‹ De la Réforme et du catholicismeChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES MOYENS INPIOIlfeS ET EMPLOYÉS PAR LES APÔTRES DE LA RÉFORME POUR ARRIVER A LA VÉRITÉ , SONT-ILS DES MOYENS SURS?

Il y a trois siècles, toutes les nations de l'Europe étaient catholiques ; elles croyaient avoir la véritable foi , parce qu'elle leur venait des apôtres , des saints docteurs , de la tradition , de tous les siècles , de tout Tunivers. Quelques hommes leur disent : Vous vous êtes trompés avec tous les apôtres , tous les saints docteui-s , toute la tradition , tous les siècles, tout l'univers ; voici la voie simple et sure tout à la fois pour arriver à la vérité, pour retrouver enün la religion du Christ : « C’est la parolede Dieu, que tout homme peut lire , ou se faire lire, ou écouter lorsqu'on la lit publiquement. Cette parole contient nettement et clairement tout ce qui est nécessaire pour former la foi et pour former le culte et les mœurs ; et Dieu nous favorisant de sa grâce , il est aisé, même aux plus simples, déjuger si le ministère sous lequel nous vivons peut nous conduire au salut , et par conséquent si notre société est la véritable Église. »

Les peuples qui écoutèrent ces hommes et qui cmbras> sèrent cette doctrine, agirent-ils sagement? L’Europe, alors, ne fit-elIe rien que de raisonnable? Et ceux qui professent maintenant une religion ainsi faite, n’ont-ils aucun doute, aucun devoir à remplir? On peut aujourd’hui demander ces choses; les esprits sont calmes, l’expérience est assez longue pour qu’ils aient eu le temps de réfléchir ; les lumières luisent de toutes parts, et notre siècle curieux et grave aime assez à revenir sur le passé , à examiner ses actes et à les juger. Celui-ci mérite toute son attention ; qu'il examine et qu’il juge , nous nous en rapportons à sa bonne foi , à sa justice. En attendant qu’il se prononce , nous lui soumettrons quelques difllcultés qui pourront l’éclairer dans celte grande question.

PREMIÈRE DIFFICULTÉ. — Nous la trouvons dans la qualité même de réformateurs que prennent les nouveaux apôtres. Ils viennent réformer l’Église ; mais un grand nombre, avant eux, étaient venus, disaient-ils, chargés de celte mission. « Saint Augustin , dans son Trailé des Hérésies , compte 90 hérésies différentes qui , depuis la venue de Jésus-Christ , s’étaient élevées pour réformer l’Église. Entre saint Augustin et Luther , 180 nouvelles hérésies parurent. Depuis Luther (1557) jusqu’en 1595, Hosius Praleolus et autres écrivains modernes comptent 270 sectes nouvelles , venues toutes pour réformer ce qui existait quelques jours ou même quelques heures auparavant. » Or, laquelle sera la réformatrice véritable, et quels moyens il faudra employer pour faire cesser les autres prétentions ? Pour nous c’est une difliculté, et il serait important , avant tout , qu’elle fût résolue.

DEUXIÈME DIFFICULTÉ. — Bien qu6 les nouveaux ap6« très niaient point encore justifié des titres que tant d'autres revendiquent (1), nous voulons bien nous occuper de leur système. « L'Écriture est la règle de la foi , lisez et vous trouverez la religion véritable. » C'est fort bien ; seulement ils auraient dû penser que lorsqu'on veut construire un édifice , il ne faut point abattre d’une main ce que Ton vient d'élever de l’autre , car autrement on avance peu. Or , tel est le spectacle que nous donnent les nouveaux faiseurs. Ils veulent que les protestants s'atTranebissent de toute autorité , et en même temps ils leur prêchent la soumission à une autorité monstrueuse ; ils leur disent : ne consultez dans la recherche de la vérité que votre jugement particulier ; croyez ce que vous aurez trouvé après votre examen individuel ; et les protestants les croient sur parole. Voilà donc et le commandement que rien ne justifie , et une obéissance aveugle qui ne demande pas même la raison du sacrifice qu'on lui ordonne ; de sorte que « les calvinistes, en renonçant à l’autorité de l'Église, pour attribuera l’esprit de l’bomme la force déjuger tout par le discernement sont le plus grand exemple que l'on puisse concevoir de la faiblesse de l'esprit humain et de la force de l’autorité. On leur persuade par autorité qu’ils voient ce qu’ils ne voient pas, qu'ils sentent ce qu'ils ne sentent pas; et, ce qui parait presque contradictoire et inconcevable, c'est par autorité qu’ils croient qu’on ne doit rien écrire par autorité. Quand ils vous disent fièrement qu’il ne se faut point fier à

(1) Nous prouverons , dans le chap. v , qu’ils ne les justifleront jamais.

rau(orité humaine, c est un n\tc qu'on leur a appris, et en le (lisant ils n'ont point d'autres principes de l'attachement qu'ils ont à ce sentiment , que l'autorité du ministre qui leur aura dit gravement que c'est là ce qui est enseigné par l’Écriture (t). )>

Il y a donc en commençant, dans le système protestant, contradiction manifeste ; pour les personnes qui pensent , c’est une dilliculté. Mais il ne faut pas trop pousser la réforme , elle vous dirait que c'est au Saint-Esprit qu'il faut s’en prendre , attendu que c'est lui qui l’inspire et que c'est de lui qu'elle tient son système.

Nous prions le lecteur de ne pas perdre de vue les réserves que fait ici la réforme. Commesouvcni nous trouverons chez elle , non-seulement des contradictions , mais mille

autres choses singulières, absurdes, coupables, quelquefois ••

dignes de Téchafaiid, il sera bon de se rappeler qu'elle est hors’de cause, et qu'il ne faudra s’en prendre de tout cela qu’au Saint-Esprit.

TROISIÈME DIFFICULTÉ. — Ce systèmc est historiquement faux. Voyez d’abord les apétres; ils connaissaient, apparemment, la bonne manière de faire connaitre la vérité que J.-C. était venu apporter au monde ; eh bien ! suivaient-ils la pratique indiquée par la réforme ? Lorsqu’ils allaient convertissant les peuples , leur donnaient-ils les évangiles, les épitres qui n’existaient pas ? Se bornaientils à celte recommandation : « Lisez et vous serez éclairés, et vous saurez la vérité? Il faudrait que l’on nous répondit

(1) Les Réformés convaincus de schisme^ p. 162.

là'dessus ; c*est important ; s'il fallait s’cn rapporter aux apôtres, les protestants seraient obligés d'abandonner leur système tant vanté , et ils sont calboliques ; car ils viennent de proclamer l'autorité. Or, nous voyons que les apôtrès « prêchaient le royaume de Dieu en public et en particulier; enseignant avec grande confiance ce qui regarde le Seigneur Jésus-Christ ; exhortant les juifs et les gentils à revenir à Dieu par la pénitence , et à croire à notre Seigneur Jésus-Christ (l). » « Ils allaient de ville en ville, et leur donnaient à garderies ordonnances faites par les apôtres et les prêtres qui étaient à Jérusalem (2). » L'apôtre saint Paul « traversa la Syrie et la Cilicie , affemniissant les Eglises et leur ordonnant d'observer les préceptes des apôtres et des prêtres (3). » 11 parait bien , d'après ces passages et mille autres , que les apôtres ne disaient pas à leurs auditeurs: « voilà des livres , et faites votre croyance; il semblerait , au contraire , qu’ils leur donnaient leur foi toute faite.

