CHAPITRE VI
PCISQD’IL EST DÉMONTRÉ QUE LE PROTESTANTISME N’EST Qü’UNE ERREUR, NE FAÜT-IL PAS TOURNER SES REUARDS , SES PENSÉES, SES AFFECTIONS , VERS LE CATHOLICISME ?
Sans doute ; car U faut qu'une société possède la révélation de Jésus-Christ , et nulle secte , que nous sachions , après la réforme, ne prétend à celte gloire. Toutefois, nous ne voulons pas que l’on croie notre religion sur parole. Nous disons qu’elle est la vérité : en a-t-elle les caractères? vient-elle de Dieu ? sa foi s est-elle conservée , jusqu'à nous , dans toute sa pureté? a-t-elle toujours été une comme Dieu ? et selon les oracles de Jésus-Christ et des prophètes , instruit-elle tous les peuples , atin de mériter le beau nom de Catholique que la vraie religion peut seule porter? Pour le moment, nous nous bornons à ces questions, assez importantes, comme on le voit, pour être examinées par les hommes graves , par les hommes de bonne foi. Voyons si la réponse satisfait ceux qui cherchent franchement la vérité.
On a déjà va que le protestantisme rougissait de son origine , et que* par là il se décriait ; car les œuvres de Dieu sortent sans tache de scs mains ; il est embarrassé , quand on lui dit : où étais-tu avant Luther ? il se tait , ou il dit des folies.
Le Catholicisme , lui , peut parler de sa naissance , ap> peler tous les hommes à son berceau , et là ^ au lieu de baisser la tète , il la lève avec un saint orgueil ; et , nous montrant le ciel , je viens de là , nous dit-il , du Fils de Dieu, de Dieu même. 11 le dit , et ses titres sont si évidents, qu'il est impossible à 1 hérésie de les nier. Qu’elle entende Terlullien : « Les apôtres ayant reçu avec le Saint-Esprit, qui leur avait été promis , le don des langues et des miracles, ils prêchèrent la foi en Jésus-Christ , et ils établirent des églises d’abord dans la Judée ; ensuite s’étant partagé l’univers , ils annoncèrent la même foi et la même doctrine aux nations , et fondèrent des églises dans les villes. C’est de ces églises que les autres ont emprunté la semence de la doctrine , et qu’elles l’empruntent encore tous les jours , à mesure qu’elles se forment ; par cette raison on les appelle apostoliques dont elles sont tilles (1). »
« Voulez-vous satisfaire une louable curiosité qui a
(1) Statim igitur apostoU... consectUi promissam vim Spiritus sanefi ad virtutes et eloquium , primo per Judæam contestala fide in Jesum Christum, et ecclesiis institutis; dehinc in orbem profecH , eamdem doctrinam ejusdem fldei nationihus promulgaverunt , et proinde ecclcsioÉ apud unamquamque civitatem condiderunt , à qutbus traducem fidei et aemina doctrinœ^ cceterœ exinde ecclesiœ mtUtmlœ sunt , et qtwtidie mwtuantur ut ecclesiœ fiant; ac per hoc et ipsœ ûpostolicœ deputanlm\ ut soboles aposlolicarum ecclesiarum. Præs. c. xx.
pour objet le salut ? parcourez les églises apostoliques^ où président encore , et dans les mômes places , les chaires des apôtres ; où. lorsque vous entendrez la lecture de leurs lettres originales , vous croirez les voir eux-mêmes , entendre leurs voix. Êtes- vous près de l’Achaie? vous avez Corinthe ; de la Macédoine . vous avez Pbilippcs et Thessalonique. Passez-vous en Asie ? vous avez Éphèse. Êtesvous sur les frontières de Tltalie ? vous avez Rome . à Tau* torité de qui nous sommes à portée de recourir ; heureuse Eglise dans le sein de laquelle les apôtres ont répandu leur doctrine et leur sang (1) ! »
Or . cette religion, dont vous venez de voir la naissance toute divine, ainsi que rétablissement , est la nôtre. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la succession de nos évêques ; s’ils descendent des apôtres , a Ils ont , dit S. Irénée, par la volonté de Dieu , hérité de la vérité , avec la succession de leurs sièges (2). »
Avoir découvert la succession, c’est donc. avoir trouvé la vérité. C’est pourquoi les Pères la mettaient avec complaisance sous les yeux des hérétiques, qui souvent étaient les premiers et les derniers de leur religion. Le passage de
(1) Age jam qui mies curiosilatem melius exercere in negotio salutis tuœ . percurre ecclesias apostoUcas , apud quas ipse adhuc ceUhedrœ apos~ tolorum suis locis prœsident ; apud quas ipse authenticœ litterœ eorum recUarUur, sonantesvocem et reprœsentantcs faciem uniuscu jusque. Proxima'est tibi Achaia, habes Corinthum; si non longe es à Macedonia^ habes Philippos habes Thessalonicenses ; si potes in Asiatn tetidere^ habes Ephesum ; si autem Italiœ adjaces , habes Romam , unde nobis quo~ que auctoritas prœUo est. Isla quam felix Ecclesia, cui totam doctrinam apostoli Ctttn sanguine suo profademnl. Præs. c. xxxvi.
(2) Advers. hceres. 1. iv.
saintlrénée est précieux : « Comme il serait trop long, dit lé saint docteur , de rappeler, ici, les noms de tous ceux qui ont successivement dirigé chacune des églises , il suffira de rappeler les noms de ceux qui se sont succédé dans la direction de celle de ces églises qui est la plus ancienne, la plus célèbre ^ celle qui fut fondée à Rome par les glorieux apétrcs saint Pierre et saint Paul, qui a reçu d’eux-mêmes le précieux dépôt de la tradition et de la foi , prêchée chez toutes les nations ; et nous laisserons en dehors de la communion des fidèles, tous ceux qui, soit pour satisfaire leurs' passions ou une vaine gloire , soit par aveuglement , soit par perversité , ont quitté les sentiers de la vérité. Car / c'est à cette église de Rome , à cause de sa primauté , que doivent se rattacher toutes les autres églises ; et fous les fidèles répandus sur la terre , la considérant comme le principal dépôt de la tradition , transmise par les apôtres.
« Les apôtres , après avoir fondé cette église de Rome , en remirent l’administration à Linus , qu’ils en instituèrent évêque ; saint Paul , dans ses lettres à Timothée , fait men-
tion de cet évêque Linus. Son successeur fut Anaclet ; après Anaclet, ce fut Clément que l’on investit de l’épiscopât ; celui-ci avait connu les apôtres et conversé avec eux ; il avait encore toutes vivantes , dans son souvenir , leurs prédications et les instructions relatives à la tradition. Le successeur de ce Clément fut Évariste ; à Êvariste succédà: Alexandre ; Sixte vint ensuite , et fut le sixième qui fut nommé depuis les apôtres ; il fut remplacé par Télesphore qui souffrit glorieusement le martyre. Son successeur fut Hyginus ; à Hyginus succéda Pie , et à Pie Anicet. Soter ayant succédé à Anicet , c’est Ëleuthère , le douzième de-
puis les apOires , qui sc trouve maintenant investi de l'épiscopat. Par cette succession des évêques , la tradition et le dépôt de la vérité, que l’Église a reçus des apôtres, ont été transmis jusqu'à nous. Ainsi nous démontrons avec évidence que le dépôt d’une foi unique , la foi du salut , confié aux Eglises par les apôtres , s’est conservé jusqu’à nous et nous a été transmis dans toute sa pureté (1). »
Luther admettait ce fait. Il avait vu la liste des Papes , depuis saint Pierre jusqu'à Léon X , qu'il reconnaissait comme son vrai successeur , l’héritier de sa foi et de son autorité , quand il lui disait: « Donnez la vie ou la mort , appelez ou rappelez , approuvez ou réprouvez , comme il
vous plaira ; j'écouterai votre voix comme celle de Jésus- Christ. » Le protestantisme avoue tout cela ; le baron de Seckenberg, savant jurisconsulte allemand et zélé protestant , appelle le Pape : « Le représentant de Jésus-Christ , qui occupe la place de saint Pierre dans une succession non interrompue (2). »
Vous trouvez cette gloire dans tous les sièges. Si vous leur demandez les noms de leurs évêques , jusqu'aux apôtres-, ils vous les donneront aussitôt. Les hérétiques se vantent bien de venir des apôtres ; mais ils n’ont pas ces monuments pour le prouver, a Faites-nous donc voir , leur dit Tertullien , l’origine de vos églises , l’ordre et la succession de vos évêques , en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres , ou jusqu’à l’un de ces hommes apostoliques qui ont persévéré , jusqu’à la fln , dans la commu-
(1) s. Ircnée, 1. iii , c. 3.
( 2 ) Mé(h. de Jurisp.
Dion des apôtres ? Car , c*est ainsi que les églises vraiment apostoliques justiûent qu'elles le sont. Ainsi l’église de Smy me montre saint Polycarpe que Jean loi a donné pour évèqne , et l’église de Borne Clément ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les apôtres ont établis leurs évêques , et par le canal de qui ils ont reçu la semence de la doctrine apostolique. Que les hérétiques inventent du moins quelque chose de semblable ! Après tant de blasphèmes , tout leur est permis (IJ. y> « Votre nouveauté s égalera-t-elle à cette antiquité vénérable , à cette constance de tant de siècles , à cette majesté de l'Église ? Qui êtes- vous et d’où venez-vous ? A qui avez-vous succédé ? Où était l’Eglise de Dieu , lorsque vous êtes parus tout à coup dans le monde? Cherchez les antiquités « lisez les historiens et les saints docteurs , et montrez que depuis l’origine du Christianisme , aucune Eglise vraiment chrétienne se soit établieen se séparant de toutes les autres (2);»
Ces questions ont toujours déconcerté l’hérésie. Elle es-
(1) Ceterum , si quœ audent interserere se œtati apostolicœ , ut ideo videantur ab apostolis traditœ , quœ sut apostolis fuerunt , possumus dicere : Edant ergo origines ecclesiarum suarum ; evolvant ordinem episcoporum suorum , Ua per successiones ab initio decurantem . tU primas iUe episcopus aliquem ex apostolis^ vel apostolis viris, qui tamen cum apostolis perseveraverit , habuerit auctorem et antecessorem. Hoc enim modo ecclesiœ apostolicœ census suas déférant ; sicut Smyrnœorum ecclesia Polycarpum ab Joanne colocatum refert ; sicut romanorum ClemeiUem à Petro ordinatum itidem. Perinde utique et cœterœ exhi” bent quos ab apostolis in episcopatum constUutos apostolici seminis traduces haheant. Confingant taie aliquid hœretici. Quid enim Ulis post blasphemiam iUicitum est? Praes. c. xxxii.
(i) UüS&uct, Réfid. de Feri.
sayail bien de murmurer le mot apostolique; mais c'était un meusouge, elle ne remontait qu a un hérésiarque (1). Ainsi les ariens s'arrêtent à Arius > les donalistes à Donat , les luthériens à Luther... Quand ils veulent aller plus loin, ils trouvent l'Eglise catholique , avec la succession de ses évêques , de ses souverains pontifes , de ses apôtres , qui les ramènent à Jésus-Christ.
