœ memoriœ Justiniani temporibus sU imminutum , quam omni fidei oinnique devetione vene^ ramur. El sic quatuor synodes sanctœ universalis Ecclesiœ, sicut quatuor libres sancli Evangelii recipimus. EpiSt. X, 1. iii.
(î) Ilia autem quœ non scripia sed tradila custodimus , quœ quidem loto terrarum orbe servantur, datur intelligi vel ab ipsis apostolis , vel plenariis conciitts, quorum est in Ecclesia saluberrima auctorilaSy cornmendata atque statuta retineri , sicut quod Domini passio et resurreclio et adscensio in cœlum , et adventus de cœlo Spiritus Sancti , anniversa soXemnitate celebrantur, et si quid aliud taie occurrit quod serval ur ab « uuiversa quacumque se defudit Ecclesia. Epist. Liv, 1. i.
preuve plus manifeste de notre ingratitude envers Dieu, que de mettre notre gloire et nos efforts à combattre une autorité qu*il créa pour nous être eu aide et en assistance ! »
Nous ne voulons pas citer un plus grand nombre de Pères ; nous préférons laisser ce soin aux protestants ; leur autorité conGrmera les citations qu’ils vont opposer à ceux qui voudraient que TEcriture fût Tunique règle de la foi.
« SI Ton ne veut pas , dit un célèbre ministre , que TEcri' tiire ne devienne inutile et même dangereuse, et si elle doit ètre> au contraire, une règle inébranlable de la foi et de la vie , il faut absolument qu’elle soit accompagnée d’un tribunal qui décide du sens , et que ce tribunal soit revêtu , pour cet office, d’une autorité infaillible. C’est ainsi qu’en ont jugé, dans tous les temps, les docteurs les plus distingués et les plus éminents de l’Eglise. « Nous faisons , dit saint Augustin , ce qui plaît à TEglise entière , laquelle est tellement recomnaandée par l’autorité des Ecritures elles-mêmes , qu'un chacun qui craint d’être trompé par l’obscurité d'une question (car l’Ecriture même ne peut tromper] puisse chercher conseil chez l’Eglise, qui expose l’Ecriture sainte sans aucune ambiguïté. » Les saints Jérûme , Cyrille , Basile et Grégoire de Nazianze tiennent tous le même langage. Aux conciles qui condamnèrent les hérésies de Nestorius et d’Eutychès , on n’eut pas recours aux interprétations et aux commentaires des écrivains ; mais cette exclamation générale setit entendre: «Telle est la foi de nos pères ! c’est ainsi que nous pensons tous !..» On voit dans saint Athanase qu’au concile de Nicée, le mot consubstantiel, a été principalement admis et consa-
cré , parce que les précédents Pères de TEglise. i’avaieol déjà .employé; et, en signant, Eusèbe de Nicomédieen appela au témoignage des anciens Pères. Si Ton remonte plus haut encore , c’est-à-dire, dans le troisième siècle, on trouve Clément d’Alexandrie, qui , dans le vu* liv. de se» Sliomates , avance formellement que tous ceux qui admettaient une autre explication des livres sans celle des Pères , étaient dans Terreur. Tertullien dans le même siècle, et Irénée dans le second, portèrent le même jugement, et vous le trouverez ainsi établi, en passant d’àge en âge, jusqu’au concile de Trente (1). » ;j
11 faut que la vérité parle bien haut en faveur de Tau-t torité, puisque ses ministres même s’expriment ainsi.
Mais voyez Lutber ; il est tout-à-fait édifiant. Dans ses preuves du dogme de l’eucharistie cru dans tous les temps, il parle de TautoritédeTEglise avec autantde respect que les Pères : « Depuis l’institution du Christianisme, l’Eglise n’a jamais eu d'autre enseignemenl;: et ce témoignage constant et uniforme doit noos suffire, et noos empêcher d'écouter les esprits de trouble et d’erreur. 11 y a danger de s'élever contre la voix , la croyance et les enseignements de la sainte Eglise, qui, depuis seize siècles , n’a jamais varié sur ce dogme. Douter , qu’est-ce donc ? sinon cesser de croire à l’Eglise, la condamner comme menteuse ; elle et le Christ loi-même, et les apôtres, et les prophètes ! » ' .