Nos missionnaires , qui vont prêcher aux Indes , à la Chipe , dans les forêts de l’Amérique , obtiennent , tout le monde le sait , des résultats autrement importants que ceux des sociétés bibliques , qui inellenl sept ans pour avoir, un néophyte ; or quels sont les moyens qu’ils emploient ? distribuent-ils des livres à l'infini , comme les protestants, ou bien la parole de Dieu ? Ils prient, ils prêchent, et les succès les plus heureux couronnent leurs etTorts ; la réforme est obligée d’en convenir. C'est ainsi que nous tous, catholiques et protestants , avons reçu la foi.

(1) Act. c. XX , V. 20 , 21; c. xxviii, v. 31. - (i) Ibid. c. xm, v. 4.— (.3) Ibid. c. XV, V. 41.

El les ministres y qui recommandent tant l'examen des Ecritures, lorsqu’ils ?ont faire leur prêche , se contententils de dire : lisez ? Non certainement ; ils expliquent , ils commentent ; et ils croiraient n'avoir rien fait sans cela. Mais c'est encore une contradiction I Si votre système est bon , ne dites rien ; il vous suflit de laisser vos livres. Pour cesser d’étre inconséquents , restez chez vous ; tout le monde a la Bible, et chacun sera éclairé de scs lumières. Restez chez vous aussi , vous tous que l'on appelle dans le temple , vous avez dans vos maisons deux prédicateurs qui vous suffisent : la Bible et le SainUEsprit. Donc si vous allez en entendre d'autres , nous dirons que c'est une perte de temps, ou bien un acte de pure courtoisie ; vous voulez épargner à vos ministres ce délaissement dont ils ont la maladresse de se plaindre , oubliant qu'on les a pris au mot. Qu’ils supportent en silence votre tiédeur ; vous êtes conséquents : vous savez que s'ils ont besoin d'auditeurs , vous n’avez pas besoin de ministres. Ils vous ont donné la Bible , et désormais , ministres et prêches ne sont que de vieux mots qui n'ont plus aucune signification , et que la société comme la langue pourraient supprimer sans nuire à aucun de leurs intérêts.

Quoi qu’il en soit des dispositions des peuples protestants à l’égard de leurs docteurs, nous ferons une dernière question aux partisans de l'examen : Si par quelque persécution terrible toutes nos Bibles étaient enlevées, brûlées, la religion périrait-elle aussitôt? n’y aurait-il pas un autre moyen de se sauver que par la lecture de la Bible ? Sous Dioclétien , et sous d’autres empereurs , on fît la guerre aux livres saints , comme si tout le Cbristiauismc était là ;

csl-€e qu’il n’était pas brillant ? Les conversions n’étendaient-elles pas tous les jours les conquêtes de l’Église ? Cependant les Bibles alors n’étaient pas communes ; il n’y avait pas des sociétés qui dépensaient , tous les ans , 16 millions pour les imprimer et les répandre. On peut donc avoir la foi , se sanctifier sans la Bible ; votre système est donc faux.

Toutes les erreurs ont été réfutées par les Pères, même cellesquisontvenues quinze cents ans après eux. S. Irénée disait donc aux protestants : « Si les apdtres ne vous eussent rien transmis par l’Écriture, ne faudrait-il pas suivre la tradition, telle qu’elle nous a été communiquée par ceux à qui ces mêmes apôtres ont confié l’administration des églises qu’ils ont fondées ? » Cette question du saint docteur est un peu embarrassante. Saint Irénée continue : «C’est surcetteautorité de la tradition que plusieurs nations barbares , qui croient en Jésus-Christ , placent le fondement de leur foi ; elles conservent fidèlement gravés dans leur esprit ^ sans le secours de l'Écriture , qui parle aux yeux, les commandements relatifs au salut et les principes de l’ancienne tradition ; elles croient en un seul Dieu , créateur du ciel et de la terre , et de tout ce qui existe , par l’intervention du Christ , fils de Dieu , du Christ qui , par un amour infini pour sa créature , a bien voulu s’incarner dans le sein de la Vierge , unissant ensemble la nature de Dieu et la nature de l’homme ; qui a souffert sous Ponce- Pilate « est remonté au ciel, après sa résurrection , dans l’éclat de sa gloire ; qui doit venir dans toute sa puissance à la fin des temps pour récom[>enser les justes et punir les méchants ; livrant au feu éternel ceux qui ont cherché à

ul^urcir la vérité , ceux qui ont méprisé le pouvoir du Père et la venue du Fils sur la terre. Ceux donc qui , sans le secours des Écritures , ont cru tous ces articles de foi, peuvent bien être pour nous des barbares , relativement à la diiîérence de leur langage avec le nôtre ; mais , quant à leur sagesse , quant à' leur conduite , quant aux principes qu*ils professent , nous devons les considérer comme très^' civilisés ; car ils savent faire ce qui est agréable ’à Dieu i et ils vivent dans la justice dans la chasteté , dans la sagesse. Si quelqu'un venait , en partit lem^ Niigagë , leur proposer les rêveries inventées par les hérétiques , vous les verriez fermerauskitôt Mars oreilles à ces discours et s'enfuir au loin /jusqu’à ce qu’ils n’entendissent plus ces blasphèmes ^ impies. Aussi , dans le profond attachement à la tradition qu'ils ont reçue des apôtres , ils ne supposent même paaqu’on puiMe^^rbber à y porter atteinte ; car il n’y a Jama|ÉN||||H||^^ secte ni hérésie (1).»

La méii^||H|H|P|^ par des protestants de mérite. les plus savants et les plus

généralement estimés dans la réforme , en a parlé en ces termes < « Toute la religion de J.-C. était déjà exercée^ et^pc^ant aucun des évangélistes ni des apôtres n’avait encore écrit. L’oraison dominicale était récitée avant que S.Bfatthieu la consignât par écrit, car J. -G. lui-même avait enseigné celle prière à ses disciples. Si^; par conséquent , les premiers chrétiens n’étaient pas dans le cas d’attendre, pour ces points , les écrits des apôtres et des évangélistes, pourquoi eussent-ils été astreints à cette obligation pour

(!) /Idwrs. hwres. 1. lil , c. 4.

d’autres articles ? Gomment , après avoir prié et baptisé , conformément à la maxime de Jésus - Christ oralement transmise , eussent -iis pu se refuser à suivre la mémo méthode pour tout ce qui regardait nécessairement le reste du Christianisme ? Mais, dira-t-on, si Jésus-Christ a statué ainsi oralement sur ces points , pourquoi n'a-t-il pas agi de même à l'égard de tout ce que ses apôtres enseignent d’ailleurs de lui , et de ce que le monde devait croire ? Serait-ce parce que le Nouveau - Testament ne fait nulle mention d’une pareille maxime , ou d’une pareille disposition ? Comme si les auteurs de celle-ci avaient jamais prétendu avoir consigné par écrit toutes les actions et toutes les paroles de Jésus-Christ ! Comme s’ils n'avaient pas expressément dit le contraire , dans l’intention sans doute d’accorder , à côté deux , de la place aux traditions ! Ne suflit-il pas que les premiers chrétiens aient cru une espèce de symbole , de tous les points de doctrine , rédigé par J.-C. lui-mème, et qu’il appelait règle de la foi (l) ? » , Scmier , célèbre théologien protestant , partage le sentiment de Lessing : « C’est faire preuve d’ignorance en fait d’histoire , dit-il , que de confondre la religion chrétienne avec la Bible ; comme s’il n’y avait pas eu des chrétiens avant l’existence de celle-ci ; comme si tels et tels n’avaient pas pu être de bons chrétiens , en ne connaissant qu’un seul des quatre évangiles , ou quelques épitres seulement de la collection entière (2] ! )>

Voilà donc la méthode de la réforme repoussée par les

( 1 ) Œuvr . thèol. posth.