Il n'est permis à personne d'argumenter contre les faits ; aussi , les protestants de France , dans une circonstance solennelle, ont fai t aux Catholiques ces aveux remarquables: (( Nous ne nous dissimulons pas que dans le parallèle que nous faisons quelquefois de votre Eglise avec la nôtre, malgré les abus introduits parmi vous, les grands traits sont à votre avantage. Vous êtes certainement avant nous, puisque vous remontez jusqu'au siècle des apôtres , et nous , nous n'avons pas trois sièclesde notreexistence.Vosancêt reset les nôtres communiaient à la même messe, célébraient la pàque ensemble et vivaient dans une parfaite unanimité de sentiments ; de plus , la chaîne de la tradition dont Pierre et Paul ont attaché le premier anneau à l'église de Rome, s'est tellement perpétuée parmi vous, que si les Irénée, les Grégoire, les Cyrille, les Athanase, les Chrysoslôme revenaient aujourd'hui sur la terre , ils ne reconnaîtraient que
(1) <r Marcion a bien des églises, disait Tertullien, mais elles sont postérieures et par conséquent adultères. Si vous remontez à leur origine , vous les trouvez plutôt sorties d’un apostat que de l’apostolat; elles ne remontent pas au delà de Marcion , ou de quelque échappé de son école. Les marcionites édifient des églises comme les guêpes bâtissent des ruches. » {Cont. Marcion. 1. vi, c. rv. )
dans rËglisc romaioe la société dont ils élaieol les membres (1). »
De tels aveux abrègeut singulièrement la discussion. Nous venons des apétres, nous catholiques , et c’est la réforme qui le dit ; donc, la divinité du Catholicisme est reconnue ^ et son procès avec l'erreur est terminé.
Toutefois nos apologistes avaient d'autres armes : si par le défaut de succession, ils clouaient évidemment leurs adversaires à Terreur (2) , par la possession, ils les désespéraient. Les hérétiques avaient beau prendre leur temps , protiler de toutes les circonstances, le Catholicisme est toujours là, avec la foi de Jésus-Christ , la foi des apôtres, la foi de la tradition ; en on mot, maître de l'héritage du Fils de Dieu. S’ils cherchent à s'établir, à dogmatiser, en vrai héritier, en possesseur légitime dont les titres ne peuvent être contestés, il leur adresse ces paroles que nul n'a droit de prononcer que lui : « Qui êtes-vous ? Depuis quand et d'où êtes- vous venus? Que faites-vous chez moi , n'étant pas des miens ? A quel titre , Blarcion , coupez-vous ma forêt ? Qui vous a permis , Valentin , de détourner mes canaux ? Qui vous autorise , Apelle , à ébranler mes bornes? Comment osez-vous semer et vivre ici à discrétion ? C'est mon bien ; je suis en possession depuis long - temps , je suis en possession le premier. Je descends des anciens
(1) Mémoire des Réformés de France^ etc.
(2) D’après Grotius, « l’Eglise de Jésus-Christ consiste d.ins la succession des évêques par l’imposition des mains , et cet ordre de la succession doit demeurer jusqu’à la fin des siècles, en vertu de cette promesse de Jésus-Christ : Je suis avec vous. (De ccenœ administralione ubi pastores non sunt.J
possesseurs ; je prouve ma descendance par des titres authentiques. J’ai hérité des apôtres , et je jouis conformément aux. dispositions de leur testament » aux charges de fidéi-commis, au serment que j’ai prêté. Pour vous, ils vous ont renoncés et déshérités comme étrangers et comme ennemis. Mais pourquoi les hérétiques sont - ils étrangers et ennemis des apôtres ? parce que la doctrine que chacun d’eux a inventée ou adoptée suivant son caprice , est directement opposée à la doctrine des apôtres (1). »
Il faut que toutes les prétentions tombent devant la force de ces raisons , et que le Catholicisme reste paisible possesseur de la vérité. Si des hommes t[ui n’ont d’autre titre que leur envie ou leur cupidité , venaient vous disputer l'héritage dont vous jouissez depuis de.s siècles , vous en auriez pitié. Je jouis , leur diriez-vous , je suis en possession; je n’ai pas besoin d’autre titre, et, malgré vos eflbrts, je resterai seul maître. C est l’avis de tous les hommes , l’arrêt de tous les tribunaux ; et celui qui voudrait faire une objection aurait contre lui toutes les propriétés, toutes les familles , la société tout entière.
(1) Çmî estis? Quando et unde venistis? Quid in meo agitis , non met? Quo denique , Marcion , jure silvam moam cœdis ? Qua licentia , Valenline , fontes meas transvertis ? Qua potestale , Apelles , limites meos commoves ? Mea est possessio : quid hic cœleri ad voluntatem vestram seminatis et pascitis ? Mea est possessio , 'olim possideo , prior possideo , habeo origines firmas , ab ipsis auctoribus quorum fuit res ; ego sum hœres apostolorum , sicut caverunt testamento suo , sicut fxdei commiserunt , sicut adjuraverunt ita teneo : vos certe exhœredaverunt semper et abdicaverunt , ut extraneos , ut im'micos. Unde autem extranci et inimici apostolis hœretici , nisi ex diversitate doclrinœ^ quam unusquisque de suo arbitrio , adversus apostolos aut protulit , aut recepit. Præs. C. XXXVII.
Celte possession) que Vhérésie n*a jamais pu entamer et
queTertullien lui opposait avec tant d’avantage, saint Jean-^
Cbrysôslôme la fortifiait par une réflexion qu’il ne faut
point omettre : c’est que le Gatholicislne ne fut jamais appelé • • *
que l’Eglise ; jamais un nom, qui annonce toujours une œu^ vre humaine et une séparation de l’Église de J. -G., ne lui fut donné. « Nous sommes*- nous séparés de l’Eglise? disait le saint docteur ; avons-nous un IMarcion , un Manichée , un Arius , comme en ont les hérésies? Que si on nous donne le nom de quelqu’un , on ne le nomme pas comme l’auteur d’une secte, mais comme celui qui est préposé à notre conduite, au gouvernement de l'Eglise ; nous n’avons point de docteurs sur la terre , nous n’en avons qu’un seul dans le ciel. )) Ce docteur c’était Jésus-Christ, le fondateur de l’Ë-* glise , son chef , dont elle a toujours porté le nom , comme
les sectes celui des hérésiarques ; de là, pour elles, une • •
nouvelle preuve qu’elles ne sont que des erreurs ,• et pour le Catholicisme une nouvelle démonstration qu'il est la vérité.
Les faits, encore ici, parlent haut. Vous trouvez bien le temps précis où certaines sectes naquirent, portant d’abord le nom de ceux qui leur avaient donné le jour ; puis vous voyez qu’elles rougissent de leurs pères et essaient de prendre un nom plus glorieux ; mais ce nom, comme celui de Dieu, est incommunicable; il a été donné au Catholicisme, lui seul le portera ; et les erreurs garderont le nom d’un homme , et ce nom restera dans Thistoire pour leur malheur. Quelle est la secte que nous n'ayons pas trouvée souillée de cette honte ? Comme aussi quel est l’instant d’ici aux apétres , où le Catholicisme ait porté un autre nom
que celui de l’Église de Jésus-Ghrist ? Donc , c’est oubli de soi-niéme> dans certaines religions^ de mettre la mitre sur leur tète , de prendre la crosse , et puis dire , levant la tète et aflectant unè démarche grave : nous -sommes l'Eglise ! Évêques schismatiques , c’est une représentation que vous donnez , et vous vous bornez , sans doute , à demander si votre rôle est bien joué (1).
' L’étude de la religion , quand on s’y livre avec bonne foi et dans un désir siUcère de trouver la vérité , manque rarement de porter ses fruits. Alors les nuages se dissipent , la vérité brille , et notre foi , que l’hérésie avait voulu présenter anx . simples comme une œuvre moderne , enfant de l’ignorance ou des passions,. se trouve la foi des siècfes , celle -des Pères , des apôtres , de Jésus-Christ. Mais alors aussi on l'embrasse , parce qu’on cherchait franchement la vérité. « J’ai embrassé la foi romaine , disait l’anglican CliilÜDgworth , parce que , de l’aveu des protestants , la doctrine de l'Eglise de Rome est conforme à la doctrine des Pères, tandis que la doctrine des protestants y est contraire (2). »
« L’Eglise catholique , ajoute un ministre protestant , en
(1) Drydcn nous a laissé ce portrait de son église : « Elle n’est pas sans doute l’épouse légitime , mais c’est la maîtresse d’un roi , et, quoique (ille évidente de Calvin, elle n’a point la mine effrontée de ses sœurs. Levant la tête d’un air majestueux, elle prononce assez distinctement les noms de Pères ^ de conciles , de chef de Vèglise; sa main porte la crosse avec aisance, elle parle sérieusement de sa noblesse , et sous le masque d’une mitre isolée et rebelle , elle a su conserver on ne sait quel reste de grâce antique , vénérable débris qui n’est plus. »
(2) Thom. Moore, Voyage d’un Irlandais^ p. 209.
abjurant ses erreurs ^ a repoussé constamment tous ceux qui substituaient leurs pensées particulières à la tradition générale , et ce nom mémé d’hérétique qu’elle a toujours donné aux novateurs ^ signifie , dans la force du mot /des hommes qui veulent choisir mx-mémes leur foi /au lieu de la recevoir avec soumission par l’enseignement de l’Eglise. Antérieure à toutes les églises , son. autorité n’a d’autre commencement que celui de la religion elle-même. Toutes les sectes ont la date de leur origine; et le nom qu’elles sont obligées de porter , est l’ineflaçable caractère qui leur rappelle; sans cesse , qu’elles ne sont que des sectes. L’Eglise catholique était au commencement comme elle est aujourd’hui et dans tous les temps ^ et c'est d’elle que tous les hérétiques ont reçu tout ce qu’ils ont conservé de christianisme. Hors d’elle tout varie , parce que hors d’elle il n’y a que des opinions individuelles , tandis que son témoignage universel , perpétuel, transmis de siècle en siècle , conserve sans altération le dépdt de la foi primitive (1). » '
Les professeurs de l’univers'té d'Oxford n’ont pu considérer cette gloire qui n’appartient qu’à nous calholiques , sans nous dire leurs regrets. « L’antiquité vantée de leur Eglise, son universalité, son unanimité, les mettent au dessus des révolutions du monde et des nouveautés religieuses du jour. En vérité , quand on fait réflexion, et qu’on* contemple la magnificence de leur système , on se prend à soupirer qu’on soit séparé d’eux : Cum lalissis , utinam noster esses 1 » • •
Le docteur Newman ne se borne pas à des regrets ; il vient
(1) Lettre de M. Laval ^ pasteur de Condé-sur-Noireau.
