‹ De la Réforme et du catholicismeChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit

I.E PBOTE8TANTIBME RÉUNISSANT TOUS LES CARACTÈRES DE l’erreur , EST -CE BIEN A LUI QUE L’HOMME DE BONNE FOI DOIT DEMANDER LA VÉRITÉ?

. Nous venons de prouver que rinlerprétalion particulière est un système insensé , criminel ; donc le protestantisme ^ qui le défend , ne vient pas de Dieu , donc il n'est qu'une erreur. Pour les moins attentifs cela devrait suifire ; mais afin de rendre Terreur plus manifeste et la faire toucher au doigt , nous ajouterons cette question : Une religion qui est toute nouvelle , qui rougit de son origine , qui déprave ceux qui Técoutent , qui emploie la violence pour se propager , qui ne laisse après elle que Tanarchie , qui a fait le malheur des peuples qui Tout accueillie f celte religion est-^lle la vérité ? Or nous disons que c!est là le protestantisme.

« Nous n'avolis pas encore trois siècles de notre existence (1). » C’est en 1775 , à la face de toute TEurope, que

(l) Mémoire des Calvinistes de France , adressé à Louis XF/, pour obtenir Vétat civil.

les réformés de France faisaient celte déclaration ; leur religion remonte donc jusqu’à Luther et Calvin, ses premiers apùtres. Mais parler de ses fondateurs, quels qu’ils soient, (nous n’examinons pas encore ceux du protestantisme), c’est montrer un commencement ; or la vérité ne commence pas : elle était , elle est , elle sera. « La vérité , dit Tertullien , a existé dès le commencement , et l’erreur n’est venue qu’après. Dieu sème d’abord le bon grain , et le diable ennemi vient ensuite y mêler de l’ivraie. Cette parabole désigne manifestement des doctrines opposées. La parole de Dieu , dans le môme chapitre , est appelée la semence ; il suffît donc de faire attention à l’ordre des temps, pour conclure que ce qui a été enseigné le premier, est le vrai et divin ; et que ce qui a été ajouté depuis, est faux cl étranger. Yoilà ce qui confondra à jamais toutes les hérésies modernes , dont aucune ne saurait se répondre à elle-même d’avoir la vérité de son côté (1). »

El en eflet , ce serait une prétention singulière de vouloir s’appeler religion véritable , et apporter, en même temps l’extrait de sa naissance , comme l’on pourra bientôt fournir celui de sa mort. Quoi I vous êtes d’hier ; il y a deux jours que vous n’étiez pas , et vous vous appelez vérité î Jusqu’à vous donc’ il n’y avait pas eu de vérité ! Laissez là ces prétentions votre nouveauté est un fait terrible , et nous n’avons pas besoin de votre mort pour vous juger. Fussiez-vous puissante , eussiez -vous des siècles de durée , vous n’êles qu’une erreur. Effacez ce mot : nouveauté, de votre front , si vous pouvez ; écrivez-y : per-

.^(i) Pra’S. c. XXXI.

peïuiléf si vous t’osez , ou si od vous laisse faire ; sinon , retirez-vous et laissez régner la vérité. Ainsi ont parlé tous les apologistes de la religion véritable; et Ton sait que c’est l’arrêt de mort de toutes les hérésies , comme la confusion de tous les hérésiarques. La vérité est de tous les temps , donc vous n'êtes pas la vérité (1).

Cependant , il est dans la réforme . comme dans toutes les secles , des hommes qui ne sont jamais embarrassés. Convaincus que la nouveauté, en fait de doctrine, est quelque chose d'insoutenable, certains protestants ont cherché des ancêtres , et ils en ont trouvé ; nous demandons qu’on les connaisse , afin qu'ils soient appréciés , et que l'on sache s’il y a de la gloire ou de la honte dans une pareille parenté. Vous trouvez parmi les devanciers qu’ils réclament, Jean Hus , avec sa doctrine ennemie de tout pouvoir , et par conséquent subversive de la société ; Wiclef , qui déclare qu’on n’est plus rien quand on a perdu la grâce , ni roi , ni magistrat , ni prêtre , ni pasteur; Bérenger, bien qu’il condamne la réforme sur tous les points , excepté sur la présence réelle qu’il nie ; Claude de Turin , quoique arien ; les iconoclastes , qui remplirent le monde de sédi-

(i) Cette réflexion qui apporte la conviction avec elle , s’est présentée aux bons esprits de tous ies siécies. « Les Athéniens , dit Cicéron , dans son Traité des Lots, i. ii, ayant demandé à i’oracle d’Apollon quelle était la religion à laquelle ils devaient particuliérement s'attacher, l’oracle répondit : A celle de leurs pères. Mais étant revenus le consulter, alléguant que leurs pères avaient varié, et faisant de nouvelles instances pour savoir à quoi ils devaient s’en tenir, il leur répondit : A la meilleure. Et certes , ajoute Cicéron , en fait de religion , il faut croire que la meilleure est en effet la plus ancienne et la plus proche de Dieu. »

tioDS et de ruines ; les manichéens avec toutes leurs infamies ; Aërius , parce qu'il ne voulait pas qu’on priât pour les morts ; Vigilance, opposé au culte des reliques et à l’iovocation des saints ; et Simon le magicien , qui voulait acheter à prix d’argent les dons de Dieu, et que saintPierre livra à satan.

Voilà les ancêtres du protestantisme. Cette liste n’estelle pas bien honorable ? Ces hommes ne sont -ils pas bien capables de faire honneur , d’ennoblir la cause qu’ils défendent ? Nous ne disons pas tout ce qu’il y a d’odieux , de coupable dans leurs personnes, de répréhensible dans leur doctrine , condamnée souvent par les protestants eux-mê* mes ; nous voulons prouver seulement que celte liste flétrit la réforme sans améliorer sa cause.

11 faut noter d’abord que tous ces hérétiques dont on ne craint pas de se prévaloir , et qui tous ont été condamnés , comme tes protestants^ à la vue et à l’approbation du monde entier , ces hérétiques avaient la même tache que Luther et que Calvin ; ils étaient sans précédents , sans aïeux , portant avec eux la date précise de leur naissance. Or , voyez comme les saints docteurs triomphent de cette nouveauté, qu’ils ne manquent pas de mettre en opposition avec l’ancienneté de l’Église catholique : » Quand l’Eglise jugeait, quand elle instruisait , où étaient les hérésies? où était alors Marcion, demande Tertullien, ce pilote du Pout- Euxin , ce stoïcien zélé ? où était Valentin le platonicien? car il est constant qu’ils vivaient, il n’y a pas long-temps, sous Antonin , et qu’ils professèrent la doctrine catholique dans l'Eglise romaine, sous le pontificat de saint Eleuthère, jusqu’à ce que leur caractère inquiet et leurs opinions, qui

séduisaieDt les fidèles , les fissent chasser de rÉglise par deux fois Tud et Tautre, et Marcion même avec deux cents sesterces qu'il avait apportés. Depuis ce moment , ils répandirent plus que jamais le venin de leurs hérésies (1).

La réforme nuit à sa cause en allant chercher des hérétiques qui sont entachés du même vice, qui ont besoin d'établir d'abord pour eux-mèmes l'ancienneté, avant de prouver celle de ceux qui les invoquent. Recourir à de pareils témoignages , c'est montrer à tout le m(»nde que l'on manque de moyens de défense.

