‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 101 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mais avec une conviction plus forte encore, puisqu'elle repose sur l’expérience. Il faut môme reconnaître avec tristesse que la sagacité des grands orateurs, des grands penseurs de 1817 et de 1819 n'avait pas tout aperçu. Ils avaient prévu qu'en descendant du département à l’arrondissenîent, l'élection descendrait de la sphère large et pure des intérêts généraux à la sphère étroite et trouble des intérêts locaux ; ils n’avaient pas prévu qu'elle descendrait encore davantage et que les intérêts locaux trouveraient, à leur tour, une concurrence redoutable dans les intérêts privés; ils n’avaient pas prévu que , dans une foule de collèges , l’électorat , ce droit si noble, cette fonction si sainte, deviendrait ainsi l’occasion et le moyen des plus misérables trafics.

Placer l’élection sur un terrain élevé, où les intérêts généraux dominent à la fois les intérêts locaux et les intérêts privés; transporter la lutte électorale des petits aux grands centres de population , et lui donner ainsi le caractère politique qui lui manque ; rendre plus rares, plus ditliciles les relations personnelles de 1 électeur et de l’élu, tels sont aujourd hui, comme en 1817, les avantages visibles, évidents du vote au chef-lieu. Comme en 1817 aussi, ses inconvénients sont ceux qui résultent du scrutin de liste et de l’éloignement des électeurs.

Je n’hésite pas à le dire : si nous étions encore dans les conditions électorales de 1 817, et si, comme

DE LA RÉFORME ÉLECTORALE. 20r>

alors, 90,000 électeurs seulement devaient nommer 258 députés, ni les inconvénients du scrutin de liste , ni ceux de l’éloignement ne pourraient m’arrêter. Mais, depuis 1817, il s'est opéré dans notre législation des changements considérables et dont il faut tenir compte. Ainsi, nous avons 240,000 électeurs, au lieu de 90,000, 459 députés, au lieu de 258. On ne peut nier que ces deux circonstances ne rendent la question plus difficile et n'ajoutent beaucoup à la force des anciennes objections. Peu de mots suffiront pour le prouver.

Quel est le vice essentiel du scrutin de liste? le voici, ce me semble, tel qu’on l’a toujours signalé : quand chaque électeur doit écrire un seul nom sur son bulletin, il choisit naturellement, nécessairement celui des candidats qui lui convient le mieux ; mais qu’au lieu d’un seul nom, l’électeur en ait plusieurs à écrire, et il est impossible que, dans son choix, il y ait le même discernement , la môme indépendance; il est impossible qu’entre ses opinions et ses affections, entre ses devoirs et ses intérêts il ne s’opère pas, à son insu même, de funestes compromis. Prestjue toujours, d’ailleurs, chaque électeur a un candidat qu'il préfère à tous les autres et dont il désire avant tout le succès. Pour faire passer ce candidat, il est prêt à entrer en négociation, en arrangement avec quiconque peut offrir un appoint. De là une porte ouverte à tous les calculs et à toutes les intrigues; de là , non-seulement entre les partis.

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