de faire entendre ccs paroles qui ont eu du retentissement, et trouvé une grande sympathie parmi la jeunesse et les boinmes marquants de l'Angleterre. « L'esprit religieux de notre Eglise fait en ce moment de grands progrès , vers quelque chose de plus profond et de plus vrai , que ce qui a satisfait le dernier siècle. Notre époque marche vers cette communion religieuse qui , dans'les derniers temps , n’a en réalité appartenu qu'à l’Eglise de Rome. Elle seule, au milieu ^es erreurs de ses pratiques religieuses , a donné libre carrière au sentiment du grand , du beau , du mystérieux ; aux sentiments de tendresse et de dévotion qui peuvent être appelés catholiques. Il s’agit maintenant de savoir /si nous abandonnerons ces beaux sentiments de l’Eglise romaine , ou si nous en revendiquerons notre part en remontant aux anciens principes , qui , abandonnés de nos jours ; ont été inhérents , propres et naturels à notre Eglise ; mais si nous abandonnons les principes , nous devons aussi abandonner les hommes qui les ont partagés et chéris. »
Si ces paroles ne vous paraissaient pas assez claires , un journal protestant de Londres vous en expliquerait le sens et la portée. « Les paroles du docteur Newman signifient clairement, dit-il , que l’église nationale d’Angleterre ne peut plus satisfaire aux besoins de notre époque , et qu’il croit devoir remonter jusqu’aux Pères de l’Eglise pour trouver ce quelque chose de plus profond , de plus vrai dont il nous parle. L’habile écrivain ne déguise point sa pensée : L’Eglise romaine seule a conservé les vraies doctrines , et l’église anglicane doit retourner à elle , ou se voir condamnée à périr. »
, Oqi » l’Église romaioe a conservé les vraies dpàtrinés,; fidèic gardienne .du dépôt sacré qu’elle lient des apôtres, de Jésus-Christ , elle n’enseigna jamais- que leur foi, et l'enseigna tout entière; les temps, les hommes, les événements n’y font rien. La foi, comme le soleil, est indépendante des révolutions humaines ; son symbole aujourd'hui est le même qu’elle chantait il y a ôix - huit siècles. Grégoire XVI n’a pas une autre croyance que. saint Léon; Bossuet parle comme saint Jean-Chrysostôme ; saint Irénée, saint Augustin , saint Ambroise , saint Bernard , tous
les Pères n’ont pas prêché une doctrine différente de celle • • •
que prêchent aujourd'hui nos évêques et nos prédicateurs ; leconcile de Trente n’est que l’écho de celui de Nicée ; c’est pour la même foi que sont morts les martyrs du Colisée et naguères les martyrs do la Cocbinchine et du Thong-King.
S'il était nécessaire de prouver ce fait qui est partout, nous invoquerions une preuve que la réforme ne repousserait pas : Comment connaissez-vous , lui dirions-nous avec un de scs ministres , la doctrine de Luther et de vos premiers apôtres? sans doute par leurs livres et ceux de leurs disciples ; car.ee sont là des témoins compétents, irrécusables. Âlais alors il faut convenir aussi que lés écrits des anciens Pères, des évêques successeurs des apôtres , sont des témoins valides de la foi des chrétiens des premiers siècles , de celle des églises apostoliques. Or, la foi de ces chrétiens , de ces églises'est encore la même aujourd’hui (1) ; tout le monde peut le vérifier , car les écrits dos Pères et des pre-
(l) a Tout ce que reçoit en commun l'Eglise d'Occident qui est unie à l’Église romaine , dit Grotius , je le trouve unanimement
miers évêques sent là avec tous nos dogmes » tous nos sacrements (1). ‘
C’était la démonstration de Tertullien , et celle dà lui
suffisait pour prouver la vérité de la doctrine. c( Si Notre- Seigneur Jésus-Christ, dit-il , a envoyé ses apôtres pour prêcher , il ne faut donc pas recevoir d'autres prédicateurs , parte que personne ne connaît le Père que le Fils,, et ceux a qui. le Fils l'a révélé, et parce que le Fils n’a révélé qu’aux apôtres , envoyés pour prêcher ce qu’il leur a révélé. Mais qu'ont prêché les apôtres, c’est-à-dire, que leur a révélé Jésus-Christ ? Je prétends qu’on ne peut le savoir que par les églises que les apôtres ont fondées , et qu’ils ont instruites de vive voix et ensuite par leurs^lettres. Si cela est , il est incontestable que toute doctrine qui s’accorde avec la doctrine de ces églises apostoliques et matrices aussi anciennes que la foi , est la véritable', puisque c’est celle que les églises ont reçue des apôtres , de Jésus- Christ, de Dieu , et que toute autre doctrine , par conséquent , ne peut être que fausse , parce qu’elle est opposée à la vérité des églises des apôtres , de Jésus-Christ et de Dieu...iVoilà notre démonstration (2) . » Pour prouver que
enseigné par les Pères grecs et latins , dont peu de gens oseront nier qu'il ne faille embrasser la communion; en sorte que, pour établir l’unité de l’Eglise, le principal est de ne rien changer dans la doctrine reçue , dans les mœurs et dans le régime. » (De Cœnœ administratione u6i pastares non sunt.J ^
(1) Nous montrerons ailleurs que nos sacrements, appelés par quelques protestants des inventions humaines , nous viennent de Jésus-Christ et des apôtres.
(î) Si Dominus Jesus-Christus apostolos misit ad prœdicandum , altos non esse recipiendos prædicatores , çuam Christus instituit ; quia nec
notre doctrine est vraie , et que toute autre est fausse ;'il suffit donc , non pas de raisonner , mais de savoir lire.
On voit’alors qiie le Catholicisme ne s'est jamais écarté de cette parole de fapdtre , que Vincent de Lerins appelle « un glaive à deux tranchants, qui tranche tout à coup les criminelles nouveautés des hérésies. O Timothée ! garde le dépât ; voilà ce qui a été dit à l'Eglise de Jésus-Christ. Gardez , non ce que vous avez découvert , mais ce qui vous a été confié ; ce que vous avez reçu par d’autres , et non pas ce qu'il vous a fallu inventer vous-mêmes; une chose qui ne dépend pas de l’esprit , mais qu’on apprend de ceux qui nous ontdevancés ; qu’il n'est pas permis d’établir par une entreprise particulière , mais qu’on doit avoir reçu de main en main par une tradition publique ; ou vous devez être non pas auteur, mais simple gardien; non point instituteur, mais sectateur de ceux qui vous ont précédé , c’est-à-dire non pas un homme qui mène , mais un homme
alius Patrem novit , nisi Filius , et cui FiUus revelavit , nec alius videtur révélasse Filius, quam aposlolis quos misit adprœdicandum, ulique quod mis revelavit. Quid autem prœdicaverint , id est, quôd illis Christus reve~ laverit , et hic prosscribam non[aliter prohare debere , nisi per easdem ecclesias quas ipsi aposloli condiderunt. Ipsi iis prœdicando tam vera , quod aiunt , voce , quam per epislolas pqstea. Si hœc ita fuit , constat proinde omnem doctrinam , quœ cum illis ecclesiis apostolicis matricibus et originalibus fldei consperit , veritati deputandam ; sine dubio tenentem quod ecclesiœ ab aposlolis , apostoli à Christo , Christus à Deo accepit : omnem vero doctrinam de mendacio prœjudicandam, quœ sapiat contra veritatem ecclesiarum, et apostolorum, et Christi, et Dei... communica-mus cum ecclesits apostolicis , quod nulli doctrina diversa : hoc est testimonium veritatis. Præs. ç. xxi.
qtii De fait que suivre les guides qu'il a devant lui» et aller par le chemin battu (1). *
« Voilà l'Eglise de Jésus-Christ , ajoute Vincent de Lerins: soigneuse gardienne des dogmes qui lui ont été donnés en dépôts elle n'y change jamais rien »' elle ne diminue point » elle n'ajoute point , elle ne retranche point les choses» néanmoins elle n'ajoute point les superQues. Tout son travail est de polir les choses qui lui ont été anciennement données » de contirmer celles qui ont été suffisamment expliquées» de garder celles qui ont été conûrmécs et définies» de consigner à la postérité par l'Ecriture » ce qu'elle avait
reçu de ses ancêtres [2) par la seule tradition (3). »
(1) ' 0' Timo(hee ^ inquit^ deposüum custodi^ devitans profanas vocum novitates... Quid esL^ depositum custodi ? Custodi, inquit^ propter fures » propter inimicos ; superseminent zizania super iUud tritici bo~ num semen quod seminaverat Filius hominis in agro suo. DeposiUim, inquU , custodi , quid est depositum ? id est ^ quod tibi creditum est » non quod d te inventum ; quod accepisti » non quod excogitasti ; rem nou ingenii , sed doctrinoe ; non usurpationis privatœ » sed publicœ traditionis ; rem à te perductam , non à te prolatam ; in qua non auctor debes esse , sed custos ; non institufor, sed sectator ; non ducens , sed sequens. Cornmonitor. c. xxij.
(2) Bossuet remarque que saint Basile justifie sa Toi et conrond les hérétiques , en leur alléguant la foi de sa mère et de son aïeule sainte Macrine ; et ii imite saint Paul qui loue Timothée d'avoir une foi sincère, laquelle s^était trouvée premièrement dans sa mère Eunice , et ensuite dans Lolde son aïeule.
(3) Christi vero Ecclesia, sedula et cauta depositorum apud se dog~ matum custos , nihil in his unquam permutât, nihil minuit, nihil addit, non amputai necessaria, non apponit superflua , non amittit sua , non usurpât aliéna ; sed omni industria hoc unum studet, ut vetera ftdeliter sapienterque tractando , si qua sunt ilia antiquitus informera et inchoata , accuret et poliat ; sed si qua jam confirmala et definita eustodiat,.. Hoc , inquam , semper^ neque quicquam prœterea, hœreticorum
S’il arrive que quelqu’un enseigne l’erreur, on n’a qu’un mot à lui dire pour le réfuter : « Ce que vous nous enseignez n’est point la doctrine transmise. » Saint Irénée > apprenant qu’un évéque d’Orient , avec lequel il avait été lié autrefois, était tombé dans l'bérésie, lui écrit ces mots: « Ce n’est point là la doctrine que nous ont transmise les évêques qui nous ont précédés , et qui ont été les dis^ ciplesdes apôtres. Étant fort jeune encore, je vous ai vu à Smyrne , chez le bienheureux Polycarpe , lorsque, vivant avec éclat à la cour de l’empereur , vous veniez voir ce saint évêque , et tâchiez d’acquérir son estime. Je me souviens aussi parfaitement de ,^ce qui se passait alors que de ce qui est arrivé depuis...; je pourrais dire le lieu où était assis le bienheureux Polycarpe , lorsqu'il nous annonçait la parole de Dieu : je le vois encore . Ouclle gravité dans sa démarche partout où il passait ! Quelle sainteté dans toute la conduite de sa vie ! Quelle majesté sur son visage et dans toute sa personne ! Il me semble encore l’entendre raconter comment U avait conversé avec saint Jean, et plusieurs autres qui avaient vu Jésus-Christ. Avec quel ravissement il nous parlait des miracleset de la doctrine du Verbe ! qu’il avait recueilli de la bouche môme des témoins oculaires et auriculaires. J’écoutais toutes ces choses; je les gravais , non sur des tablettes , mais dans le plus profond de mon coeur. Je puis donc protester devant Dieu que , si cet homme apostolique avait entendu parler de
novitatibus excitcUa , conciliorum suorum decretis cathoUca perfeci Ecclesia , nisi ut quod prius à tnajoribus sola traditione susceperat , hoc deinde posteri» etiam per scripturœ chirographum cousignaret.... Comroonilor. c. xxiii.
quelque erreur semblable aux vôtres , il eût , à rinstant , bouctié SOS oreilles et fait éclater son indignation , par ce mot qui lui était ordinaire : Mon Dieu ! à quels temps m avez-vous réservé ? »
Si vous demandez au Catholicisme pourquoi il tient si fortement à ce qui a été transmis , pourquoi il prend tant de soin d'écarter toute nouveauté « il vous répondra que « La vérité catholique, venue de Dieu , a d'abord toute sa perfection. L'hérésie^ faible production de l'esprit humain, ne peut se faire que par pièces mal assorties.. Pendant qu'on veut renverser , contre le précepte du sage , les anciennes bornes posées parnos, pères , et réformer la doctrine une fois reçue parmi les üdèles , on s'engage sans bien pénétrer toutes les suites de ce qu'on avait avancé. Ce qu'une fausse lueur avait fait hasarder au commencement , se trouve avoir des inconvénients qui obligent les réformateurs à se réformer tous les jours.; de sorte qu’ils ne peuvent dire quand ûniront les innovations , ni jamais se contenter eux-mêmes (1). »
C’est bien là I histoire de la réforme : sans plan , sans, sagesse, sans puissance , parce que Dieu n'est point avec elle; on la verra jusqu’à la fin élever, abattre, réédilier, démolir encore le même édifice, sans jamais-pouvoir offrir au monde qu'un chaos informe et ridicule. « La même chose vous est arrivée qu’aux ignorants architectes , dit saint Uilaire, à qui leurs propres ouvrages déplaisent toujours; vous ne faites que bâtir et détruire. Au lieu que l’Eglise catholique, dès la première fois qu elle s’assembla.