Aussi , s’il faut en croire certains protestants , la réforme ne leur donne pas une grande valeur. Un de ses écrivains parlait dernièrement, en ces termes, à ceux qui avaient encore la prétention de s'appuyer de semblables autorités :

« Quoi ! dans les anciens temps quelques hérésiarques , dont la voix a été bientôt étoufTée sous la grande voix de l'Eglise : un Marcion, un Arius, un Pélage ! Dans les temps modernes^ un Socin ; et plus tard quelques autres docteurs qui ont fondé de petites sectes , chétives , impuissantes , inertes^ honteuses d'elles-mèmes , se réfugiant dans la science comme dans une forteresse , parce qu’ils ne pouvaient se soutenir par la piété 1 Quoi ! des débris arrachés à nos vieilles Églises, qui ont été se précipitant et se perdant , chaque jour , dans le vaste goulTre de l'inditTérence du siècle ! Quoi ! ces hommes sans passé comme sans avenir , ces unitaires , ces universalistes , sans force par le nombre , comme sans puissance par la foi ; ces novateurs

(1) Præs. c. XXX.

qui n’ont pas même pu s’entendre pour composer un symbole; et qui, dans leurs profondes dissensions, n’en ont pas établi d’autre que celui de n’en avoir aucun î Quoi ! ils viendront se placer en face de toutes les Églises , en face des dix-buit siècles du Christianisme , et diront que leur témoignage a le même poids (1) î »

Nous remercions la réforme ; Terlullien ne disait pas mieux ; mais ce n’est point assez , il faut qu’elle soit conséquente ; et puisqu’elle convient qu’elle est sans aïeux , à moins qu’elle n’aille se rattacher à des gens flétris , lesquels ne peuvent que déshonorer sa cause, il est nécessaire qu’elle avoue sa nouveauté , et par conséquent elle n’est qu’une erreur.

Mais passons sur celte date malheureuse , qui au reste a décidé la question. Considérons l’origine de la réforme en elle -même , et voyons si les protestants doivent s’en glorifier ou en rougir. Les faits vont répondre. Je sais qu’il est des hommes qui n’aiment pas qu’on leur parle de l’histoire , parce qu’elle conserve certains monuments qui les blessent , qui les condamnent sans pitié. Les protestants sont de ce nombre ; ils voient tant de honte dans les commencements de leur religion , qu’ils détournent la tête pour ne pas voir leurs premiers apôtres ; parce que , nous le savons , ils les méprisent alors , s’ils ne les maudissent pas.

(1) UEspérance.— A quoi donc pense la réforme en parlantalnsl? N’est-ce pas à elle que s’adressent ces terribles questions? N’cst-cc pas là sa nouveauté? son petit nombre? son isolement? ses prétentions si déplacées? en un mot , toutes ses misères? Il ne manquait à ce tableau que sa signature et son compliment à M . de Felice.

Cependant c’est une voix terrible contre une religion , lorsqu’on la voit vicieuse, criminelle à son berceau ; lorsqu’on n’ose avouer ceux qui nous l’ont préchée ; il est bien à craindre qu elle ne soit pas la vérité. Car Dieu se doit à lui-mème de revêtir scs envoyés de qualités qui inspirent quelque confiance , de leur donner ces vertus éclatantes qui frappent les peuples , les attirent , les convertissent , au lieu de laisser voir en eux des vices, des scandales qui ne sont propres qu’à les retenir dans l’erreur et qu’à exposer par là leur salut. On voit que, dans ce cas, les peuples qui fermeraient les yeux à la vérité auraient une excuse auprès de Dieu , et seraient autorisés à lui dire qu’ils n’ont pu reconnaitre sa mission dans de tels apùlrcs, et que c’est lui qui les a trompés (1).

Voyons donc les premiers réformateurs ; et par quelques traits de leur vie , que l’on juge s’ils pouvaient être reconnus pour les apôtres de la vérité. A Dieu ne plaise ! que nous disions tout ce que les écrits do temps nous révèlent ; tout ce qu’ils nous ont conservé de flétrissant pour des hommes , que des écrivains de nos jours appellent grands, sans doute parce que s’il y a la grandeur des vertus et des services , il y a aussi la grandeur des

(1) Les protestants croient répondre quelque chose en disant : II s’agit bien de cela aujourd’hui ! Laissez les hommes et prenez les résultats. — On voit que les hommes font beaucoup à la question, et que nous ne pouvons les laisser. S’ils sont mauvais , vils , indignes de la mission qu’ils s’attribuent, Dieu certainement ne la leur a pas donnée, et les premiers réformateurs n’ont été que les apôtres du mensonge. Quant aux résultats, nous verrons plus loin.

crimes el des calamités. Nous les jugerons d’après eaxmèmcs ces grands hommes^ d’après la justice qu’ils se sont rendue mutuellement ; ils se connaissaient bien ; il faut les supposer justes; nous les verrons donc appréciés à leur valeur.

S’il faut en croire Calvin , « Luther était fort vicieux ; plût à Dieu qu’il eût songé davantage à reconnaître ses vices (l).» « On ne peut plus supporter ses emportements; Tamour -propre ne lui permet pas de reconnaître ses défauts (2). » Entendez Luther dans sa colère : « J’ai le Pape en tète , j*ai à dos les sacramenlaires et les anabaptistes; mais je marcherai moi seul contre tous, je les défierai tous au combat, je les foulerai aux pieds (3). « De quelle manie, disait encore Calvin à Mélanchton, de quelle manie foudroyante est donc malade votre Périclès? Avec tous ces tumultes de paroles , qu’a-t-il fait penser? qu'il joue on véritable jeu de fou furieux... Ce qu’il y a déplus malheureux , c’est qu’il ne se trouve personne pour réprimer, ou seulement pour calmer cette fougue insolente (4). » 11 fallait que tout ce qui l’entourait pliât, que tout fût victime. Mélanchton peint ses souffrances auprès de lui d’on seul mol : « Je suis en servitude comme dans l’antre d'un cyclope ; car je ne puis vous déguiser mes sentiments , et je pense souvent à m’enfuir (.5).» Erasme déplore « que dans sa vieillesse, et malgré toute sa douceur, il soit condamné

(1) Schiussenb. Theol. cal. t. ii, p. 126.

(2) Epist. ad Bulling.

(3) Aug. l. Il , p. 498.

(4) Ad Bucer.

(5) Epist. 1. IV, p. 253.

à combattre contre celte béte farouche , ce sanglier furieux. » « Cet liomme est absolument furieux , disait Hospinien, U ne cesse de comballre la vérilé contre toute justice j même contre le cri de sa conscience (1), »

Souvent la chaire retentissait de discours les plus capables de déshonorer Luther et son évangile. Nous ne citerons que ces paroles inspirées par des délibérations qui lui déplaisaient : « Au reste , si vous continuez à faire les choses par ces communes délibérations, je me dédirai sans hésiter de tout ce que j’ai écrit ou enseigné; j’en ferai ma rétractation et je vous laisserai là, tenez-le-vous pour bien dit, une bonne fois ; et , après tout , quel mal vous fera la messe papale ? » Quelle conviction dans cet apôtre ! quelle singulière manière de recommander son évangile !

L’humilité de Luther égalait sa douceur. Œcolampado soutient « qu’il était enflé d’orgueil , d’arrogance, et séduit par satan. » Peu savant , il avait une idée folle de sa science : (( Fort de mon savoir, disait-il, il n’est ni empereur, ni roi, ni diable à qui je voulussecéder, non pas même à satan (2) . »

(1) Luther ccrivait à Spaiatin:a Qu'on ne me parle plus de mes emportements. Voyez, tout ce qu’on fait dans notre siècle avec calme s’évanouit et tombe. » Puis, parlant de scs contradicteurs: « Je veux bien leur pardonner pour le moment ; qu'on leur écrive donc de se taire et de ne rien faire contre Luther. Qu’ils prennent garde à eux : ils croient éviter la grêle , iis mourront sous une avalanche de neige. Quels imbéciles que vos docteurs de Misnic et de Lcipsickî est-ce qu’on leur a enlevé le sens commun? Jamais je n’ai eu de semblables adversaires; quels niais! » \ Février 1520.)

