D’OBÉIR
11 n'est pas facile d'attaquer nos dogmes. Ici, pour arriver au doute , il faut faire bien des ruines , des ruines immenses ; et il est bien étonnant que la réforme n'en ait pas été épouvantée. Si elle conteste rinfaillibilité , elle nie Dieu , les apdlres , l'Ecriture , l'Eglise , l'blstoire ; elle sc nie elle-même.
Que devient la Divinité quand vous la faites descendre au dessous de l'homme ? Quand vous voulez faire croire qu'il y a dans vos ouvrages , plus de sagesse que dans ceux de Dieu ? Quand vous lui supposez des distractions que vous n'auriez pas vous-même , ou qui vous déshonoreraient ? Il est hors de doute , que par là Dieu est dépouillé de ses attributs ; vous le rangez parmi les créatures faibles et bornées ; il n'est plus Dieu.
On avait pensé jadis que toutes ses œuvres portaient son empreinte, qu'elles étaient parfaites ; il faut en excepter
son Eglise , qui aurait dù iK)ur(ant être l'objet de ses plus obères complaisances , le chef-d’œuvre de ses mains.
A la vérité , on dirait , au premier coup d'œil , qu’elle est admirable. Tout y est beau , grand , divin ; ci quand ils l’ont connue, les esprits les plus prévenus se sont écriés : Le doigt de Dieu est là ; car les hommes n’ont rien de parfait. Mais il n’en est pas ainsi , si vous regardez celte Eglise avec des yeux protestants; alors tout se rapetisse , tout se dégrade ; et ce bel ensemble ,‘qui vous ravissait d’admiration ^ n’est plus qu’une extravagance. 11 y a là beaucoup moins de sagesse que dans les ouvrages des hommes : Jésus-Christ le grand législateur, le premier de tous, chez qui tous les autres ont été puiser , quand ils ont voulu faire quelque chose de bon, de vrai, de durable ; Jésus -Christ, qui aurait dù, ce semble, nous laisser une œuvre digne de lui , nous en a laissé une qui n’est pas même digne d’un homme ; le voilà resté bien loin derrière ceux qui l’ont copié ! Que les protestants y réfléchissent : leur rôle est fini.
En etTet , lorsque les législateurs humains donnent des lois à leurs peuples , ils pensent aux moyens de les faire observer ; des tribunaux sont établis pour juger les coupables et les punir. Par là , l’ordre , la paix régnent dans l’État , parce que la justice et la force ont toujours les yeux ouverts pour le salut et le bonheur de tous. 11 n’est pas possible d’éviter ces vengeurs des lois , protecteurs de la fortune , de l’honneur , de la vie des individus;
. là , il n’y a pas d’appel. Quand ils ont condamné , on est bien condamné ; et tout le monde convient que s’il était permis d’élever des doutes , ou sur leur compétence , ou
sur leur équUé , les lois ne seraient qu'une illusion , le législateur aurait perdu son temps, et la société , livrée au caprice de tous , se détruirait par l'anarchie ; elle ne pour> rait vivre un jour.
Voilà pourtant ce que serait l’Eglise , selon les protestants. Le Fils de Dieu lui aurait donné des lois admirables, mais il aurait oublié de pourvoir à ce qu'elles fussent observées. Chacun pourrait les interpréter à sa manière , et par conséquent les éluder ; il n'y aurait jamais de coupables , bien qu'il fût permis à fous de se moquer des lois , et du législateur. C’est la conséquence du système protestant ; l’autorité n'est plus ^ tout le monde est juge. Mais , dans ce cas où est la sagesse de Dieu ? N’est-il pas vrai qu'elle ne vaut pas la sagesse des hommes? Qu’cst-ce qu'un législateur qui oublie de mettre à ses lois une sanction ?
On se demande pourquoi Calvin , qui a pensé à l’autorité , à la soumission pour la première société venue , et surtout pour la sienne, la réforme, ne veut pas qu'il en soit question pour l'Eglise; comme si Dieudevait être moins habile que lui ! A la vue de tous les schismes qui déchiraient sa secte, jugeant l’excommunication chose excellente pour arrêter le mal, il en menace tous les rebelles ; les rois même devront fléchir devant le sectaire, ou seront frappés de ses anathèmes. « Le diadème , dit-il , ne saurait mettre le front royal à l'abri des foudres de l'Eglise. Bois , inclinez vos tètes ethumiliez-vous devant le Seigneur Christ , le roi des rois. Ne trouvez pas mauvais que l’Eglise vous juge ! vous qui n'entendez que de doux concerts de flatteries , vous avez besoin d’ouïr la parole sévère de Dieu par la bouche de ses ministres ! Vous devez môme désirer que le prêtre ne
vous épargne pas, alin de trouver plus lard en Dieu un juge plus compatissant (1). » Dans une lettre à Farel , il ajoute cet arrêt qui tombe d’aplomb sur sa tète : « Voyez donc la triste situation d'une société qui n’aurait pas le pouvoir de repousser des hommes indignes , notés d’infamie , etqni portent la honte écrite sur le front ! » Calvin parlait comme Bossuet , qui , prenant la défense de Dieu contre ceux qui ne voulaient pas que l’Eglise eût reçu de Jésus-Christ le pouvoir déjuger en dernier ressort sur la foi , disait : U Si l'Eglise n’a pas un tribunal infaillible , c’est la plus faible des sociétés ; » cl il ne vous est plus permis de dire que Dieu en est l’auteur, car rien ne ressemble moins a ses ouvrages; les hommes mêmes ne voudraient pas l’avouer pour leur œuvre, parce qu’elle ferait peu d'honneur à leur sagesse (2).
Il est bien d'autres occasions où les protestants prouvent à Dieu qu’il s’est montré peu sage dans l’établissement de son Eglise. Par exemple , l'Eglise doit être une ; on ne la conçoit pas autrement ; une société sans unité serait le chaos. Qui dirait pourtant que l’on fait cet honneur à l’Eglise de Jésus-Christ? 11 est impossible qu’une société vive sans unité, car tout royaume divise' périra', et on veut que Jésus-Christ oublie cette vérité quand il s’agit de son Eglise ! 11 est bien vrai qu'il aurait désiré y voir cette unité, il a même prié pour cela ; mais sa prière souvent réitérée n'a point été exaucée ! et son Eglise , triste ouvrage d’une
(1) Instil, 1. IT.
(S) Cest pour cela , que Calvin soutient « qu’il n’y a pas de doute que râme de Jésus-Christ a été sujette à ignorance. » Sur S. MaUh. 47 , 46.
main inhabile ou impuissante , ne servira quà 1 accuser. Enfants de Tordre et de Tunité , les sociétés humaines feront admirer la sagesse , la puissance de leurs chefs qui , d’un mot, d’un signe font mouvoir tous leurs peuples comme un seul homme ; et le royaume de Jésus-Christ ne sera que folie , il fera pitié par les divisions, les schismes sans cesse renaissants qui viendront s y établir et le ruiner 1 Oui , telle est sa destinée ; car le mal est sans remède , Tunité est impossible , et c’est M. Vincent , pasteur de ‘ Nismes qui Ta dit par ces paroles désespérantes et tant soit peu calomnieuses : « Tous ceux, dit-il, qui ont eu la manie de Tunilé dans la foi , (en tète il faut placer Jesus-Christ), après avoir épuisé les ressources de l’enseignement et celles de l’ignorance, ont senti que sans la contrainte tous leurs efforts étaient vains ; et ils ont eu recours à la contrainte. Les païens Tont d’abord employée contre les chrétiens , et ont répandu , dans des supplices alroces , le sang le plus innocent et le plus pur qui eût honoré la terre (l).» Et vos synodes , Monsieur , et vos excommunications , et vos bûchers , etc. etc. , tout cela donc était sans but ? ;On croyait jusqu’ici . que , par toutes ces violences . vous vouliez amener les dissidents a penser comme vous 1 Mais , nous n'en Unirions pas, si nous voulions relever toutes les contradictions de la réforme. Nous la ramenons à ses principes , et nous lui demandons : qui défendra le royaume de Jésus-Christ, s il n est pas toujours une garde qui veille et qui repousse les attaques de Tennemi ? Appellera-t-on à son secours l’inspiration particulière ,
(1) observât. sur VIndif. en mat. de Relig. de M. de Lamennais, p. 83.
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pour étouffer toutes les erreurs qui s'efforceront de le désoler ? pour faire cesser toutes les prétentions de Torgueil qui voudra être maitre et imposer des lois? Mais elle est trop honteuse , trop meurtrie des coups qu’elle a reçus de cette inspiration particulière ^ pour lui confier ses intérêts. Elle n’a pas oublié que lorsque cette inspiration a été chargée seule de la gouverner , une infinité d’erreurs monstrueuses et extravagantes l’ont déchirée et en ont fait la fable et la risée de l’univers.
Nous le répétons , tant que l’on proclamera que chaque individu est le légitime interprète de l’Ecriture , il y aura autant de sentiments que de sectaires « comme l’avait remarqué Vincent de Lerins : « autrement l’interprète Novalien , autrement Pbotin , autrement Sabellius , autrement Donatus, autrement Arlus, autrement Eunomius, autrement Macedonius , autrement Apollinaris , Priscil-* lianus, autrement Jovinien, autrement Pelagus, Celestus, autrement , enfin, Nestorius. Donc , conclut Vincent de
Lerins, il est bien nécessaire , au milieu de tant d’erreurs et de docteurs , que la ligne de l'interprétation des prophètes et des apôtres soit dirigée suivant la règle du sens catholique (1). »
Les protestants ont souvent déploré , avec autant de
(1) Çuia videlicet Scripturam sacram pro ipsa sita altUudine non uno eodemque sensu universi accipiunt ; sed cjusdem eloquia aliter atque ottter, alius cUque alius interpretatur ; tUpene quoi homines sunt , tôt üUnc sententiœ erui posse videantur. Aliter namque illam Novatianus , aliter Photinus^ aliter Sabellius, aliter Donatus exponit , aliter ilrius, aliter Eunomius , Macedonius , aliter Apollinaris , Priscillianus , aliter Jovintanus , Pelagus , Cadestus , aliter postremo Nestorius. Atque idcirco muUum necesse est , propter tantos tam varii erroris anfractus, ut pro-
douleur que Vincent de Lerins , ces doctrines funestes qui laissent le Christianisme en proie à toutes les erreurs : <n Par tant de paradoxes , les fondements de notre religion sont ébranlés, a dit Sturm , les principaux articles mis en doute, les hérésies entrent en foule dans l'Eglise du Christ , et le Chemin s’ouvre à l’alhéisme (1). «Pour guérir le mal, ils appellent l’autorité, et l’autorité telle que nous l’entendons : « Nous sommes très-certains que la nature , TEcriture et l’expérience même ont enseigné aux hommes à chercher la fin des contentions dans la soumission à une sentence juri-
pheticoB et apostolicœ irUerpretationis linea secundum ecclesiastici et catholici sensus normam dirigatur. Commonitor. c. il.