(1) Bossuet, t. XIX , p. 7, édit, de Lebel.
ûl un ouvrage immortel , et donna , dans le symbole de Nicée , une si pleine déclaration de la vérité , que , pour condamner éternellement l'arianisme , il n'a jamais fallu que la répéter (1). »
Qui le croirait? Jurieu conviènt de ces vérités : « Cela est précis, dit ce ministre, et rien ne peut l’être davantage. L'Eglise n’ajoute rien de nouveau , elle ne fait donc pas de nouveaux articles de foi. » Et , parlant toujours comme Vincent de Lerins', il ajoute : « Les conciles confirment ce qui a toujours été enseigné (2). » Mais à quoi pensait riiabile ministre en parlant ainsi? Ne voyait-il pas qu’il démolissait sa secte de fond en comble , qu’il faisait dire à tout le monde qu’elle n’était qu’une miàérable erreur, en même temps qu’il montrait la vérité dans le Catholicisme!'
En vain quelques hommes qui ont pris la résolution do se dire protestants quand même, essayeraient ici de calomnier l’Eglise ; en vain M. Guizot , dans je ne sais lequel de ses ouvrages, dira qu’elle a fait, dans. le temps, des concessions sur le dogme^ en abandonnant ce que d’autres fois elle avait puissamment défendu ; nous répondrons que l’esprit , le génie ne donnent jamais le droit de se moquer de ses lecteurs , et que l’on est coupable quand on cherche à les égarer par la calomnie. D’où vient donc qu’il n’a pas cité le dogme défendu d’abord , puis abandonné*^ Sa cons-
(1) Nam qui fidem emetidando- condemnas , damnationem fldei esse constituis , dum apud te aboletur per alteram , quœ per alteram rursus
aboletuia est Accidit tibi quod imperitis œdificatortbus , quibus sua
semper displicerU , accidere solet ; ut setnper destruas quod semper œdi/tees... Ilis quidem ego , itUra Nicoeam scripta à patribus fide fundatus manensque non egeo.., ( Cont. Const. imp. )
(i) De l’unité de l’Eglise ^ trait, vu, c.iv.
ciencc lui en faisait un devoir, et c'était , de plus, un beau triomphe, qu'une palinodie qu'il aurait pu mettre à côté de toutes celles que nous olTre le protestantisme. Au surplus, nous avons des défenseurs qu’il respecte; voici comment Luther, après sa révolte, lui reproche son mensonge : « « Il a resté dans l'Eglise catholique, sous le Pape, le saint hapléme, le texte du saint Evangile , le saint pardon des péchés, le Saint-Sacrement de l'autel , qu'on distribue à Pâques et dans le courant même de l'année; l’ordination des pasteurs , l'usage de présenter le crucifix aux mourants , la prière , l'oraison dominicale , les dix commandements , etc. Là, où de tels articles sont demeurés, demeurent aussi l’Eglise et quelques saints ; car ce sont là l'ordre et les fruits de Jésus-Christ , excepté la privation des espèces ; c'est pourquoi Jésus-Christ est certainement resté près des siens , avec son Esprit saint, et il a conservé en eux la foi chrétienne (l). »
Mélanchton ne partageait-il pas les sentiments de son maître, quand il assurait à Théopule : « que lui et ses partisans étaient fidèlement attachés à la religion catholique cl à ses dogmes, et que c’était pour les avoir défendus avec tant de zèle , qu'ils s’étaient fait tant d'ennemis ; qu’avec l’aide de Dieu , ils prouveraient cette foi à Jésus-Christ et à l’Église romaine , et qu'en général ils n’étaient séparés de l’union et de la concorde , que par une légère ditîércnce dans les rits et les usages (2) ? »
(1) Opp. Attenb. t. vi, p. 97.
(2) Nuüam etiam ob rem plus odii susfinemus in Germania , quia Kcclesiœ romanœ dogmata summa constantia defendimus. liane ffdem probabimus Christo et romanw Eedesiœ , Deo volente. Levis queedam dissimilitudo riluum est, quœ videtur obsistere concordiœ. (Ad Theop.)
Que si malgré tous les faits et les témoignages de Luther, de Mélanchlon et de tant d'autres qui font autorité dans la réforme , et que nous avons cités auchap. iv , il se trouvait encore des hommes qui soutinssent que nous avons innové , « Prenez garde d'abord leur dirions-nous , que si nous avions réellement innové, il serait assez singulier qu’il fui lût publier tant de gros livres pour le prouver , { livres au reste réfutés sans réplique par nos écrivains ]. Eb mon Dieu ! pour prouver, que vous avez varié, vous autres, qui n’existez cependant que d’hier, il ne faut pas tant de peine. Un des meilleurs livres de l'un de nos plus grands hommes contient l’bisloire de vos variations. Les professions de foi se sont succédé chez vous , comme les feuilles se succèdent sur les arbres ; et aujourd'hui on se ferait lapider en Allemagne, si on soutenait que la confession , qui était cependant l’évangile du seizième siècle , oblige les consciences (1). » Sans nous arrêter à toutes les petitesses d’une cause perdue, nous répondons par ce déti , que le Catholicisme seul peut jeter au milieu de toutes les sectes jalouses et toujours nécessairement variables : « Nous pouvons dire , sans craindre d’ètre repris , que jamais on ne montrera , dans l’Eglise catbolique, aucun changement que dans des choses de cérémonie et de discipline , qui dès les premiers siècles ont été tenues pour indiCTérenles. Pour ces changements insensibles qu’on nous accuse d’avoir introduits dans la doctrine , dés qu’on les appelle insensibles , c'en est assez pour vous convaincre qu'il n’y en a point de marqués , et qu'on ne peut nous montrer d’innovation par aucun fait
(1) De Maistre, Lettre à une Dame protestatUe.
positif. Mais ce qu'on ne peut nous montrer, nous le montrons à tous ceux qui nous ont quittés ; en quelque partie du monde chrétien qu'il y ait eu de l'interruption dans la doctrine ancienne , elle est connue ; la date de l'innovation et de ta séparation n'est ignorée de personne. S’il y avait eu de tels changements parmi nous, les auteurs en seraient nommés ; l'esprit de vérité qui est dans l’Eglise, les aurait notés, et le nom en serait infâme, comme celui des Ârius, desNestorius , des Pélage, des Dioscore et des Bérenger. Ainsi tout ce qu’on vous a dit de ces insensibles changements dans la doctrine , dont jamais on n'a produit aucun exemple dans l’Eglise chrétienne , n’est qu’une accusation en l’air qui ne se trouve soutenue par aucun fait (1). »
C'est pourtant quelque chose d'admirable qu'une doc-
trine qui a traversé tant ,de siècles , qui a été prèchéc dans tout l'univers , qui a passé par tant d’organes^ par tant d'intérêts, de passions , se soit toujours conservée pure , sans tache , telle , en un mot , que les apôtres l’ont enseignée. Comment se fait -il que des hommes et des lieux si divers aient été capables de garder si üdclement le sacré dépôt ? On sait que dans ce laps de temps tout a changé , tout a *péri ; les sectes sont mortes avec leurs auteurs , d'autres leur ont succédé , mais toujours avec leurs changements , leurs variations ; toujours les temps , les lieux , les passions humaines, l'ignorance, la faiblesse y ont laissé leur empreinte et les ont marqués au coin de l'homme. Mais rien de pareil dans le Catholicisme ; il est à l'abri du temps, des hommes et des événements.
(1) Bossuet, LeUrepast. sur la Corn. pasc.
Or, il serait bien aveugle, celai qui ne verrait pas là Dieu même , veillant sur son Eglise , et sur la révélation qu’il lui a donnée. Gomme cette vérité repose doucement le cœur ! lorsque , au milieu des vains systèmes du jour , des misérables conceptions humaines , des sectes qui ne savent que s’égarer, on peut se dire à soi-mème : pour moi, je n’ai pas une religion faitô de main d’homme, j’ai celle de Jésus-Christ, celle que Dieu est venu apporter au inonde ; celle-là n'a jamais connu ni changements ni vari> ationE ; celle-là est immuable comme Dieu.
Le grand caractère de l’unité doit frapper encore l’homme de bonne foi. Saint Augustin a dit une belle parole , lorsqu’il a avancé que l’unité était Ja forme de tout ce qui est beau. Or , la vérité est la beauté par excellence , et la religion , qui n’est autre chose que cette vérité , doit briller essentiellement de ce grand caractère , l'unité.
(( L’unité , a dit un homme de génie , est ce qui donne à la création quelque chose d’infini ; c'esi ce qui la rend digne de Dieu : » c’est-à-dire ,’que c’est à l’unité que l’on reconnaît celui qui est. « Dieu donc , voulant rendre toutes choses bonnes et belles , dit saint François de Sales , a réduit la multitude et distinctions d’icelles en une parfaite unité , faisant que toutes choses s’entretiennent les unes aux autres et toutes à lui , qui est le souverain monarque ; c’est Dieu qui , pour la beauté de la nature humaine , a donné le gouvernement de toutes les facultés de l’àme à la volonté (1).»
(1) De l'Unité spirituelle, t. i, p. 25.
C est pourquoi Jésus-Clirist , dans celle prière admirable qu il adresse à son Père , en lui recommandanl ses apù* 1res el ceux qui croironl en eux > demande qu'ils soient consommés dans l'unité , afin que le monde connaisse que son Père renvoie , el qu’il les aime comme il Ta aimé luimême (1). C’esl donc là le caraclère éclatant de ses disciples, c’est par Tunité qu’on les connaîtra. Aussi saint Paul ne cessait de conjurer les fidèles de ne pas s'écarter de la vérité attachée a cette union, a Et si quelqu’un osait s’écarter de cette communication de pensées , dit Vincent de Lcrins , il entendrait les paroles de l’apôtré ; Dieu est un Dieu de paix et non de discorde , et c’est ce que j*enseignc dans toutes les églises des saints , c’est-à-dire , des catholiques , lesquelles ne sont saintes que parce qu’elles persévèrent dans lu communion de la même foi (2). »
Les ouvrages des saints Pères sont pleins de la gloire de l’unité. Sa nécessité, scs avantages, le malheur de ceux qui s’en séparent , viennent souvent animer leur zèle et leur éloquence. Bien qu’ils soient assez connus pour que nous soyons dispensé de lesciter, nous ne pouvons omettre
(1) Pater sancte , serva eos in nomine tuo quos dedisti mihi , ut sint uuum, sicut et nos....utcognoscat mundus quia tu me misisti, et dUexisti eos , sicut et me dilexisti. S. Joan. c. xvii, v. il , 23.