(2) On sait comment il était devenu si savant : c'est parce qu'il

avait le diable attaché au cou Lui-même nous le dit. Comme

Zwingie, Ducer, OEcolampadc ne l’avaient point là, ils n’étaient que de tristes théologiens. {In Coll, franc, f. 158.)

H fallait bien se garder de trouver quelquefois cette science en défaut , ou peu de tidélité dans ses interprélations des livres saints ; alors c’était des torrents d’injures grossières: « Vous êtes fort ému, dit-il à Cochlée , de ce que je dis que nous sommes justifiés par la seule foi ; bien que ce moi seule ne se trouve pas dans le texte de saint Paul aux romains , c. ni, V. 18, cependant, si un papiste s’en scandalise, je dis qu’un papiste et un àne c'est une même chose ; la seule raison que j’ai à rendre estqu’ainsi je le veux, qu’ainsi je le commande ; que ma volonté serve de raison. »

Nous ne parlerons pas de ses mœurs ; elles étaient assez connues 9 puisqu’on Allemagne lorsqu’on se livrait à une vie licencieuse, on avait coutume de dire : « Hodie Luther^ anicè vivimus t nous vivons à la Luther (1). » Au reste, sur ce point , cet homme avouait tout , il se rendait même justice; car Mélanchton nous apprend « qu’il aurait désiré qu’on l’éloignàt du ministère de la prédication (2). »

(1) Margucrtcn, Traité de l'Eglise^ p. 22. — Si Ton voulait con-' naître Luther plus à fond , il faudrait lire ses Propos de Table , son sermon du Mariage, sa Vie par Audin; on verrait combien il étal dépravé'. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler qu’il valait un peu mieux avant la réforme, car il dit, t. v, c. i ad Galat. : « Qu’étant catholique il avait passé sa vie en austérités, en veilles, en jeûnes, en oraisons, avec pauvreté, chasteté et obéissance. »

Quand il était catholique , il ne savait pas cette belle prière que la réforme lui apprit plus tard et que l’on trouve à la fin (Fune bible conservée au Vatican : « Mon Dieu ! par votre bonté , pourvoyeznous d'habits, de chapeaux , de capotes et de manteaux; de veaux bien gras , de cabris , de bœufs , de moutons et de génisses ; de beaucoup de femmes et de peu d'enfants ; bien boire et bien manger, c‘est le moyen de ne pas s’ennuyer. » (Dict. de FeU. art. Luther.) Cette prière est en allemand et écrite de la main de Luther.

(2) Sleid. 1. II, an 11)20.

Calvin vaut-il mieux, que son précurseur ? Plus dissimulé « plus artificieux , se piquant de modestie , de modération, le réformateur genevois n'avait pas moins d'orgueil^ -d’emportement, de colère. Luther fut apostat, à cause d’un orgueil froissé ; et Calvin , parce qu’on ne voulut pas lé préférer , lui petit-fils d’un batelier , au neveu d’un connétable de France (1). Tout le reste de sa vie est empreint de ce caractère : il faut que tout tremble devant lui ; qu’il ne voie que des esclaves ; malheur à ceux qui osent le contredire , c’est alors toute la colère de Luther.

Westpbale ose douter de ses talents , et le traiter de déclamateur ; Il ose loi dire : «^Je pourrais montrer telles

pages où tu as enfermé’ plus de trente mensonges, et autant d'atroces injures. Chaque mot est imprégné de poison t ce sont là , an reste , comme tout le monde sait , les ornements de ton style. » Calvin répond ; « 11 a beau faire , jamais il ne le persuadera à personne. L’univers sait avec quelle force Je presse un argument, avec quelle précision je sais écrire. )» Puis , s’adressant à son audacieux critique , il lui adresse ces mois : « Ton école n’est qu’une grande école de pourceaux ; m’entends-tu , chien ? m’enteods-to frénétique ? m’enlends-tu, grosse bête (2) ? » Les saints ont toujours aimé qu’on les avertit de leurs défauts , Calvin insulte ses meilleurs amis qui ont la charité de Favertir de ses blasphèmes. « Vous faites Dieu auteur do mal , D lui dit son ami CbatiHon. « Jamais homme, lui répond Calvin profondément blessé , n’a porté plus loin

(1) Dict. de FeU. art. Luther.

(2) Opusc. 8S8.

lorgueil, la perfidie, rinhumanité. Qui ne te connaît point pour imposteur , pour un boufibn , d’une impudence cynique, et toujours prêt à aboyer contre la piété , n’est fait pour juger de rien. » A la fin de sa réponse, il dit : u Que le dieu satan t’apaise , ainsi soit-il I » Nul ne pourra avoir une foi différente de la sienne , sans en être puni ; la cène des luthériens sera pour lui une cène de cyclopes , où l’on voit une barbarie digne des scylbes ; si le diable pousse les papistes, il a fasciné les luthériens. 11 ne veut pas comprendre pourquoi ils s’attachent à lui plus violemment qu’à tous les autres , si ce n’est que satan , dont ils sont les vils esclaves , les anime d’autant plus contre lui « qu’il voit ses travaux plus utiles que le leur au bien de l’Eglise. »

H faut que cet homme baisse , tourmente , déchire tout ce qu’il peut atteindre : Caroli est « un chien enragé; Luther, une méchante femme qui ferait mieux de se corriger de ses défauts que de blasphémer ; Aléianchton , un couard; Osiandre , un séducteur , une hète sauvage ; Angilaud , ministre à Montbelliard , un orgueilleux et un emporté ; Cumulus, un liommc de néant ; Memnon, un manichéen.» Aussi Bucor lui reprochait-il de fatiguer tous ceux qu’il connaissait ; et l’on disait publiquement à Genève, a qu’il vaudrait mieux l’enfer avec Bèze , que le paradis avec Calvin. »

Cependant cette âme , que la haine domine , s’épanouit quelquefois : que la réforme vienne présenter à Calvin les apostats qu’elle a faits parmi les catholiques , et surtout les richesses qu’elle leur a volées, tout joyeux ^ alors, il entonne en riant le cantique d’actions de grâces : « Les peuples accourent de toutes paris , grands fruits, maintes

richesse» si les papistes dispatent la vérité de notrn religion , ils ne pourront lui disputer la richesse.... Ne négligez nullement l’agrandissement de vos moyens, ajoute Calvin à M. de Poët ; viendra un temps où vous seul n’aurez rien acquis en ces nouveaux changements. Il faut que . chacun songe à ses intérêts ; moi seul ai négligé le mien dont j’ai grande repentance (1). Vous , au contraire , qui laissez vaillante lignée , bien disposée à soutenir le petit troupeau , ne les laissez pas sans moyens grands et puissants , sans lesquels bonne volonté serait inutile. »

Ce langage est tout-à-fait apostolique ! Ce qui suit ne l'est pas moins : « Que le roi fasse ses processions tant qu’il voudra , il ne pourra empêcher les progrès de notre foi ; ses harangues en public ne feront que émouvoir peuples, déjà trop portés au soulèvement.'.. Ne faites faute de défaire le pays de ces zélés faquins ; qui. exhortent les peuples par leurs. discours à se roidir contre nous , noircissent notre conduite , et veulent passer pour révérer notre croyance ; pareils monstres .doivent être étoufTés / comme ûs ici en l’exécution de Michel Servet, espagnol. A. l'avenir ne pense pas , que personne s'avise de faire chose semblable (2). » .

Quoique Calvin vienne de se peindre assez bien luimême , nous laisserons le philosophe de Genève ajouter quelques coups de pinceau à son portrait. « Quel homme, dit Rousseau , fut jamais plus tranchant, plus impérieux,

- (1) Calvin se repent de n^avoir pas volé comme les autres. C'est fort édiflanl ! Mais il se dédommage en engageant les grands seigneurs à s'enrichir de vols et de rapines.

