partie du globe , ravagée , détruite par les. soldais de Ma
boniet^ dira ce qu’ils ont fait contre les enfants du Christ !
Or , si vous soutenez que toutes les religions sont bonnes , vous voulez donc aussi qu’elles soient toutes agréables à Dieu , qu’il les aime , qu’il les approuve ; et comme elles s’insultent , se font la guerre , s’égorgent entre elles , il faut convenir aussi qu’il se plaît dans ces désordres , dans cette confusion , dans ces batailles. Vraiment f vous donnez là une belle idée de Dieu. Tout le monde savait bien qu’il était le Dieu de l’ordre et de la paix ; mais on ignorait qu'il fut lc«Dieu du désordre et de la confusion ! 11 est beau , n’est-ce pas ? de vous le représenter regardant toutes ces religions pleines de haine , de vengeance , qui s’anatliématisent , qui se détruisent , qui inondent la terre de blasphèmes , de sang ; et du haut de son trône Dieu sourit à cet alTreux tableau , bénit tous ces efforts , embrasse tous ces misérables , tous ces bourreaux de leurs semblables ! L’erreur , dans son délire , ne peut aller plus loin.
Et, lorsque vous nous montrez Dieu au milieu des vœux et des adorations de ces religions divisées et ennemies , êtes-vous plus sage ? Seigneur I s’écrie la synagogue : envoyez-nous le Messie promis à, nos pères ; qu’il vienne enfin , par sa gloire et sa puissance , sauver votre peuple de l’oppression et de l’opprobre ! O Dieu 1 lui disent les chrétiens , exaucez nos prières ; nous vous en conjurons au nom de votre divin Fils , le Sauveur , le Messie , que , dans votre amour , vous nous avez envoyé, et que les juifs aveugles ne veulent pas reconnaître. Dieu î bénissez nos armes , s’écrient les turcs ; que votre envoyé Mahomet triomphe des infidèles, et que son croissant rem-
place partout la croix ! Grand Dieu I disent les chrétiens , fortifiez nos bras , nous marchons à la délivrance de nos frères qui gémissent dans de monstrueuses erreurs ; que votre croix s elève sur les débris de ce croissant qui vous enlève votre gloire et vos adorateurs. O Dieu ! qui daignez habiter dans nos saints tabernacles » nous vous adorons dans cet amour infini , s'écrient les catholiques. Seigneur ! détrompe tes peuples , disent les calvinistes ; c'est on mor-» ceau de pain qui , sur ton autel , reçoit des adorations qui ne sont dues qu'à toi seul.
Ainsi , Dieu voit monter vers son trône ces prières si différentes , qui se choquent , qui se détruisent ; et il les accueille favorablement , elles lui sont également agréables (1) , il sc plaît au milieu de ce désordre, de cette confusion !
Qui dirait que des hommes estimables d'ailleurs, ont été jusque-là , et que tous les jours on en rencontre dans le monde ? Et beaucoup d'autres d'applaudir ! Ils élèveraient
(i) On a>i, dans le temps, d'une caricature qui représentait une girouette devant laqueiie était un de ces hommes, comme il y en a tant, qui ont de l’amour et de la fldéiité pour tous les gouvernements , quels qu’ils soient ; le vent faisait tourner la girouette , on y lisait : monarchie, il répondait levant la main : je jure ; constituante , je jure ; conwnfion , je jure ; directoire . je jure ; consuXoA -, je jure ; empire , je jure ; restauration , je jure ; cent-jours , etc.
C’est tout le système de ceux qui veulent que toutes les religions soient bonnes. Ils ont des bénédictions , des génuflexions pour toutes les turpitudes , comme pour tous les crimes. Mais ce qui est plus coupable encore , c’est qu’ils prêtent leurs pensées, leur manière de voir à Dieu , sans se douter, que si un pareil caractère convient parfaitement à un homme vil , Ils doivent le garder pour eux , et non le donner à la Divinité.
un temple unique au Dieu de l’univers , dans lequel tous les peuples viendraient se prosterner et apporter leurs offrandes. Là vous verriez , aux pieds du même autel , le chrétien, le musulman, le juif, l’indien, l’idolâtre, avec leurs vœux dilTérenls et leurs croyances ennemies ; et Dieu ne pourrait que les accueillir , les bénir , les exaucer !.. Et l’on donne à cela le beau nom de tolérance , comme si la tolérance avait quelque chose à faire ici ; comme si l’on était tolérant en approuvant la déraison et l’impiété (1) !