Entendez cet homme, lorsqu'il réfute Carlostadt sur la i question du baptême. Dans tous lés doutes qui peuvent s'élever sur la foi, c’est à l’Eglise, à la tradition, seules; que
(1) Réunion des Com. chrét, p. 78.
lesdifféreDles opinions doivent recourir. « Au demeurant , dit-il , que confesse l'Eglise ? Il y a là une question de fait et non de droit : nous ne pouvons discuter si l'Eglise doit croire que la foi s'infuse dans l'enfant baptisé; car il n'est pas de texte scripturaire qui l'y contraigne. Que faire? le droit, nous ne le prouvons pas; la croyance qui la voit? Mais nous avons la confession : que confesse l’Eglise? n’estce pas que l'enfant au baptême devient participant des mérites du Christ? on objecte; mais si Augustin et ceux que vous nommez l'Eglise ont erré sur ce point , d'où viendra notre certitude , puisque nous ne pouvons prouver au demeurant que telle ait dû être leur foi ? Toujours même réponse : à défaut de droit , le fait matériel de la confession. Qui nous assurerait qu Augustin a dit la vérité , si nous n'acceptions pas sa confession ? Or , cette confession concorde avec l’Ecriture. Mais, qu’il ait cru ce qu’il confesse , c’est ce que je ne saurais prouver. N’est-cc donc pas un singulier miracle de Dieu , que la nécessité du baptême des enfants n'ait jamais été niée, même par les hérétiques ? Que jamais aucune voix ne se soit élevée contre cette pra-tique ? Que toutes les voix , au contraire , l'aient admise et respectée ? Nier que c'est la confession de l'Eglise, serait une impiété; autant vaudrait nier l'Eglise elle-même. Si le baptême des enfants n'était pas un article de son symbole , ses enseignements auraient varié ; or , l'Eglise n'a jamais confessé que ce qu’elle croit (1). »
Nous ne pouvons quitter Luther , sans faire connaître sa réponse au landgrave de Hesse , qui l’avait consulté
(1) Mclanclit. , 13 janv. 1522.
pour savoir quelle conduite il devait tenir envers les anabaptistes^ qui avaient envahi ses États. « Qui nie les dogmes de la foi , dit Luther ^ un seul article même de notre croyance , reposant sur l’Écriture , ou l’autorité de l’enseignement universel de l'Eglise chrétienne, doit être sévèrement puni . Il faut le traiter, non-seulement comme un hérétique , mais comme un blasphémateur du saint nom de Dieu. Il n’est pas besoin de s’amuser à disputer avec de pareilles gens ; on les condamne comme des impies et des blasphémateurs. Et à quoi bon disputer sur des dogmes que l’Eglise a reçus? qu’on a long -temps débattus et trouvés conformes à la raison , appuyés du témoignage des livres saints , cimentés par le sang des martyrs, glorifiés par de nombreux miracles , et sanctionnés par l’autorité de tous les docteurs ? Donc , s’il survient entre catholiques et sectaires un de ces duels de paroles, où chaque combattant s’avance avec un texte , c’est au magistrat de connaître de la dispute,' et d'imposer silence à celui dont la doctrine ne concorde pas avec les livres divins (1).
Le synode de Dordrecht , ayant à prononcer contre les arminiens , cherche à recommander son arrêt , en invoquant l’autorité de l’ancienne Église dont il s’imagine être l’héritier, « Jugeant, dit-il, selon l’ordre que Dieu a établi, que les apétres ont consacré , que tous les siècles ont confirmé : Dites à l’Église, et si on ne l’écoute pas , qu’on soit regardé comme un païen et un publicain »... Les Pères du concile de Trente ne parlaient pas autrement. On aime à voir les synodes venant à la suite des apôtres et des siècles,
(1) Comm, Luth, in psaim. 71. t. v.
vénérer ainsi l’autorité établie par Jésus-€hrist. Ils peuvent dire , tant qu’il leur plaira , que cette autorité est la leur maintenant ; ils ne le croient pas eux-mêmes, et nous avons dit ce qu’il fallait en penser.