M*« de Staël'ne veut pas être de Tavis de Vincent de Lerins. « Il n’est aucune question, dit-elle, ni de morale, ni de politique, dans laquelle il faille admettre ce qu’on appelle autorité La conscience des hommes est en eux une révélation perpétuelle , et leur raison un fait inaltérable. Ce qui fait l’essence de la religion chrétienne , c’est l’accord de nos sentiments intimes avec les paroles de Jésus-Christ. » ( Consid. sur la Révol. franç. t. ni , p. 5.)
Si déjà nous n’avions réfuté cette singulière assertion, nous prierions les amis de cette femme célébré de lui répondre. Bayle lui dirait : a Les preuves de sentiment ne concluent rien. On en a en Saxe, touchant la présence réelle , tout comme en Suisse touchant l’absence réelle. Chaque peuple est pénétré des preuves de sentiment pour la religion : elles sont donc plus souvent fausses que vraies.» ( Continuation des Pensées diverses , t. iii, p. 130. ) Rousseau , peu courtois pour son admiratrice, ajouterait: « Oui, je suis convaincu qu’il n’est point d’homme, si honnête qu'il soit, s’il suivait toujours ce que son cœur lui dicte , qui ne devint en peu de temps le dernier des scélérats. » {Lettre à Tronchin.) Et si nous avions le temps d’entendre Jurieu , Calvin , Luther, que ne diraient-ils pas pour prouver à l’auteur de Corinne qu’il fallait laisser la théologie et se borner à faire des romans ?
(1) Ratio ineumdœ concordtœ, p. 2.
dique et décisive , à laquelle aucune des parties ne puisse , sous aucun prétexte , refuser de s*en tenir. Ce moyen doit avoir nécessairement beaucoup de force, et il est rare que tous les autres aient , sans celuMà , quelque succès (1). » « Je vous déclare , avait dit J.>J. Rousseau, que si j’étais né catholique je demeurerais bon catholique, sachant bien que votre Eglise met un frein salutaire aux écarts de ta raison humaine , qui ne trouve ni fond, ni rives, quand elle veut sonder l’abime des choses (2). »
Dans ce moment , à Genève même , des protestants qui ont une parole indépendante , soutiennent que c'est à un tribunal infaillible^ conservateur de l’unité , que l’on doit reconnaître la religion du Christ ; comme aussi , tout ce qui divise ou désunit ne peut être que l’erreur. « L’étude decesystème, ditM. Ernest Naville, fait connaître toujours plus qu’il est logique , qu’il est beau , et enûn que les bases sur lesquelles il repose sont profondément enracinées dans la nature humaine. Du moment que l’on admet un clergé ayant une mission divine , sans que chacun de ses membres soit directement appelé de Dieu , il est évident d’une part , que le clergé devant être un , doit avoir un chef qui garan^ tisse son unité ; et d'une autre , que ce clergé doit être revêtu d’une autorité absolue en matière de doctrines ; car c’est là tout le système. Je suis persuadé qu’on peut soutenir victorieusement ce dilemme : ou Jésus- Christ n’a point organisé V Eglise , ou V Eglise catholique est celle qu’il à organisée ( 3 ). »
(1) Hooker’s Eccl, Polit, præf. art. 6.
(2) Lettre à M. Seguier de Saint-Brisson , ii juillet 1764.
(3) Thèses soutenues à Genève, 1839.
Long-temps avant M. Naville , que nous remercions de sa courageuse franchise , la réforme avait porté son hommage à TEglise catholique. Calvin , écrivant à l'empereur Sigisroond , lui dit : <( L'ancienne Eglise avait institué le
patrlarchat , et à chaque province donné ses primats /afin que ce lien de paix unît plus fortement entre eux les évêques. Je souhaiterais à la Pologne un archevêque, non pas pourexercer une domination despotique ou des droits consacrés , mais pour présider les synodes et maintenir une sainte unité parmi ses collègues. Je voudrais dans les provinces ou dans les villes, des évêques pour perpétuer l'harmonie dans l'Eglise chrétienne (1). » ' timf é
Et Mélanchton : « Il faut que l'Eglise ait des surveillants pour maintenir l'ordre, pour faire attention à ceux qui sont appelés au service de l'Eglise, pour examiner la doctrinedes prêtres, et faire exécuter les sentences ecclésiastiques. C'est pourquoi, s'il n'y avait point d'évêques, il faudrait en faire. La monarchie du Pape contribuerait beaucoup aussi à conserver l'union de la doctrine parmi les différentes na-. tiens (2) I. \ i f.. ' '
' L'unité et ses résultats admirables vous ne les aurez que par le tribunal infaillible. N'espérez pas, non plus ,' si vous
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vous obstinez à le repousser, pouvoir conserver la sainteté que Dieu doit et vaut voir briller dans son Eglise, comme son caractère essentiel et son plus bel ornement. '
Ce sont les doctrines qui . font les mœurs I et nos prédicants de morale qui s'imaginent faire quelque chose^ sans
.è m -T'rv ...
( 1 ) A.mst. p. 87.,, , ^ 1 .j ,
(2) Resp. ad Bel. , . .. .
1e§ dogmes, montrent aussi pen de réflexion que la réforme qui voudrait une Eglise sans unité. Mais si les doctrines ont une si grande puissance , il faut prendre tous les moyens pour les rendre pures, afin que l’on n’ail aucune inquiétude sur leur influence. On n’a pas oublié les crimes sans nom* bre, qui, de l’olympe des païens , de leurs temples, de leurs autels , descendirent sur les peuples et les souillèrent. Et cette corruption qui rongeait la société païenne , et qui bientôt l’aurait tuée , si le Christianisme n’était venu la sanctifier , cette corruption était sans remède ; en faisant le mal, les païens pouvaient s’appuyer sur les enseignements des dieux et surtout sur leurs exemples. Le crime ainsi autorisé , ainsi divin, devenait respectable, sacré. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait tout envahi.
* Nous sommes forcé de le dire : sous l’empire de la réforme on sera tout aussi dépravé , et s’il se trouve des censeurs, on aurai la même excuse. Rien n'est commode comme sa doctrine ; elle a des dogmes pour tous les goûts, pour toutes les faiblesses , pour toutes les passions. Vous n'aimez pas les rois , on vous permet de briser les trônes ; vous abhorrez le pouvoir qui vous gêne , il vous est permis de le fouler aux pieds. Les richesses d’autrui vous importunent , elles vous accommoderaient ? on les livre à votre avidité. Votre épouse vous déplaît et vos regards se sont reposés sur une autre*^ vous pouvez renvoyer votre épouse et vous attacher à l’étrangère; une vie de dissolution et d’adultère a pour vous des charmes? libre à vous d’ètrc dissolu et adultère (1). Vous n’avez pas même besoin dere-
(1) Nous ne traduirons pas la décision de Luther : Ut non est in mets
culer devant le meurtre ; les nouveaux docteurs viennent de publier, une fois pour toutes , une indulgence générale : vous pouvez commettre « tous les crimes et mille fois par jour, ce sont les paroles de Luther, que la grâce ne périrait point en vous, et vous ne serez point séparés de Christ.» .
Et ces messieurs étaient venus pour réformer l’Eglise ! comprenez-le bien ; et ils déclamaient , sans fln , contre les scandales et les crimes ! Il semble pourtant que lorsqu'on parle si haut, on devrait être plus sûr de soi ; et si autour de vous il y avait du mal , votre devoir était toujours de bien faire, etsurtput de vous rappeler que les mauvais principes sont plus funestes que les mauvaises actions. JMaiS ici , rien n'cst oublié , pour les moralistes nouveaux , les exemples ont merveilleusement appuyé les leçons. ^
Cependant gardez-vous d’accuser le nouvel évangile, c’est la faute deJ.-C. qui n’a pas su sanctifier son église ; il le désirait toutefois, puisqu'il demandait que ses disciples fussent saints comme leur Père céleste est saint ; tout son sang a été donné pour notre sanctification. Mais son Eglise n’a point été sanctifiée ; il n’a pas su obtenir ce résultat sidignede lui, si digne d’elle 1 11 ne lui fallait pourtant qu’une seule chose que la réforme prétend avoir été oubliée , l’infaillibilité ; par ce moyen, toutes les doctrines funestes, ennemies des
viribtis situm ut vir non sim , tam non est etiam mei juris ahsque mu~ liere sim. Rursum ut in tua manu non est ut fœmina non sis , sic nec in te est^ ut ahsque viro degas... Tertia ratio divortii est , ubi aller aiteri SC subduxerit , ut debilam bcnevolentiam persolvere nolit , aut habitare cum eo renuerit. Hoc opportunum est ut maritus dical : Si tu nolueris, altéra volet; si domina nolit, adveniat anciüa. ( Opcra Luiheri, WIrt. t. V, f. 119.
mœurs, de la vertu , auraient été flétries ou arrêtées à leur naissance ; et l'Eglise n'aurait point perdu sa sainteté. Mais Jésus-Christ n’a pas su mieux faire ; et les systèmes les plus vils ont levé la tète ; ils ont eu des sectateurs; et si parfois les gouvernements, les magistrats ont voulu arrêter leurs prédications ou les maux qui en étaient les suites, on les a vus, avecjuste raison, accuser Dieu; c’étaitlui qui lesavait inspirés, c'élait à lui que la police avait à faire. Et les mœurs et l'état seront en péril , parce qu'un insensé se sera mis dans la tête que Dieu lui a ordonné de les tuer.
Voilà Dieu selon la réforme : si ses idées sur l'Eglise sont exactes, on ne trouve plus ni sagesse, ni puissance, ni sainteté dans l’œuvre de Dieu , et alors il faut dire qu'il n'a point établi d'Eglise, ou qu'il n’est plus Dieu.