(2) Obsecro autem vos, fratres , ut idipsum dicatis omnes^ et non sint in vobis schismata , sitis autem perfecti i» eodem sensu et in eadem sententia. Quod si quis ab eorum sententiœ communione desciverit , audiet illud ejusdem apostoli : Non est Deus dissensionis , sed pacis ; td est , non ejus qui à consentiendi unitate defecerit , sed eorum qui in consens tiendipace permanserint sicut in omnibus, inquit^ ccclesiis sanctorum docco , id est catholicorum , quœ ideo sanctœ sunt , quia in fidei convmunione pei'sistunt, Commonltor. c. xxviii.
ces paroles de saint Ignace , martyr : a Enfants de lumière et de vérité , fuyez les divisions et les mauvaises doctrines ; soyez où se trouve le pasteur , brebis dociles , marchez à sa suite. 11 y a des loups en grand nombre qui ont su se concilier la confiance. Ils séduisent , par de dangereux attraits , ceux qui courent dans la carrière du Seigneur ; mais votre étroite union ne les laissera point pénétrer dans le troupeau. Éloignez-vous de ces herbes vénéneuses ; ce n*est pas Dieu qui les cultive , et certes ! il ne les a pas semées... Quand on est à Dieu et à Jésus-Gbrist, on est , par là même , à Tévèque. Ceux que le repentir fera rentrer dans Tunitéde l’Eglise seront à Dieu , et puiseront en Jésus- Cbrist une nouvelle vie. Ne vous y trompez pas, mes frères ; se déclarer pour ceux qui font schisme, c'est renoncer à l’héritage céleste... Mon amour pour vous déborde comme un vase ; c'est cet amour qui me fait travailler avec une ardeur extrême à votre défense et à votre sûreté... C'est l’Esprit saint lui-même qui nous dit : a Ne faites rien sans l’évêque, aimez l’unité, fuyez les divisions... J’ai fait tout ce qui dépend de moi en faveur de ta paix et de l’union. Ou vous trouverez la division et la haine , vous ne trouverez pas la moindre trace de l’esprit de Dieu (1). » Saint Cyprien n'est pas moins énergique : « Comment peut-il être avec Jésus-Christ, celui qui est séparé de son épouse, de l’Eglise (2) ? » Saint Augustin, dans l’épilre synodale du concile de Zesta , parle ainsi aux donatistes : « Quiconque est séparé de l’Eglise catholique, quelque innocem-
(4) Eplt. aux Philad.
(2) Quomodo potest esse cum Christo , qui cum sponsa Christi , atque in ejus Ecclesia non est? (Epist. ad Corncl.)
mcDt qu'il puisse se flatter de vivre , sera exclu de la vie , quand il n’aurait pas commis d'autre crime que celui d'étre séparé de l'unité du Christ ; la colère de Dieu demeure sur lui. »
(( Il n’y a qu’une foi , qu'un Seigneur , qu'un baptême « disait saint Bernard lors du schisme d'Anaclet ; nous ne reconnaissons ni une double foi , ni deux baptêmes , ni deux Seigneurs. Et pour remonter aux origines de l'bistoire , il n'y eut qu'une seule arche au temps du déluge , où huit personnes se sauvèrent , tandis que tous ceux qui étaient en dehors de l'arche périrent misérablement. Cette arche était la ûgure de l'Eglise. Or , de notre temps on a construit une nouvelle arche ; et puisque maintenant il y en a deux , U faut de toute nécessité que l'une ou l'autre soit destinée à périr. Si donc l'arche d'Anaclet est de Dieu, il fautque celle d'innocent périsse ; et aussi toutes les églises d'orient et d’occident périront : la France périra , l’Allemagne , l'Angleterre , l'Espagne , les royaumes les plus reçu lés seront abîmés dans la perdition ; de plus , les ordres des camaldules , des chartreux , de Grandmont , des prémontrés ,,de Citeaux /et une inflnité d'autres compagnies de serviteurs ou de servantes de Dieu , seront enveloppés dans le même naufrage , avec les évêques , les abbés et les
princes chrétiens ; tous périront , tous , excepté Roger ! Boger seul sera sauvé !... Non , à
gion ne périra point dans tout 1' Anaclet ne possédera pas lui seul II les ambitieux sont exclus (1). » ^
Or , cette unité dont la nécessité est si hautement proclamée , et par Jésus -Christ , et par les apôtres , et par les Pères ^ et par la raison (1) , quand on n'étoii(îe pas sa voix , et par les protestants eux -mêmes qui ta chantent dans leur Credo ; cette unité , caractère distinctif de la véritable religion , où se trouve-t-elle ? Que les ministres prononcent , qu'ils essaient de nous la montrer hors le Catholicisme , s'ils en ont le courage ; qu'ils osent répéter ce que nos évêques pourront toujours dire , à la face de l’univers « sans crainte d'être démentis , parce que l'univers sait qu'ils disent la vérité : « Toujours unis à la chaire de Pierre , où , dès l'origine du Christianisme , on a reconnu la tige de l'unité ecclésiastique^ nous n'avons jamais condamné nos prédécesseurs > et nous leur laissons la foi des églises, telle que nous l’avons trouvée. » Quelle timidité ! quelle réserve ! Ils savent qu'ils n'ont pas même le droit de prononcer le mot église, car on leur demanderait de quelle église ils veulent parler. Est-ce de l'église luthérienne , calviniste , '^^nglicane , etcl ? Cette 'question est terrible. Ils ont bien voulu faire une société unique;
(1) Le paganisme, qui avait laissé périr tant de vérités , avait sauvé Tunité. Qui n’a retenu les paroles si remarquables de Cicéron que Lactancc nous a conservées ? a 11 n’y a point une autre loi à Rome , une autre à Athènes , une autre maintenant, une autre après ; mais une même loi , éternelle, immuable régira tous les peuples , dans tous les temps ; et celui qui a porté , manifesté , promulgué celle loi , Dieu, sera le seul mailrc commun et le seul monarque de tous. Quiconque refusera d'y obéir, se fuira lui-même, et renonçant à la nature humaine par cela même , il subira de trèsgrandes peines, quand il échapperait à ce qu’on appelle, ici-bas, les supplices. »
depuis trois cents ans ils s’en occupent ; les synodes , les princesjes savants s’cn sont mêlés, et jamais on n’a pu s’entendre (1) ; c’est toujours la confusion de Babel. Londres» Berlin , Genève » Paris ont des doctrines diflërentes. Bien plus » les ministres d’une même ville ne sont pas d’accord : les uns enseignent un dogme , les autres le nient ; ce qu'ils ont nié le matin » ils le confessent le soir (2). Les livres
(1) Six Tninfslrcs anglicans partant pour les États-Unis, voulurent convenir d*un symbole ; mais Ils ne purent s’entendre sur rien, et se séparèrent emportant chacun le sien.
Ces divisions, auxquelles les protestants sont éternellement condamnés , et notre unité catholique , occupent les ministres qui pensent. Nous lisons ce passage dans une lettre datée de Tours, qu’un de nos amis veut bien nous communiquer
« Dernièrement, une demoiselle anglaise, bonne catholique, entendit, sans que l'on s'en doutât, une conversation assez curieuse entre un ministre et un autre protestant ; ils s’avouaient confldem-^» ment les Immenses progrès du Catholicisme en Angleterre , et ils l’attribuaient uniquement à l’unité de doctrines et de sentiments, déplorant avec chagrin les divisions et subdivisions de leurs différentes sectes. Cest une chose terrible , disaient-ils , nous ne pouvons nous entendre sur rien.
Il est des ministres qui ne supportent qu’avec douleur cette malheureuse position que l’erreur leur a faite , et soupirent après l’unité catholique. Dans une visite qu’un évêque du midi de la France rendait â un ministre , celui-ci lui dit avec effusion : « Je désirerais ardemment, monseigneur, que nous ne fissions tous qu’un seul troupeau sous un seul pasteur. » La femme du ministre, entraînée aussi par la puissance de la vérité, se met à genoux aux pieds de l’évéque et le prie de vouloir bien lui donner sa bénédiction.
(2) <f J’avais eu des liaisons avec les chefs de nos sectes , dit un ministre converti , je m’étais souvent entretenu avec eux ; je connaissais leurs sentiments : il n’y en avait pas deux qui fussent d'accord sur les articles les plus essentiels ; bien plus , U n’y en avait
s’élèvent contre les sermons , les sermons contre les livres. Les membres d’une même famille , divisés dans leur foi » s’excommunient (1). On en rougit , on s’en afflige ; mais que faire ? Le fait est là , et il est accablant , car ce fut toujours le caractère de l’erreur. « Les hérétiques varient dans leurs règles « c’est-à-dire , dans leurs confessions de foi , dit Tertullien ; chacun se croit en droit de changer et de modifier , par son propre esprit , ce qu’il a reçu , comme c’est par son propre esprit que l’auteur de la secte l’a composé. L’hérésie retient toujours sa propre nature , en ne cessant d’innover , et le progrès de la chose est semblable à son origine (2). »
aucun qui n'eût varié dans sa doctrine. Je roc souviens qu'un de nos plus célèbres prédicateurs ro’cn fit un jour l’aveu, o Quand je prêchais dans un tel endroit, me dit-il, je passais pour hétérodoxe ; je l’étais efTectivement alors , j'avais des sentiments très-erronés; mais j'ai changé depuis ce temps-là , et si je prêchais aujourd'hui , ma doctrine serait pure et exacte. Au reste, ajoutait-il, cela m’est commun avec tous nos prédicateurs ; je n’en connais aucun qui n’ait varie comme moi dans ses sentiments sur la doctrine.» [Relor tion de la conversion de M. Tayer. )
a Donnez-moi un mille carré , dit Fischer, et je me fais fort de vous trouver cinq à six chaires où le pasteur prêchera un Evangile düTérent. . . Le peuple , dans sa simplicité , croit que la vérité est une , et ii ne peut comprendre comment chaque ministre est en possession d'un dogme qui lui appartient en toute propriété. »
(1) Un Anglais avait dans sa maison , à Amsterdam , une église composée de quatre individus ; bientôt elle fut divisée et réduite à deux , attendu que Johnson excommunia son père et son frère qui , de leur côté , l’excommunièrent aussi. {Discuss. amicale.)
(2) Mentior si non etiam à regulis suis variant inter sc^, dum «nusquisque proinde suo arbitrio modulatur quœ accepit , quemadmodum de suo arbitrio ea composait iUe gui tradidit. Agnoscit naturam suam , et originis suœ tnorem, profectus rei. Præs. c. XLii.