Les indifférents traitent Dieu assez mal ; que font-ils de l’homme ? Regardez-:le un instant , et il vous fera pitié. D’abord ils le soumettent au dernier imposteur qui se pré-
(1) Bernardin de Saint-Pierre , parlant du Panthéon , où l’on n’a admis aucun culte, afin, dit-il, de mettre d’accord , au moins après leur mort , les citoyens illustres qui sont souvent de dlfTércntes communions , Bernardin de Saint-Pierre nous traduit ainsi son indlfierence : « Je voudrais que ce monument fût consacré à la Divinité , par ces mots : A Dieu , père de tous les hommes. Au lieu d’y faire figurer, comme on en avait le projet, quatre religions : la judaïque, la grecque, la romaine et la gallicane, il me semble bien plus convenable d’y introduire la religion patriarcliale dont toutes les autres sont émanées, et d’en nommer pour pontifes, les premiers magistrats. Son culte antique, simple et répandu dans toute la terre, conviendrait aux grands hommes de toutes lescommunions , puisqu’ils ne peuvent être grands qu’en servant ie genre humain. Il est le seul qui puisse rapprocher les hommes de toutes les religions , car il n’y en a aucune qui n’admette Dieu pour principe et pour fin ; ainsi les morts donneraient aux vivants des leçons de tolérance. » ( Suite des Voeux d'un solitaire. ) On voit ce que devient l’esprit de l’homme, quand il veut se conduire seul ; le sage alors devient fou.
sente. La religion est une affaire de la plus haute importance. Là, sont nos plus chers intérêts. On ne doit donc se décider qu après un raùr examen ; mais une fois convaincu de la vérité , on y tient , on la défend , on souffre tout , plutôt que de l’abjurer , parce que ce serait abjurer la vérité , embrasser l’erreur , et exposer évidemment son salut. — On ne raisonne pas tant dans le système que toutes les religions sont bonnes ! L’une vaut l’autre ; donc, on ne tient à aucune ; donc, on peut en changer à volonté. Ainsi vous aurez admiré l'Évangile, vous vous serez prosterné devant ses vérités si belles , sa morale si pure , si sublime , si bien faite pour l'homme , si nécessaire à son bonheur. Enfin, dites-vous, si Dieu a parlé aux hommes , c’est ainsi qu’il devait parler ; et Jésus-Christ a des caractères si frappants de divinité , qu’il faut fléchir le genou et l’adorer. Mais arrive un nouvel apôtre , qui prêche de nouveaux dogmes, une nouvelle morale; il semble d’abord que vous ne devez pas l’écouter ; si vous avez la vérité , il ne peut prêcher que l’erreur ! Si l’Évangile est divin , sa religion est toute humaine. 11 n’est donc plus qu'un imposteur qui vous séduit , qui vous égare. N’importe, vous pouvez le croire , le vanter , vous attacher à ses pas , favoriser sa prédication ; les résultats ne sauraient être fâcheux , car vous avez écrit sur votre drapeau : toutes les religions sont bonnes.
Ainsi , vous êtes enfants de l’église, vous tenez à la foi de Pierre par le fond de vos entrailles. Si donc Luther vous fait entendre son éloquence fougueuse ; s’il vous prêche une religion toute difl’érente de la vôtre ; s’il vous , dit de l’embrasser , parce que celle-là est la religion des
savants , des grands , du génie , Luther ne sera point écouté ; vous repousserez ce nouveau prédicateur , qui vient apprendre à l'univers qu’il s'est trompé pendant quinze siècles? Vous le regarderez comme un novateur, qui vient tout détruire , pour élever sur les ruines immenses du passé , un édifice nouveau ? — Ce serait bien ridicule. Malgré ses contradictions sans nombre , sa qualité de moine rebelle , bien qu'il souffle de toute part la rébellion, qu’il bouleverse l’Europe , qu'il n’ait d’autre mission que celle qu'il tient de son orgueil blessé , laissez-le faire , soyez de son avis, embrassez sa religion nouvelle, vous ne risquez rien ; son évangile vaut celui que vous allez quitter.
Après ce prédicateur viennent ceux qui , à la fin du siècle dernier , résument ainsi toute leur foi et toute leur morale: un Klre>Suprèmc et le culte de la raison. Quelle sera votre conduite à leur égard? Refuserez-vous de prendre part à leurs assemblées , à leurs orgies ? Non ; vous avez un esprit trop conciliant , vous ferez ce que l’on voudra. Les souvenirs qu’ils traînent après eux, les larmes , le sang , les ruines qui sont entre eux et vous , vous retiennent bien un peu , il est vrai , mais qu'importe ! Il ne vous faut qu'un peu de courage ; mettez-vous au dessus de toutes ces petites considérations. Du reste , il n’est aucun inconvénient pour vous; votre foi ne reçoit aucune atteinte. Votre symbole cadre avec toutes les religions ; pour vous elles sont toutes de plein-pied , il ne vous en coûte pas plus de passer à l’une qu’à l’autre. Vous seriez bien bon , vraiment , de faire ici quelque façon. Mettez une courtisane à la place de Jésus-Christ ; si vôtre système est bon , nul n’a le droit de vous blâmer !