(s) Lettre à M. de PoH.

plas décisif» plus divioemeDt infaillible, à son fré? La moindre opposition , la moindre objection qu'on osait lui faire , était toujours une œuvre de satan , un crime digne du feu. Ce n'est pas seulement au seul Serve! qu'il en a coûté la vie , pour avoir osé penser autrement que lui » la plupart de ses collègues étaient , dans le même cas , tous en cela d'autant plus coupables , qu'ils étaient inconséquents ; leur dure orthoxie était elle-même une hérésie selon leurs principes (1). »

Enûn, de nos jours, un réformé de Genève termine le portrait de Calvin par cette apostrophe, qui semblerait dire que l’on se refroidit un peu , même dans la niétropole du calvinisme. « Que veux-tu , Calvin ? lui dit M. Galife ; convertir la France au calvinisme , c'est-à-dire , à l’hypocrisie , mère de tous les vices ? Tu n'y réussiras pas. Que Bèze t'appelle, à son aise le prophète du Seigneur, c'est un mensonge. Chassé de France, tu seras recueilli à Genève , où on te comblera de tous les honneurs imaginables , toi qui parles de pauvreté] Tu t'y acquerras uné autorité illimitée par toutes sortes de moyens ; et dès que tu . seras sûr d'un parti puissant , tu confisqueras la réformation à ton profit ; tu feras bannir les fondateurs de l'indépendaiicé genevoise, qui avaient donné leur sang et leurs biens pour la liberté ; tu leur crieras, en chaire, à ces âmes patriotes : balaufres, bélitres, chiens ; tu feras brûler, décapiter, noyer et pendre ceux qui voudront résister à la tyrannie (2) ! »

Zwingle s'est peint en quelques mots : « Que si l'on vous dit que je pèche par orgueil , par gourmandise et par im-

( 1 ) Deuxième Lettre de la Montagne.

(*) Lettre à un Protestant.

pureté , croyez-le sans peine ; car je suis sujet à ces vices et à d’autres encore ; cependant il n’est pas vrai que j’enseigne le mal pour de l’argent (1). » Sûr quoi M. de Haller ajoute : « C’est donc ce dernier vice qu’il n’avait pas : il enseignait le mal pour le mal et non pour de l’argent. »

Dans les réformes , Luther était poussé par le diable ; Zwingle avait pour aide quelque chose de semblable : c’était un fantôme blam ou noir , il ne savait trop lequel, qui le tirait d'une manière admirable des diflicultés qu’on lui faisait; c'était lui qui lui fournissait des arguments toujours prêts pour répondre à ses adversaires, a Ceci est mon corps, lui disaient les luthériens, il n’y a pas là d’allégorie. » Tourmenté par cette objection , le fantôme blanc ou noir lui apparait en songe : « Lèche, lui dit-il, que ne répondstu ce qui esi écrit dans l’Exode : « L’agneau est la pàque, pour dire qu’il en est le signe ; » et il fut arrêté , une fois pour toutes, d’après cette décision, que les paroles de Jésus- Christ : « Ceci est mon corps» signiûeraient : «Ceci est la figure de mon corps. »

Si vous voulez connaître Carlostadt , Mélanchton , le saint de la réforme vous dira que : « c'était un homme brutal, sans esprit , sans science, sans aucune lumière du sens commun ; qui , bien loin d'avoir quelque marque de l’esprit de Dieu , n’a jamais su ni pratiqué aucun des devoirs de la civilité des hommes. 11 paraissait en lui des marques évidentes d’impiété ; toute sa doctrine est judaïque ou séditieuse. 11 condamnait toutes les lois faites par les païens ; il voulait que l’on jugeât selon la loi de

( 1 ) Opuscule aux Frères de Foggenbourg.

Mofso, parce qu'il ne connaissait point la nature de la liberté chrétienne. Il embrassa la doctrine fanatique des anabaptistes aussitôt que Nicolas Storce commença de la semer dans l’Allemagne. Une bonne partie de l’Allemagne, ajoute Mélanchton , peut rendre témoignage que je ne dis rien que de véritable (1). »

Le ministre Launay s’est chargé de nous faire connaître Bèze; voici ce qu’il nous dit de ce réformateur que la secte nous montre si brillant, si saint : «Après qu’i I se fust souillé en toutes sortes d’infamies et du péché que lui-mosme n’a pas celé , il desbaueba la femme de son prochain , vendit ses bénéfîces et fit sa retraite pour eschapper , non pas la persécution , mais le supplice et la punition de ses forfaits. Mais avant de partir, il déceut ses fermiers^ et se fit faire des advancessur le revenu des bénéfices auxquels il n'avait plus rien : de quoy nous fusmes fort empesebés durant le colloque de Poissy ; car l’une des veufves avec ses enfants vint crier après luy pour être satisfaite. Geste pauvre femme me dit qu’il leur avait emporté plus de douze cenis livres. Pour preuve de sa conversion , et qu'il était assisté du Saint-Esprit , il composa l’espltre de Passavant : belle drôlerie contre le président Liset, auquel il voulait mal de mort , parce qu’il l'avait condamné à restituer les calices et ornements de la nation de Bourgogne , dont il avait esté procureur en l'université d’Orléans , et s’en estait venu les vendre sur le Pont-au-cbange , sans dire adieu à ses compagnons qui en obtinrent arrest. »

Launay vous a fait apprécier le ministre , Schlussen-

( 1 ) Epist. ad Fred. Slisi.

berg va vous parler de l’écrivain : Bèze , dit-il , retrace au vif , dans ses écrits , l’image de ces gens ignares et grossiers qui, au défaut de raisons et d’arguments , se prennent aux. injures (1). J’ai passé vingt-trois ans de ma vie à lire plus de deux cent vingt productions calviniennes , je n’en ai rencontré aucune où les injures et les blasphèmes soient aussi accumulés que dans les écrits de cette bète farouche. » Bèze en effet avait pour ses adversaires , ta haine de Luther et de Calvin. Ne semblet-il pas qu’on les entende , quand il appelle Eiiman , ministre luthérien , « une guenon , un âne coiffé d’un bonnet de docteur ; un chien qui nage dans un bain , un sophiste asinissime , un impudent fripon , un sycopbante» un polyphème , un monstre à la nature de singe et d’ogre , un animal carnassier, un cyclope, un papiste (2) ! » Selon lui, Ochin est un scélérat... ; fauteur des ariens^ moqueur du Christ et de son Eglise. » Ici , Bèze fait tort à la réforme; Ochin avait été religieux , supérieur des capucins , jouissant dans son ordre d’une grande réputation , par l’austérité de sa vie ; Bèze nous donne donc un exemple de plus , pour prouver que lorsque la réforme touchait quelqu’un , il était souillé. > ^

Nous ne parlons pas des autres chefs ; de Faber^ par exemple, qui soutenait , a que le Dieu de Calvin n'était pas le vrai Dieu , et qui , tous les soirs , avant de se coucher , faisait cette prière : u Seigneur Jésus ! brisez sous nos pieds au plus vite, la tète de satan , et délivrez votre Église de

(1) Jn Theologia Calvini.

