‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 10 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pas vu dos hommes dont la gloire appartient à la France la sacrifier, sans hésiter, au désir de plaire, et se faire les instruments dociles d’une politique contre laquelle protestait leur \ic entière? N’a-t-on pas entendu, dans une circonstance solennelle, des personnages éminents regretter l'abolition du crime de lèse-majesté, et déclarer (pie toutes les institutions peuvent périr, pourvu que la royauté subsiste, la royauté, institution suprême et prépondérante! C’est ainsi précisément (pie l’on agissait, que l’on parlait , en Angleterre, sous les Stuarls, en France, aux plus mauvais jours de la Restauration. Entre les ultra-royalistes de ces deux époques et ceux de l’époque actuelle, il y a pourtant une grave différence : les premiers croyaient à quelque chose, et poursuivaient un but élevé, bien (pie mauvais; les derniers ne croient à rien , et prennent leur intérêt pour but unique. Ce sont, à vrai dire, des spéculateurs qui remplacent des fanatiques.

Un corps électoral d'où la vie politique tend chaque jour à se retirer, une Chambre des députés qui semble tenir au gouvernement représentatif, non pour le pouvoir qu’il donne , mais pour les avantages qu’il procure, une royauté dont l'influence prépondérante n’est plus contestée, voilà où nous en sommes, seize ans après la révolution de juillet , après cette révolution qui paraissait faite pour limiter l'autorité royale, pour constituer le jiouvoir parlementaire , pour donner le dernier mot au corps électoral. C'est un étrange

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résultat, un résultat que personne ne prévoyait eu 1 830. C'est une œuvre qui , pour employer une belle expression de M. Royer-Collard, eût été a au-dessus de l'habileté comme de la perversité humaine » , si l'état général des esprits et des mœurs ne l’avait pas favorisée. Il s’agit maintenant de savoir si la maladie dont la Chambre des députés, le corps électoral, le pays paraissent atteints est une de ces maladies contre lesquelles tous les secours de l’art sont inutiles, et dont on est condamné à regarder tristement les progrès. Il s'agit de savoir, en supposant la guérison possible, à quelles conditions, par quels moyens elle peut être opérée. A mon sens, de ces deux questions, la seconde seule est douteuse. 11 n'est jamais pour un peuple de guérison impossible, et, quelque étendu, quelque profond que soit le mal, il reste certaines couches oii il ne pénètre pas et d’où sort, un jour, le remède. Malheureusement l’expérience apprend que presque toujours ce remède est violent et terrible. La sagesse conseille de ne pas l’attendre.

Il faut ici , sans ménagements et sans rélicences , dire la vérité tout entière.

Entre ceux qui possèdent beaucoup et ceux qui ne possèdent rien , on a toujours distingué une position intermédiaire qui, dans la langue politique, a reçu le nom de classe moyenne. Aujourd’hui, par une pruderie singulière, on essaie de répudier le nom, bien que la chose existe, à peu près comme

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