Mais , direz -tous , c’est uo rôle si méprisable ^ si vil ! Quoi donc ! je suis convaincu de la vérité de l’Évangile , et par là même de la fausseté de toutes les autres religions , et vous voulez que j’aille leur donner ma foi 1 Cela n’est pas possible , ce n’est pas là un rôle d’homme ! — Eb ! qu’avez-vous peur , ne vous tourmentez pas tant , so^'ez en repos ; n’est-il pas vrai que vous avez pesé toutes les religions , et que vous leur avez trouvé le même poids et la même valeur i
Avec ce système , l’indififérent n’est point à la 6n de ses misères. 11 va changer de religion selon le pays ou le climat , et la vérité dépendra^ pour lui, des dilférents degrés qu’il parcourra sur le globe ; ce qui ne laisse pas que d’être un peu singulier. C'est pourtant l’auteur d'Émile, l’oracle des iodilîérents , qui prêche cette doctrine. Écoutez-le: « Je regarde toutes les religions particulières comme autant d’institutions salutaires, qui prescrivent , dans chaque pays , une manière d’honorer Dieu par un culte public, et qui peuvent ^ toutes , avoir leur raison dans le climat , dans le gouvernement , dans le génie du peuple , ou dans quelque autre cause locale qui rend l’une préférable à l’autre (1). » Tel est votre guide, or voyons ce qui va vous arriver. ^
Vous voilà avec lui à Genève: là vous êtes protestant et protestant sincère , car vous savez que Kousseau fait un crime de ne pas professer sincèrement la religion que Von professe, d'autant que cette religion, comme il l’a dit expressément, est une religion très-sainte (2). Cependant, vous
(1) Émüe, t. 3, p. 184. — (î) Ibid, t, 3, p. 195.
passez les Alpes , et bientôt vous arrivez à Rome ; vous y trouvez la religion catholique ; vous devez abjurer la religion protestante et devenir catholique de bonne foi. H vous en coulera bien un peu , mais qu'importe I 11 y a là une raison locale qui doit vous la faire préférer. C'est d'ailleurs une religion salutaire comme une autre.
Nous ferons observer à notre voyageur , qu'il ne peut embrasser que l'erreur , et il le sait positivement ; car la religion qu'il vient de quitter est une religion irès-sainle. Mais il ne peut y avoir qu'une religion très-sainte, comme on l'a remarqué , et une religion très-sainte eut une religion vraie. Si celle-là est vraie « vous abandonnez sciemment la vérité pour l'erreur ; le catholicisme est faux d'après vous , vous agissez donc contre votre raison , contre votre conscience en l'embrassant.
Mais , vous ne bornez pas là votre voyage ; vous voulez voir du pays , et vous arrivez à Constantinople. Là , vous trouvez une autre religion ; vous cessez donc d'étre catholique, d'ètre chrétien , et vous vous faites musulman. Si quelqu'un le trouvait mauvais , vous lui auriez bientôt fermé la bouche , eu lui disant qu'aprés tout c’est, une institution salutaire , en rapport avec le génie de la nation , le climat ; cl puis vous avez votre arme redoutable qui fera taire tous les contradicteurs.