(2) D'Arligny, Nouv. Mém. d’IIisl. 1. 1 , p. 163.

la peste calvioienne (1). Nous ne disons rien non plus de Bucer et d'OEcolampade , ces moines apostats qui , comme Luther, couronnent leur apostasie par leurs mariages avec des vierges consacrées à Dieu ; c’est trop de cette honte , qui , faisait baisser la tète même aux réfurmés , surtout quand Erasme , témoin de ces grands résultats, leur disait : « Il semble que la réforme aboutisse à défroquer quelques moines , et à marier quelques prêtres ; et cette grande tragédie se termine, enfin, par un événement tout>à-fait comique , puisque tout ûnit en se mariant , comme dans les comédies (2). »

Cependant nous ne voulons pas terminer celte courte biographie des réformateurs, sans donner une idée. de leur bonne foi ; car cette vertu va bien à un apdtre ; peut-être même on pensera qu elle est indispensable. Nous laisserons parler le célèbre professeur protestant Zanchius :

« Je suis indigné quand je vois la manière dont plusieurs d’entre nous défendent notre cause : souvent nous obscurcissons à dessein le véritable état de la question, afin qu'elle ne puisse pas être saisie ; nous avons l’impudence de nier les choses les plus évidentes; nous afllrmons ce qui est manifestement faux ; nous inculquons aux peuples, comme les premiers principes de la foi , les doctrines les plus im pies , et nous condamnons comme hérétiques des opinions très-orthodoxes. Nous torturons Jes Ecritures pour les faire accorder avec nos inventions , et nous nous vantons d’être les disciples des Pères, en refusant de suivre leur

(1) Ilunisius, in Cal. Judais. p. 185-193.

(2) Lib, xviii, Jïpisf. 23.

doctrine. La tromperie, la calomnie, l'injure sont choses qui nous sont familières; nous ne nous inquiétons ni du bien ; ni du mal , ni du vrai , ni du faux , pourvu que nous puissions défendre notre cause (1)... »

A. la vue des apôtres de la réforme , qui se jettent à la face toutes leurs turpitudes , qui se souillent ainsi de leurs propres mains , comme s'ils voulaient apprendre à tous les siècles ce qu'ils furent, et l'accueil qu'ils doivent leur faire; à cette vue, on doit dire : La Providence est juste ! 11 fallait à ces hommes un châtiment à part , et celui-là est bien le plus ignominieux.

Les ministres que l'on plaçait à la tête des nouvelles Églises, ressemblaient à ces illustres chefs : même caractère , mêmes penchants, même conduite. « Ce sont, disait Mélanchlon , des gens ignorants , qui ne connaissent ni piété , ni discipline. Voilà ceux qui dominent , et je suis comme Daniel parmi les lions (2). » Leurs mœurs sont telles, que, pour en parler très ioodérément, beaucoup de gens, émus dé la confusion qu'on voit parmi eux , trouvent tout autre état un âge d’or , en comparaison de celui où ils nous mettent (3). » Luther parle plus clairement: « Êtres déchus, leur dit>il, qui ne pensent qu'à leur ventre; gardiens de chiens, plutôt que pasteurs d'àmes chrétiennes ! qui, joyeux d'être débarrassés de leur bréviaire, trouvent trop fatigant de lire matin et soir une page du Nouveau- Testament, et tombent de lassitude quand ils ont récité

(1) Zanch. ad Hormium, t. viii, col. 828.

(2) Lib. I e/ IV , Epist. 107.

(.3) /.iô. VIII, Jfpis/. 742.

loraison dominicale (l). » Calvin, dans son livre De Scandalis , n’en donne pas une meilleure idée. •« Nos pasteurs qui montent dans la chaire sacrée du Christ , et qui devraient édifier les âmes par une pureté surabondante de bonnes mœurs, scandalisent l'Église du Seigneur par leurs dérèglements ; misi^rahles histrions qui s’étonnent que leurs paroles u’obtiennent pas plus d’autorité qu'une fable jouée en public, et que le peuple les montre au doigt et les siflle ; ce qui me surprend , moi , c’est la patience des femmes et des enfants , qui ne les couvrent pas de boue et d’immondices. »

Mais un témoignage qui mérite d’étre recueilli , c’est celui du ministre Sébastien, prêchant devant Calvin et plusieurs autres de ses confrères. L’orateur expliquait ces paroles de saint Paul : « Nous montrant les ministres de Dieu tout pleins de charité. » Tout à coup Sébastien s’écrie ; tt Serviteurs de Dieu , nous ! Paul , voilà le véritable serviteur! nous, nous sommes les esclaves de nos appétits et de nos passions. Paul veillait la nuit sur sa chère Église, et nous , nous passons la nuit au jeu ; Paul était sobre , et nous, nous nous enivrons ; Paul était tourmenté par les séditions , et nous , nous les excitons ; Paul était chaste, et nous........ Paul fut mis dans les fers, et nous, nous y

jetons ceux qui nous ont olTensés ; Paul s’appuyait sur le bras du Seigneur, et nous sur un bras de chair; Paul souf> frait , nous tourmentons les autres (2). »

Quelquefois , pourtant , la réforme rougissait de ces

(1) Sockendorf. Corn. IJist. de Lntheran. 1. ii, sect. 17.

(2) Ad Farel , 30 mal 1514.

pasteurs. On trouve , dans un de ses synodes , les avis qu elle leur donnait , en 1533 , après la mort de Zwingle: « Il faut que Léon Juda s'applique à prêcher avec plus de diligence. Nicolas Steiner est un querelleur qui a une trèsmauvaise langue. Félix Dcck n'étudie pas assez , pour se procurer de l'autorilé ; il devient populacier quand il a bu un cuup. Olhmar, aussi , s'occupe plus de la bouteille que des livres. Matthias Bothmer est un paresseux , qui d'ailleurs n'a pas le respect convenable pour son vieux père et pour sa belle-mère ; il est toul-à-fait gouverné par sa femme très-adonnée à l'ivrognerie. Henri de Landenberg est un pauvre imbécile , qui passe tellement son temps à boire ^ qu'il n'est connu que sous le nom de Porc de Landenberg ; outre cela , il fait le maquignon , il aime les querelles , et il est sujet à manquer de parole. Le doyen , Laurens Meyer , est un homme de manières grossières ét soldatesques ; il traîne une longue épée après lui , et il s’habille avec autant de licence qu’un cavalier. Le pasteur et le vicaire d’Osseingen ont , depuis treize ans , une haine scandaleuse l'uu contre l’autre ; leurs femmes sont trèsacariâtres ; celle du pasteur accable son mari d’injures , et celle du vicaire ne fréquente point la sainte-table y elle n'a pas même vu l’église depuis six mois (t). »

(1) Hess. Recueils destines à Vhistoire des églises de la Réforme en Suisse. — Dans les actes d’un synode de Berne , on lit : « 11 y en a parmi nous qui portent les habits les plus immodestes qu’il soit possible de voir, tandis qu’il faut pourtant qu’il y ait une difTérence entre le vêtement d’un valet de boucher, et celui d’un ministre de la parole de Dieu. Il y en a d’autres qui tiennent des discours indécents, qui boulTonnent et plaisantent, ou qui approuvent que

Or, maintenant à côté de ces apôtres du protestantisme, en y comprenant Luther , Calvin , Biicer, Zwingle, etc., placez saint Paul, saint Ignace, saint Irénée, saint Cyprien, saint Jean-Chrysostôme, saint Ambroise, saint Augustin, saint François de Sales, et les autres qui ont fait tant d’honneur à la religion , et par leurs prédications , et par leurs écrits,et par leurs vertus... On est arrêté par ce parallèle. Des apôtres si différents donnent à penser, eU’onsedemande si ceux de la réforme . sans autre examen , avaient pour eux le bon droit et la vérité (l) ? Si de pareils hommes , scsépnrant avec éclat de l’Eglise, essayaient aujourd’hui de prêcher une religion nouvelle , quelle idée en aurait-on , même parmi les protestants ? Qu’ils nous disent franchement ce que valent Chatel et ses collègues ? Ont-ils assez

d’autres sc divertissent, en leur présence, à parler de fornication, d’adultère ou de déshonneur fait à des vierges; d’autres, enfin , qu’on voit dans les cabarets boire avec la canaille, ou à des heures indues , comme si notre ministère ne consistait qu’à boire et à manger. »