(2) Eléments hist. de Hiersching., I. xxiii, p. 293. — S Augustin avait (lit : « Un homme étant soutenu par la foi , par l’espérance, par la

faits , par les apôtres , par les saints docteurs , par la pra> tique des ministres, par des protestants recommandables. Or, cette réprobation générale n'est-elle pas encore une ditTiculté ?

QUATRIÈME DIFFICULTÉ , quî sclon nous n'est pas peu embarrassante. — On veut que nous formions notre foi sur la Bible. Soit ; mais ne faut-il pas , avant d'entreprendre ce travail , qui doit être long et dillicile, nous éclairer sur un point assez important ? Quel est le moyen de s'assurer que le livre que l'on nous présente est réellement le livre de Dieu , et non l'ouvrage d'un homme , d'un faussaire ? Car , enfin , je puis m'attendre à tout cela ; et rien , dans les apôtres nouveaux , ne me tranquillise et ne me prouve que je ne suis point trompé. Ils me disent : c'est la parole de Dieu. Quelle raison m'en donnent-ils ? La tradition ? ils n'en veulent pas. Le consentement des Eglises ? elles me crient de m'en méûer. Leur autorité propre ? mais , quelle qu'elle soit , elle n'est pas plus grande que celle à laquelle j'obéissais (1). D'ailleurs , ils ne sont pas d'accord entre eux , et si l'on recueillait leurs sentiments divers , l'Ecriture n'inspirerait pas beaucoup de confiance. West et Yater soutiennent que le Pentateu-

charitc n’a pas besoin des Écritures , si ce n'est pour instruire les autres. C’est ainsi que beaucoup de solitaires vivent avec ces trois vertus, môme dans les déserts, sans avoir les livres sacrés. » (De Doct. christ. 1. Il , c. 36.^

(1) Scion vous, disait le ministre Papin aux protestants, on est coupable de résister aux décisions d’un synode , parce qu’il était composé de plusieurs ministres ; mais alors vous l’êtes bien davantage d'avoir résisté à celles du concile de Trente !

que n’est pas de Moïse ; le docteur Léo > que le passage de la mer rouge et les plaies d’Égypte ne sont que des traditions poétiques ; Garlostadt , que ni Samuel ni Esdras ne sont les auteurs des livres qu’on leur attribue. HafTner , prétend que le livre de Judith est un roman pieux ; les bons et les mauvais anges de Tobie, de purs symboles ; le Cantique des cantiques , un poëme gracieux, où l’amour conjugal est représenté en style d’idylle. Breischneider veut que le livre de Job ne soit qu’un drame ; les psaumes, des productions purement poétiques ; les prophètes , les moines des anciens temps, esprits fanatiques dont le caractère fantasque apparait dans la mort d’Ëlie. Il n'est pas possible , dit-il , qu'lsaïe soit l’auteur des chapitres 40 à 66. Selon lui , le livre de Jonas est une jolie fable, tout-àfait dans le goût des anciens temps ; et il est vraisemblable que la doctrine du Christ a été altérée dans le Nouveau- Testament. Schutz et Schutthess pensent que l'Évangile de saint Matthieu mérite peu de conGance ; que les trois de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, ont été rédigés d’après un ancien codex araméen ; que l’Évangile de saint Jean est incontestablement l’œuvre d’un philosophe d'Alexandrie. Schlieirmacber ne croit pas que l’Apocalypse de saint Jean soit prophétique ni apostolique ; il n’y trouve aucune trace d’inspiration divine; il attaque la première Epitre à Timothée ; Echlorn , la première et la seconde, ainsi que celle à Titc. Le docteur Baumgarten-Crosius établit que l’Epitre aux hébreux est d’un philosophe d’Alexandrie (1).

(1) Quant aux miracles du Nouveau-Testament, les théologiens

A tous ces noms , que lauteur de la Vie de Calvin s’est doDué la peine de recueillir , nous pourrions en ajouter qui ne sont pas moins respectables. On sait que Luther a retranché de l’Ecriture les livres qui lui ont déplu « et

en a traité d’autres assez durement. 11 met de cùté rÉpitre de saint Jacques , comme manquant toul-à-fait de manière apostolique , et ne pouvant par conséquent être de cet apôtre ; aussi l’a-t-il appelée une ép'tre de paille (1). Il dit que le livre de Job est un fablier, que l’Ecclésiaste n'a ni bottes ni éperons , et chevauche sur des chaussons ; que l'Epitre aux hébreux renferme des erreurs contraires à

protestants en font peu de cas ; d’après un ministre qui le savait bien , voici leur sentiment à cet égard Quand les bergers, dans les champs de Bclhlccm , ont été enluminés dans la gloire du Seigneur, ils n’ont vu réellement que la lumière d’une lanterne qu'on leur avait portée aux yeux. Quand Jésus-Christ a marché sur les Ilots de la mer, il se promenait seulement sur les bords de celle-ci , et s’il a conjuré l'orage, ce ne fut qu’en saisissant le gouvernail d’une main habile. En parlant de la nourriture miraculeuse qu’il donna à plusieurs milliers d’hommes , il est entendu que ceux-ci consommèrent leur propre pain , qu’ils tenaient encore en réserve dans leurs poches. Les morts qu’on prétendait avoir été ressuscités par lui, n’étaient que des léthargiques ; et lui-même n’est pas réellement mort, quand on applique le même prodige à sa personne. Quand on crut le voir monter au ciel, il se dérobait à scs disciples à la faveur d’un brouillard. Quand Paul , enfin , se vit enveloppé de la lumière céleste au milieu de laquelle le Christ se révéla à lui , ce n’était que la foudre qui était tombée à ses côtés. »

(1) Calvin soutenait, au contraire, que cette Epltre était tout^ d'or. Quelle inspiration faudra- 1- il croire? Il n’est pas facile de décider; car c’est le même Saint-Esprit qui a soufflé à Luther et à Calvin ; donc les deux sentiments contradictoires sont vrais.

foules les Epitres de saint Paul , et qu'il lui est impossible d’y Irouver un esprit apostolique ou divin (1). »

Les autres réformateurs n’étaient guère plus respectueux’ envers les livres saints; et si Zwingle et Emscr accu, saient Luther d’altérer la parole de Dieu , d’avoir falsifié la Bible presque a chaque page , Luther faisait le même reproche à Muncer, Bèze attaquait la traduction d'OEcotampade, Castalîo celle de Bcze, et Molinœiis celle de Bèze et de Gastalio.

Dans un écrit approuvé par les évêques anglicans, l’auteur, parlant de la manière dont Calvin et les siens ont traduit l'Écriture sainte, dit : « Jamais au monde il n’aurait pu se rencontrer un homme d’une audace assez débordée pour oser, sans la moindre couleur de vérité, abuser ainsi de la parole de Dieu, de soi-même , de ses lecteurs , de l’univers entier! «Quelques protestants zélés adressèrent à Jacques P' une pétition par laquelle ils se plaignaient que la traduction des psaumes , contenue dans leur livre de prières ordinaires , différait dé la vérité du texte hébreu en plus de deux cents passages , faits par des additions , par des retranchements, par des altérations. Les ministres du

(1) Opera^ 1. 1, p. 431 ; Entretiens de Table, et Préf. pour les éditions de la Bible. — TerliiUicn avait dit ; « L’herésie rejette certains livres des Écritures , et ceux qu'elle reçoit comme authentiques, elle ne les reçoit pas en entier ; elle les altère et par ce qu’elle en retranche , et par ce qu’elle y ajoute pour les plier à son système. Ceux qu elle reçoit en entier, elle les pervertit encore par les interprétations qu’elle imagine; car il est également contraire d'altérer le sens et le texte. L’audacieux novateur n’a garde de reconnaître ce qui le confond , mais il cite avec aiTcctation tout ce qu’il a falsifié et les passages obscurs dont il abuse. » (Prœs. c. xvii.)