Yinccnl de Lcrins s*eiprimait ainsi sur les hérétiques de son temps : « Je ne puis assez m’étonner comment il y a (les hommes si emportés, si aveugles, si impies et si portés à l’erreur , que, non contents de la règle de la foi donnée aux fidèles et reçue de toute l’antiquité , ils cherchent tous les jours è la changer, comme si la religion n’était pas un dogme céleste, qui , révélé une fois , nous suffit ; mais une institution humaine qui ne puisse être amenée à sa perfection qu’en la réformant, ou, à dire vrai, en y remarquant tous les jours quelques défauts. »
Il n’en est pas ainsi de l’Eglise catholique : sa foi, recueillie des lèvres de Jésus par les apcMres , et portée ainsi par eux ou leurs successeurs à tous les peuples et à toutes les générations, cette foi s’est conservée une, partout et toujours. ce Les langues des peuples varient , disait S. Irénée, mais la vertu de la tradition est une et la même en tout pays; on ne voit pas que la doctrine ou la méthode d’enseignement des églises de la Germanie difière en rien de celles des Espagnes, des Gaules, de l’Orient ou de la Lyhie (1). » Demandez aux catholiques de l’Irlande comme à ceux du Cap-de-Bonne-Espérance , à ceux de la Chine comme à ceux des Elats-l nis , quel est leur symbole , et un concert admirable s’élèvera de toutes les parties du monde, et vous verrez que la prière de Jésus- Christ n’a pas été vaine : Tous les enfants de l’Eglise catholique n’ont qu’une foi , comme ils n’ont qu'un Dieu ; ils sonl tous consommés dans Vunilé,
« Rien n’est beau, rien n’est admirable comme cette mise
(1) Adv. fweres. 1. iv.
eo commun de tous les sentiments , comme cette parfaite conformitédecroyances, comme cette république sacrée qui rapproche les hommes et les unit, non-seulement par des intérêts matériels et transitoires, mais par Tintérèt sublime de la charité ; non-seulement par le désir d'augmenter les richesses et la puissance de la société commune , mais de l’orner et de l’enrichir de nouvelles vertus , en ne combattant que les vices , et en marchant , comme il appartient aux iils de l’intelligence , les yeux tixes vers le ciel.
» Admirons aussi rinllucnce que peut exercer la règle de foi catholique sur l’union de tous les hommes; elle n’est bornée ni par les mers , ni par les montagnes ; elle traverse la vaste étendue du globe, pour mettre dans la bouche des nations les plus lointaines et les plus diverses le même cantique de louanges ; dans leur esprit , le même symbole de croyances; dans leur cœur le même sentiment de charité, enseignant partout la même doctrine, la même vérité.
» C’est encore la règle de foi catholique qui soumet tous les esprits , toutes les intelligences à l’égalité devant Dieu. Aux yeux de l’unité catholique , la foi est la même pour tous ; Tignorant et le savant , le sage et le simple descendent au même niveau , ou plutôt la distance qui les sépare disparait et se perd dans l’espace infini qui sépare l’homme de Dieu (1). »
Celte unité qui lie ainsi tous les catholiques de la terre, je veux que vous l’admiriez enc(»redans les rapports qui unissent tous les membres de l’Eglise avec leur Chef ;
( 1 ) Conf. de Wism.
vous DG trouverez jamais ailleurs cet accord sublime. Lorsque ce Chef parle, sa voix est écoulée avec vénération dans tout Tunivers ; s’il bénit , les genoux fléchissent dans tout Tunivers ; s’il condamne , on s’incline avec respect dans tout l’univers ; s'ilsoulTre, on souffre dans tout l’uni- . vers; s’il est dans la joie, on se rigouit dans tout l’univers. Admirable unité ! enfants du même père , toutes les églises sont sœurs, et tous les peuples sont frères. Ce spectacle est beau, mais il est unique sous le soleil. D'ici nous voyons nos frères au fond des Indes combattre vaillamment pour la foi commune , et nous sommes fîers de leur martyre. Les évêques d’Amérique envoient des félicitations à leurs frères de Prusse et de liussie qui s’illustrent par la persécution. Nos aumônes soutiennent nos missionnaires dans les lies les plus éloignées et les plus sauvages , où ils nous donnent tous les jours des frères nouveaux.
Telle est l'Eglise catholique : elle n'est qu’une famille ' unie par la même foi, le même amour ; et Dieu, dit Calvin, a placé le siège de l’Eglise au centre du monde, et sur ce siège un Pontife unique vers lequel tous sont obligés de tourner les yeux pour se maintenir plus fortement dans l’unité (I ] . De là aussi le père commun peut contempler tous ses enfants, veiller sur eux, les instruire, les consoler. Foyer de toute lumière , centre de l’unité , cité bâtie au haut de la montagne, cette Eglise de Rome éclaire tout , elle unit tout , elle dirige tout , comme le phare au milieu
(l) Quitus hic sedem m medio terrœ coüocavit , ilii unum antistitem prœfecU quem omnes respicerent quo melius tn unitate continerentur. Inslit. Jib. VI. 511.
de rOcéan. Que parlez -vous d^églises particulières ? de celle de France , d*Âsie et des autres , il n’en est qu'une seule « parce que , toutes unies au pasteur qui est chargé par Dieu même de paître les agneaux et les brebis , de confirmer ses frères, elles professent la même foi, administrent les mêmes sacrements , offrent le même sacrifice et rendent à Dieu le inème culte.
Gela est divin sans doute , et il serait bien temps pour les protestants d’y réfléchir. Pourquoi chez eux tant de divisions ? et chez les catholiques cette admirable unité? Luther et Calvin avec leurs principes ont détruit la foi de Jésus-Christ en la confiant à des hommes faibles , ignorants , orgueilleux , comme l’est notre nature humaine ; cela devait être, ils n’étaient ni assez forts, ni assez habiles pour la conserver dans toute son intégrité. Mais les catholiques , qui sont des hommes aussi et portent avec eux toutes les misères de leur nature , tous ses caprices, toute son ignorance , tout son orgueil , ont été plus puissants ; la foi chez eux est restée une , invariable , entière. Comment cela s’est-il fait? Les hommes sont-ils ici pour quelque chose ? Peut-on leur faire honneur de cette merveille? N’invoquez point en faveur de la foi catholique l’esprit ou le génie ; Luther et Calvin vous diraient que personne n’a été si bien partagé qu'eux. Mais si les hommes sont étrangers à la conservation du saint dépôt , levez les yeux vers le ciel ; et ne voyant que Dieu , il faut que vous veniez le
chercher dans le Catholicisme.
Vous viendrez , si vous comptez pour quelque chose la voix des prophètes, celle de Jésus -Christ , celle des saints
Pères, celle de Tunivers ; car d’après eux la religion véritable est la religion catholique.
Voici ce que chantait Isaïe , sur l’étendue^ les conquêtes de l’Eglise de Jésus-Christ : ce Élevez-vous, 6 Jérusalem ! la gloire de Dieu vous environne ! Jetez les yeux autour de vous et voyez que de peuples à vos pieds ; ils viennent de l’orient et de l’occident , du septentrion et du midi ; tous veulent vous appartenir. Les rois vous reconnaissent pour leur maîtresse ; ils viendront s’incliner devant vous , et baiser la poussière de vos pieds (1). » Ailleurs le prophète parle ainsi : « Toute la terre est remplie de la connaissance du Seigneur... Israël germera, il fleurira, et toute la terre sera remplie de son fruit. Je l'ai établi pour être la lumière des Gentils , atin que tu sois le salut jusqu’aux extrémités de la terre... » 11 faut abréger ; les prophètes sont pleins de la puissance , des succès, des triomphes de l'Eglise qui doit s’étendre dans tout l’univers.
« Il est écrit que la pénitence et la rémission des péchés seront préchées en mon nom par toutes les nations (2). » Puis, s’adressant à ses apôtres: a Allez, leur dit-il, enseignez toutes les nations [3]. Vous serez mes témoins dans
(1) Surge , illuminare , Jérusalem , quia venit lumen tuum et gloria Domini super te ortu est... Et ambulabunt gentes in lumine tuo^ et reges in splendore ortus tui... Leva in circuitu oculos tuos , et vide : omnes isti congregati sunt , venerunt tibi : filii tui de longe venient... Et erunt reges nutritii lui et reginœ nutrices tuœ : vuUu in lerram demisso adorabunt te , et pulverem pedum tuorum lingent. Is. c. lx et ïi.ix.
(2) Et dixit cis : Quoniam sic scriplum est.... et prœdicari in nomine ejus pœnitentiam et remissionem peccatorum in omnes gentes , incipientibus ab lerosolyma. Luc. c. xxiv, v. 47.
( 3 ) Euntes ergo docete omnes gentes. Matlh. c. xxviii , c. 19.
Jérusalem , dans toute la Judée « la Samarie et jusqu'aux extrémités du monde (t). »
Si Dieu a dit vrai , voilà de bien belles destinées pour l’Eglise , des conquêtes bien étendues , bien glorieuses : tous les peuples accourent à elle et reçoivent d’elle la lumière et le salut. L’univers est l'héritage que Dieu lui a donné ; ne le contestez pas à l’épouse de Jésus-Christ. Elle tient à la main son testament où sont consignées ses volontés dernières : Je vais mourir, mais je vous laisse de nombreux enfants , j’ai reçu toutes les nations en héritage. Tout ce qui avait été dit , est arrivé ; car tout est consommé. Je vais être attaché à la croix , et par mon sang j’entrainerai tout après moi, rois, peuples, juifs, romains, grecs, barbares : cum exaltatus fuero à terra omnia traham ad me ipsum. Ne cherchez pas à borner la miséricorde de Dieu qui a voulu embrasser tous les hommes, ni la puissance de Jésus-Christ qui a tout conquis ; dites que les paroles de l’ÉterneLet de son Fils sont véritables, et que l’Eglise doit posséder toute la terre. a, , .
Appuyés sur les paroles divines, les ^ints docteurs n’ont jamais compris autrement l’Eglise; et lorsqu’il arrivait qu’une hérésie cherchait à usurper ce grand nom, ils lui prouvaient, par les saints livres, que ses prétentions étaient vaines , parce que l’Eglise de Dieu devait être partout , et que ses erreurs étaient renfermées dans un petit coin du monde. Ils ne voulaient point entendre que l’Eglise fût cachée , car Dieu s’était expliqué trop clairement. « Elle
(1) Erilis mihi testes in Jérusalem , et in omni Judœa, et Samaria^ et usque ad uUimum terrœ. Act. c. I. v. 8.
est cachée pour les donatistes^ disait saint Augustin, parce que , en présence de tant de témoignages si clairs et si lumineux , qui nous la montrent par tout le monde , ils aiment mieux, en fermant les yeux, aller se heur 1er contre la montagne , que de monter sur cette sainte montagne qui remplit toute la terre (1). » '
« La question de l'Eglise , ajoute saint Augustin , n'est point une question obscure , dans laquelle nous puissions être trompés par ceux que le Seigneur a prédits et qui disent: Jésus-Christ est ici , il est là , il est au désert, comme s'il ne se trouvait pas dans la multitude... Vous savez, par l'Écriture, que l'Eglise s'étend partout, et qu'elle s'accroît jusqu'à la moisson, et que celui qui l'a formée a dit d'elle, que la ville bâtie sur la montagne ne peut être cachée. C'est donc le propre de l'Eglise de n'ètre pas connue seulement à une certaine partie de la terre, mais de i’ètre partout.»
