CHAPITRE V
une combinaison singulière. D’après cette combinaison, tous les électeurs d’un département seraient appelés à en nommer tous les députés ; mais, au lieu de se réunir au chef-lieu, ils se réuniraient à l’arrondissement ou au canton. Du canton ou de l’arrondissement , la boite du scrutin serait envoyée au chet-lieu de département, où le dépouillement aurait lieu. Je remarque d'abord que cette combinaison a les inconvénients sans les avantages du vote au chef-lien. L’inconvénient principal du vote au cheflieu, c’est le scrutin de liste; le scrutin de liste est maintenu. L’avantage essentiel du vote au cheflieu, c'est le rapprochement des électeurs dans un grand centre de population et de richesse, c’est le mouvement que ce rapprochement produit et l’enseignement qu'on y puise; le rapprochement des électeurs est supprimé. Il faudra donc que, sans réunion qui les mette en rapport, sans assemblée préparatoire qui les éclaire, les électeurs viennent, au sortir de leurs maisons, écrire huit, dix et jusqu’à douze noms. Peut-on imaginer quelque chose de moins raisonnable, quelque chose qui ôte davantage à l’élection tout sérieux et toute réalité?
Mais il est, en outre, contre la combinaison dont il s'agit un argument péremptoire, un argument sans réplique. D’après notre législation électorale, l'élection n'a lieu qu'à la majorité absolue, du moins aux deux premiers tours de scrutin. C’est une question de savoir si l’on ne pourrait pas supprimer un de
ces deux tours et abréger ainsi l'opération ; mais personne jusqu’ici n’a proposé de les supprimer tous les deux. Or, qu'arriverait-il quand, les électeurs votant au chef-lieu de canton ou d'arrondissement, le dépouillement aurait lieu au chef-lieu de département? Il arriverait qu'avant de savoir si un nouveau tour de scrutin est nécessaire, les électeurs devraient attendre le retour du courrier un jour, deux jours, quelquefois trois jours. Pense-t-on qu’ils poussassent jusque-là la patience; et, s'ils s’éloignaient une fois, pense-t-on qu'ils revinssent? Quelques-uns sans doute; la plupart, non certainement. Il semble, en vérité , que les auteurs de ces beaux projets aient toujours vécu dans les grandes villes et qu’ils n'aient pas la plus faible idée de ce que sont, de ce que font les électeurs des campagnes et des petites villes. On ne sait pas combien on a souvent de peine, môme pour une élection prompte et décisive, à les détourner de leurs occupations, à les amener au chef-lieu. Qu’on en soit certain : après le premier tour, la moitié des électeurs présents disparaîtrait, et on ne la reverrait pas.
Il suit de là que le système dont il s'agit n’est praticable qu’à une condition : celle de substituer, comme en Angleterre, la majorité relative à la majorité absolue. Ainsi, il y aurait un seul tour de scrutin, et tout serait terminé en un jour. Mais qui ne comprend que ce serait ôter l’élection des mains des électeurs pour la mettre dans celles du ministère? Le minis-