diocèse de Lincoln prouvent également , en s’adressant au roi , que la traduction anglaise de la Bible est une traduction qui est absurde et dépourvue de sens , qui altère , en beaucoup de passages, la pensée du Saint-Esprit ; et Brougton,* ardent protestant, assure aux évêques, dans ses Avertissements sur les corruptions , que <c la traduction de l’Écriture en anglais est telle, qu’elle corrompt le texte de l’Ancien - Testament en huit cent quarante endroits, et que cela est cause que des millions et des millions entendent mal le Nouveau-Testament et se précipitent dans les Üammes éternelles (1). » •

Voilà donc toute la Bible comme un édiOce en démolition ; elle s’en va pièce à pièce : selon les uns , elle n’est plus inspirée; selon les autres, elle est tellement défigurée, altérée, corrompue, que ce n’est plus un livre divin; et Jurieu avouait : « qu’il n’y avait pas un caractère de divinité dans toute l’Ecriture qui ne put être éludé par les profanes , pas un qui pùt faire une preuve ; et considérés tous ensemble , ils ne sauraient faire une démonstration (2). » Mais alors l’Ecriture ne peut être une règle de foi , elle n’est plus une voie sure pour arriver à la vérité. Gela nous parait au moins une difficulté.

(1) Voyage d'un Irlandais, p. 181.- Voulez-vous savoir pourquoi ces hommes employaient leur temps à falsiflcr l’Écriture, ainsi que les Pères? vous n’avez qu’à vous rappeler, par exemple, la réponse de Dumoulin à un gentilhomme qui lui témoignait son étonnement de ce qu’il avait raisiné un passage de saint Basile : « C'est autant de peine donnée aux papistes. » Indigné de tant de mauvaise foi , le gentilhomme se convertit. ( Erreurs de la religion prétendue réformée

(2) Saurin , Examen de la Théologie de Jurieu.

ciNQüiÈMB DIFFICULTE. — Quand même on pourrait recevoir sans imprudence , de la main des nouveaux apôtres, la Bible comme un ouvrage inspiré ; quand elle n'aurait point été falsifiée dans une infinité d'endroits, il faudrait que cette voie, qui est olîerte à tous, fût à la portée de tous ; or, qui ne voit qu'elle est impraticable pour le plus grand nombre ?Que deviendront alors les ignorants ? « Étrange prétention, répond Fitche, qu'a l’école réformée , de vouloir fermer le ciel à tous ceux qui ne savent pas lire (l) ! » a Pauvres gens , ajoute Lessing , nés sur une terre où la Bible n'a pas encore été traduite , que je vous plains ! Et vous. Insulaires qui n’avez jamais appris à lire, et qui êtes chrétiens puisque vous avez reçu le baptême , que votre sort est malheureux I car mes frères voudraient me faire croire que pour être sauvé, il est aussi nécessaire de savoir lire que d'avoir reçu le baptême. Et quand vous aurez appris à lire , pauvres âmes , tout ne sera pas dit ; il faudra encore que vous étudiiez l'hébreu, pour être plus sûres de votre salut. » Ces pauvres âmes se feront lire la Bible, me dira-t-on ; à la bonne heure. Mais qui leur répond que le lecteur ne les trompe pas ? Si vous dites qu'elles peuvent s'en rapporter à lui , je répondrai qu'autant valait-il leur laisser l'autorité de l'Eglise ; elle était tout aussi grave, tout aussi vénérable. Et voilà que le bon sens, la prudence vous ramènent forcément au Catholicisme.

(1) a Si, par une opération surnaturelle, on pouvait entendre les livres saints sans interprète, il semble qu’on pourrait aussi bien les lire sans l’avoir appris. » ( M. de Donald , Pensres ). Il n’en coûterait pas davantage aux protestants d’aller jusque-là , alors il n’y aurait plus de dimculté.

Mais j’accorde que les ignorants ne seront pas tenas de savoir lire , de comprendre, avec la langue vulgaire , le latin, le grec, rhébreu, comme le demande Lessing, et que votre'lecteur saura parfaitement tout cela ; le moyen indiqué ne serait pas encore bien sûr , il faudrait aussi que rÊcriturefùt claire cl que l’on ne risquât pas de se tromper sur le sens , qu'il n’y eut aucun passage diiïicilc , controversé; car , s'il y a doute sur le sens , s’il y a danger de se tromper , il faut convenir que la Bible seule ne suffit pas pour nous guider dans la voie de la vérité. Dans une affaire de cette importance, il nous faudrait un moyen infaillible?

Or , malheureusement , les preuves de l’obscurité de l’Écriture ne manquent pas (l) ; noos prenons , pour exemple , les premiers textes qui se présentent. « Le péché est entré dans le monde par un seul homme , et la mort par le péché; ainsi la mort est passée dans tous les hommes tous ayant péché dans un seul. » Ce passage parait clair , et la preuve qu’en lire saint Augustin en faveur du péché originel est sans réplique. Cependant d’autres ont soutenu qu’il était mal traduit , et au lieu de dire : tous ayant péché dans un seul , ils ont traduit : parce que tous ont péché : eo quod omnes peccaverunt , ce qu’ils entendent du pikîhé actuel et non do péché originel. Or, demande ici l'auteur des Prétendus Réformés convaincus de schisme , que fera une femme calviniste , à qui on voudra faire croire au péché originel par ce passage, pour s’assurer qu’il est bien traduit ? •

(1) Luther assure que o Pour comprendre l’Écriture, Il faudrait avoir vécu avec le Christ et les apôtres. »

On tire une grande preuve de la divinité du Messie de ces mots: a il est appelé conseiller et Dieu (ori, consüiarius, Deusforlis, » Cependant cette preuve s’évanouit par la note de Grotius , qui prétend qu'il faut traduire : comultor Dei fortis , qui consultera le Dieu fort.

La divinité de Jésus-Cbrist parait bien manifeste dans ces paroles de saint Paul aux romains : « Desquels est sorti selon 'la chair Jésus-Christ même » qui est Dieu au dessus de tout^ et béai dans tous les siècles; ex quibus est Chrislus

secundum carnem, qui est super omnia Deus benedictus in

sœcula. yi Cependant Soda ^ (POur éluder ce passage, allègue le sentiment d'Erasme, qu'il faut mettre un point après ces mots secundum carnem; et traduire ces paroles : qui est super omnia Deus benedictus in sœcula, comme une clause détachée, eu l'exprimant par ces termes : Que Dieu, qui est au dessus de tout , soit béni dans tous les siècles.

11 suffit donc qu’un copiste oublie un point, une virgule, et il a détourné le sens des plus forts passages en faveur de dogmes essentiels; mais cela est éffrayaDt (1) !

Les textes les plus clairs ne le sont pas pour tous les in< terprètes , et l'on sait que ces paroles : Ceci est mon corps, ont eu, avant la fin du seizième siècle, jusqu'à 200 interprétations différentes. Osiandre, que cite Taylor, affirme

que , pendant le même laps de temps , vingt opinions dif-

(i) Scbieimacker , professeur à Berlin , soutient que l^criture change de sens tous les quinze ans. Ainsi, en 1820 , TÉcriturc, de concert avec Scbieimacker, enseignait la divinité de Jésus-Ciirist; mais en 1835 il a plu à notre docteur de rejeter cette vérité , et, dés ce jour, l Écriture enseigne que Jésus-Christ n'est pas Dieu. ( Symbol, t. ii, p. 80.)

férentes sur la satisfaction furent tirées des écritures, seu> lemont par les partisans de la confession d'Augsbourg. Il compte encore seize opinions ditTérentessur le péché originel, et autant de distinctions de sacrements qu*il y avait de sectes qui ne s'entendaient pas (1).