L’église anglicane partage les sentiments de l’église cal* viniste. Dans l’espoir de faire cesser les troubles et les divisions , dont les principes de la réforme avaient rempli la Hollande et l'Allemagne , le roi d’Angleterre , comme chef de toutes les églises de son royaume, déclare, en leur nom, c( qu’il n’y a qu^n seul moyen de tout terminer , moyen dont V Eglise s' était toujours servie , à savoir , un synode national. » Nous remercions l’église anglicane ; oui , il suflisait au Catholicisme de prononcer , pour faire cesser tous les différends sur la foi , pour rétablir la paix parmi les ûdêles. Mais l’église de Henri Ylli avait tort de tant compter sur un synode ; les divisions et les troubles qui augmentèrent . a près son décret , durent lui apprendre qn’il est plus facile de voler au Catholicisme des noms quOi sa puissance.
Aussi ,îbién des évêques anglicans ont soutenu qu’il ne l’avait pas éperdue , cette puissance ; et si on voulait le contester ,i ils en appelleraient aux promesses de Jésus* Christ. ^Voici de quelle manière s’exprime l’évêque Bull un des plus habiles docteurs de son église ; son sentiment mérite d’être connu : Il s’agissait , dans le concile deNicée , d’un article principal de la religion (delà divinité de Jésus-i Christ). « Si dans un article principal on s’imagine que tous, les pasteurs de l’Eglise aient pu tomber dans l’erreur , et tromper tous les fidèles , comment pourra-t-on défendre la parole de Jésus-Christ , qui a promis à ses apOtres et à
leurs successeurs , d’étre toujours avec eux , promesse qui De serait pas véritable , puisque les apdtres ne devaient pas vivre longtemps (1). »
Le savant évêque de SainUÂsaph , Beveridge , se prononçait aussi pour l'autorité , quand il disait : « Au lieu de nous en rapporter à nos conceptions , examinons plutôt ce qu’a f)ensé l'Eglise universelle^ ou du moins la majeure partie des chrétiens. Attachons-nous au sentiment qui a été unanimement adopté par les chrétiens de tous les siècles. »
Selon un docteur anglican , « Refuser d’admettre un point quelconque de la doctrine professée ab omnibus I ubi* que, scjnper ; en tous lieux , en tout temps , par tous les pasteurs et par tous les chrétiens exempts d’hérésie et de singularité, serait une folie et une extravagance extrême (2). » Or le sentiment des chrétiens de tous les siècles est pour le tribunal infaillible.
Il y a plaisir à voir l’hérésie cherchant partout des autorités qui la condamnent. Ainsi elle nous dira, dans le VI” article de la confession de foi. « Nous rejetons toutes sortes de sectes et hérésies qui ont été rejetées par les saints docteurs , comme saint Hilaire , saint Athanase , saint Ambroise , saint Cyrille. » Or, ces Pères ont rejeté nonseulement ceux qui de leur temps n’obéissaient pas à l’Eglise , mais encore tous ceux qui les imiteraient dans tous les siècles ; il faut donc que la réforme courbe la tète, car elle aussi est rejetée !
(1) Défense de la foi de Nicée.
{%) D' Field's Church. p. 88.
