‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 105 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tore n’a d’ordinaire qu'un candidat, soutenu par toutes les forces de l'administration, porté par tous ceux qui sont favorables à la politique ministérielle. En France, où la discipline politique est si rare, où la bonne entente des minorités s'établit avec tant de peine, il arrive presque toujours que l'opposition a plusieurs candidats, appartenant à des nuances diverses, et qui font, au premier tour, l'essai de leurs forces respectives. Substituez la majorité relative à la majorité absolue, et l'opposition perd la moitié de ses chances. La majorité légale, d'ailleurs, pour peu que les votes se divisent, peut être très-inférieure à la majorité réelle. Dans ce cas , grâce à une meilleure discipline, c'est la minorité qui l’emporte.

Voici, en définitive, comment je résume mon opinion sur le vote au chef-lieu : avec les 90,000 électeurs et les 258 députés de 1817, je crois le vote au chef-lieu bon en principe, désirable en fait, malgré les inconvénients du scrutin de liste. Avec les 210,000 électeurs et les 159 députés de 1817, je le crois contestable en principe, et, en fait, d’une application très-difficile. Avec un corps électoral plus nombreux , je le crois mauvais en principe , inexécutable en fait. Pour qu’il soit praticable, dans ce dernier cas, une seule combinaison se présente, celle qui sépare le vote du dépouillement. Or, cette combinaison aggrave les inconvénients du vote au cheflien , en même temps qu'elle en supprime les avantages. Déplus, elle n’est elle-même applicable qu'à

DE LA lit l' OHM L ÉLECTORALE.

ïl t

condition de substituer la majorité relative à la majorité absolue et de rendre, par là, possible et probable le triomphe de la minorité.

Je voudrais qu'au lieu de se borner à faire valoir, après M. Lainé, après M. Royer-Collard, après M. de Sérié, les mérites incontestables du vote au cheflieu y les partisans de ce vote voulussent bien descendre de la théorie à la pratique et examiner sans prévention les objections que je leur soumets. S'ils pouvaient les détruire, je m’en réjouirais, pour ma paî t, et je m’empresserais de reconnaître mon erreur. Jusqu’à présent ils ne sont point panenusà résoudre le problème , et, tout examen fait, je doute qu'ils y parviennent.

Il est une considération d'un ordre tout différent, mais qui a aussi sa valeur : depuis vingt-six ans, l’élection d’arrondissement est établie en France,^, depuis quinze ans, les collèges actuels sont en possession du droit d'élire chacun un député. Croit-on qu’ils y tiennent peu et qu ils se résignassent facilement à le perdre? Je pense, pour ma part, tout le contraire, et je suis convaincu que, si le vote au cheflieu faisait partie nécessaire du programme de l'opposition, la majorité, la grande majorité des collèges d’arrondissement s'en inquiéterait sérieusement. Je suis convaincu que, sur cette question, les candidats de l'administration auraient, pour la plupart, un grand avantage sur les nôtres. Nul doute qu'avant tout la réforme électorale ne doive être sérieuse et

Page 1