11 faudrait donc conclure que puisque les savants ne sont pas d’accord sur les interprétations des Écritures , et qu’ils disputent sans cesse sur leur véritable sens , un ignorant ne sera pas plus habile.

SIXIÈME DIFFICULTÉ. — Celle -ci est proposée par un ministre protestant : «Le principe fondamental du protes^ tantisme c’est que la raison de chaque homme , interpré* tant l’Écriture sainte , est son unique règle de foi. Le protestant ne saurait en avoir d’autre, puisque c’est sa raison seule qui détermine pour lui le sens de la Bible. Or, comme nul ne peut se croire infaillible, ni par conséquent être assuré que la foi qu’il s’est faite ne renferme pas d’erreur , nul ne peut avoir une foi certaine. Remarquez , en effet, qu’il serait nécessaire que sa raison faillible eût une règle certaine pour déterminer le sens de l’Écriture ; or, dès qu’on établit la raison de chaque homme juge de la vérité , toutes les règles qu’on peut lui donner se réduisent à celle-ci : Tout ce qui paraît clair à votre raison est vrai. Mais qui ne voit qu’il s’agit précisément de savoir comment le protestant s’assurera qu’il ne se fait pas illusion en prononçant , d’après sa seule raison , que tel dogme est clairement contenu dans l’Écriture

(t) Thom. Moorp, Voyage d'un Irlandais.

sainte , et que tel autre n'y est pas renfermé. Prétendrat-il qu'à cet égard toute illusion est impossible? Alors > qu'il se déclare nettement infaillible: mais , tant qu'il n’en viendra point à cet excès de folie, il sera contraint d’avouer qu'il n’a pas la certitude de sa foi , puisqu’elle ne repose que sur sa seule raison qui a besoin d’une règle, et que la règle qu'on lut donne n'est que sa raison même sujette à l’erreur (1). »

Mais on ne connait pas toutes les ressources de la réforme; voici pour elle l’infaillibilité; le lecteur jugera : « Le simple sentiment de la conscience sutlit aux plus petits pour discerner le bien et le mal , et par conséquent pour rejeter les fausses doctrines qui intéressent le salut (2). » Voyons pourtant : lesentiment individuel , ou bien, comme on l’appelle encore , le rayon de chacun sera la règle de sa foi ; il décidera dans le doute. Mais de ce principe suivent certaines difticultés qu’il faut noter ; par exemple : tous les Pères, tous les docteurs de l'Église, pendant quinze siècles, auront vu dans certains passages de l'Écriture la présence réelle, l'antorité de l’Eglise, la confession, etc.; mais, comme l'ignorant protestant n'aura vu dans ces mêmes passages qne la ligure du corps de Jésus-Christ , que l’autorité du seniimeut particulier, que l’aveu de ses fautes à Dieu seul , il faudra être de son avis et croire qu’il a mieux entendu lé sens de ces passages que tous les docteurs, que tous les conciles, que toute l’Église (3) I

(l) Lettre de M. Laval , pasteur de Condé-sur-^oireau.

(î) Déf. de la Réf. p. 207.

(3) Calvin admet celte conséquence ; on lit dans VInsl. c. ix : « Lorsque l’on allègue l’autorltè d’un concile , je désire que l’on

Si nous demandions des preuves , pourrait-on les donner? Si Claude parle de son simple sendment, de son rayon, nous loi dirions que tant de savants théologiens , les saint? docteurs , les conciles avaient aussi leur sentiment , leur rayon, et que, par conséquent, étant plus nombreuv, pour )e moins aussi instruits et aussi saints , ils devraient l’emporter, et leur doctrine avoir la préférence sur celle de l'ignorant. Si l’on répond que l’autorité est la môme de part et d’autre , ce qui n’est pas du tout évident , nous demanderions à Calvin et à Claude si au moins il n’y a pas doute , et , dans ce cas , ils seraient forcés d’avouer que le simple sentiment ne suffit pas aux plus petits pour discerner le bien ou le mal, et qu’il faut autre chose pour rejeter les fausses doctrines qui intéressent le salut (I).

considère en quel temps et pour quel sujet il a été assemblé , et quelles personnes y ont assisté; apres, que l’on examine le point principal , selon la régie de l’Écriture, de sorte que la détlnition du concile ait son poids et qu’elle soit comme un préjugé , mais qu’elle n’empéche pas l’examen.» Ainsi, en dernière analyse, c’est l’ignorant qui juge le concile.

— On sait que Bossuet soutint cette proposition devant M. Claude qui la reconnut pour appartenir à son parti ; ce qui décida mademoiselle de Duras à abandonner une secte qui dérendait une doctrine si contraire à la raison.

— Un seigneur protestant , abandonnant aussi cette secte , disait à ses anciens coreligionnaires : « Quoi ! dans les dinicultés qui me retiennent l’esprit en suspens sur l’Eucharistie, je trouve l’Écriture qui favorise au moins autant les romains que vous, je m’en rapporterais plutôt au jugement de mon sellier et de mon maréchal qui sont de votre Eglise, qu’au jugement de Mgr.l’évéquc d’Angouléme et de tant d’évéques et de docteurs ! » {Confér. fam. eotUre les prot. )

(1) Rousseau réfute victorieusement ce système dans sa Première

sci>TiBMB DIFFICULTÉ. — Ncst-U p3S coDstant qu6 l’on s'est trompé souvent dans l'interprétation des Écritures? Les juifs ont-ils pris le véritable sens des prophéties qui regardent le Messie? Au lieu de le reconnaître dans Jésus-Christ, ne l'ont-ils pas vu dans une foule de personnages qui n'avaient d’autre titre que l’aveuglement ou l’ignorance de ce peuple? N’a-t-on pas compté 70 de ces imposteurs depuis Barcochébas jusqu’à Zabbatîiay-Zeri ? Voilà donc toute une nation qui , pendant plusieurs siècles, s’égare sur un point essentiel. Les gnostiques , les nestoriens , les ariens et les autres hérétiques qui ont été condamnés Justement par rÉglisê, de l’aveu môme des réformés, trouvaient tous leurs dogmes dans l'Écriture; ils en appelaient tous au texte sacré, et cependant ils se trompaient, ils professaient de monstrueuses erreurs. La parole de Dieu , interprétée par le sentiment particulier, n’est donc pas un moyen sur d’arriver à la vérité.

Il suit de là , que la réforme ne peut plus parler de ses articles fondametUauœ , dont , si souvent , elle a étourdi le monde. « Chacun peut les trouver clairement exprimés dans l’Écriture. » Mais il restera toujours cette difliculté de Locke , à laquelle on n’a point répondu : comme chaque individu a droit de les expliquer à sa manière, qui pro-

