‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 102 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ce qui pourrait être légitime, mais entre les personnes,* des transactions mystérieuses, des pactes secrets, qui vicient la sincérité de l'élection; déjà aussi ces combinaisons étranges , imprévues qui placent quelquefois à la tête de la liste le candidat dont, au fond, personne ne voulait. Si, comme M. Guizot le disait, en 182G, « le principe fonda- » mental, en cette matière, est que l’électeur fasse » ce qu il veut et qu’il sache ce qu'il fait, » ce principe est violé à double titre. L’électeur ne fait pas ce qu’il veut et ne sait pas ce qu’il fait.

Cependant, tout réels, tout graves qu’ils sont, ces inconvénients se trouvent considérablement atténués quand le nombre des candidats à élire ne dépasse pas trois ou quatre, et quand ceux qui doi- • vent les élire sont assez voisins pour avoir les uns avec les autres des rapports continus. L’élection alors se prépare, se discute entre eux longtemps à l’avance, et il y a chance que les calculs personnels soient dévoilés et déjoués. Mais supposez qu'au lieu de trois ou quatre noms à écrire, il y en ait huit, dix et même douze; supposez que ceux qui doivent les écrire, au lieu d’être voisins, se réunissent une fois tous les quatre ans, tous les cinq ans, de tous les points d’un vaste territoire, et soient appelés à remplir précipitamment , presque sans préparation , une mission aussi diflicile; supposez, on un mot, que les candidats leur soient inconnus pour la plupart et qu'ils se connaissent à peine les uns les autres ; ne

comprenez-vous pas quelle confusion aveugle dans les opérations électorales et quelle bizarrerie dans leurs résultats? C'est un combat où l'organisation et la discipline l'emporteront presque inévitablement sur le nombre; c'est une partie de jeu, dont les chances pourront varier, au gré du hasard ou du bien joué, mais qui tournera rarement en faveur de la vraie majorité. Il est possible que, dans ce conflit d'intrigues et de ruses diverses, les véritables élus de l’opinion publique se trouvent complètement écartés ; il est possible qu’à la place des représentants sérieux , considérables, significatifs de tous les partis, on voie surgir quelques-uns de ces hommes indécis, insignifiants, inoflensifs, qui ont le triste avantage de ne déplaire à personne ; il est possible, au contraire, que, par des coalitions subites, les hommes modérés de toutes les nuances se voient remplacés par les représentants extrêmes des opinions les plus opposées. A vrai dire, tout est possible, si ce n’est que l'élection soit véritablement sincère et libre.

Que l'on compare maintenant 1847 à 1817, et que l'on dise si le scrutin de liste ne serait pas aujourd'hui bien plus fâcheux qu'à cette époque. Eu 1817, deux à trois mille électeurs tout au plus venaient nommer six députés à Rouen , cinq à Bordeaux, huit à Lille. Aujourd hui, il faudrait rassembler à Lille 8,500 électeurs pour nommer douze députés; à Bordeaux, 5,000 électeurs pour nommer neuf députés; à Rouen, 7,300 électeurs pour nom-

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