Comment traite-t-clle les apétres? A l’en croire , ils se trompent souvent , et par conséquent il faut les mettre de côté. Ils ont dit que : a Jésus-Christ avait donné à son Église des apcMres , des prophètes , des pasteurs , des docteurs pour l’assemblage des saints , pour l’œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Jésus-Christ , afin que nous ne soyons plus flottant à tout vent de doctrine , et emportés tantôt d’un côté , tantôt d’un autre , par les diflerenles opinions des hommes (1). » Si la soumission à l’autorité n’est pas nécessaire pour se sanctifier , pour élever et conserver l'Eglise qui est appelée le corps de Jésus-Christ , pour rester fixe dans la foi , pour éviter d’être emporté par tout vent de doctrine , et être le jouet des vaines opinions
(1) Ephésiens, ch. iv, xi, xii et xiv.
desborames^ quel est donc le sens des paroles de saint Paul , et que voulait-il dire aux fidèles ? Pourquoi toutes ces exhortalioDS et tous ces avertissements si souvent réitérés? Pourquoi ce grand appareil d'apôtres , de prophètes, de pasteurs , de docteurs qu'il prétend avoir été établis par Jésus-Christ , pour instruire et diriger les peuples ? Que de paroles perdues ! que d'hommes inutiles ! Les lidèles peuvent aller tout seuls ; ils ont assez de leurs lumières : et , bien que chacun ait le droit de prêcher ses visions , ses erreurs , ses folies , l'Eglise n'en sera pas moins belle , moins unie , moins sainte. Et quand les apôtres déclarent aux chrétiens , que s'ils ne se soumettent à l'autorité , ils seront flottant au hasard , en proie à toutes les opinions humaines , les apôtres se trompent évidemment. Soins superflus , terreurs sans cause î
Si vous doutiez des dangers que court une église sans autorité, vous n'auriez qu’à regarder celles de la réforme; là, toute la religion «consiste à croire ce que l’on veut, et à professer ce qu’on croit,» comme les protestants l’avouent, et tout le monde sait que là aussi régnent l'ordre, l'harmonie, l'unilé! La foi s’y conserve toujours pure ! Là, n’est- , il pas vrai? point de divisions , point de schismes , point ;=de chrétiens flottants emportés par tout vent de doctrine 1 Là , de grands exemples vous prouveraient que les apôtres ne s'entendaient guère à gouverner l’Eglise , et que Jésus- Christ aurait bien fait d'attendre les leçons de la réforme. Vous savez , en effet , que , sous ce rapport , elle ne laisse rien à désirer. Cependant quelle gloire ! voilà que sa sagesse l’emporte sur la sagesse des apôtres et sur celle de Jésus- Christ ! Us avaient mal édifié l'Eglise, eux qui devaient ,
ce semble , avoir appris , le Fils de Dieu dans le ciel , et ses apôtres dans le cénacle , à l'école du Saint-Esprit , la vraie sagesse. La réforme s’est mise à l'oeuvre ; elle a réédilié l'Eglise sur un plan nouveau , qui lui a parfaitement réussi. Pauvre Evangile I en quelles mains il fut d’abord conûé I Tout était perdu ^ si enûn Dieu ^ ne pouvant faire mieux , ne se fut adressé au protestantisme !
Nous lui dirons , toutefois , que d’autres , avant lui , avaient eu aussi la gloire de prouver au monde que tout périssait, avant qu’ils se fussent mêlés des affaires de l’Eglise; et Tcrtullien nous parle de certains hérétiques qui, de son temps , avaient les mêmes prétentions et tout aussi bien fondées : «Marcion, réformateur de l'Evangile, s’écrie-t-il , quoi I pendant tout l’intervalle qui s’est écoulé depuis Tibère jusqu’à Anlonin , nous étions sans l’Evangile , et Marcion le premier, Marcion seul a obtenu le privilège de le redresser I Jésus-Christ l’avait attendu si long -temps I Jésus -Christ s’était si fort repenti d’avoir envoyé prématurément scs apôtres sans l’assistance de Marcion! Oui, l’hérésie est l’œuvre de la témérité humaine. Etrangère à la divinité , elle se vante de réformer l’Evangile; mais réformer pour elle, c’est corrompre (1). »
« La vérité, dit ailleurs Tcrtullien, attendait les marcionites et les Valentiniens pour être délivrée , et avant eux on prêchait mal , on croyait mal ; tant de milliers et de milliers étaient mai baptisés , tant d'œuvres de foi mal faites , tant de prodiges mal opérés, tant de dons surna-
( 1 ) Cont. Marcion, 4 .
(urels mal conférés , tant de sacerdoces et de ministères mal exercés (l) ! » '
Mais si les marcionites et les Valentiniens viennent enlever quelque chose de la gloire du protestantisme , en demandant à la partager, il en résulte une preuve de plus, que les apôtres n’ont rien entendu à l’établissement de l’Eglise, à son gouvernement ; ils n’avaient pas compris leur maître , ou leur maître ne sut pas s’expliquer , et par conséquent nous sommes autorisés à ne plus les croire; ils se sont trompés dans cette occasion , il nous est permis de supposer que ce n’est pas leur seule erreur.
En effet , examinez ces paroles : « Obéissez à vos conducteurs , parce qu’ils veillent pour le bien de vos émes , commedevant en rendre compte , et soyez-leur soumis ( 2 ).» Il semble bien qu’on ne pouvait recommander plus fortement t’obéissance et la soumission à l’autorité ; et la raison de l’obligation imposée aux tidèles , c’est que cette autorité doit répondre de leur salut ; de sorte que s’ils refusaient de lui ol)éir et de lui être soumis , ils perdraient leur àme , et les évêques, leurs chefs et leurs guides , en rendraient compte au tribuual de Dieu. Tel est le sens que tous les
(1) Aliquos marcionüos et valentianos et liber anda veritas expcctabat; interea perperam evangélisabatur ^ perperam credehatur^ tôt miüia millium perperam tincta , tôt opéra fidei perperam administrata ; tôt virtules , tôt charismata perperam operata ; tôt sacerdotia , tôt ministeria perperam funeta ; tôt denique martyria perperam coronata. Præs. C. XXIX.
(2) Obedite proipositis vestris et subjacele eis. Ipsi enim pervigilant , queisi rationum pro aniniabus vestris reddituri. Ad Ucb. c. xiii, v. 17»
hommes raisonnables et de bonne foi donneront à ce pas-* sage; il le faut, pour que l'apôtre n'ait pas dit des paroles vaines , et donné aux fidèles des ordres qui ne signifient rien.
La réforme est d'un autre avis : Saint Paul a parlé d'obéissance , de soumission , mais il n'ordonne nullement d'obéir et de se soumettre. 11 est bien question d'une autorité , mais on ne lui doit rien. Ce sont des évéques établis pour nous diriger et nous conduire ; mais il faudra bien se garder de les consulter, de se laisser diriger par eux ; chacun ici sera son guide et son maître , et si l'apôtre , au nom du>Saint -Esprit , demande si tous sont apôtres ou docteurs , la réforme , que rien n'arrète , répondra ; oui ; et les recommandations , et les ordres des apôtres seront regardés comme non avenus.
Mais si les apôtres se trompent , que faut -il penser de leurs prédications , de leur Evangile, de la confiance que Jésus avait en eux ? Est-ce qu'il ne devait pas mieux choisir ses envoyés? Ils égarent les fidèles, et en même temps
ils les avertissent qu’ils compromettent leur salut , s'ils ne
leur obéissent pas. Mais ceci est terrible ! Quoi ! il faut marcher dans l'erreur, sous peine de perdré son àmc ! La réforme y a-t-elle bien pensé ? Si elle ne se trompe pas , il faut dire , sans hésiter, que les apôtres et Jésus - Christ se sont trompés.
L'apôtre a dit aux Thessaloniciens (1) : « Demeurez fermes et conservez les traditions que vous avez apprises , soit
(1) Itaque , fralres , stale et tenele traditiones quas didicistis , sive per sermonem, shv per cpistolam noslram. II. Ad Thess. c. Il, v, 14.
par nos paroles, soit par notre lettre.» Et pour qu'ils restent fermes et ûdéles, il leur promet la gloire de noire Seigneur JésuS’Christ. 11 faut donc qu'ils connaissent ces traditions, ce quelles enseignent , quel est leur véritable sens. Or, comment sauront-ils tout cela, s'il n'est pas une autorité infaillible qui réponde de ces traditions, de leur authenticité, de la doctrine qu'elles renferment ? Nul n'osera dire qu’il les possède , et les hérétiques ne |X)urront être condamnés. Vous nous dites que nous sommes dans l'erreur, quelle preuve en avez-vous ? Nous pouvons nous tromper, soit ; mais vous pouvez vous tromper aussi ; et à cette réponse, tout se brouille , tout se confond ; l'bérésie grandit, elle assemble ses conciles , elle porte des décrets ; la révélation est déchirée, chaque sectaire eii emporte un lambeau, et nul ne peut dire : voilà la vérité ; et la foi n'est plus.
Et comme tout le monde est juge , il n’y a pas même de sectes , point d'hérésies. Les apôtres et saint Jean surtout, avaient peur d'un fantôme, ils cherchaient mal à proposa prémunir les fidèles contre des erreurs chimériques ; et les livres saints , et toute la tradition , et tous les conciles , et les protestants eux-mêmes, pendant trois cents ans, ont répété des mots. Quand ils déclament contre ceux qui leur sont opposés , ils ont tort ; car il n’est personne qui ait prononcé, ou personne qui en ait le droit.
C’est ce que disait un ministre à M. l'abhé de Lamennais, « Vous déclarez les protestants indin'érents à toute religion, parce qu’ils laissent chacun professer la sienne , et qu’ils ne s’ingèrent point de damner ceux qui ne pensent pascomme eux. Je suis tolérant pour autrui , mais je ne suis point indifférent à la croyance que je dois moi-inème adopter... Je
suis tolérant pour les opinions d'autrui , parce que je suis convaincu que lesopinions sont du domaine de la conscience; que les autres ont la persuasion de celles qu'ils professent^ comme je l'ai des miennes , que moi-même je ne suis pas à l'abri de l'erreur (1). » Si ce système est pacifique, il n'est pas rassurant; aucun ministre ne peut se dire : je ne suis pas dans l'erreur, et je ne l'enseigne pas aux autres.
Protestants ! voilà vos ministres, vos guides ; ils ne savent pas où ils vous mènent. Eux - mêmes ignorent où ils vont ! et ils Ont la prétention de vous conduire ! et vous les suivriez ! Mais la vérité que vous cherchez a un langage plus ferme , plus assuré. Voyez si Jésus-Christ parlait comme vos pasteurs : « Suivez-moi I Je suis la voie , et la vérité , et la vie. » On voit bien que chez vous rbomme a remplacé Dieu ; mais , au moins , il nous semble que les ministres n’auraient pas dû être les premiers à le dire.
Triste nécessité de ceux qui repoussent le tribunal infaillible I Pour eflaccr une vérité que tout leur démontre, ils sont obligés d’accepter une infinité d’extravagances, de folies; ils se font pousser jusqu’à la déraison.