De là aux Indes , à la religion de Brahma , à celle des idolâtres , des sauvages qui adorent le soleil , le feu , les éléments , I es animaux , il n’y a qu’un pas. Ainsi se passera tout votre voyage , à embrasser et à abjurer, tous les jours, des religions nouvelles: vous serez turc, chrétien , calviniste , idolâtre ! Mais est-ce bien là , une
conduilc d'homme ? Sommes-nous donc faits pour être le jouet de foutes les erreurs, de toutes les extravagances ? a N’y a-t il pas plus d'inconvénients à changer de religion, à laisser le Christianisme pour le mahométisme, qu'il u’y en a pour un homme à changer la couleur de scs vêtements, en quittant , par exemple , un habit blanc pour en prendre un rouge ? »
Ët lorsque ce sont les passions qui font le symbole , l'homme est-il plus respecté , et donne-t-on à la religion une plus belle origine ? Or écoutez : vous ôtes catholique, mais il faut convenir que cette religion inquiète un peu les passions. Que de pratiques pénibles ! Que de jeûnes sévères ! Et cette confession ! y a-t-il rien de plus humiliant, de plus insupportable pour le cœur de l'homme? Eh bien ! vous laisserez le catholicisme*, pour devenir protestant. La réforme est plus douce , plus simple , dégagée d’une inûnitéde choses gênantes ; elle va mieux avec vos passions , et vous seriez bien bon de vous gêner. Si celle-là vous parait encore trop sévère pour vos penchants , vos plaisirs , il en est de plus faciles. Soyez disciple de Mahomet , vous aurez la religion des sens , de la volupté ; là vos passions seront à l’aise. Vous avez ici -bas foute la latitude possible , les coudées franches pendant la vie , et à la mort vous entrez en possession de délices éternelles. Pourquoi résister? Faites ce que vos passions demandent. Vous pourriez même , si toutes les fêtes riantes du paganisme étaient encore célébrées , vous mêler au milieu de ses fidèles et sacrifier à tous scs autels. Vos passions s'en trouveraient si bien ! ne les contrariez pas ; au surplus ce
serait à pure perte , et vous le savez bien , puisque toutes les religions sont bonnes.
Nous ferons remarquer qu'il y a progrès de la part de notre siècle. On pensait autrefois qu'il fallait tout quitter pour chercher la vérité. La sagesse antique disait que ce n'était pas trop de lui consacrer son temps, ses veilles, ses voyages , sa vie ; assurément elle n'aurait jamais pensé à ce moyen nouveau. Laissez vos efforts , vos études , vos méditations , vos courses savantes , voici un chemin plus court , une voie plus douce : consultez vos passions , elles vous conduiront infailliblement à la vérité; la religion qu'elles auront choisie sera celle que vous devez embrasser. O sages I vous pensiez , jadis , que les passions n'étaient bonnes qu’à égarer , qu'à éloigner de la vérité, et vous le prouviez par de grands exemples. Ce sont elles , maintenant, qui y conduisent , qui la font briller !
Si vous hésitiez devant cette conséquence , ce serait le hasard qui vous conduirait dans la recherche de la vérité. Vous seriez, tout bonnement, de la religion de votre père. Ainsi ; vous ôtes né juif , vous resterez juif ; vous êtes né turc , vous resterez turc ; vous êtes né païen , vous resterez païen ; et n’ayez aucun doute, vous n’avez rien à risquer , vous aurez toujours la vérité pour vous ; car vous savez très>bien que toutes les religions sont bonnes.
Il est bien malheureux vraiment que Jésus-Christ , les apôtres, les martyrs, tant de zélés et saints missionnaires, qui ont fait tant de choses pour propager la religion chrétienne , ne se soient pas avisés de ce moyen de parvenir à la vérité et d’y conduire les (Hiuples. Ils se seraient é[*ar-
gné bien des sacri lices , des douleurs , des travaux. Au lieu de mourir, comme ils l’ont fait, pour sauver le monde, pour le tirer des ténèbres du paganisme , pour dissiper toutes ses erreurs , le corriger de tous ses vices , lui faire pratiquer toutes les vertus ; au lieu de mourir , afin d’obtenir ces grands résultats que l’impiété même a glorifiés, ils seraient restés chez eux, ils auraient passé leur vie doucement , à l’exemple des indifTérents , et le monde n’y aurait rien perdu , car il n’y a rien gagné . Tons les hommes se seraient embrassés devant l’autel de rindifférence qui les conviait au repos.