Leltre de la Montagne ‘.d'sous, pouvons nous tromper dans nos idées, mais aussi vous pouvez vous tromper dans ies vôtres; pourquoi ne le pourriez-vous pas, étant hommes? Vous pouvez avoir autant do bonne fol que nous , mais vous ne sauriez en avoir davantage ; vous pouvez être éclairés, mais vous n'étes pas inrailliblcs. Qui jugera donc entre les deux partis ? Sera-ce vous ? cela n’est pas juste; bien moins encore nous, qui nous déflons si fort de nousr mêmes. »

noDcera ? Cette difficulté a souvent été proposée par les protestants. « Qui pourra décider , au consentement de tous , dit un calviniste , quels sont les dogmes nécessaires au salut et qui y suffisent précisément , je le prendrai {tour on grand prophète (1). » Un autre calviniste, l'auteur des Remarques sur la réunion du Christianisme , soutient que « découvrir ce qui est fondamental a été , jusqu’ici , une difficulté insurmontable ; » car, ajoute Locke, « les catholiques romains en expliqueront quelques-uns d’une manière , et les réformés d’une autre ; les remontrants leur donneront un sens tout diflerent de celui que leur donnent les contra-remontrants , et les trinitaires et les unitaires déclareront, selon toutes les apparences, qu’ils no sauraient convenir sur l’explication de quelques-uns de ces articles.» Celte difficulté est , ce me semble , assez importante. Cependant notre docteur n’a pas daigné y répondre la moindre chose dans sa dernière réplique. C’est pourtant ce qu'il ne peut se dispenser de faire ; et cela , par la raison qu’il y aura autant d’articles fondamentaux , qu’il y aura de différenls interprètes. C’est pourquoi , s’il ne peut nous faire voir que c’est à lui seul qu’appartient le droit d’èlre l’interprète des poiots fondamentaux , tout le bruit qu’il fait sur les articles fondamentaux est inuliie ; car un autre interprète, dont l'autorité est aussi bien fondée que la sienne, proposera d’autres articles tout diiïérenls; et après ce beau combat , serons-nous plus en état de juger quels sont les vrais points fondamentaux qu’on doit croire pour devenir chrétien ? Sur quoi, je vous prie de considérer combien de

(1) Arnald. Poiemborg, in prœst. viv. épis/.

divisions dans l'Église^ et de pcrséculions sanglantes parmi les clirétiens , à cause de cette licence « d'opposer ainsi Christianisme à Christianisme , par la multiplication des points fondamentaux rendus nécessaires par rinfaillibilité de tant de systèmes contraires. Quant à notre docteur , il ne lui manque , pour donner du poids à son zèle , que le pouvoir de faire recevoir son système pour le seul Christianisme ; car il a déjà trouvé le symbole des apôtres défectueux. il est aussi infaillible que le pape ; quelque autre docteur est aussi infaillible que lui ; et lorsque les hommes entreprennent , une fois ^ d'ajouter quelque chose aux conditions de l'Évangile , ils manquent rarement d'ardeur pour faire recevoir les opinions qu'ils ont inventées (1). »

Nous avons trouvé dans Calvin et Bèze la réponse à la difficulté de Locke; écoutez bien : Oebin avait dit qu'il ne voyait pas la Trinité dans l'Écriture , ni le Saint-Esprit; Calvin et Bèze le ramenant alors à l'autorité : cc Par là , lui disent-ils , est repoussée l'arrogance d'aucuns insensés qui se vantent de n’avoir besoin des docteurs , parce que la lecture est suffisante ; qui ne tiendra compte de l'aide de la vive voix , et se contentera de l'Ecriture morte, sentira quel mat c'est de mépriser le moyen ordonné de Dieu et de Jésus-Christ pour apprendre. » C’est bien dit ; mais devant celte décision , qui est grave , comme on voit , que devient V Institution , la merveille de la réforme ? que devient le Système de V Église ?

nuiTiÈ.ME DIFFICULTÉ. — Le Critérium do la réforme (i) Christian, raison, l. ii, p. 188 cl 189.

a conduit quelquefois les proteslaols qui l'ont pris pour guide , à des interprétations étranges ; lorsqu'on y pense » on a bien de la peine à croire à son infaillibilité. Wiclef > Luther, Mélanchton , Calvin, Bèze et les autres réforma* teurs ont appris de lui qu'il n'y avait point de liberté dans rbomine , afin de bannir le péché du monde, ou qu'il n'y eût de coupable que Dieu ; que la trahison de Judas est aussi bien l'œuvre de Dieu que la conversion de saint Paul (I) ; qu’une prostituée est aussi agréable à Dieu qu'une religieuse dans un couvent [*2] ; que Dieu est véritablement injuste (3); que les œuvres des plus grands saints sont des péchés mortels (4) ; qu’il nous est impossible de perdre le ciel (5) ; que la justice et la sanctification des enfants des

(1) Chcmlnosius, De la Cause du Péché , c. viii.

(i) Voici les paroles de Luther : « Les femmes perdues sont plus agréables à Dieu que les filles qui vivent dans les monastères ; et une femme grosse, même d'un bâtard, peut se glorifier que scs œuvres sont agréables à Dieu , parce qu'elle porte un fruit qui est l’ouvrage de ses mains, et parce qu'elle a cette parole de Dieu : Croissez et multipliez^ qui autorise son action. » ( Wittemb. Opéra, t. v , f. 125. )

(3) « En damnant les hommes, Dieu ne considère pas leurs mérites ; Il damne des innocents , il répand sa colère et sa sévérité sur ceux qui ne l'ont pas mérité. » (Luther, de servo Arbitrio.)

(<) Catéchisme, dimanche vingtième. — Luther avait enseigné que « la foi sans les œuvres sauve Hiomme. C’est le véritable Évangile et une inspiration que m'a donnée le Saint-Esprit; i’empereur, le pape et tous les diables n'oseraient y toucher. » ( Wittemb, Opéra, t. VI , f. 160.) a Les âmes pieuses qui font le bien pour gagner le royaume des deux , n'y parviendront non-seulement jamais, mais ii faut même les compter pour impies , et il est plus urgent de se prémunir contre les bonnes œuvres que contre le péché. « {Ibid. l. VI, f. 475.)

(5) « Nous osons promettre que la vie éternelle est nôtre , et qu’elle ne peut nous manquer, non plus qu’à Jésus-Christ , et que

fldèles dans le sein de leurs mères ne se perdent jamais , jusqu’à la fin du monde ; et que David , dans ses deux cri> mes , Salomon , dans ses idolâtries , et saint Pierre , dans son reniement , n’ont point perdu la justice.

Ce critérium a dit encore aux anabaptistes de mettre à mort les impies , de confisquer leurs biens , d'établir un nouveau monde composé des seuls justes;à Hermann, qu'il était le Messie et qu’il pouvait évangéliser le peuple en ces termes : Prêtres, magistrats, repentez-vous, votre rédemption approche ; à un certain Nicolas , fondateur de la famille d’amour en Angleterre, que l’essence de la religion consistait dans l’amour divin , que la foi et le culte étaient inutiles, et qu’il était autorisé à rejeter les préceptes fondamentaux de la morale , afin que la grâce pût abonder ; au méthodiste Michel Uill, que l’adultère même et le meurtre ne nuisent point aux vrais enfants de Dieu, au contraire leur sont utiles. Mes péchés peuvent déplaire à Dieu, disait Michel , ma personne lui est toujours agréable ; quand je pécherais plus que Manassès, je ne serais pas moins un enfant chéri de Dieu , parce qu’il me voit toujours en Christ. De là vient qu’au milieu des adultères et des meurtres , il peut m’adresser ces paroles : Tu es toute belle, 6 mon amour, et il n’y a point de tache en toi... Quoique je blâme ceux qui disent : péchons, aün que la grâce abonde en nous ; cependant , après tout , l’adultère , l’inceste et le meurtre me rendront plus saint sur la terre et plus joyeux dans le ciel. » £nün , c’est en se conformant au système

par nos péchés nous ne pouvons être damnés non plus que lui. » ( Institut. 1. IV , c. 17.)

protestant, qu’une femme, à Douvres, coupa la tète à son enfant , pour obéir au commandement que Dieu lui avait donné comme à Abraham.

11 nous serait facile de signaler bien d’autres découvertes faites par l’inspiration particulière, mais celles-là suffisent pour fixer l'homme de bonne foi. Il doit convenir que la réforme a très-bien fait de renvoyer tous les contradicteurs au Saint-Esprit ; car si toutes ces inspirations étaient son œuvre , elle serait bien répréhensible, bien criminelle, et, comme nous l’avons dit , elle mériterait l’échafaud.