La vérité est dans une position unique, et cela seul devrait la faire respecter ; c’est que tout tient à ellé , de manière que si vous la touchez , tout s’écroule ; vous en avez ici un exemple ; les apôtres ont dit des paroles qui n’ont aucun sens ; ils parlent de traditions qu’on ne peut connaître ; ils imposent des obligations qu’on ne peut remplir. Mille prétentions s’élèvent , chacune crie : la vérité est ici ? Que
(1) Observât, sur VIndif. en mat. de Relig. de M. de Lamennais.
croire ? à qui s attacher ? Nous laissons à nos adversaires le soin de répondre.
.« Gardez le dépôt , avait encore dit Tapôtre , plusieurs qui promettaient mieux ont fait naufrage dans la foi (1). Conservez la forme même des discours que vous avez entendus de moi ; et dans Tamour de Jésus-Christ , gardez le trésor qui vous a été confié par l'Esprit saint , qui est en vous (2). » Voilà l'ordre bien précis donné à l'Eglise. 11 faut qu'elle conserve dans tous les temps , dans toutes les circonstances la vraie foi , qui lui a été confiée, et qu'elle la transmette à d'autres. Elle a reçu de l'or, elle doit rendre de l'or. Je ne veux pas que vous alliez me substituer une chose à l'autre ; je ne veux pas que pour de l'or, vous me présentiez impudemment du plomb , ou frauduleusement du cuivre ; je veux , non de l'or en apparence , mais de l’or véritable (3).
Or, cet ordre , si solennellement donné , si souvent répété, comment l’Eglise pourra-t-elle l'exécuter, si elle n'est pas infaillible? N'est-il pas à craindre qu'au milieu de toutes ses interprétations, de toutes ses décisions, de tous les arrêts qu’elle aura à porter, elle ne se trompe, ne donne
(1) O Timothee^ depositum custodi^ devitans profanas vocum novita- Us , tt oppositiones falsi nominis scientiœ , quam quidem protniUenles , circa fidem exciderunl. I. Tlmot. c. vi, v. 20.
(2) Formam habe sanorum verborum quee à me audisti in fide et in dilectione Christi. Bonum depositum custodi. II. Timot. c. i, v. 13.
(3) Depositum, inquU, custodi; cathoHcœ fidei talentum inviolalum inlibatumque conserva. Quod tibi credilum , hoc penes le maneat , hoc à te tradatur. Aurum accepisli , aurum redde; nolo mihi pro aliis alia subjicias; nolo pro auro aut impudenter plumbum aul fraudulenter oeramenta supponas^ nolo auri speciem, sed naluram plane. Commun, c. X\1I.
quelque décision erronée , ne prononce quelque jugement répréhensible et ne remette plus l’or qu’elle a reçu? il est donc permis d’élever des doutes sur la pureté de la foi confiée à l'Eglise ; peut-être que ce qu’elle nous enseigne n’est pas la révélation ; et l’apôtre a commandé l’impos- . sible , et l’Eglise a été chargée d’une mission qu’elle ne pouvait remplir.
Voyez sa position devant les nouveautés qui osent prendre la physionomie des dogmes prèchés par Jésus-Christ ; mille voix disent : nous venons des apôtres, nous sommes les enfants de l'Evangile ; lisez l’Ecriture , vous nous trouvez partout. Que fera l’Eglise si elle n’est pas infaillible ? Elle menacera de ses anathèmes , prononcera des arrêts et on en rira ; et toutes les passions accusées d’erreur lui diront que c’est elle qui a erré ; et sur son tribunal, où elle siège par l’ordre de Dieu , elle sera obligée de garder le silence. Elle est chargée de conserver la foi , cl tous les moyens lui sont refusés ! Ne me parlez plus des apôtres: vraiment on ne les conçoit pas.
D’après la réforme, les apôtres ne sont plus rien. Laisset-elle quelque valeur à l’Evangile? 11 est évident que non.
Si l’Evangile s’est exprimé d’une manière claire et évidente, c’est en parlant du tribunal infaillible. « Comme mon Père m’a envoyé , ainsi moi-nième je vous envoie, dit Jésus-Christ à ses apôtres; allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Apprenez-leur toutes les choses que je vous ai enseignées , je serai avec vous tous les jours jusqu’à la con-
soromalion des siècles (1). » On voit qu’ici rien oe manque ; Jésus-Christ donne à ses apôtres la même mission qu’il a reçuede son Père. Il leur promet d’ètre avec eux enseignant, de les suivre , de les assister de sa présence , de ses inspirations , de son infaillibilité; et cela, non pas seulement pendant quelques années , pendant leur vie, mais tous les jours , jusqu à la fin du monde. Si ces paroles ne sufDsent pas pour démontrer l’infaillibilité , nous prions les protestants de nous dire quels termes Jésus-Gbrist aurait dû employer.
Ailleurs , le Sauveur revient sur cet engagement, sur la mission qu’il donne à ses apôtres , et renouvelle la promesse de rinfaillibilité qu’il leur avait déjà faite. Elle n’est pas moins expresse que la première. 11 ne parait pas possible de la mieux confirmer : « Je prierai mon Père , et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous. C’est l’esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît point; mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera avec vous , et qu’il sera en vous; oui , le consolateur, l’Esprit saint , que mon Père enverra en mon nom, vous fera souvenir de tout ce que Je vous ai dit (2). »
(1) Data est mihi omnis poteslas in ccelo et in terra. Euntes ergo docete amnes genteSy baptisantes eos m nomtn« Patris, et Filii^ et Spirüus sancti^ docentes eos servar.e omnia qxtœcumque mandavi vohis. Et ecce vobtscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem soeculi. Matth. c. xxtiii, V. 18 et seq.
(2) Ego rogabo Patrem , et alium paradetum dabit vobis , ut maneat vobtscum in œternum , Spiritum veritatis quem mundus non potest accipere , quia non videt eum^ nec soit eum; quia apud vos manebit , et in
Tout porte dans ce passage. L*on ne conçoit pas qu*H y ait des hommes qui puissent élever des diflicultés, car c'e^t visiblement argumenter contre Dieu. Entendez la vérité éternelle qui dit : Je prierai mon Père; et pourquoi cette prière ? pour qu’il donne à l’Eglise le Saint-Esprit , qui demeurera éternellement avec elle. Or, quand Jésus- Christ prie, il est exaucé. Le Saint-Esprit est venu; il est là, et il est là éternellement , on n’a donc pas à craindre Terreur. L’Eglise donc est infaillible.
Une autre fols, Jésus-Christ adresse ces paroles à saint Pierre ; a Vous êtes Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Eglise ^ et les portes de Tenfer ne prévaudront jamais contre elle (1). » Est-il nécessaire de demander s'il y a là quelque doute? Voilà un déû à toutes les erreurs, à toutes les sectes, à toutes les hérésies. L’enfer tout entier peut-il quelque chose ? 11 lui sera permis de s’agiter , de faire monter du fond de Tabime des nuages vers la vérité , de susciter des ennemis, des persécuteurs, des hérésiarques qui ravageront une partie de l’Eglise > déchireront son sein , lui enlèveront des milliers de fidèles ; l’Eglise aura à pleurer sur tant d’enfants égarés et perdus, mais pour cela, elle ne sera pas vaincue ; tous ses ennemis passeront , elle seule restera ; parce que Dieu , qui est avec elle , est plus puissant que les hommes; et malgré toutes les erreurs, elle sera , comme dit Luther, la colonne de vérité.
vobis erü. Paraclelus autem Spiritus sanctus , quem mittel Pater in nomine meo, iUe vos docebU omnia qwxcumque dixero vobis. Joann. c. xiv, V. 16, 17,26.
(1) Tu es Petrus^ et super hanc petram œdificabo Eedesiam meam , et portœ inferi non prceval^nt adversus eam. Blalth. c. xvi , v. 18.
Nous avons vu que le synode de Delft reconnaissait aussi celte infaillibilité. Jurieu l'a confessée; l’église anglicane invoque aussi les paroles de Jésus-Gbrist lorsqu’elle demande obéissance pour les évêques « et les missionnaires protestants, dans leurs missions , s’appuyent tous sur les mêmes paroles ; ils prêchent l’Evangile , et disent que Jésus-Christ est avec eux. Ils annoncent la vérité , parce que rÉgUse ne peut faillir. Qu’ils se croient l'Eglise , peu nous importe, nous avons fait voir à quoi l’on devait s’en tenir. Nous rappelons leurs témoignages pour prouver seulement , que les paroles de Jésus-Christ n’ont pas d’autre sens que celui que nous venons de leur donner , et nous avons démontré rinfaillibililé du Catholicisme.
Nous ajouterons encore ces paroles : a Si quelqu’un n’écoute pas l’Eglise , qu'il soit regardé comme un païen et un publicain (1). » Si l'Eglise est infaillible , je conçx)is le crime d’un rebelle qui refuse de lui obéir, parce qu’il résiste à la vérité ; et résister à la vérité, c’est résister à Dieu. Alors il a mérité l’analhéme , et la peine qu’il subit n'est pas trop forte pour son crime. D’ailleurs, résister à la vérité, c’est repousser le bien suprême, c’est être ennemi de soi-mème ^Vesl sacrifier tout son bonheur; et l’on comprend ^ dès^ lors , que Jésus-Christ se montre ainsi sévère à l’égard des rebelles ; je comprends aussi tous les efforts des saints docteurs, de tous les conciles , pour ramener les fldèles égarés au sein de l’Eglise , et leurs anathèmes contre ceux qui la divisaient; c’est que l’on perd tout en se séparant de l’Eglise; on n’a plus la vérité , on n’a plus Dieu.
c. xvni , V. 17." '' ' ■ '
Mais si l'Eglise n'est pas infaillible, elle peut se tromper, enseigner l’erreur. Quoi donc? et dans celle pensée, il faudra que je lui obéisse ! que je me naonlrc soumis ! que je reçoive ses enseignements comme ceux de Dieu même ! tous ses arrêts seront pour moi des arrêts du ciel, et je serai regardé comme un païen ou un publicain, si je refuse de me
soumettre! Et c'est Dieu qui m'ordonne d'obéir à une auto- «
rité qui , peut-être, so trompe, qui m'égare, et qui m'égare sans espoir de revenir à la vérité ! car il m'est défendu d'é* coûter un autre que l'Eglise ! il faut que je m'abandonne à sa conduite, et que je professe l'erreur par l'ordre de Dieu (1)1
Cette diiïiculté n'existe pas pour les protestants. En abandonnant l'Eglise , ils retombent dans le domaine de la raison individuelle , et c’est là pour eux l'infaillibililé. lis sont tranquilles , disent-ils , là , point de crainte de l'erreur ; l’Esprit saint dira à chacun la vérité. Malheureusement , parmi les inconvénients de ce système , il en
(1) C’est la Toile de l’église anglicane. Dans son xx* article , il est dit que : C^est VEglise qui a l’autorité dans les controverses sur la foi. Elle oblige son clergé de prêcher cette doctrine que l'on doit croire pour être sauvé. Dans le même art. xx , elle déclare qu’il peut se faire qu'elle décrété quelque chose qui soit contraire à la sainte Ecriture et outrepasse son pouvoir. Il faudra donc , d’apres elle , croire l’erreur pour être sauvé.