Sadolct , écrivant à Calvin pour essayer de le ramener à- l'Eglise , le conjure « de ne pas abandonner la doctrine des Basile, des Ghrysostôme et autres Pères de l'Eglise grecque, non plus que celle de l'Eglise latine, S. Cyprien , S. Ambroise, etc. « Tout mon effort, répond Calvin , n'est autre que de rétablir cette ancienne force de l'Eglise an-, cienne; » qui était chez les grecs, dif temps de S. Chry-, sostùme et de S. Basile ; chez les latins , au siècle de saint Cyprien , de saint Ambroise , de saint Augustin , ainsi que leurs écrits le témoignent. » Or, ccs saints docteurs avaient pour cette Eglise qui ne devait jamais périr, le plus grand amour, et pour son tribunal infaillible la soumission la plus profonde , amst que leurs écrits le témoignent. Et puisque Calvin ne voulait que rétablir cette Eglise ancienne
dont l'autorité était vénérée de tout le monde , d’où vient qu’il ne commence pas par donner l’exemple ? D’où vient qu'au contraire il soutient que cette autorité a failli , que cette Eglise a aposUsié? Calvin ment, ou il n'entend rien ni à la doctrine des Pères qu’il cite, ni à l'ancienne Eglise qu’il veut rétablir,, X
Dans l'espace de cinq cents ans , dit -il ailleurs (1) , la chrétienté était en sa vigueur,, et il y avait plus grande pureté de doctrine. » Dans un autre endroit (2) , il fait durer la vigueur de l’Eglise jusqu’à saint Augustin et, saint Grégoire, qui a vécu jusqu'en 604. « C’est une chose notoire, dit-il, et sans doute que depuis l'apùtre jusqu’à leur temps , il ne s'était fait aucun fait nul changement de doctrine, ni à Rome, ni aux autres villes. uMais, comme
(1) Inst, i. I, c. II.
(2) Ibid. I. IV, c. VII.
fous les Pères de ces siècles ont reconnu laulorité de l'Eglise , qu'ils s'y sont soumis, qu'ils lui dénonçaient toutes les hérésies, qu'ils pensaient que la vraie foi était là, qu'elle ne serait jamais que là, »' il s'ensuit que celte doctrine vient des apôtres, de Jésus-Christ, sans nul changement; on est donc coupable de ne pas la reconnaître, de lui résister > et c'est Calvin qui le dit , qui vient de le prouver.
Les ministres sont étonnants lorsqu'ils veulent contester au Catholicisme son autorité infaillible. Ecoulez celui-ci , il s'imagine insulter l'Eglise, et il flétrit sa secte: « Nôtre, s'écrie-t-il d'un ton triomphant , est cette église qui jadis confondit Ariiis, Macedonius, Neslorius, Eutycbès, etc.; nôtres , ces conciles universels de Nicée , de Constantinople , d'Ephèse , de Chalcédoine et autres , certes , puisque nous les embrassons étroitement , et l'Eglise universelle • aussi par conséquent en eux représentée. Nous ne nous déparlons en rien de leur doctrine , etc. , en tous ces six cents ans continuels , depuis la nativité de N. -S. (1). »
Ce ministre est excellent 1 Sienne est celte église qui con-fondit Arius, Macedonius , etc. Mais pourquoi elle les confondit? il faudrait qu'il répondit à cette question , et il verrait St celte église est sienne. Nous répondrons pour lui : Cette église jugeait, condamnait, confondait^ parce qu’elle en avait le droit ; tout l’univers applaudissait à ses arrêts, parce qu’on la croyait infaillible ; mais si elle l’était alors, il faut qu'elle l'ait été dans les siècles suivants , même au seizième siècle, quand elle a confondu la secte du ministre ; car je ne pense pas que celte église , qui a con-
( 1 ) Mystères de Viniquité.
damqé tant d’hérétiques, et avec l'approbation même de notre adversaire , se soit jamais doutée qu’elle tomberait dans l’erreur, qu’elle apostasierait et serait condamnée comme une erreur par Luther et ses disciples. Cette église se croyait infaillible , ne l’oubliez pas, M. le ministre ; n’oubliez pas, non plus, que tous les conciles, de Nicée, de Chalcédoine, d’Éphèse, etc., que vous embrassez élroilement , ont jugé comme étant les organes de Jésus- Christ , comme les interprètes de l’Esprit saint ; et puisque vouslesembrassezclroüement, sachez bien qu’ils n’ont jamais pensé que leurs successeurs assemblés en concile , au nom du Saint-Esprit, pussent tomber dans l’erreur. Héritiers desapdtres, ils savaient qu’ils en avaient l’autorité, laquelle devait durer autant que le monde. Celle foi des conciles est donc vdtre, vous Vembrassez élroilement el vous ne vous en départirez jamais ; vous l’avez dit.