NEUVIÈME DIFFICULTÉ. — D’après les apôtres de la réforme, il est permis à chacun d’interpréter l'Écriture comme il l’entend. Mais n’est -ce pas proclamer la tolérance religieuse^ légitimer toutes les erreurs, même l’athéisme, comme Jurieu et d’autres protestants en sont convenus ? Et que direz-vous au déiste , à l’athée , quand ils prêcheront leur doctrine ? rien , si vous êtes conséquent ; car si vous vouliez vous élever contre eux l’Écriture à la main, ils s’élèveraient contre vous et vous diraient : Nous avons l’Écriture, et avec le secours de notre sentiment particulier et de notre rayon, nous avons fait notre système, comme vous avez fait le vôtre ; respectez notre religion , si vous voulez que la vôtre soit respectée. « Ce qui était permis à Yalentin, disait Tertullien, le sera aux valeDliniens , et ce qui l’a été à Marcion , le sera de même aux marcionites ; c’est-à-dire que chacun, selon son caprice, pourra changer de foi (1). »

(I) /rfcm Ucuit valcntinianis quod Vulcntinn . idem marcionilis quof/ Marcioni de arbitrio suo fidem innovare.

Mcichior Canus disait aux premiers réformateurs : « St ron donne à chacun le droit d’expliquer à sa guise les saintes Écritures, je frémis d’avance des dangers qui menacent l’existence même de ia religion ; car, si on livre une seule parole de ces écritures à la volonté humaine, bientôt elle s’emparera de la seconde, de la troisième, de toutes enfin , à la manière ordinaire des hommes qui se font une habitude de toutes choses. Si on permet au génie , au caprice de changer , de commenter l’Ecriture sainte , il n’y aura plus rien de stable ; et là où se trouvait jadis le sanctuaire de la sainte et pure vérité , on ne verra plus que le repaire honteux de toutes les erreurs , comme Vincent de Lérins l’avait déjà observé avec autant d’élégance que de vérité. »

Et ces erreurs, personne ne pourra les condamner, a Vous êtes protestant , dit Locke , vous trouvez dans l’Ecriture la transsubstantiation , fubiquité du corps de Jésus-Christ, la prédestination absolue ; vous êtes obligé d’y croire ; mais si je rejette ces doctrines , parce que je ne les trouve point dans l’Écriture , vous n’avez nul droit de m’attaquer, de me décrier, ni de me condamner comme maudit hérétique , dévoué au démon et à ses satellites. C’est là pour moi un vrai paradoxe (t). »

Luther n’est donc pas conséquent, il est injuste, lorsqu’il déclame avec tant de force et de colère contre ses disciples qui veulent faire quelques changemenls dans les dogmes et la discipline qu’il a établis. « De quel droit ? dit-il aux partisans de Zwingle , son disciple ; ils sont damnés «ux-

( 1 ) Christian, raison,

mêmes, ils entraioeDt les autres dans l’enfer. Les églises ne peuvent plus avoir communion avec eux , ni soulTrir leurs blasphèmes (1). » Gomment ose-t-il ajouter , en parlant de ces réformateurs, qui ne font que marcher dans la voie qu’il leur a ouverte, ou user du moyen qu’il leur a indiqué: « Satan règne tellement parmi eux , qu’ils ne peuvent plus dire que des mensonges (2)1 » Évidemment Luther a tort ; la justice demandait qu’il les laissât faire, qu‘il respectât • aussi le sentiment, le rayon d’autrui.

Aussi toutes ces colères et tous ces outrages n’aboutissaient à rien ; il fallut subir les conséquences du principe. Les disciples qui venaient réformer après le maître, étaient dans leur droit , et Ton fit place à tous les fanatiques , à toutes les erreurs.

« 11 est dit dans l’histoire de Cromwel qu’un soldat de son armée passa la Tamise pour se rendre à Londres ; U portait avec lui une lanterne où brûlaient cinq chandelles. Arrivé sur le rivage , il appela hautement la multitude, et ouvrant sa lanterne , il prit une d’elles , souffla dessus et dit : Qu’ainsi meurent les dîmes ! puis une seconde : Qu’ainsi meurent les parlements I puis une troisième et une quatrième , enfin la cinquième, et il cria : Qu’ainsi meure la Bible. Or, le peuple commençait à s’ameuter et à le maltraiter de paroles, ün des assistants dit au soldat : Où as-tu pris tout cela ? C’est la parole de Dieu, reprit le soldat, que je vous prêche. Luther a bien fait une religion nouvelle , Calvin a soufflé dessus ; Calvin a fait une religion nouvelle.

( 1 ) Epist. ad llorrin.

( 2 ) Epht. ad Jacob, prop. Brem.

Craomer , le grand archevêque , a soufflé sur tout cela ; eh bien ! moi , à mon tour, je viens , au nom de la parolè du Christ, balayer de mon souffle tout ce qui a été dit (1).)»

DIXIÈME DIFFICULTÉ. — Si votre système est vrai , la société est perdue. En effet , si avec son interprétation individuelle un fanatique a vu qu’il devait s’emparer de la force publique, de l’autorité des magistrats , du trône; s’il arrive qu’un Cromwel (1), un Mahomet apparaissent avec leur voix inspirée qui a tant d’empire sur les populations, toujours faciles à s’émouvoir à la vue de tout ce qui est extraordinaire et nouveau ; alors que ferez-vous ? El pourtant, on le sait, de pareils traits ne sont pas inconnus dans l’histoire de la réforme. On n’a pas oublié la révolte de Muncer, qui, prêchant également contre Luther et contre le Pape, contre les catholiques et les protestants, s’écriait : « Nous sommes tous frères , tous enfants d’un père commun , d’où viennent donc la pauvreté et la misère? Pourquoi gémirions-nous dans l’indigence, pourquoi serionsnous accablés de maux, tandis que les grands nagent dans

(1) Vie de LtUher^ t. Il, p. ISO.

(2) Un parlement illégalement convoqué par Cromwel avait proclamé sa vocation suprême : « Au ton dont nous avons parlé , ditil , on peut voir que l’Esprit de Dieu est en nous. » Les rangs de ■ l’armée étaient remplis de voyants, de prophètes, de prédicateurs; les orneiers prêchaient les soldats ; en allant au combat, on chantait des hymnes fanatiques; enfin la royauté était devenue si odieuse à ces républicains Inspirés , qu’ils avaient voulu introduire la république jusque dans le ciel; dans le symbole, ils ne disaient plus « que votre royaume » , mais « que votre république nous arrive, n [Symbol, t. ii , p. 287.)

Tabondance? Bendcz-nous, riches du siècle, avares usurpateurs, rendez-nous des biens que vous retenez dans l'injustice !... Â la naissance de la religion n*a-t-on pas vu les apôtres n'avoir égard qu'au besoin de chaque fidèle , dans la répartition de l’argent qu'on apportait à leurs pieds? Ne verrons-nous jamais nailre ces temps heureux?... Le Tout- Puissant attend des peuples qu'ils détruisent la tyrannie des magistrats , qu’ils redemandent la liberté , les armes à la main,qu'ilsreruscnt les tributs et qu’ils mettent leurs biens en commun. C’est à mes pieds qu'on doit les apporter, comme on les entassait autrefois aux pieds des apôtres (1).»