Nous ajouterons que ce symbole singulier varie même sur les points essentiels, selon les pays où il se trouve. « Ainsi, en Angleterre , un ecclésiastique épiscopal est forcé de croire cet article : Il est descendu aux enfers ; cl <mx Etats-Unis il en est dispensé ! Et puis, on a des prétentions à la vérité ! Mais que vous a fait le Fils de Dieu pour lui attribuer une religion folle V
est un qui devrait arrêter les plus intrépides ; c’est que Dieu ne doit pas être cru , lors même qu'il parle de la manière la plus claire. Quand il dit : l'Esprit saint vous apprendra toute vérité, il s’adresse aux apôtres^ à un corps constitué , enseignant , à l'Eglise, en un mot, nous l'avons remarqué ; et tous les fidèles doivent lui obéir , sous peine d’ètre regardés a comme des païens et des publicains. » Voilà les paroles de Jésus-Christ ; que deviennenl-^lles , s’il faut s’en rapporter au jugement particulier?
Il est bien facile d’inventer des théories qui favorisent toutes les passions , qui légitiment tous les excès ; mais il n’est pas aussi aisé de répondre à toutes les difiicullés , d’en imposer au bon sens de tous les hommes , d’éviter les conséquences les plus funestes , comme les plus impies. Vous avez voulu vous soustraire à l'Eglise , former une société à part ; mais voyez si tous les hérétiques que vous avez livrés à satan , selon l'habitude de Luther , que vous avez fait brûler , comme l’ordonna Calvin^ que vous avez décapités, comme l'a voulu le tendre, le doux Mélanchton ; voyez si ces hérétiques étaient plus coupables que vous I Ils rebaptisaient , iis niaient la présence réelle , la divinité de Jésus^brist ; mais que faites-vous , lorsque vous annulez l'Evangile ? et c'est là votre crime , puisque , avec vos explications, il n’est point de passages, quelque clairs qu’on les suppose , dont on puisse se moquer.
Sans tribunal infaillible, l'Eglise n’a pas plus de réalité que l'Évangile. Et en effet , si elle existait réellement , on devrait la trouver quelque part ; or, on défie la réforme
de nous dire où elle est. Elle pourra bien nous montrer telle ou telle société qu’ou appelle Eglise ; mais on lui dira que ce sont des mots. Si elle dit : c*est moi qui suis l'Eglise, de toutes parts des sectes, qui aspirent au même honneur, lui répondront qu’elle a menti. 11 n’y a plus d’autorité ; par conséquent tout le monde a droit de s’appeler l’Eglise, et tout le monde a droit aussi de dire à celle qui s’arroge ce litre sans aucune raison : « Tu meots I c’est moi ! r> On conçoit alors que l’Eglise n’est plus , comme il n’est point de roi dans un état où tout le monde peut se vanter de l’être.
Et laquelle faudraiUil préférer? Toutes sont là qui vous environnent , se disputant votre conquête , et toutes veulent être la vérité. Vous cherchez la véritable Église , vous disent les luthériens, c’est nous; les calvinistes répondent : c’est nous ; les anglicans répliquent : c’est nous ; les zwingliens , haussant la voix , crient encore plus fort c’est nous; enQn, les arminiens , les quakers, les méthodistes, les puritains , les presbytériens , les congrégationalistes , les indépendants , les épiscopaux , les swendenborgistes , les universalistes , les trcmbleurs , les baptistes do libre arbitre , les baptistes des six principes, les baptistes de la libre communion , les baptistes nouveaux , les sabbathariens, les anabaptistes, lesmarionites, les herrnhuthes , les presbites, les rationalistes, les suprarationalistes, les fami> listes, les muggletoniens, les labbadistes, et même toutes les sectes mortes depuis des siècles lèvent la pierre de leur sépulcre, et toutes disent d'une voix forte et assurée, mais chacune pour sa société seulement : c’est nous , c’est nous !
tous les autres sont des hérétiques (1) ; et c’est le maître qui Ta dit, ajoutent^ elles fièrement. Calvin n’a-t-il pas déclaré dans son Institution que « l’Eglise est où la parole divine est annoncée dans sa pureté primitive , où les sacre> ments institués par Jésus sont reçus et révérés? » Or, nous seuls annonçons la parole divine dans sa pureté primitive , nous seuls révérons les sacrements- institués par Jésus.
Cependant l’homme de bonne foi est ici bien à plaindre : on lui a parlé d'une Eglise dans laquelle seule il peut faire son salut , et il ne la trouve point , et il lui est impossible de la trouver au milieu de ce monde de sectes qui toutes lui montrent des titres excellents, par lesquels ilest prouvé qu’elles sont la véritable église. Le voilà donc sans guide, sans lumière ; il n’a plus que sa seule raison , car bien entendu qu’il laissera toutes ces prétentions diverses se combattre, se dévorer dans l’anarchie. Sa raison fera donc son symbole , et sans doute qu'il sera adapté à son ignorance à son intérêt , à ses passions. Donc , vous pouvez vous, attendre à tout ; une société rationaliste a remplacé l’Eglise. C’est Jusque-là que l’hérésie de Luther a poussé l’Europe ; de là aux ténèbres du paganisme et à ses folies
(1) Je visitai, un jour, i’hospicc des fous de Bicôtre. En entrant, un homme couvert d’épaulettes et de décorations de papier, et tenant une espece d’épée avec laquelle il poursuivait les nuages qui passaient sur sa tète, s’approcha de moi et me dit en me montrant tous les fous qui remplissaient la cour : « Monsieur, n’écoulez pas CCS gens-là , ils sont tous fous. » Cet homme avait raison ; il oubliait seulement, dans sa folie, qu’il était de la maison, et que , bien qu’il se crût général , on ne l'avait pas moins rangé parmi les fous.
TOUS n’avez pas loin ; les protestants eux - mêmes lont avoué. En voyant les plus monstrueuses erreurs surgir sur le passage de leurs doctrines , ils ont trouvé cela tout simple , comme il est naturel que l’arbre porte ses fruits. « Il n’y a nullement à s’étonner, dit Jacob Andrœs, qu’en Pologne, en Transylvanie, en Ilongrie et autres lieux, plusieurs passent à l’arianisme, quelques-uns à Mahomet (1). » Nous avons vu que d’autres protestants convenaient que les doctrines de la réforme ouvraient le chemin à V athéisme, Jurieu avait fait le même aveu : « Cette abominable philosophie, dit- il (l’examen individuel) favorise même l’athéisme et l’excuse ; car un athée de bonne foi, qui a cherché Dieu , qui a trouvé que le monde est Dieu et qu’il n’y en a point d’autre , en est quitte pour cela ; voilà sa vérité toute trouvée (2). »
On sait qu’en Allemagne les protestants ont fait de la religion chrétienne un j)ur sentimentalisme; quelquefois Jésus n’est qu’un mythe , et l'Evangile une fable de plus ajoutée aux rêveries de l’ancien orient. Tout étant détruit par la réforme, on comprend que certains hommes l’aient louée ; c’est par la même raison que l’on a songé au rétablissement du bon paganisme , et chanté, dans ces derniers temps , ses fêtes riantes , celles de Vénus et de Flore , et publié, dans des ouvrages vantés, des regrets de ce qu’elles n’étaient plus (3).
(1) Préf. cont. Vapolog. de Danœus.
(2) Œuvres de Papin , t. i , p. 123.
(3) Raynal, dans son Hist. philos, s’est plaint « de ce que la croix de Jésus-Christ avait remplacé les divinités si riantes de Rome et de la Grèce. »
Muis c'est ici qu'il faudrait s'élever contre Jésus - Christ et contre son Eglise. Si la réforme a raison , Jésus n'est pas l'envoyé de Dieu , et sa révélation n'est point la vérité. Vos principes détruisent toute croyance par l'impossibilité de rccoonaitre la véritable , et par là vous ramenez au milieu de nous toutes les erreurs que vous auriez dù dissiper. Nous en prévenons les protestants : il leur est bien permis de mettre au jour une œuvre funeste , crimi> nelle ; mais il faut que cet enfant porte leur nom , et qu'ils répondent de ses actes. Appelez-vous donc protestant tisme, si vous le voulez , on vous laissera dire ; mais nous réclamerons quand vous voudrez nous faire croire que votre œuvre est celle de Dieu. Vous blasphémez alors; et au nom de Dieu , au nom de la vérité » nous ne le soiitTri' rons pas. Dieu et la vérité créent , conservent , tout le monde le sait ; mais tout le monde sait aussi que le protestantisme , comme le péché , venant après cette belle , celle magnifique création ^ n'à su que détruire. Mais le péché , au milieu de son domaine tout composé de ruines , n'a pas dit : Je suis Dieu. Il est remarquable que le protestantisme a plus d'orgueil^ plus d'aveuglement ; il l'a dit.
Avec leurs principes, les protestants sont obligés de nier l’Eglise ; écoutez maintenant quelques - uns de leurs raisonnements ; s'ils sont bons , ils ont prouvé le tribunal infaillible ; s'ils ne le sont pas , il faut nier l'bistoirc.
Les protestants sont distraits. Jusque dans leur camp« nous trouvons des armes qui nous servent ; et ne croyant combattre que leurs adversaires , ils se sont eux-mêmes porté les plus rudes coups. Par exemple ; ils ont fait contre
les déistes de bons ouvrages ; Grotius » Abbadie , entre autres, ont prouvé invinciblement la vérité de la religion chrétienne, la divinité de Jésus-Cbrist. Nous avons applaudi , de bon cœur , à ces athlètes vaillants , qui ne laissent pas respirer leur ennemi , le saisissent fortement, et ne tardent pas à lui faire avouer sa défaite et sa honte ; c'est toujours avec délices que nous avons assisté à leurs triomphes. Une pensée seulement venait nous attrister : comment se fait-il que des hommes qui raisonnent si juste s'arrêtent tout court dans la voie de la vérité ? Un pas de plus, et ce pas, tout le leur demandait, et ils étaient des nôtres. Nous avons adoré les décrets de Dieu; vous conduirez les autres dans le chemin de la vérité, vous arriverez à la porte du temple, vous l’ouvrirez, les humbles y entreront, et vous ne verrez rien ! Navires pompeux et bienfaisants , avec vous , on passe les mers , on arrive aux cités riches et opulentes; les voyageurs en ont admiré les beautés et les merveilles; mais vous , vous êtes restés dans le port , vous n'avez rien vu , et ce sera assez pour votre gloire de vous avoir fait éviter les écueils et les naufrages.
