‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 11 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

on SC révolte contre le mot de sujet, tout en maintenant, tout en fortifiant le rapport dont ce mot est 1 expression. Il n’en reste pas moins indubitable que la révolution do 1 830 s'est faite surtout au profit des classes moyennes, et que, depuis seize ans, le pouvoir politique leur appartient. Il n’en reste pas moins indubitable que sur elles, par conséquent, plus que sur les autres classes de la société, pèse la rcsjion— sabilité de la situation actuelle et des événements qui peuvent s'ensuivre. Or, il est évident que, depuis quinze ans , depuis dix ans surtout, les classes moyennes sont cntrocs dons une phase nouvelle, dans une phase critique de leur existence. Quand ,' de 1 81 5 à 1 830, elles combattaient avec énergie, avec persévérance pour la révolution contre l'ancien régime , et , de 1 830 à 1 833, pour la monarchie représentative contre la république, les classes moyennes, J'en suis convaincu , tout en défendant leur' propre cause, défendaient la cause nationale et méritaient les éloges qui de toutes parts leur étaient prodigués. Mais la victoire a couronné leurs efforts, la puissance est \enue , et avec la victoire l'enivrement qui laccompagne, avec la puissance l'orgueil qui la suit, l’égoïsme qu’elle engendre, les tentations qui l'as^ siègent. C est pour les classes moyennes une épreuve plus difficile que les précédentes, et je crains qu’elles n’y succombent. Peu importerait qu elles fussent en butte aux injures , aux sarcasmes de l’aristocratie et de lu démocratie, si ces injures et ces sarcasmes

SITUATION

étaient immérités et si toujours elles usaient dignement, noblement, dans l'intérêt général , du pouvoir qu’ elles ont obtenu. Mais si dans ce pouvoir elles ne cherchaient qu’un moyen de faire leur propre bien et de fortifier leur propre puissance; si le goût des jouissances matérielles les absorbait tout entières et les rendait indifférentes, insensibles à la grandeur nationale, aux progrès de la liberté, aux besoins des classes qui n’ont pas de droits politiques ; si , en un mot, on pouvait dire d’elles, avec quelque apparence de raison, qu’elles imitent ceux quelles ont renversés, et qu’il existe en France, d’un côté, deux ou trois cent mille familles qui commandent et qui jouissent, d'un autre côté, huit millions de familles qui obéissent et qui souffrent, croit-on qu’un têl état de choses fût solide et qu’il pût longtenqis être maintenu? On l’a dit souvent . ce que les peuples pardonnent le moins à ceux qui les gouvernent, c’est de les exploiter comme on exploite une propriété , c’est de se servir d’eux comme on se sert d’un instrument. En Angleterre l’aristocratie est encore debout, parce que , sans s’oublier elle-même , elle a su identifier sa puissance et ses intérêts avec la puissance et les intérêts du pays; parce que, en outre, elle n’a jamais hésité à supprimer, à retrancher de ses propres mains les parties les plus compromises de ses privilèges. En France l’aristocratie est tombée parce qu’elle a suivi une marche toute contraire, et qu’un jour est arrivé oit , entre le pays légal et le pays véri-

Page 1