Nous ferons ressouvenir le ministre de cette promesse ; et nous lui rappellerons que la doctrine bien arrêtée, bien connue des Pères ne reconnaissait que le Pape et lesconciles, dans tous les siècles , pour juges de la foi, qu’eux seuls devaient prononcer sur tous les difTérendsqui l’intéressent ; leur doctrine bien arrêtée voulait que tous ceux qui résistaient à leurs décisions fussent des hérétiques , lesquels ne faisaient plus partie de l’Église, et que les fidèles devaient soigneusement éviter ; leur doctrine bien arrêtée croyait qu’au lieu de s’appeler l’Église , la réforme devait , avec raison , être rangée avec les ariens , les macédoniens , les eulichéensel les autres qu’ils ont confondus , et donner son nom pour être inscrit à la suite de toutes les sectes que fÉglise a condamnées. H le faut , car autrement aucun
hérétique n’a été condamné, et l’hérésie même était impos> sihie. Si vous donnez , vous , une raison pour vous soustraire à l’arrèl qui vous a frappé, tous les hérétiques en trouveront ; et vous, qui venez d’applaudir aux conciles de Nicée, de Chalcédoine, d’Ephèse, etc., vous qui les embrassez étroilement , vous qui ne voulez pas. vous départir de leur doctrine , vous venez de les déclarer nuis , et vous n’avez loué que l’injustice, vous n’avez embrassé que l’erreur et le mensonge.
On ne peut faire un pas avec le protestantisme, sans le convaincre d’une nouvelle inconséquence. Rien n’est plus décisif en faveurde rautoritédel’Églisequelepassagequ’on va lire. On y verra une vérité que l’on ne remarque pas assez peut-être , c’est que les ministres ne peuvent rien dire de raisonnable qui ne prouve contre eux : ils s’imaginent défendre leur secte et la démolissent, llsvoudraienlfairecroire qu'ils ont la vérité, et ils démontrent qu'ils ne professent que l'erreur. Écoutez celui-ci , qui fut illustre dans la réforme ; qu’il se donne de peine pour prouver qu’il n’est qu’un sectaire !
« J'ai un peu fait valoir ( contre les sociniens) la régie de Vincent de Lerins : que ce que tous les chrétiens , dans tous les temps et dans tous les lieux , ont cru et tenu pour véritable, l’est aussi. Je regarde cette maxime comme si certaine , que si le papisme avait bien prouvé , que depuis les apdtres constamment jusqu’à nous , toutes les communions des chrétiens ont cru et enseigné la transubstantiation , je ne crois pas que nous fussions en droit d'y rien opposer. Quand le consentement de l’Église est général dans tous les siècles, aussi bien que dans toutes les communions.
alors Je soutiens que ce consentement unanime fait une démonstration. C’est pourquoi on ne peut regarder que comme une témérité prodigieuse, et une marque certaine de réprobation , l’audace des sociniens qui , dans les articles de la divinité de Jésus-Christ^ de la trinité des personnes en Dieu , de la rédemption , de la satisfaction , du péché originel , de la création , de la grâce » de l’immortalité de l’àme , et de l'éternité des peines , se sont éloignés du sentiment de toute rÉglise universelle. Que ces gens nous montrent une communion qui ait enseigné leurs dogmes pour prouver la succession de leur doctrine ; ils commencent par un Cérinthus , ils continuent par un Artémon , par un Paul de SalUüsate, par un Photin, et autres gens semblables qui n'ont jamais assemblé quatre mille personnes, qui n’ont jamais eu de communion’, et qui ont'été l’abomination de toute l'Eglise. Est-il apparent que Dieu ait abandonné l'Eglise universelle à ce point, que toutes les communions unanimement , dans tous les siècles, aient renoncé à des vérités de la dernière importance, soient tombées dans des erreurs qui peuvent conduire les hommes à adorer comme Dieu une simple créature ? Je crois que c’est encore ici la règle la plus sûre pour juger quels sont les points fondamentaux, *et les distinguer de ceux qui ne le sont pas; question si épineuse et si diflicile à décider : c’est que tout ce que les chrétiens ont cruunanUncmenlet croient encore parloult est fondamental et nécessaire au salut (1). » •
Ainsi, d’après ce ministre , qui vient de si bien commenter Vincent de Lcrins, le consentement unanime fait une
(1) Système de VEgtise ^ part, ii , ch.