Or, comment la réforme , dans ces livres que nous aimons, a t-elle prouvé la vérité de la religion chrétienne? par l'histoire. Elle établit que cette religion , après tout , n’est qu’un fait, et ce fait bien que surnaturel, doit se prouver comme les autres, par le témoignage, a Dans le sujet que nous traitons, dit Grotius , apporter des témoignages non suspects, c’est le prouver ; il faut être content , autrement quel usage pourrait-on faire de l'histoire? et même de la plus grande partie de la médecine ? Cette in-
crédulité frappe aussi , par les fondements, l’amour et le respect que les enfants doivent à leurs parents, puisqu’ils ne les connaissent que par celte voie... Quelle honte de croire plutôt, et sans hésiter, à des histoires qui n’ont souvent d’autre poids que celui que l’autorité seule leur a donné; à des histoires qui ne produisent pas des témoignages aussi évidents, aussi authentiques, de leur vérité, que ceux qui appuyent ce que nous avons dit de Jésus-Christ I Comment résister, par exemple, à l’aveu des juifs qui vivent encore? au consentement unanime des chrétiens ? à la vue de cette société qu’ils forment entre eux, et dont les liens marquent certainemènt qu’elle est appuyée sur des fondements solides ?»
Grotius prouvant un peu plus loin l’authenticité des livres de l’ancien Testament , dépositaires de la révélation , en appelle encore au témoignage, et fait un raisonnement que nous adoptons volontiers : « Si quelqu’un nous demande une raison plus particulière , une preuve plus directe, nous le renverrons d’abord à celte règle reçue de toutes les personnes équitables : que celui qui veut combattre un livre qui a été regardé comme authentique pendant plusieurs siècles', doit apporter des raisons assez fortes et assez puissantes pour détruire son autorité ; que n’en pas produire de telles, c’est la confirmer, et ajouter à un livre un nouveau degré d’autorité (1). » "
£b bien ! nous dirons à la réforme : Dieu a donné au Catholicisme l’infaillibilité , c’est un fait, et il n’en est pas de plus certain ; nous n’avons pas seulement un peuple et
quelques siècles qui le disent ^ mais tous les peuples et tous les siècles ; partout et toujours on a cru l’Église catholique infaillible ; c’était l’Esprit saintqui avait parlé, et les décrets des conciles et des souverains pontifes étaient sacrés (Ij. Que dira la réforme ? Nous attendons sa réponse. Si ses raisonnements en faveur de la vérité de la révélation prouvent quelque chose , ils prouvent pour nous et démontrent notre thèse ; s’ils ne prouvent rien , il faut qu’elle mette dccùlé ces ouvrages qui l'honorent , et convienne^ en outre, qu’une des armes les plus puissantes dont on puisse se servir en faveur de la vérité , est maintenant brisée. Voilà donc la réforme : elle ne peut rien dire de bien sans être catholique ; quand elle cesse de l’ètre , elle donne la main à l’incrédulité.
La distraction que nous venons de lui rappeler , nous la trouvons écrite dans des monuments publics, dans des actes solennels ; elle aurait dû s’eu apercevoir ; mais Dieu le permet, aûn qu’on sache bien clairement que les arrêts qui la condamnent sortent desa bouche. Elleditdans la Confession d’Augsbourg : a Tel est l'abrégé de notre foi , où l’on ne verra rien de contraire à l’Écriture , ni à l’Eglise catholique, ou même à l’Église romaine , autant qu’on le peut
(1) Grotius ne veut pas que l'on repousse cette conséquence ; voici ses paroles : « C’est une présomption juste, dit -il dans son Votum pro pace , d’attribuer aux apôtres ce qui se trouve partout , et n*a point d’autre origine connue ; à quoi si vous ajoutez des témoins d’une piété , d’une prudence , d’une autorité reconnue dans l’Église et qui vous disent : Cela vient des apôtres ; nous avons alors toute la preuve qu’on peut désirer dans ces matières, la môme précisément par laquelle nous distinguons les écrits apostoliques de ceux qui ne le sont pas. »
connaître par scs écrivains. » La pensée de la réforme , dans ces paroles , n’est pas ambiguë : elle se glorifie de l’autorité de l’Eglise catholique, de celle de l’Eglise romaine, de celle de scs écrivains ; elle croit donc, ainsi appuyée, pouvoir marcher droit et ferme ; elle est dans le vrai ,* irrépréhensible; la vérité est pour elle, car elle a le consentement. Dans une autre édition de la même C2onfession d’Augsbourg , elle invoque pour elle la même autorité, colle de V ancienne Eglise , et c’est cette même autorité qui Va poussée à embrasser sa doctrine. Dans l’apologie de cette confession , elle dit en parlant de la justification : « C’est la doctrine des prophètes, des apôtres et des saints Pères, de saint Ambroise , de saint Augustin , de la plupart des Pères et de toute l’Eglise. » Nous avons vu que le synode de Dordrecht , l’église anglicane, Luther, Jurieu en appelaient toujours à l'ancienne Eglise, à l'Eglise universale; ils vont jusqu’à dire que ce que tous les siècles et toutes les Eglises ont cru unanimement , doit être regardé comme fondamental, > j! > >i
Dans tout cela, la réforme n’a pas dit un mot qui ne soit pour nous, pas un raisonnement qui ne soit contre elle. Et en effet , il ne lu! est pas permis d’avoir deux poids et deux) mesures : si l’autorité de l'ancienne Eglise est quelque chose pour elle , il faut qu’elle compte aussi pour nous. Si elle se retranche derrière ses décisions pour établir ses dogmes, il est nécessaire qu'elle nous permette aussi de l'invoquer pour prouver les nôtres. >i»j
C’est le raisonnement d'un habile ministre : « Si les théologiens protestants , dit-il , admettent l'autorité de la primitive Eglise, quand il est question de déterminer l'au-
(hetlUcilé canonique des livres saints , ils ne peuvefit plus « sans inconséquence, rejeter celte même autorité quand jl s'agit de ripterprétalion des ]Ecritures (1) , et quand on
(1) SchurlT poussait avec vigueur cet argument contre Luther : d C'est par l'autorité que nous connaissons les deux Testaments , l’ancienne et ia nouvelle loi , Dieu et Jésus. Donc il faut écouter aussi cette même autorité dans les doutes sur la foi. > Savez-vous comment Luther répondait à son disciple et à tous les juristes qui , comme SchurfT, soutenaient que sans i^autorité on ne pouvait rien et qu'alors il n'y avait plus de révélation ? Écoutez le maître , et vous direz s’il pouvait avouer plus clairement que ses adversaires l’avaient vaincu ; nous ne dirons pas tout , on ne peut répéter toutes les paroles de sa colère :
a Messieurs les juristes , on vient de me dire que vous avez fait entrer le droit canon à notre académie ^ et que vous voulez en protéger l'enseignement. Vous savez bien que nous avons pilé et réduit en cendres, il y a long-temps, cet âne papiste , cette asinique papauté... Je vous en prie, mes bons amis, soyez donc d’accord
avec nous Si vous n'écoutez pas cette admonition , et que vous
preniez vos corqes , je vous montrerai les miennes et je vous atta** querai vertement. Si de noirs que vous étiez, je vous ai faits blancs, je puis encore aujourd’hui vous rendre votre couleur première , et vous deviendrez noirs aux yeux des hommes comme un démon tartaréen. Alors j’ouvrirai la bouche et je raconterai comment vous avez ces toges et ces pelisses précieuses, et ces vêtements brillants. Ne vous avisez pas d'appeler nos théologiens des ânes ou des troncs ; autrement j'en dirai autant de vous.... Tous tant que vous êtes, juristes, avec toute votre science, vous ne seriez pas capables d’expliquer un seul commandement de Dieu ! Vous croyez donc que je ne sais pas ce que vaut un, jurisconsulte?... Vous ne pourriez rien faire, rien entreprendre, rien enseigner qui nous porte préjudice. Vous croyez donc bonnement que je ne sais pas ce que vous valez? Je vous le dirai, si vous me poussez à bout , je dirai vos sottises , votre science de savetier^ mes beaux juristes , dont pas un , quand on le distillerait jusqu’à la cinquième essence, ne serait en état de nous donner l’explication d’un précepte do Dieu 1 »
traite des doctrines crues et adoptées dans tous les temps. Ce fut aussi par l’étude de l’antiquité chrétienne , et par conséquent du Christianisme primitif, que le savant Hugo Grotius fut enfin décidé à se déclarer entièrement en faveur de l’Eglise catholique. »
a 11 m’est impossible d’être sourd de propos délibéré, dit Lessing , quand toute l’antiquité m’annonce unanimement que nos réformateurs ont beaucoup trop élagué et rejeté de choses , sous ce nom de tradition , si mal sonnant pour eux. Ils auraient dù lui accorder le même crédit divin qu’ils ont trouvé bon d’accorder exclusivement à l'Ecriture (1).»
Mais ce crédit divin n’étant fondé que sur la tradition , il faut que la réforme , qui accepte son témoignage pour autoriser un article qui lui plaît, l’accepte aussi quand il est question d'un dogme qui la condamne. Ainsi , puisqu’elle croit que ses adversaires n’ont rien à dire quand les saints Pères ont parlé , il faut bien aussi qu’elle convienne que . les nôtres doivent garder le silence quand la même voix se fera entendre pour nous ; il y aurait trop d’injustice , trop de ridicule à dire : Nous avons tout ce soleil , il ne brille que pour nous , et ceux que nous n’aimons pas sont évidemment dans les ténèbres. D’ailleurs , vous ne seriez pas crus. Donc les Pères, les conciles , toute l’Eglise prouvent nécessairement pour nous ; et si avec ces témoignages divers la réforme triomphe , nous aussi nous avons triomphé, et rien n’est plus victorieusement démontré que l’infaillibilité dans le Catholicisme. Cessez d’invoquer l’his-
(1) Œuvres théol. posth. p. 126.
toirc > ou subissez-la ; ne vous appuyez plus sur elle pour condamner vos adversaires , ou soyez vous -mêmes condamnés. Mais vous pourriez renoncer à Thistoire, que nous y tiendrions toujours; nous en appellerions à des faits dont toutes les personnes équitables doivent respecter le témoignage ; vouloir y toucher, ce serait tout détruire. Ainsi , que vous le vouliez ou non , le témoignage vous tue : si vous riovoquez , vous êtes avec nous ; si vous le rejetez , vous vous séparez de tous les hommes équitables , vous effacez toute Tbistoire , cl Bayle vous crie qu il n'y a rien de plus insensé.