(1) Le ministre Dallié, qui tient un rang recommandable parmi les protestants , s’est chargé de répondre , et , faisant abstraction de la conduite des premiers apôtres de la réforme, il les a jugés d’après leurs paroles : « S’ils n’avaient tort , dit-11 , ils n’en viendraient pas aux injures ; c’est assurément l’erreur qui les trouble : la vérité a plus de douceur et de retenue ; elle n’est pas accoutumée de s’emporter ainsi. Car, que Luther et ses disciples fussent en colère quand ils écrivaient les violences et les horreurs que vous en avez ramassées , le désordre et l'extravagance de leurs propres paroles le montrent assez, comme, pour laisser le reste, ce titre ridicule du livre de l’un d’eux , que vous ne manquez pas de représenter : Les absurdités trés-cd)$urdes des absurdités calomnieuses. Un homme savant ne parlerait pas si sottement s’il était d’un sens rassis. » ( Cont. Cotibi^ c. xiv, p. 2.)

dirooie , de mépris , de boue , pour les jeter à celle église française, bien reconoue pour être la fille des passions et de la révolte ? Mais qu'ont-ils donc faits , ces apostats du dix-neuvième siècle , qui les rende plus vils que Luther et ses compagnons du seizième? Ceux-ci avaient-ils acquis un titre de plus par leurs mariages sacrilèges ? Si un cri me de moins rend les prêtres de la nouvelle église plus coupables , attendez , il se peut que bientôt ils se marient , et alors ils vaudront vos premiers apôtres.

Les nouvelles églises sont dignes de leurs pasteurs ; car ce sont les pasteurs qui font les peuples, ce Une chose aussi étonnante que scandaleuse» disait Luther» est de voir que » depuis que la pure doctrine de l'Évangile vient, d'être remise en lumière» le monde s'en aille Journellement de mal en pis (1). Les nobles et les paysans en sont venus à se vanter sans façon qu'ils aiment mieux qu'on les débarrasse tout-à-fait de la parole de Dieu» et qu'ils ne donneraient pas une obole de tous nos sermons ensemble. Et comment leur en faire un crime» dès qu'ils ne tiennent aucun compte de la vie future? Ils vivent comme ils croient » ils sont et restent pourceaux (2).» « Dans le petit nombre de ceux qui se sont séparés de l'idolâtrie du Pape » disait Calvin » la plupart sont remplis de perfidies et d'arliûces; ils font paraître à l’exlérienr un grand zèle » mais si vous les sondez un peu plusavanU vous les trouverez pleins de fourberies (3).. Et nous voyons que les hommes sont maintenant plus avares»

(1) In serm. conv. Germ.

(2) 'Scrm. sur la prem. Ep, Cor. 15.

(3) In Daniel, c. il, V. 34.

plus impitoyables^ plus abandonnés aux vices , plus insolents et beaucoup pires qu’ils n’étaient sous la papauté [1 j . » L’excès du mal fait avouer à Calvin l’inutilité de la réforme. « On voit des autres dissolutions tellement que tout en est plein... Et encore ces canailles viendront ici jouer de passe-passe... Quand donc tout sera bien compté et rabattu , et qu’on aura regardé la chose , il semblera que la parole de Dieu ne serve plus sinon d’csclairer, afin qu’on nous contemple de loin , et que les papistes et autres infidèles soient là ordonnez pour nous juger des énormités et vilainies qui régnent entre nous. »

Mélancbton raconte (pie dans les nouvelles églises « on doutait des plus grandes choses , que les maux étaient incurables (2). » Bucer écrit à Calvin, plus de vingt ans après la réforme; que « parmi eux les plus évangéliques ne savaient pas seulement ce que c’était que la véritable pénitence (3). » Il ajoute dans un autre endroit : a Nos gens ont été plus soigneux de paraître disciples de Jésus-Christ que de l’étre en effet ; et quand il a nui à leurs intérêts de le paraître , ils se sont encore défaits de cette apparence. Ce qui leur plaisait , c’éUit de sortir de la tyrannie et de la superstition du Pape et de vivre à leur fantaisie. » .

. > Erasme nous parle en ces termes des premiers réformés : « Quelle race évangélique est ceci ? Jamais on ne vit rien de si licencieux ni de plus séditieux tout ensemble ; rien enfin de moins évangélique que ces évangélistes prétendus.

(1) In Post. domesl. pars I , dom. I , fol. 5.

(2) Lih, IV , Epist. 135.

(3) Int. Epist. Cnlv. p. bV,

ïts retranchent les veilles et les offices de la nuit et du jour ; mais il fallait donc les remplacer par quelque chose de meilleur, et ne pas devenir épicuriens à force de s’éloigner

du judaïsme Les mœurs sont négligées ; le luxe , les

débauches , les adultères se multiplient plus que jamais; il n’y a ni règle ni discipline'. Le peuple indocile , après avoir secoué le joug des supérieurs , ne veut plus croire à personne... J’aime mieux, disait-il aux protestants qui en convenaient, j’aime mieyx avoir affaire aux papistes^ que vous décriez tant... Ceux que j’avais crus purs, pleins de candeur et de simplicité , je les ai vus depuis , une fois passés à la secte (des évangéliques ) , commencer à parler filles, courir les jeux de hasard, mettre de côté la prière, s’adonner tout entiers à leurs intérêts , devenus les plus impertinents , vindicatifs et frivoles , changés d’hommes en vipères; je sais bien ce que je dis (1). »

De pareils témoins nous dispensent de toute réflexion ; seulement il faudra sc souvenir que la réforme n’a pour premiers apôtres que des hommes vicieux , comme ils viennent de Tavouer eux - mêmes , et ensuite qu’elle a rendu ses prosélytes plus mauvais qu’auparavant, au lieu de les rendre meilleurs.

Nous ajouterons que la réforme a eu recours à la violence, ce que ne fit jamais la vérité.

Voyez le grand modèle : lorsque Jésus-Christ, la vérité

(!) Epitre aux Frères de la Basse- Allemagne. — Nous n’osons pas rapporter tout ce qu'on a dit de l'église nouvelle ; ceux qui en voudront savoir davantage peuvent lire les Généalogies deM. Galife. Ce protestant , à la voix haute et ferme , ne craint pas de tout dire.

même, envoie ses apôtres vers les peuples qu*ü veut convertir, il les prévient , avant tout , de l'opposition que rencontrera sa doctrine , des obstacles qu'ils auront à surmonter, des persécutions qui les attendent ; mais en même temps il leur prescrit la conduite qu'ils doivent tenir, les exemples qu'ils sont obligés de donner. La douceur, la charité, la patience, l’amour des croix et des douleurs sont les vertus qu'il leur recommande; et, dans son langage toujours admirable, il leur dit « qu'il les envoie comme des agneaux au milieu des loups (1). » Ils seront jetés dans les prisons , battus de verges; on les traînera aux tortures et à la mort, et il ne leur doit échapper ni plaintes , ni murmures ; il faut qu'ils se taisent , pour ne faire |>ar]er que leur douceur, leur inaltérable charité. « On nous maudit , et nous bénissons; on nous persécute, et nous souffrons tout avec douceur ; on blasphème contre nous , et nous répondons par des prières ; nous sommes devenus comme la balayure du monde (2). »

C'est là l'esprit de l'Evangile , et le grand apôtre conjure tous les vrais chrétiens de reproduire ces exemples : « Soyez donc mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ (3). » Tels étaient les apôtres; ils se présentaient avec cette cha^ rité aux peuples vers lesquels l'Esprit de Dieu les poussait ;

(1) Ecce ego mitto vos sicut agnos inter lupos. Luc. c. x , v. 8.

(î) Maledicimur et benedicimus^ perscctUionem paiimur et sustinemus; blasphemamur et obsecramus ; tamquam purgamenta hujus mundi facti sumus. I. Cor. c. iv, v. 12 et seq.