Blais si les apôtres , les martyrs , les confesseurs , les saints ne sont point pour vos folies , s’ils ont cru leur religion assez importante pour lui tout sacrifier , vous avez d’autres suffrages ; le nombre est grand de ceux qui se sont rangés sous votre bannière ; consolez -vous ! Permettez qu’on vous les nomme ; on connaît pour l’ordinaire l’excellence d’une cause par ses défenseurs, et la noblesse d’un drapeau par les hommes généreux qui se rangent autour de lui. Or , voici ceux que nous trouvons dans votre camp , ceux qui se pressent sous votre bannière : ià sont tous ces ennemis acharnés de la religion chrétienne , qui ont cherché à la détruire , bien qu’on leur prouvât , qu’en lui faisant la guerre , ils la faisaient aussi à l’ordre , à la vertu , à la gloire , à la société tout entière ; là vous trouvez cette foule de disciples de la philosophie voltairienne , si connue par le mal qu’elle a fait à la France et au monde ; là aussi tous ces êtres immoraux , aux yeux desquels la vertu n’est rien , pas plus que l’honneur , la fortune , la vie de leurs semblables, lorsqu’il s’agit de leurs plaisirs ou
de leurs intérêts ; corrupteurs , brigands , assassins , tous ceuX'Ià vousappartiennent . Faites place à tous les vices et à tous les forfails; pressez-leur la main, ils sont vos frères, car ils ont une devise qui ressemble beaucoup à la vôtre :
« Je ne te damne pas , pourquoi me damnes-tu ? »
11 n'est pas nécessaire de vous dire pourquoi tous ces hommes ont embrassé votre système : il détruit toute religion , il dispense de tous les devoirs ; les penchants mauvais , les passions avides sont a l'aise avec vous , rien ne les gène, pourquoi donc tenir à une religion sévère ? Les sacrifices, les renoncements sont inconnus dans votre indifférence , il n’y avait donc pas à balancer. — S’il est un indifférent qui n'ait pas adopté son système pour vivre sans religion , et par conséquent sans devoirs , qu'il nous dise quelle est sa religion d'abord, ensuite quels sont les devoirs religieux qu'il remplit. Vous dites que vous êtes catholique, je suppose; je vous en félicite, mais veuillez répondre à ces questions : « Assistez -vous régulièrement dans nos temples aux ofllces publics , aux instructions des pasleurs? Obéissez-vous aux lois de l’église? Gardez-vous scrupuleusement les préceptes de l'abstinence et du jeûne? Fuyez-vous les spectacles dangereux? Fréquentez-vous les tribunaux de la pénitence ? Vous souriez de ces questions , et vous n’avez pas tort. Persuadé que toutes les religions sont indifférentes , ignorant s'il en est une vraie et quelle est cette religion, pourquoi donc, dans l'incertitude, vous astreindriez-vous à tant de gène, à tant de pratiques pénibles.^ Vous le devez cependant, d'apres vos principes; mais ces principes contradictoires , exigeant et supposant
rimpossibie, vous forcent, et c’est i’uniquc profil que vous en lirez , d’ètrc inconséquent même dans l’erreur (1). »
Soyez sincère encore une fois, voici toute votre religion et les raisons qui vous ont porté à l’embrasser : les devoirs vous pèsent, les passions vous dominent, et pour finir tous les combats , vous vous êtes enrôlé sous la bannière des lâches , celle de rindiOerence !
Vous criez peut-être à la calomnie , et vous parlez de mœurs, de justice , de probité. Si vous êtes réellement chaste , juste , probe , c’est une raison de plus pour
vous d’abandonner votre Système ; vous êtes mal avec des libcriins , des voleurs , des assassins , des impies. Fuyez ! cette société ne vous convient pas. Fussiez-vous une de ces rares exceptions qui nous montrent un homme sans croyance arrêtée et pourtant avec les vertus d’un vrai croyant , ( ce que noos n’admettons pas facilement , car noos ajoutons peu de foi aux effets sans causes , aux édifices sans fondements) ; mais enfin fussiez -vous tel que vous le prétendez , pur aux yeux de Dieu , comme vous pouvez l’être aux yeux des hommes , nous vous dirions : Abandonnez votre système ; plus vous êtes saint , et plus il est indigne de vous : toutes les religions ne sont pas bonnes, vous l’avez vu; il n’en est qu’une de vraie ou de bonne , car la vérité est une. Mais vous ne iKDuvez pas dire de celle-là : je m’en passerai et je préfère mes doutes et mes ténèbres à ses lumières et à scs vérités. Quand les princes de la terre donnent des lois à leurs peuples, il n’est permis à personne de dire : elles ne me regar-
(1) Essai sur l’Indi/férence. t. i, p. lâa.
dent pas. Yoas chercheriez en vain à vons défendre de votre indifférence, en nous disant que vous honorez Dieu, que vous Taimez , comme si celui qui aime Dieu , dit Leibnitz , « pouvait être sauvé sans se mettre en peine des disputes et controverses ; je dirai plutôt le contraire ; et j’avoue que le plus sùr est de ne rien négliger, et que l’amour véritable le commande. Il faut chercher la véritable église, et l’écouter quand on la connaît , obéir aux supérieurs quand on le peut sans blesser sa conscience , et employer avec soin tous les moyens pour connaître toutes les vérités révélées de Dieu. »
C’est le cri de tous les hommes raisonnables , de tous ceux qui ont l’idée de Dieu. Pour eux , le système des indifférents n’est pas soutenable, il suffit d’en approcher pour le tuer ; car alors il leur apparaît donnant une main à l’athéisme et l’autre à la folie.