On n’a pas oublié Jean de Leyde , qui courait dans les rues en disant : a le roi de Sion vient. » Puis il déclare , d'un ton prophétique , que le Seigneur lui a commandé d’établir douze juges sur Israël ; se croyant bien afiermi , il fait dire aux juges par un prophète : « Voici ce qu’annonce le Seigneur Dieu , l’Ëternel : Gomme autrefois , j’établis Saül roi d’Israël , et après lui David , bien qu’il ne fût qu’un simple berger , de même j’établis aujourd’hui Bcrold (c’est le vrai nom de Jean de Leyde) mon prophète, roi de Sion. » Bientôt vint un autre Samuel , et présentant une épée à Jean : « Dieu t’établit roi , non-seulement sur Sion , mais sur toute la terre. » Le nouveau David signala son règne par des indignités et des atrocités incroyables ; les catholiques furent massacrés, ou subirent des tourments rafiinés. On voit encore suspendues à la tour de la cathédrale de Munster , les cages en'fer dans lesquelles ils étaient brûlés à petit feu (2).

(1) Culibi, Hist. des Anab, 1. x.

(2) Symbol, l. il , p. 177.

C'élait aussi pour obéir à Tesprit , que Jean Bockler déclara que Dieu lui avait fait présent d’Amsterdam et de plusieurs autres villes. 11 envoya , en conséquence , pour en prendre possession , quelques-uns de ses disciples qui« sans doute encore pour obéir à l’esprit , parcoururent les rues dans un état de nudité complète^ en criant : Malheur à Babylone , malheur aux impies (1) I

On connait Venner et les hommes de la 5“ monarchie. Poussés par l’inspiration » ils se précipitaient hors du lieu de leurs assemblées , déclarant qu’ils ne reconnaissaient d’autre souverain que le Seigneur Jésus , et qu'ils ne mettraient l’épée dans le fourreau qu’apres avoir fait de Babylone > c’est-à-dire , de la monarchie , un objet de risée et d’exécration , non-seulement en Angleterre ^ mais dans les pays étrangers.

La doctrine des quakers, toute d’inspiration et d’amour, a produit toute espèce d’extravagances et de crimes.- Gomme tout individu a son sentiment particulier et a droit de se faire croire , un quaker vint , l’épée à la main , à la porte du parlement , et blessa plusieurs personnes , disant que le Saint-Esprit lui avait inspiré de tuer tous ceux qui siégeaient dans cette chambre (2).

ONZIÈME DIFFICULTÉ , et ce1ie-ci répond à tout. — La voie d’examen est expressément défendue par la réforme, comme un principe de destruction. 11 est dit dans le synode de Charenton : « que s’il était permis à tous et à chacun

(1) Brandi, Hist. abrég. de la Réf. t. i, p. 49.

(4) Noies de Mosheim , t, v, p. 470.

de s*en tenir à des interprétations particulières , il y aurait autant de religions que de paroisses. » Zwingle et Calvin sont de cet avis et en donnent les mômes raisons : a Si nous permettions, dit Zwingle, à tout homme à tète chaude et à esprit tracassier de répandre en public les folles élucubrations de son cerveau, de faire des disciples, d’instituer une secte, nous verrions les sectes et les factions pulluler dans cette Eglise du Christ, qui n’a conquis l’unité qu’après de si grands travaux et de si constanlcs luttes. 11 est donc nécessaire, en cette occasion , de consulter l’Eglise et de ne pas écouter la passion et les préjugés. L’intelligence de l’Ecriture n'appartient ni à vous ni à moi , mais à l’Eglise ; à elle les clés et la puissance des clés (1). »

Calvin ne s’est pas expliqué moins clairement contre l’inspiration particulière: « Vrayesl qu'il est bon et expéditif d’obvier à la légèreté des esprits pbantastique's qui se permettent trop de licence , de fermer aussi la porte à toutes curiosités et doctrines nouvelles ; mais le moyen y est bon et propre tel que Dieu nous le montre : c’est, 1“ qu’il y aye sonme resouhe de la doctrine que tous doibvent prescher, laquelle tous prélats et curés Jurent de suyvre, et que nul ne soit reçu à charge ecclésiastique qui ne promette de garder telle union ; après , qu’il y aye un formulaire commun d'instructions pour les petits enfants et les rudes du peuple, qui soit pour leur rendre la bonne doctrine familière ; ensuite qu’ils la puissent discerner d'avec les mensonges et corruptions qu’on pourrait introduire au contraire. Croyez que jamais Véglise de Dieu ne se conservera sans

(i) De Baptisino , p. 72.

catéchisme. Si vous désirez de bastir ung édifice de longue durée et qui ne s'en aille point tost en décadence y faites que les enfants soient introduits en un bon catéchisme.,. qui servira à deux usages , à savoir, d'introduction à tout le peuple, pour tous profiter à ce qu'on prêchera , et aussi pour discerner si quelque présomptueux avançait d’étranges doctrines... Tiercement , pour couper la bresche à toute curiosité et invention nouvelle de ceux qui ne cherchent qu’à exlravaguer (l). »

A la bonne heure ! Voilà qui nous tranquillise sur le sort des ignorants et des pauvres âmes qui ne savent pas l'hébreu ; il leur suffît d’un catéchisme , ou , comme dit Luther , de la confession d'Augsbourg , pour être sauvés , quand même on ne serait éclairé qu’un peu lard, » Mais quelle palinodie ! Gomme ce pauvre protestantisme est embarrassé ! Locke , n'avait - il pas raison de lui dire : « Je voudrais qu'on considérât quel nom mérite cette mo* merie de recommander aux hommes l’Ecriture sainte , si « lorsqu’ils viennent à la lire , ils sont obligés de l'entendre justement dans le sens que lui donne celui qui prétend être leur docteur et leur maître ? S’ils trouvent quelque chose qui les conduise à des opinions que ces prétendus maitres n'approuvent pas , quelque chose qui semble introduire ou ébranler les doctrines reçues , ils se rendent suspects par cela même qu’ils proposent leurs doutes. Dès lors , qu’ils raisonnent sur ces choses , ou qu’ils refusent d’acquiescer à tout ce que leur disent ces docteurs , on les regarde comme des gens qui manquent de respect et de déférence pour

(1) Opusc de. CcUv. p. 200.

leurs guides spirituels. On flattait leur réputation , et les censures suivent de près les mauvais bruits qu’on fait courir contre eux ; et si , continuant de suivre leurs propres lumières, ils s'attachent à ce qu’ils croient que l’Ecriture même leur enseigne , ils sont chassés de l’Eglise et livrés à satan... Ainsi certaines gens s’attribuent le pouvoir de faire un catéchisme , un Christianisme à leur mode... Voilà comment des systèmes de théologiens , inventions de l’esprit humain , sont changés en autant d’évangiles ; de sorte que rien ne se trouve véritable dans chaque secte, que ce qui peut être adapté avec ces systèmes ; et par ce moyen , l’Ecriture n’est plus que comme un nez de cire , qu’on tourne et qu’on plie jusqu’à ce qu’elle cadre justement avec l’orthodoxie opposée des dififérentes sociétés ; par ce moyen , le peuple n’est jamais renvoyé à l’Ecriture, celle vraie source de lumière , que les yeux bandés. On leur met un voile sur la tète , et on leur ordonne après cela de lire la Bible (1). »

Nous n’entrons pas, pour le moment, dans de plus grands détails sur le système protestant. 11 n’est pas le vrai moyen de connaître la vérité , puisqu’on n’arrive par là qu’au doute, à des erreurs monstrueuses, à des crimes énormes, à la ruine de la religion , à la mort de la société. 11 est d’ailleurs proscrit par les premiers réformateurs et absolument défendu par les synodes , comme destructeur de l'Eglise du Christ. L’homme de bonne foi , qui cherche la vérité , devra donc employer d’autres moyens pour la trouver.

( 1 ) Christian, raison.

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