Apres avoir montré , dans le livre contre Petilicn , l'étendue de l'Eglise , il conclut contre les donatistes : « qu'ils ne sont pas sur la montagne de Sion , parce qu'ils ne sont pas dans la ville bâtie sur la montagne , qui a pour
marque ccriaine qu'elle ne peut éire cachée (2) ; elle est donc «
ft’‘ • i.
(I) Non potest civitas abscondi super montem conslUuta. Sed donatistis vdut 'ôperta est ^ qui audiunt tam lucida et manifesta testimonia , quœ iUam toto orbe demonstr-ant ; et malunt clausis oculis offendere in montem , quam in eum adscendere ; qui cum esset lapis prœcisus de monte sine manibus , crevit , et foetus est mons ingéns , et implevit universam ierram. (De Unit Eccl. c. xvi.) t- . '
■ (î) Non estis irt montibus Sion ; quia non estis in civUate super montem constitula , quœ certum signum hoc habet, quod abscondi non potest. (Conl. Pelll. lib. ii. c. 108 . )
Il n’est peat-ètre pas une erreur plus folle que celle de l'église invisible , et la soutenir par conséquent c’est aftlcher une grande
connue de toutes les nations. Or , le parti de Donat n’est pas connu de toutes les nations^ il n’est donc pas l'Eglise: Nota est ergo omnibus geiuibus , pars aulem Donali ignota est pluiibus geniibus, non est ergo ipsa. »
faiblesse, montrer une cause désespérée.Vous voyez, en effet, qu'il ne s’agit de rien moins que d’efltecer toute l’Ecriture , tous les prophètes, Jésus-Christ, les apôtres, les Pères ! Et qu'est-ce donc que cette montagne qui doit être aperçue de tous? cette cite qui doit attirer tous les peuples ? Que signifient, et celte église qu’il faut écouler, devant laquelle doivent être cités ceux qui résistent? et ces apôtres qui enseignent , et ces peuples qui sont enseignés , et ce pasteur, et ce troupeau que saint Augustin a soin de faire remarquer aux donatistcs? et les sacrements qui sont administrés et reçus? ceux qui baptisent et ceux qui sont baptisés? Partisans de l’église invisible, y pensez-vous? 81 elle est telle que vous le dites , si elle consiste uniquement dans l’amour et la charité , on n’a besoin ni de temples, ni de ministres, ni de synodes, ni du baptême , ni de la cène : tout cela est désormais inutile ; et ne craignez-vous pas d'être pris au mot par les gouvernements à bon marché?. car vous savez qu’ils s'occupent peu du royaume. des esprits.
Aussi Calvin était peu affectionné pour l’église invisible, et la laissant dans le doiùaine des chimères , d'où l’on aurait bien fait de ne jamais la tirer , il faisait ce bel éloge de l’église visible , de cette église qu’il faut voir et entendre , parce que , dit-il , hors (Telle point de scUut.
« Comme nous ne voulons pas disputer sur l’église visible, fl suffira d’apprendre , par un seul mot d’éloge de cette mère commune , combien sa connaissance nous est utile et même nécessaire , puisqu’il n’y a point d’autre entrée dans cette vie , que celle qu’elle nous donne, en nous concevant dans son propre sein, en nous mettant au monde , en nous nourrissant de son lait, en nous plaçant enfin sous sa protection et sous sa direction , jusqu’à ce que , délivrés de cette chair mortelle , nous devenions semblables aux anges... Hors de son sein il n'y a ni pardon des péchés ^ ni salut à espérer.
Quia non de vistbiU ecclesia disserere proposiium est , discamus vel
Saint Opiat n'est pas moins précis , quand il combat l’hérésie ([ui cherche à borner l'étendue de l'Eglise ; « S’il vous est permis de resserrer , par votre caprice , l’Eglise en des bornes si étroites ; si vous lui ôtez toutes les nations, où trouverons-nous cet héritage que le Fils de Dieu a mé^ rité , et que le Père lui a accordé libéralement , en lui disant dans le ii* psaume : Je vous donnerai toutes les nations pour héritage , et toute V étendue de la terre pour votre possession ? Pourquoi anéantissez-vous cette promesse si solennelle , en réduisant dans un coin du monde , comme dans une étroite prison , les vastes royaumes qui ont été donnés à Jésus-Christ ? Pourquoi voulez-vous vous opposer à la bonté du Père et au mérite du Fils ? Souffrez que le Père accomplisse ses promesses, et que le Fils possède ce qui lui a été promis (1). »
tino matris élogio utUe sit nobis êjus cognitio , itno necessdria ,
quando non alius est in vitam ingressus , nisi nos ipso concipiat in utero, pariai , cUai suis uberibtis , denique sub custodia et gubernatione sua tueatur; donec, exuti came morlaXi^ similes erimus angelis.... Extra ejus gremium , nulla est speranda peccatorum remissio , nuUa salus. »
(Instit. l. IV. c. I. paragr. 4.)'^^=’"
(1) Nam si sic pro voluntate vestra in angustum coarctatis eccUsiam : si universitas subducitis gentes , u6i erit itiud quod Füius Dei meruit ? Vbi erit quod libenter ei largitus est Pater , in secundo psalterio dicens : Dabo tibi gentes hœreditatem tuam et possessionem tuam terminos terrœ. Utquid.tate infringitis promissum , ut à vobis mittatur quasi in quamdam carcerem latitudo regnorum ? Quid ■ tantoe pietati obstare contenditis? Quid contra Salvatoris mérita milUalis? Permittite Filium possidere concessa. Permittite Patri promissa compl&e. Cur ponitis mêlas? Cur ftgitis limites? Cum à Deo Pâtre Salvatori iota terra promissa sit , non est quicquam in àhqua parte terrarum quod à posassions ejus videatur exceptum. Tota est donata terra cum genlUms totius orbis^ Christo una possessio est. Hoc probat Veut , qui ait : Dabo tibl gentes
Saint Pacien parlait ainsi de TEglise : « Jésus-Christ a prédit que toutes les nations de la terre seront bénies dans Abraham ; dites à Novatien qu'il nous montre que toutes les nations sont remplies de ses sectateurs. Mais Dieu n'a pas racheté si peu de personnes , et Jésus-Christ n'est pas si pauvre que ces gens voudraient bien le faire croire (1).»
Cette étendue donnée à l’Eglise par Dieu même , et si éloquemment commentée par les Pères, a été reconnue et proclamée par toute la chrétienté. Les évêques d’Afrique, assemblés en concile , se servent des promesses de l’Écriture contre lesdonatistes : «Nous ne reconnaissons, disentils, pour véritable Eglise , que celle qui nous est annoncée par les Écritures, celle-là doit remplir l’univers. Là , seulement, nous reconnaissons le Christ... Que ceux donc qui se sont séparés de ce grand tout, ne cherchent pas à défendre cette petite partie qu’ils ont détachée ; ce n’est point l’Eglise, qu’ils cessent d’en usurper le nom (2). »
hæreditatem tuam et possesstonem tuam tcrminos tcrræ. Et in 71 psal. de ipso Salvatore sic scriptum : .Dominabitur à mari usquc ad mare , et à fluminibus usque ad terminos orbis terrœ. ( Cont. Farm. 1 . II.)
(1) Benedicentur in te , inquit^ omnes tribus terræ. Die ^ Novatianus has impleat I Non tam parum sanguine suo redemit Deus , nec tam pauper est Chrislus. (III. Epist. ad Sympron.)
(2) Si un ami du protestantisme Toulait nous dire que les Pères ne sont pas contre eux d’une grande force, nous lui rappellerions que Luther s*en est servi pour combattre ses adversaires ; que Juricu les invoquait contre les sociniens ; que Grotius , Abadie se sont appuyés sur eux pour prouver la divinité de la religion chrétienne ; que le savant Casaubon ajoutait à leur témoignage une foi entière , et trouvait fort mauvais qu’on voulût les mettre de côté , parce qu’on n’était pas de leur avis. « Il y a certaines gens , dit - il , qui s’imaginent qu’il n'y a qu’eux seuls qui compo-
Les prophètes , Jésus-Christ , tous les Pères vous ont dit ce que devait être l’Eglise de Dieu. Voici ce qu’elle a été : Jamais conquérant n’a été plus vile ; jamais on n’en vit de • si heureux ; jamais en si peu de temps de si nombreuses
conquêtes. Elle venait de partir de Jérusalem, et déjà elle était partout.^ Tertullien disait aux juifs : (( Le royaume de Jésus -Christ n’est borné par aucune terre : les nations
sent l’église de Dieu et l’héritage du Seigneur. Ces personnes ne sauraient souffrir même le nom des saints Pères, dont le Seigneur s’est servi autrefois heureusement. Dumoulin , ministre de Paris , estd&ce nombre, et il n’a pas eu de honte d’appeler^ dans un de ses écrits , saint Cyprien anabaptiste , afln de ternir la mémoire de ce martyr de Jésus-Christ par l'infamie de cette nouvelle hérésie. Que vous dirai-je des excès pleins de témérité que les autres commettent sur ce sujet ? Ces personnes ne craignent pas de représenter les Pères comme des demi-palens , des ignorants dans la science des Ecritures, des fous, des étourdis, des impies. Sous prétexte de combattre les erreurs de ceux qui sont soumis au Pape, ils portent des coups mortels à l’ancienne Eglise ; pour moi , je vous avoue que cette licence, ou plutôt cette détestable Impiété, ne me plaît point. »
Les protestants sensés respectent les Pères et seraient fâchés si on* leur supposait les sentiments injustes et emportés de Dumoulin; a Vous nous faites tort, dit le ministre Starck , si vous croyez que les protestants modernes ne font nul cas de l’accord unanime de l’ancienne Eglise et du jugement de ses Pères. Nous les considérons, au contraire, inflniment, et nous les regardons comme des témoins dignes de foi, comme vous pouvez vous en convaincre par tous les ouvrages que les théologiens protestants ont écrits sur Je canon.»
Un protestant fort versé dans l'étude des Pères nous dit pourquoi il faut tenir à leur témoignage : « Il n’est plus temps maintenant, dit Joseph Mède , de mépriser le consentement catholique de rfüglise dans les premiers siècles, lorsque le socianisme va si loin en le rejetant. »
les plus reculées , les babylonieus , les parthes , ceux qui habitent rinde, l'Etbiopie, TAsie, la Germanie, la Breta» gne , les maures , les gélules , les romains , tous adorent Jésus-Obrist , tous se soumettent à son empire. », ^ ^
« Le nom de vraie Eglise, disait saint Optât, ne convient qu*à ceux qui portent le nom de catholiques , et il n'est pas possible d'appeler ainsi les donatistes , ceux qui sont renfermés dans une petite partie de l’Afrique , et même dans un coin d'une simple contrée. Pour que l'Église ne pût être que chez vous et dans le coin de l'Afrique oû vous êtes , il faudrait qu'elle ne fût point dans l'autre partie de l'Afrique où nous sommes ; qu'elle ne fût point dans les Espagnes / dans les Gaules , dans l'Italie , dans les trois Pannonies , dans la Dace , dans la lUisnie , dans la Tbrace , dans VAcbaïe, dans la Macédoine et dans la Grèce entière , dans le Pont , dans la Galatie , dans la Capadoce , dans la Pampbilie , dans la Pbrygie , dans la Gilicie, dans les trois Syries, dans les deux Arménies , dans toute l’Egypte, dans la Mésopotamie , et dans un nombre presque infini d'iles et de provinces où vous n'ètes point (1). » 7 ^ ^
« Reconnaissez , 6 mon frère , ajoutait saint Pacien à Novatien, reconnaissez l'Église de Dieu , qui étend ses tentes de toutes parts, et qui les dresse de tous côtés. Reconnaissez que le nom du Seigneur est loué en tous lieux. Voyez que, pendant que les novatiens s’amusent toujours à pointiller sur des paroles, les riebessesde l'Eglise se mul-. tiplient par toute la terre (2). »
(1) Cont, ParmA.ll. «i r •. . '-.viviisiTi;!!
