‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 9 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avaient osé transiger avec les opinions? Là était le véritable mal , le véritable danger, la véritable corruption électorale, celle contre laquelle les amis du trône ne pouvaient trop s’élever et sévir.

Il faut que le pays le sache : il y a en ce moment, en France, un pouvoir royal et un pouvoir judiciaire; il n’y a point de pouvoir parlementaire. Le dernier sentiment que perde un pouvoir politique est celui de son autorité propre et de sa prérogative personnelle. Il arrive même souvent que cette autorité il l’exagère, que cette prérogative il l’étend outre mesure. Il arrive que, pour maintenir l’une et l’autre, il se porte à des extrémités répréhensibles. Quand , au contraire, on voit un pouvoir politique démolir son autorité de ses propres mains, et livrer avec complaisance, avec joie sa juste prérogative; quand on le voit chercher partout, excepté en lui-même, le droit qui commande l'obéissance et la force qui l’impose, alors on peut dire avec certitude qu'il n’existe plus comme pouvoir, et qu'il reste tout au plus en lui l'étoffe d’un conseil. Il est vrai qu’une telle conséquence n’a rien qui déplaise à certains conservateurs , et qu’un conseil vaut un pouvoir, pour l’usage qu’ils veulent en faire. Reste à savoir s'il convient à la France de se prosterner, en 1 847, devant le principe qu elle a vaincu en 1830, et d'assister paisiblement au triomphe du gouvernement consultatif.

Quand ceux qui représentent l’élément démocra-

SITUATION

tique de notre constitution, les électeurs, les députés, comprennent ainsi leur mission et font si bon marché de leurs droits, comment espérer, comment attendre qu’on en fasse ailleurs plus de cas? Assurément , il est triste de voir reparaître sous le manteau du gouvernement représentatif toutes les idées, toutes les habitudes des gouvernements despotiques. Il est triste d’assister deux ou trois fois par an à ces représentations solennelles, oii l'on tient à constater publiquement que la révolution n'a point déplacé le siège du pouvoir, et qu’une seule volonté règne et gouverne aujourd’hui comme jadis. Il est triste de lire ces discours qui font éclater entre les grands corps de l’Etat une émulation si déplorable de doctrines serviles et de basses adulations. Il est triste enfin de retrouver ainsi dans la monarchie constitutionnelle les sentiments et le langage des monarchies absolues, des sentiments qu'eût répudiés la vieille fierté de la magistrature française, un langage que Louis XIV au faite de la puissance, Napoléon au comble de la gloire ont à peine entendu. Mais c’est le résultat naturel , inévitable de l'esprit du temps et de l’abandon par le corps électoral, par le parlement, de toute initiative, de toute pensée politique. Qu’on ne dise pas d'ailleurs que ce sont là des politesses sans portée et sans valeur. Quand on ouvre la porte à l’esprit de servilité, il pénètre partout, sous l’uniforme du soldat comme sous l'habit du courtisan, sur le siège du magistrat comme à la tribune législative. N’a-t-on

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