‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 103 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mer onze députés. N’est-il pas évident qu’avec cette masse d'électeurs, avec cette masse de candidats, le scrutin de liste deviendrait une vraie loterie? N’est-il pas évident qu'il n’y aurait plus, de la part des électeurs, acte de jugement, acte de volonté?

Voilà pour le scrutin de liste. Je viens à l'éloignement des électeurs. Ici la différence entre 1817 et 1847 est encore plus frappante et plus décisive. Déjà, en 1817, on trouvait quelque difficulté à réunir au chef-lien, des points les plus éloignés du département, 2 à 3 mille électeurs, et l’on se plaignait que, retenus par la distance, par la dépense, beaucoup d'entre eux se dispensassent d’accomplir leur devoir. Or, dans quinze départements , le nombre des électeurs varie aujourd'hui de 4 à 9 mille. Que serait-ce quand, à un jour donné, il faudrait que, des extrémités mêmes du département , ils vinssent tous voter au chef-lieu? Ne craint-on pas, sans supprimer ainsi la corruption actuelle, d’en créer une toute nouvelle? Ne craint-on pas d’encourager les candidats à transporter les électeurs à leurs frais, à louer des logements, à tenir table ouverte? Déjà ces funestes pratiques tendent à s’introduire dans certains collèges, et l’on n'a oublié ni l'élection de Langres, en 1 842 , ni celle d’Altkirch, en 1846. Veut-on y pousser, et rendre, en France comme en Angleterre, l’élection à peu près inaccessible aux fortunes médiocres? Veuton, d'un autre côté, priver, en fait, de leur droit les électeurs peu zélés, peu riches, mais trop honnêtes

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pour accepter une indemnité honteuse? Pour ma part, je suis loin de redouter les grandes réunions d'électeurs et le mouvement qui doit s’ensuivre. Ce que je redoute, c’est que ces réunions et ce mouvement n’aient lieu qu’à des conditions qui enlèvent au corps électoral toute liberté et tonte moralité.

11 faut d'ailleurs qu’on y songe : en supposant qu’après tout, le cens électoral actuel fût assez élevé et le nombre des électeurs assez modéré pour que la réunion au chef-lieu fût possible , ne cesserait-elle pas de l’étre, le jour où le cens électoral serait abaissé, le jour où le nombre des électeurs augmenterait notablement? Je crois ce jour très-prochain , et ceux qui demandent le vote au chef-lieu sont pour la plupart de cet avis. Qu'ils prennent garde de proposer deux réformes contradictoires et d’annuler les uns par les autres les vœux qu’ils forment, les opinions qu'ils soutiennent. Ce n’est certes pas aller bien loin que de supposer le nombre des électeurs porté de 2i0,000 à 400,000. Dès lors, ce ne serait plus d’une impossibilité morale qu’il s'agirait, mais d’une impossibilité matérielle. Je tiens donc pour certain qu'entre le vote au chef-lieu et l'augmentation du nombre des électeurs il y a incompatibilité radicale, absolue. Je liens pour certain que demander l'un , c’est repousser l'autre, et qu’il faut choisir entre les deux.

A la vérité, pour échapper à un choix qui contrarie, on a emprunté à quelques ministres de 1811)

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