(2) Cognosce jam , frater^ ecclesiam Dei dilatantem tabernacula ma, , 9 t aulœorum putas dextra sinistraque figentem ; irUeüige , ab ortu solis
Telle est Tétendue de la reli^on de Jésus-GbrisL a Ja« mais , dit Grotius , aucune religion ne fut si universellement connue (1). »
Or, ce grand caractère , preuve de la vérité , pouvonsnous l’ajouter à la gloire de Tunité qu’il nous est donné de posséder seuls?. — A cela nous répondons : Yo^ez et touchez; partout vous trouvez le Catholicisme instruisant, comme autrefois , tous les peuples qui font de ses leçons et leurs croyances et leur vie. Il est chez les grecs et chez les barbares , dans les pays connus comme dans les Iles les plus ignorées ; devant lui encore les montagnes s’abaissent, les mers s’inclinent et portent scs missionnaires jusqu’tiux extrémités du monde. Par leurs soins , les déserts lleurisseut ctviennent lui présenter leurs enfants pour qu'il les bénisse. Et pour faire toutes ces conquêtes il n’a pas besoin , comme le protestantisme , d'avoir recours à la violence , à la corruption , aux princes de la terre ; pur comme le ciel , il déclare la guerre à tous les vices , loin de les appeler à son secours. Quant aux rois, on sait qu’il s’est établi malgré eux ; et pour se conserver, il n’implore jamais leurs bras. Lorsqu’ils ont voulu son l>aptèrac , il les a reçus par grâce. Mais tout était fait alors; maintenant à vous, leur a-t-il dit, et ils ont été admis à la poussière de ses pieds.
Hâtons- nous de le dire , car ceci , pour ceux qui veulent rétlécbir, termine bien des questions, le Catholicisme,
usque ad occasum laudabile notnen Domini. Vide , vide, guceso, novalianis m verba luctantibus, caiholicas agi toto orbe divitias. (III. Epist. •tl Sympron. conl. Horat.)
(l) Traité de la Relig. chrét.
pour triompher, n*a besoin que de la souffrance et de la prière ; c*est avec ces armes de forme nouvelle qu'il acon> quis. Il arrive chez les peuples avec ses vérités , ses consolations , sa patience dans les difficultés et les douleurs ; il instruit, il console, il prie, il donne son sang, et les peuples veulent être de la grande famille dont le père est dans le ciel, et qui montre à la terre de tels enfants. Son cœur n’a jamais de haine, ses paroles jamais de colère ; on peut le jeter dans les fers, le traîner sur les échafauds, il souffre tout avec joie. Les sauvages déchireront ses apôtres tout vivants ; mais tant qu'ils leur laisseront un dernier soupir, de leurs lèvres mutilées il sortira une prière pour eux , et tant que leur cœur battra , ils seront aimés.
Yoiis connaissez la ffn si belle des catholiques de la Cochinchine ; à l’heure qu'il est , ceux-là aussi marchent vaillamment sur les traces des premiers martyrs. Les missionnaires dans ces contrées sont heureux au milieu de
leurs souffrances, comme jadis les apôtres, qui venaient'^
de souffrir pour Jésus-Christ ; et quand l’arrêt de mortsè. fait entendre , c'est encore pour eux une bonne nouvelle.^ Lisez l’allocution du Pape apprenant à toute l'Eglise ces morts glorieuses , le martyre de ces hommes généreux à qui leur zèle et leur dévouement viennent d’élever des autels : vous y trouverez la première sève du Christianisme. Tels sont nos apôtres et les moyens dont ils se servent pour établir la foi. Croyez-vous que ceux-là soient les apôtres de la vérité (1) ?
(i) On sait que Leibnitz éprouvait ici une jalousie bien digne de sa grande âme. Voyant les jésuites évangélisant la Chine et les Indes , qu’ils remplissaient de chrétiens, il se plaignait de ce que
Nous sera - 1 - il permis d’adresser ici . une question à la réforme? — Diles, où seriez-vous si vous n’aviez employé que ces moyens ? Religion de l’orgueil » religion des plaisirs , religion de la violence , pour aller à vos temples il faut passer à travers des crimes énormes, des ruines immenses, des flots de sang , d’éternelles malédictions I Fermez vos temples, vous n’ètes qu’un fléau !
Le Catholicisme , bien qu'il ait eu à faire avec tous les gouvernements et tous les rois, ne mérita jamais un reproche. Et qui oserait l’accuser avec sa grande maxime :« Mon royaume n’est pas de ce monde? » Laissez -lui recueillir les élus , faire du bien à tous, étendre la gloire de Dieu : «Je n’ai pas d’autre mission » , vous dira-l-il. «Rendez à César ce qui est à César , à Dieu ce qui est à Dieu ; honorez le roi , aimez-le comme le représentant de Dieu , obéissez aux magistrats , servez la patrie , mourez pour sa défense ; » voilà toute sa politique. Jamais cette note infamante qui souilla tant d’autres fronts , n’approcha du sien : « il a été rebelle , il s’est ligué avec les ennemis de son paysdans des guerres impies.» Non ; qued’autres courbent la tète sous le poids de ces infamies , le Catholicisme est tout brillant de la gloire du dévouement et de la fidélité.
les divisions de sa secte empêchaient les ministres de partager cette gloire. Depuis, les sociétés bibliques ont bien envoyé des missionnaires; mais ces messieurs, à cause de leur peu de succès , des motifs qui les conduisent, de la confiance qui les entoure, doivent être regardés plutôt comme des commis-voyageurs qui cherchent à faire de bonnes affaires^ que comme les apôtres de Jésus- Christ, qui ne doivent respirer que la gloire de Dieu , le salut des âmes, le bien de l'humanité. Nous croyons que Leibnitz, qui ne comprenait pas autrement les missions, aurait peu approuvé les missions protestantes.
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Mais Doas ne voalons pas discalper le Catholicisme ; on sait qa’aajoord'bai il n est attaqué que par des hommes vulgaires. Tout ce que nous voulons, c’est de constater qu’il est de nos jours, comme il y a deux mille ans, et sans secours étranger, répandu dans tout l'univers, et que dans tout l’univers ses enseignements sont reçus avec aniour et bénédiction. Et nous dirons devant ce fait , que personne ne peut contester , les prophéties et l'Evangile à la main, nous dirons à la réforme , si elle avait encore des prétentions, comme les saints docteurs le disaient aux donatistes et aux novatiens: renfermée dans un coin de l’univers, inconnue à quelques pas d’ici , vous n’ètes pas la montagne qui doit remplir toute la terre ; donc ce n’est point à vous que Dieu a donné toutes les nations ; ce n’est point pour vous que Jésus-Christ a tout entraîné après lui.
Et pour démontrer cette vérité il ne faut point de longs raisonnements ; prenez une carte et regardez : — comment vous appelez-vous d’abord ? luthériens ? calvinistes ? zwingliens? anabaptistes ? anglicans ?.. Si vous vous appelez luthériens , vous n’ètes point en France, ni en Angleterre, ni dans une grande partie de l’Allemagne, ni dans la Flandre, ni en Espagne , ni en Italie , ni en Asie , presque pas en Amérique , rien en Afrique; et vous voudriez être l’Église ! — Si vous vous appelez calvinistes , vous n’ètes pas plus riches et par conséquent pas plus fondés dans vos prétentions. Que vous sert d’occuper quelques parties de la Suisse , de la Hollande, de la France? vous êtes inconnus ou presqueinconnus partout ai Heurs. — Êtes-vous anabaptistes? quelques pieds de terre en Angleterre et en Allemagne, voilà votre église ! — Vous êtes zwinglicns? eh
bien ! il faut vous contenter de quelques cantons dans la Suisse. — Si vous vous dites auglicaus, vous avez l’Angleterre que le Calbolicisme vous enlève tous les jours, et quelques pauvres colonies où l’on n'est plus rien, si ce n’est qu’èlantennuyèd’èlre protestant, on revient au paganisme.
Ainsi , toute la question se résout ici par la géographie: si les cartes sont exactes ; si , d'un autre côté. Dieu et les saints Pères à qui vous accordez une grande confiance, ne se sont pas trompés , nous seuls catholiques possédons l'univers. C’est donc nous qui sommes l'Eglise. Si vous prenez ce nom , comme le disait un concile d’Afrique aux donatistes , c'est une gloire que vous usurpez.
Que si le protestantisme se présentait avec toutes les sectes qu’il a formées , ce ne serait qu'une misérable défaite : quand même ce système ne serait pas injurieux à Dieu , et par conséquent faux , toutes les sectes réunies seraient encore bien loin de remplir l’univers. Parcourez les nations , les royaumes qui leur appartiennent , et en voyant combien leur héritage est restreint, vous conviendrez que Dieu , dans ses promesses , n’a point pensé à cet amas de sectes, et que l’univers chrétien ne reconnaît point en elles leur accomplissement.
Encore une fois , le Calbolicisme possède seul la vérité ; car il est aujourd’hui , ce qu’il a toujours été , la religion de l’univers. Mais c’est unique sous le soleil. Avez-vous jamais pensé aux conquêtes des hommes avec leur peu de durée, aux races augustes qui s’éteignent , aux dynasties qui disparaissent , aux empires qui meurent ? Avezvous remarqué que sur toutes ces ruines > d'autres con-
quérants, d*antres races, d’autres dynasties, d’autres empires s’élèvent ; et que parmi ce fracas et cette poussière de la société , qui éprouve des changements si différents , on ne trouve plus ni suite , ni dates , ni noms I tes hommes sont oubliés 1 les empires ? on ne sait pas même, quelquefois-, la place qu’ils ont occupée ! Il n’est qu’une exception , et je la comprends , si vous dites qu’elle est en faveur de la vérité : c’est la religion catholique qui remonte sansaucune confusion , sans laisser aucun doute de nous à Jésus-Christ, de Jésus-Christ à Moïse , aux patriarches , à Dieu ; embrassant ainsi tous les siècles , pour les éclairer , les conduire , les sânctiCer. Cela convient à.la vérité ; il est digne de Dieu d’établir une religion qui prend le genre humain à son berceau , et ne le quitte qu’à son dernier soupir.
L’erreur n’y pense pas , quand elle veut détruire ce bel ordre, cetadmirable ensemble ; elle devrait reculer devant ses désirs , son envie. On reconnaît dans cet ordre , dans cet ensemble , la pensée de Dieu , l’œuvre de sa droite ; maison voit aussi dans ceux qui veulent y toucher , la main de l'homme, qui ne sait que détruire, la main de l’erreur, qui ne sait que souiller.
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