(3) Rogo vos : imitatores met estote sicut et ego Christi. Ibld.

et sMls en trouvaient qui ne vouiassent pas les entendre , iis se contentaient de secouer la poussière de leurs pieds , et de pleurer sur eux.

Voyons faire maintenant le protestantisme , recueillons quelques-uns de ses actes , et cherchons ce beau caractère. N’a-t-il jamais employé que la douceur et la charité pour s’établir parmi les peuples? Hélas I bien différent des apôtres de Jésus, qui voulaient que Ton ne répondit à tous les obstaeles, à toutes les contradictions, que par lamour, la patience et la prière, les obstacles et les contradictions l’irritent , cl tout devra plier , tout périra pour assurer ses succès. Le Pape lui déplaît , et aussitôt son premier apôtre fait entendre CCS paroles peu apostoliques: a O Seigneur î qui croit à notre parole ? » et après ce début prophétique > s’adressant aux peuples chrétiens : « Cessez, leur dit-il, de faire la guerre aux turcs , jusqu'à ce que le nom do Pape soit ôté de dessous le ciel ; j’ai dit. » Vous remarquerez que Luther commence son évangile par deux crimes : il est mauvais chrétien , puisqu’il aurait souffert les progrès du mahométisme dans la chrétienté, et mauvais citoyen, puisque ses progrès s’étendant sur sa patrie, n’y auraient laissé que des ruinés et des esclaves;

Ces considérations n’arrètent point lè zèle du nouvel apôtre ; il revient au Pape qu’il regarde comme un obstacle à ses desseins ; et cette fois , c’est une croisade qu’il prêche contre lui et contre les rois qui le soutiennent : « Le Pape est on loup possédé du malin esprit ; il faut s’assembler de tous les villages et de tous les bourgs contre lui. Il ne faut attendre ni la sentence du juge, ni l’autorité du concile. N’importe que les rois et les Césars fassent la

guerre pour lui ; celui qui fait la guerre sous un voleur , la fait à son dam (1). )> « Si on pend les larrons aux gibets ; si l'on châtie les brigands et les hérétiques par le glaive , pourquoi n’attaquerions-nous pas , de toutes nos forces , les cardinaux et les papes, et toute cette racaille delà Sodome moderne , qui ne cesse de corrompre l'Église de Dieu ? Pourquoi ne laverions-nous pas nos mains dans leur sang ? » Cité à Rome , il fait cette réponse tout-à-fait digne d'un apôtre: «J'attends, pour y comparaître, que je sois suivi de vingt mille hommes de pieds et de cinq mille chevaux , et alors je me ferai croire. »

11 faut donc des armées à la foi nouvelle ; elle ne peut donc rien par sa propre vertu ! Cette impuissance donne à penser. Les apôtres faisaient autrement : Pierre aussi voulut , un jour « s'emparer de Rome ; mais il y fut seul avec une croix.

Luther , lui , a besoin d'autre chose. Malgré ce grand exemple , et s'en tenant toujours aux moyens qui lui paraissent indispensables, il ajoute: « l'Evangile a toujours causé du trouble , et il faut du sang pour l'établir (2).» En conséquence , il reproche aux seigneurs allemands , qui voulaient préserver leurs terres de ses ravages, « d'exercer une tyrannie que les peuples ne pouvaient , ni ne voulaient, ni ne devaient plus souffrir (3). » Ailleurs il mande aux princes «d'exterminer sans miséricorde les misérables qui, n'avaient pas profité de ses avis , et de ne pardonner qu’à ceux qui se rendraient volontairement. » Celte re-

(1) Disp. 1540. Prop. 59 et seq.

(2) De serv. .4rbit. fol. 431.

(3) SIcId. liv. V.

romroandation lui parut trop douce , et dans on autre eudroit il défend d'user d'aucune miséricorde envers le« rebelles ; de ne pardonner à personne , pas même à ceux que la multitude avait entraînés, par force, dans quelque sédition (1). »

Tantôt il caresse les princes , tantôt il les menace , selon que le demande l'intérêt de sa cause. On voit dans le morceau suivant , que nos fameux révolutionnaires l'avaient copié. Pour les gagner il leur promet le pillage , et leur montrant l'itàlie , comme Anniba! à ses soldats , il s'écrie : « Voici Rome , la Romagne , le duché d'Urbain ; voici Bologne et toutes les terres de l'Église ; prenez , tout cela est à vous ; prenez au nom de Dieu , tout cela vous appartient. » Puis il se tourne vers les princes , qui n'ont pas voulu le croire ; leur vue seule fait bouillonner sa colère , et appelle sur leur tête les vengeances populaires. « Leur règne est clos ! ils vont descendre dans la tombe couverts de la haine du genre humain I princes , évêques, moines , polissons sur polissons ; depuis que le monde est monde , c’est un oiseau rare sur la terre qu'un prince sage et prudent ; mais plus rare encore qu'un prince honnête homme. Que sont la plupart des grands ? des foux , des vauriens , et les plus grands vauriens qui vivent sous le soleil... Princes ! la main de Dieu est suspendue sur vos têtes; la contemption se répandra sur vous; vous mourrez, votre puissance fùt-elle au dessus de celle du turc luimême. Déjà votre récompense est arrivée ; on vous tient pour polissons et bélîtres ; on vous juge d’après le rôle que

(1) Sicid. liV. T, 77.

TOUS jouez. Le peuple a appris à vous connaUre , et ce cbàtimeut terrible que Dieu appelle le mépris , vous presse de tous côtés ; vous ne pourrez pas le détourner I )>

Saint Paul parlait un peu diflereminent des puissances^ même quand elles le persécutaient ; surtout il ne prêchait point la révolte contre elles. Mais Luther entendait mieux rËvangile ; et Sleidan raconte que le réformateur ayant déclaré qu’il était permis de se liguer contre l’empereur et contre tout autre qui ferait la guerre en sou nom ; que non -seulement le droit , mais encore la nécessité et la conscience mettaient les armes à la main des protestants ; cette décision , ajoute Sleidan , fut comme le tocsin dans toute l’Allemagne (1). »

Le réformateur genevois croyait aussi devoir employer la violence pour propager le protestantisme , et ce droit il le trouvait dans l’Évangile : « Jésus-Christ, disait-il, est venu apporter le glaive. » Nous avons parlé de ses instructions àM. dePoët. Le sang ne coûtait rien à cet homme; il voulait que tous ceux qui s’opposaient aux succès de la réforme fussent traités comme il avait traité lui-même Servet. Ce caractère bien connu le rendait cher à son parti : « Calvin est violent disait-on , il est pervers ; tant mieux 1 voilà Thomme qu’il nous faut pour avancer nos affaires (2). »

Nous apprenons d’Erasme , que la devise de Zwingle était: « L’Évangile veut du sang (3). » Ses disciples ne Toublièrent pas ; un article du synode de Bàle porte : « que

(1) Sleld. liv. vin , ai7.

(2) Wolmar.