démoDstratioD , ce que l’on a cru unanimeraenl partout, eu fondamental et nécessaire au salut. Ceux qui s’éloignent de ce sentiment, c’est-à-dire, de l’Église, sont audacieux et téméraires; et probablement, comme le disait Vincent de Lerins , doivent être traités de fous , de membres pestiférés, de sectaires, dignesde l’anathème du grand apôtre. Nous prions que l'on retienne les paroles du ministre ; elles sont essentielles, fondamentales dans notre discussion ; elles seules peuvent la terminer; car, ayant prouvé que toutes les Églises, toutes les communions unanimement, ont cru au'tribunal infaillible et s’y sont soumises , il s’ensuit qu’il faut y»croire et s’y soumettre; c'est un point fondamental et nécessaire au salut. On ne pouvait s’attendre , de la part de la réforme, à un hommage plus éclatant et à une profession de foi plus positive.
Il suit de là que , pour savoir si le concile de Trente , qui a condamné la réforme, a bien jugé , il sufût de répondre à cette question toute simple : Quelle avait été la foi des siècles, que pensait l’univers, lorsque Luther parut, enseignant une doctrine nouvelle ? Que croyaient la France , l’Angleterre, l’Allemagne, la Suède, lllalie, l’Espagne, le monde catholique en un mot? Voilà toute la question I Or, ce que les siècles avaient cru , ce que l’univers croyait, c’est que la foi d’alors était l’ancienne foi; que l'on n’avait rien à apprendre de personne ; que les évêques , le Pape , les conciles étaient seuls juges compétents ;. qu’ils avaient le droit de prononcer sur toutes les causes de la foi ; qu’un simple particulier, quel qu’il fut , s’il prêchait une autre doctrine devait être regardé et puni comme novateur. Telle fut la doctrine des siècles et de l'univers , cl si vous aviez
besoin encore d’une autorité grave, Luther vous dirait que a Depuis l’institution du Christianisme, l’Église n’a jamais eu d’autre enseignement, et que ce témoignage constant et uniforme doit nous suffire et nous empêcher d’écouter les esprits de trouble et d’erreurs (1). »
Or, comme « l’œuvre du concile de Trente ne fut , dit Fessier , que la consécration d’un dogme catholique par l’Ecriture et la tradition (2) , » il s’ensuit que ce concile a été rinfaillihle interprète de la vérité, quand il a condamné les nouveaux réformateurs. Et que la secte n’essaie jamais de s’élever contre ses arrêts , nous lui rappellerions qu’elle les a déclarés infaillibles , car nous avons le consentement unanime ; dès lors notre dogme est fondamental et nécessaire au salut.
Voilà donc l’autorité de l’Eglise déjà bien respectable r elle est recommandée, et par Jésus -Christ , et par les apdlres , et par tous les Pères > et par tous les siècles qui applaudissent à ses arrêts , et par les ministres qui l’invoquent contre leurs adversaires , et par leurs synodes qui parlent , jugent , condamnent comme elle , s’imaginant avoir hérité de sa puissance parce qu’ils ont retenu quelques formules ; entin , comme nous le dirons dans le chapitre suivant, cette autorité est recommandée par les services qu’elle a rendus au Christianisme et à l'Europe.
(1) Luther au prince Albert de Prusse.
(2) Cité par Hœnighaus , p. U5.
tHÏAPITRE Vllï.
SOITB DO MÊME SUJET. L’AUTORITÊ DE L’ÉGLISE A SAUVÉ LE CIIRISTIAMSME ; CONSÉQUENCES DE CETTE VÉRITÉ POUR LES ROIS ET POUR LES PEUPLES. QUAND L’EUROPE SERA RECON- NAISSANTE ET qu’elle CONNAtTRA SES VRAIS INTÉRÊTS ,