11 suit de là que la réforme ne peut dire : J’existe. Et sur quoi se fonderait-elle? Qu’elle pense à ce qu’elle va dire; si elle veut parler raison, elle est encore, ici , catholique ; sinon elle n’existe pas.
— Mais j’ai l’Ecriture.
— Je vous rappellerai que votre système l’a déchirée : il n’est point d’Ecriture sans une autorité qui l’explique ; nous l’avons prouvé (1).
(1) a La parole est à récriture ce qu’un homme est à son portrait. Les productions de la peinture se présentent à nos yeux comme vivantes ; mais si on les interroge , elles gardent le silence avec dignité. Il en est de même de l’écriture qui ne sait ce qu’il faut cacher à un homme , ni ce qu’il faut dire à un autre. Si on vient l’attaquer ou l’insulter sans raison , elle ne peut se défendre; car son père n’est jamais là pour la soutenir; de manière que celui qui s’imagine pouvoir établir par l’écriture seule, une doctrine claire et durable , est un grand niais. » ( Plat. in Phœd. )
« Gloire à la vérité, dit M. de Maistre; si la parole éternellement vivante ne vivifie l’écriture, jamais elle ne deviendra parole^ c’està-dire , vie. Que d’autres invoquent tant qu’il leur plaira la parole muette , nous rirons en paix de ce faux dieu. )>
^ Les faits sont là» et ils proUTent que Je suis quelque chose.
— Les faits prouvent qu’il y a eu toujours dans l’Eglise# cotnme dans toute société » une autorité à laquelle tout le inonde devait se soumettre ; cette autorité a condamné toutes les séctcs et aussi la réforme. Si les faits parlent si haut pour vous» on ne voit pas pourquoi ils ne diraient rien pour le Catholicisme ; s’ils se taisent » vous avez tort de vous appuyer sur eut ; Vous n'existez donc pas.
^ Voilà l’époque dé ma naissance» les hommes qui m’ont donné le jour.
— Voilà aussi les faits qui attestent que tout l’univers vous regarda comme une erreur » vos fondateurs comme des sectaires ; et le Catholicisme fut toujours la religion de Jésus-Christ. Si l’univers ne suffît pas pour prouver cette vérité » nous sommes autorisés à dire qu’il ne suffît pas non plus pour attester votre naissance.
— Et DOS temples » et nos ministres » et nos églises ?
— Les monuments qui proclament l’infaillibilité de l’Église catholique» sont plus nombreux» plus respectables ; il faut donc les croire» et vous les croirez aussi quand ils vous disent que la réforme n’est qu’une erreur. Mais si une fois ii a été prouvé qu’elle n’était qu’une erreur» noüs ne voyons pas comment aujourd'hui elle serait une vérité. De même» l'il était vrai que ta religion catholique était celle de Jésus- Cbrjst » elle doit l’ètre encore à présent. Si tous les monuments se sont trompés une fois » ils peuvent se tromper encore ^ et la réforme ne peut les invoquer ; elle n’est donc fondée suf rien ; on peut donc révoquer en doute son existence. Si au contraire elle persiste à vouloir exister »
comme elle ne le peut que par rhistoire ^ il est nécessaire qu elle fasse abjuration et revienne au Catholicisme » car > les témoignages cités en sa faveur ne laissent rien àdésirer. La réforme a beau être inconséquente , il est nécessaire qu’elle choisisse : elle n'existe pas , ou elle n’existe que comme une erreur.
Ën la voyant ainsi enfermée dans le cercle de ËopÜfus , la réforme a fait pitié à ses plus illustres représentants , qui , pour en Sortir , ont reconnu une autorité infaillible , seul moyen de conserver quelque raison au milieu de tant de contradictions et d’extravagances. On va entendre quelques-uns de leurs aveux. La passion peut bien quelquefois égarer certains esprits , mais la raison revient , et c’est alorsqu’il faut recueillir leurs paroles , parce qu’ils se sont exprimés avec sagesse. Nous sommes d’ailleurs bien aise que l’on rende justice à la réforme; il n’est rien de plus respectable qu’une amende honorable ; et si parfois le lecteur s’est surpris quelque indignation à la vue de ces folies ou de sa mauvaise foi , Ü sera certainement désarmé , quand il l’entendra avouer franchement qu’elle s’est trompée. Ne lui en veuillez donc pas ; si jadis elle a nié le tribunal infaillible, maintenant elle va le prouver. Et comme si elle avait fortement à cœur de ne laisser aucun doute sur cette vérité , elle a employé divers raisonnements. En voici un qui , à notre avis , est sans réplique. Nous le recommandons aux ennemis de l’infaillibilité.
Pressé, à la Miette de Worms , de faire sa profession de foi : « Je la ferai , dit Luther ; elle ne sera ni cornue , ni dentée, et la voici : À moins qu'on ne me convainque d’er-
reur par le témoignage de TEcrilure ou de l’évidence { car je ne crois pas à la seule autorité du Pape et des conciles , qui si souvent ont erré , ou se sont contredits ; je ne reconnais de maître que l'Ecriture et la parole de Dieu ) ; je ne puis , ni ne veux me rétracter , car il ne faut pas agir contre sa conscience. »
Luther croyait peut-être sa réponse accablante pour ses
adversaires , et il venait de prouver au contraire la nécessité de la soumission au Pape , au concile ; il démontrait le tribunal infaillible. Et quelle erreur pourra jamais être convaincue , lorsque l'interprétation particulière est proclamée règle de foi I Voyez Luther en présence des sectes qui se sont élevées autour de lui et par ses principes ; que leur répond-il , quand il veut faire le maître et les ployer sous lui ? « On le quitte ^ on l’abandonne ; ses amis , ses disciples « ses ouailles chéries, ses maîtres se choisissent un autre chemin. — Oh mon Dieu ! crie-t-il, tu me délaisses, ta colère a souillé sur ma tête. Que t’ai-je fait. Seigneur ? » Voyons si sa voix sera entendue. — Dites à Carfostadt d’épargner les images ; Carlostadt lui répond : Tu ne tailleras pas des dieux. — Baptise l’enfant , dit-il à Didyme , et Didyme lui répond : Celui qui croit et sera baptisé , entrera dans le royaume des deux ; l’enfant ne croit pas. — üfais lis donc , malheureux , crie-t-il à Storck , le prophète , c’est l’enseignement de l'Eglise ; et Carlostadt , et Didyme , et Storck répètent en chœur : papiste ! il n’y a d’autorité que la Bible , de lumière que celle dont l'Esprit saint nous éclaire ; nous marchons dans les voies de Dieu. ~ Vous ne verrez pas la face du Seigneur ; je vous maudis , reprend Luther ; et les prophètes rient de sa colère ,
comme il a ri de celle de Tezel et de Gaïetano ; et Terreur marche aussi vite que la peste (1) . »
Gomment trouvez-vous que Luther , avec son appel à TËcriture^ s’est défendu ? N’a-t-il pas fait tout le contraire de ce qu’il croyait? Ne vient -il pas de démontrer victorieusement la nécessité du tribunal infaillihie ? S’il n’est pas une voix divine qui se fasse entendre , au milieu de toutes ces erreurs ennemies qui veulent avoir raison , où trouvera-t-on la religion de Jésus-Christ ?
Il n’est pas un homme de bonne foi qui ne convienne de cette vérité. « Tandis que des hommes extrêmement prévenus en faveur de leur propre raison , dit M. de Bonald, regardent certaines idées religieuses ou politiques , d'invention humaine, comme des vérités démontrées et désormais hors de dispute ; d’autres , qui n’ont pas moins d’esprit, et qui SC croient autant de droiture dans le cœur, de rectitude dans le jugement, et peut-être moins de préjugés et de passions , regardent ces mêmes idées comme des erreurs , et qui pis est comme des sottises. Qui est-ce qui prononcera entre eux? et comment la société pourra-t-elle subsister, s’il n’y a pas une autorité supérieure à toute autorité humaine (2) ? »
Si vous le désirez , Luther ira directement au but , car on ne dit plus maintenant : a 11 est une voix intérieure qui parle au fond de nos cœurs plus magniGquement que la parole humaine , c’est l’inspiration du Saint-Esprit. » On se méûe de la Bible , de l’inspiration particulière, de l’Esprit saint ; et, dans le fait , tous ces moyens avaient été si
(1) Vie de Luther ,t.ï.
(2) Pensées,
misérables , si impuissants ! Ils avaient prodait des résullais si moDslrucux 1 L’Esprit saint avait souillé d’une manière si étrange , qu'il fallut imposer silence à toutes ces voix ; on ne voulut plus que l’autorité, écoutez : a L’Eglise est le fondement et la colonne de vérité , écrit Luther au prince Albert de Prusse ; par conséquent , si Dieu ne peut mentir , l'Eglise ne peut errer. Et cela n’est pas mon sentiment seulement à moi , c’est l’avis de l’Esprit saint qui connaît les cœurs et toutes les choses beaucoup mieux que nous. Et en elFet , l’Esprit saint nous enseigne cette doctrine par son organe ; saint Paul nous dit : Fuyez l'hérétique après l’avoir repris une ou deux fuis, sachant que celui qui est dans cet état est perverti , et qu’il pèche^ puisqu’il est condamné par son propre jugement. »
Calvin n’est pas moins clair quand il recommande cette autorité, a Dieu pouvait , dit-il , consommer les fldèlesen un instant ; mais il veut qu'ils ne croissent et ne parviennent à ràge viril , que sous la tutelle de l'Eglise. Et comment doit s'accomplir ce dessein de Dieu ? La parole est confiée aux pasteurs légitimes > nous devons donc reconnaître leur autorité , nous abandonner avec confiance à leur direction paternelle. » Puis le réformateur continue : « Saint Paul appelle l’Eglise , la colonne , le fondement de la vérité' ; or, quel est le sens de ces magniûques paroles? C’est que l'Eglise est la demeure où Dieu informe les siens, les comble de grâces et de faveurs ; c’est qu’elle est l’arche sainte dans laquelle la vérité ne peut défaillir. Écoutons les éloges que lui donnent les Ecritures : la vierge pure , la chaste fiancée , l’épouse fidèle et sans tache , le corps du JSauveur. Ainsi , divorcer avec cette Eglise, c’est renier
Dieu et Jésus-Gbrist ; c’est faire tous ses efforts pour détruire la vérité divine. Gardons-nous d’un crime aussi atroce, ne souillons point Thymen du Fils de Dieu : car , par là nous mériterions d'être anéantis par la toute-puissance de sa colère (1). »
Claude était aussi pour la nécessité du tribunal infaillible , lorsque parlant à l'évéque de Londres , Pcnchman , contre les dissidents qui ne reconnaissaient pas son autorité, il lui disait : « Évidemment une telle conduite équivaut à an schisme positif , crime détestable en lui-môme , et à Dieu , et aux hommes ; ceux qui s'en rendent coupables , soit en rétablissant les premiers , soit en continuant de l’entretenir parmi les autres , doivent s’attendre à rendre un compte terrible au grand jour du jugement. »
^ Le savant Gasaubon était bien de cet avis, lorsqu'il écrivait au cardinal Du Perron , « qu’il ne restait aucune espérance de salut à ceux qui sont séparés de l'Eglise catholique , ou de la communion de la même Eglise. >»
Puffendorf n’a pas plaidé d’une manière moins forte la cause de l'autorité , quand il à dit dans son livre de la Monarchie du Pape : « 11 n’est pas permis de douter que le gouvernement de l'Eglise ne soit monarchique , et nécessairement monarchique ; la démocratie et l’aristocratie se trouvant exclues par la nature même des choses comme absolument incapables de maintenir l’ordre et Kunilé au milieu des agitations des esprits et de la fureur des partis.. La suppression de l'autorité du Pape a jeté dans le monde des germes infinis de discorde ; car n'y ayant plus d'auto-
(1) /nstit. I. IV, f. 875.