(3) Ad Fratres int. Germ.

tous ceux qui ue veulent pas écouler les averlissemenls de VEglise et une iustructiou chrétienne , mais qui persistent opiniâtrement dans leurs erreurs, en oflensant et troublant TEglise , doivent être châtiés et réprimés par le magistrat souverain ; aün qu'ils n infectent pas le troupeau par leur fausse doctrine. »

Jean Knox , un des disciples de Calvin , et le chef des réformateurs de l'Écosse, voulait « que les gentils- hommes, les gouverneurs , les juges , et le peuple d’Angleterre , non-seulement résistassent à Marie leur reine , celte nouvelle Jezabel, dès qu'elle commença à éteindre rÉvangile; mais encore la flssent mourir , avec tous les papistes et tous ceux qu'elle entraînait dans ses desseins (t). »

C'était dans les prêches , surtout , que les nouveaux apùtrcs soufflaient dans le cœur de leurs prosélytes la haine et la violence. « Je les voyais sortir , dit Erasme , avec un air farouche et des regards menaçants , comme gens qui viennent d'ouïr des invectives sanglantes , et des discours séditieux ; aussi voyait-on le peuple évangélique aussi propre à combattre qu’à disputer. »

Tous les moyens étaient bons pour faire abjurer l’ancienne foi. « On a encore , dit Bossuet , les ordres des généraux et chefs des villes à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la réforme , par taxe , par logements , par démolitions de maisons et par découvertes de toits (2).» Des rcmercimenls sont votés par des synodes , à ceux qui montrent le plus de zèle pour la

(1) Adtn. ad net. et prop. Seat.

(2) Hist. des Var. t. ii, p. 52.

propagaliqn de l'Evangile. Celui d’Alais, 1620, «remercie M. deCbatillon de sa promesse d’employer, à l’exemple de ses prédécesseurs, tout ce qui était en son pouvoir pour l’avancement du règne de Jésus-Christ. » On trouve dans les actes du synode de Lyon , une digne récompense accordée au zèle d’un abbé , qui s'était déclaré pour la bonne cause. « 11 est venu à la connaissance de l’Evangile , dit le synode , il a brûlé ses titres ; il n’a pas permis depuis six ans , qu’on ait chanté m sse en l’abbaye ; il a porté les armes pour maintenir l'Évangile : qu'il soit admis à la cène! s'écrient les pères du synode (1).

L’hisloire est affreuse quand elle nous parle des moyens

0) On connaît les lois anglaises contre le Catholicisme. Un fils qui quitte la religion catholique , s’empare de tous les biens de sa famille , quand même le père vivrait encore. Chaque protestant peut prendre ie cheval d’un catholique , à charge de lui donner 5 iiv. stcrl., quelle que soit la valeur de l'animal. Un protestant a aussi la liberté de chasser un fermier catholique de sa ferme en lui boniflant simplement les améliorations qu’il a faites pendant la tenue du bail. Un prêtre catholique qui dit la messe est banni pour la première fois , et s’il revient à la charge , il est pendu.

( Voir le Théâtre des Cruautés des Hérétiques. )

Canning, demandant l’abrogation des lois tyranniques portées par la réforme en Angleterre, disait: «t Nos ancêtres.... ne pouvant convertir , ont voulu punir. Le système qu’ils adoptèrent était horrible, mais admirablement combiné. Les lois pénales étaient révoltantes , mais elles allaient droit au but de punir et de dégrader; elles ne pouvaient manquer l’eiTet qu’on se proposait, de jeter la désunion entre l’époux et l’épouse, entre l’enfant et les parents, entre le serviteur et le maître; de détruire la confiance, le bonheur et les vertus sociales ; de semer la crainte dans toutes les familles , de réduire enfin la population à un état de misère et d’abrutissement complot. Mais bientôt la législature rougit elle-même de ce qu elle avait conçu , et recula devant son propre ouvrage. » ( Pis-

que la réforme a employés, des tyrannies qu'elle a exercées pour s’établir et avancer ses affaires : elle n’est parvenue à quelque chose , que par le vice , fa rapine et le sang (1).

Ce n’était point ainsi que l’on comprenait autrefois le Christianisme , et que l’on étendait le règne de la vérité, a Ce n'est point par des exécutions , mais en mourant soimême, disait Lactance , qu’on défend la religion : elle s'est maintenue par la patience , et non par les fureurs. Si on voulait la défendre par le sang , les tourments , ou tout autrement , loin de lui procurer cet avantage , on ne ferait que l'otrenscr et la souiller (2). )>

Les nouveaux apôtres voyaient les choses différemment, ctloinderougir d’avoir employé ces moyens, loin de craindre qu’on reproche à la réforme , comme au mahométisme , d’être la religion du sabre , ils s’en vantent ; voici venir Jurieu , qui dit fièrement « qu’il est vrai que la réforme s’est faite par l’autorité des souverains. Ainsi s’est elle faite à Genève, par le sénat ; en Suisse , par le conseil

cours à la Chambre des communes pour appuyer le Bill d'émancipation. 1825 .)

(1) On ne comprend pas comment des écrivains, estimables d’ailleurs, ont osé dire que l'Europe était mûre pour la réforme, et que le peuple l'embrassa parce qu'il reconnut dans Luther la voix de son apétre. Iis veulent , par là , donner à cette hérésie ce grand trait de ressemblance avec l’Evangile. On volt maintenant s'il n’y à pas quelque düTérence. Luther s’est adressé d’abord aux grands en flattant leurs passions, ensuite au peuple, et il a fallu employer les menaces, les persécûtions, souvent une horrible tyrannie, tant la réforme était populaire !

(2) Defenda est non occidendo sed moriendo , non sœvitid sed patienliâ. S» sanguine , si lormentis , si malo religionem defendere vellis , religio non defenditur , sed magis poUuelur et violabüur.

souverain de chaque canton ; en Allemagne, parles prince de l’empire; dans les Provinces-Unies, par les Étals ; en Danemark, en Suède, en Norwége, en Ecosse, par l'autorité des rois et des parlements ; et cette autorité ne s'est pas resserrée à donner pleine liberté aux réformés , elle a passé jusqu'à ôter les églises aux papistes , et même , en plusieurs lieux, cela est allé jusqu'à défendre par l’autorité l’exercice particulier du papisme. » Si l’on voulait faire des objections , Jurieu ne le soufifrirait pas. « Le fait .est certain, dirait-il, voilà, non une partie, mais toute la réformation établie dans le monde par la violence , par la contrainte , par des voies injustes et criminelles. » Après ces mots , le ministre ne se dissimule pas la conséquence. Elle est terrible, dit-il ; ces messieurs sont de bonnes gens, de vouloir bien rester dans une religion ainsi faite... Voilà ^otre réformation qu’on livre, pieds et poings liés, à la malignité de ses ennemis et à toute l'ignominie dont on veut la couvrir. » Souillant ainsi la réforme dans tous les pays où elle s’est établie, le ministre ne voudra pas l’épargner dans notre patrie. « Quant à la France , si le roi de Navarre, les princes du sang et les grands du royaume ne s’en fussent mêles, la véritable religion aurait entièrement succombé , comme elle l’a fait aujourd’hui (Ij. »

Ce cri de douleur que fait pousser au ministre la ventahle religion qui a succombe', est bientôt remplacé par le cantique de l’espérance. A l’exemple de Luther, Jurieu appelle les turcs pour qu’ils viennent au secours de la réforme humiliée, et abattre celte Eglise romaine qui ne meurt jamais.

(!) Lclt. VIII, p. 50Î. et suiv.

malgré toutes les prophéties. « Il y a beaucoup d’apparence, s’écrie Jurieu tout consolé , que les conquêtes des turcs sont poussées si loin pour leur donner le moyen de servir, avec les protestants, au grand œuvre de Dieu ( le renversement du trône pontitical). Je regarde cette année, 1685, comme critique en cette affaire : Dieu y a abaissé les réformés et les turcs en même temps , pour les relever en même temps et les faire être les instruments de la vengeance contre V empire papal (1). »

Comment le ministre ne voit-il pas que , dans ses vœux et ses espérances , il lire sur ses troupes et ne laisse à la réforme que la passion et la colère ? En quoi donc Vempire papal est - il si coupable ? Que lui a-t-il fait pour mériter tant de haine? Des hommes de son parti, des hommes qu’il respecte , Mélanchton , Leibnitz , le savant Senkerberg , Starck , Lavater , Voltaire et tant d’autres , comme nous le dirons , ont aimé son influence et l’ont bénie.

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