rilé souveraine pour terminer les disputes qui s’élevaient de toutes parts , on a vu les protestants se diviser entre eux , et de leurs propres mains déchirer leurs entrailles : furore protestantes in sua ipsorum viscera cœperunt (1). »
‘ On connaît ce passage de Grotius : « Sans la primauté du Pape, il n’y aurait plus moyen de terminer les disputes et de üxer la foi (2) . »
Dans une lettre à Alexandre Knox , l’évèque anglican Jebb prouve en ces termes la nécessité d’une autorité infaillible : « Vous vous plaignez de ce que le proleslanlisme n’a aucun système fixe; en pourrait-il être autrement? Avant qu'il soit possible d’en établir un , il faudrait qu’un principe d’interprétation , basé sur une autorité irrécusable , fût solidement posé. Ceci serait l’antipode du jugement partientier soutenu par Cbillingwortb ^ mais il n’est aucune science dont les principes puissent s’accorder avec ce système. L’astronome , le mathématicien , le chimiste ne riraient-ils pas de celui qui voudrait , sur ces dilTércnts sujets , établir pour base son jugement particulier ‘l Ne regarderait-on pas comme folle la personne qui dirait : deux et deux font cinq; l’or et l’airain ont le même poids , les mêmes propriétés , la même valeur ; je le soutiens J’en ai le droit ; c’est mon jugement particulier? Cependant cette absurdité est chaque jour énoncée dans leur théologie ; et c’est là le protestantisme ! Mais la théologie est-elle donc contraire à la raison ? N’a-t-elle point de principes fixes ?
(1) De Monarch. Pontifie, rom.
(2) Sine fali primatuexireàcontroversiisnonpoterat^ sictUhodieapud protestantes. ( Volum pro pacc ccd. art. vu. )
N’est-ce plus une science ? Je pense bien autrement. Quelle est lascicnce humaine qui pourrait , je ne dis pas se perfectionner , mais seulement être enseignée, si on commençait par mettre ses principes de côté? Et au contraire, quelles espérances ne pourrons-nous pas concevoir des progrès de la lUéologie , quand scs principes seront soutenus avec la ténacité propre à l’église de Rome , sans être accompagnée de ses erreurs! Eh! qu’un tel état de choses serait heureux !»
Leibnitz a fait ainsi sa profession de foi : « Puisque Dieu est le Dieu de l’ordre , et que le corps de l’Eglise , une , catholique et apostolique , sous un gouvernement qui soit un , avec une hiérarchie qui comprenne tous les membres est de droit divin , il s’ensuit qu’il y a aussi de droit divin, dans le même corps , un souverain magistrat spirituel, se contenant dans de justes bornes , pourvu d'une puissance directoriale , et de la faculté de faire tout ce qui est nécessaire pour remplir sa charge , par rapport au salut de l’Eglise... Efiectiveraent , il est de piein droit qu’il y ait , dans toute république, et par conséquent dans l'Eglise chrétienne, un souverain magistrat, soit que toute son autorité réside dans une seule personne , soit qu’elle soit partagée entre plusieurs (!]. » Dans le projet de réunion Molanus et Leibnitz reconnaissent que a le Saint-Esprit se trouve avec la plus grande partie de l’Eglise; et que si un
(1) Cum sit Deus ordinis, et corpus unius Eccïesiœ catholicœ et apostolicœ uno regimine hierarchiaque unitHirsali continendum juris divini sit , consequens est^ ut ejusdem sit juris supremus in eo spiritualis magistratus, terminis justis se continenSy dictatoria potestate, omniaque necessaria ad explendum munus pro soluté Ecdesiœ agendi facuUate instructus. Epist. viii, ad Fabri.
concile vérUablement œcuménique avait décide le contraire de ce que prétendent les protestants , il n’est pas douteux que cette décision ne dût l’emporter (1). »
Dieu , dit Molan , a promis d’assister son Eglise dans les siècles dos siècles , et il ne saurait permettre que l’erreur prévalût dans les grandes assises religieuses qu’on appelle conciles (2). »
Un protestant moderne , Welker, dont tout le monde connaît la science et la philosophie , a parié en ces termes de la nécessité d’un tribunal infaillible : a Aussi long-temps que la foi a resté pure , forte et très -active , l’état théocratique est , sans contredit , le plus beau et le plus énergique des étals ; mais , sans ces qualités , il est bientôt attaqué au vif et voué à une ruine aussi prompte qu’inévitable. La théocratie exige absolument aussi la foi à sa révélation ultérieure, déterminée, ainsi qu’une communication perma-
(1) Leibnitz veut parier du conciie de Trente, qu’it ne trouve pas cecuménique , parce que ies protestants n'y furent pas représentés. Il est étonnant qu'un aussi grand esprit donne dansun aussi grand travers; ne voit-il pas que s’il a raison, il n’y a plus d’autorité, plus d’Eglise ; que tous les hérétiques pourront dire la raènae chose; que les ariens , les nestorlcns et les autres avaient autant de droit que lui de mettre de côté les conciles qui les ont condamnés; mais alors il n'est plus possible d'arrêter l’erreur. Et cependant il prie Bossuet a d’examiner sérieusement devant Dieu s’il y a quelque bon moyen d’empècher l’état de l’Eglise de devenir éternellement variable.» Il est donc vrai que les plus grands hommes ont quelquefois de la peine à lier deux idées. Il était si simple de penser au tribunal Infaillible, sans quoi il n’y a point d’Eglise. Leibnitz oubliait ce qu’il avait dit en faveur du chef de l’Eglise , de l’autorité nécessaire dans la société chrétienne.
(2) Cité par Uœnnighaus , p. 145.
nenleavcc la Diviniié. Linterprétation purement humaine d'une loi divine aflaibüt sans cesse la fermeté que la foi doit avoir dans son infaillibilité , et la loi ne peut jamais donner des normes d'une étendue complète pour le gouvernement. C'est pourquoi un gouverneur choisi et inspiré de Dieu , en général, des prophéties, des miracles fréquents , et de toute espèce ; des prêtres , comme interprètes du gouvernement tbéocratique , en sont les clauses indispensables (1). »
« Si la suprématie d'un archevêque de Cantorbery, dit un docteur anglican , est nécessaire pour maintenir Tunilé dans l'église anglicane , comment la suprématie du souverain Pontife ne le serait-elle pas pour maintenir l'unité de l'église universelle (2) ? »
D'après Chillingwortb , « il faut qu'il y ait quelque part un juge infaillible , et l’Eglise de Rome est la seule société chrétienne qui prétende et puisse prétendre à ce caractère (3). »
Le protestant Staudlin , dans son Magasin deVhistoire de la Religion, iivparl., a soutenu « qu*ü fallait nécessairement admellre que la Divinité qui avait donné une révélation à l'homme, avait songé aussi à empêcher que le sens de cette révélation ne fût point abandonné à l'arbitraire d'un jugement subjectif. » Et parce que le protestantisme ne veut point admettre ce princi|>e , il l'appelle avec juste raison inconséquent.
(1) Essai sur la fondation du Droit , dê l’État et dt la Peine,
(S) Cartwrlth , in defens. Wirgisti.
(3) Cité par Gibbon.
Les protestants ont tranché le mot : c’est par la liberté de croire et de professer tout ce qu’on a voulu , que tout a péri ; c’est maintenant par l’autorité , et l’autorité seule , que l’on peut tout sauver. Trop long-temps on s’est mal à propos épouvanté de l’autorité de l’Eglise , c’est à elle maintenant qu’il faut avoir recours. « Il est nécessaire que l un soit dominateur f disaient les Grecs, et la même maxime , ajoute un ministre en parlant aux protestants , doit être appliquée a la société ecclésiastique. J’en appelle à votre propre témoignage pour savoir au juste combien votre société religieuse a insensiblement déchu, depuis la perle qu elle a faite d’un chef ^ depuis que chacun d’entre vous est maître de penser ce qu’il lui plaît , et de donner à sa fantaisie une interprétation à l’Ecriture ? »
Mais c est assez. Nous venons de faire entendre des voix puissantes, des voix que la réforme écoute volontiers; c est , en un mot , elle-même qui vient de nous démontrer la nécessité de 1 autorité. Nous lui dirons donc, puisqu’elle parle comme nous , puisqu’elle explique comme nous les textes favorables à l’autorité infaillible , puisqu’elle se déclare si clairement pour celte Eglise, qui ne peut errer, pas même dans les petites choses, comme l’a dit Luther , nous lui dirons : une conclusion est nécessaire : Plus de proteslanlisme ! il faut redevenir catholique , rentrer dans le sein de celle Eglise qui ne peut se tromper, se soumettre à ses jugements , puisqu iis sont infaillibles; sinon, comme dit Calvin , vous détruisez la vérité divine, vous commettez un crime atroce , vous souillez l'hymen du Fils de Dieu ,
et par là vous méritez d être anéantis par la toute-puissance de sa colère.
Âu reste, ce dernier parti, la réforme a été forcée de le prendre, bien qu’elle ne veuille pas l’avouer. Détruite par le libre examen , comme le lui a dit Tbiess, elle a voulu se relever par ses symboles et ses excommunications , et Schulz lui crie : « Tu as déserté Wittemberg et Genève , et tout entière tu marches sous les drapeaux du Catholicisme !