‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 106 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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efficace; si elle ne l'était pas, il vaudrait autant, il vaudrait mieux ne rien faire; mais, pour que la réforme arrive à bon port , il faut que, non-seulement dans la presse, mais dans le pays, elle réunisse la majorité des suffrages. La réunira-t-elle jamais, si l'on se plaît à contrarier, sans nécessité, toutes les habitudes , à porter gratuitement atteinte à tous les intérêts?

On voit que je joue cartes sur table et ‘que je n'entends rien dissimuler. Il est possible d’ailleurs qu’auprès de quelques esprits forts , la considération du succès paraisse bien mesquine et bien basse. J'avoue, en toute sincéri’é, en toute humilité, que je la trouve très-grave. J’ajoute que je ne suis pas le seul et que d’autres en ont été frapj>és avant moi. J’ai sous les yeux, en ce moment, deux projets de réforme électorale, qui , hormis en un point, se ressemblent beaucoup : celui que la gauche constitutionnelle avait préparé, en 1 839, et celui que les directeurs de la presse libérale, dans les départements, ont rédigé à Paris, au commencement de 1 8 i G . Dans le premier, tout en regrettant le vote au chef-lieu , on le déclare impossible. Dans le second , on l'admet. Pourquoi cette différence? Ne tiendrait-elle pas à ce que les directeurs et rédacteurs des journaux de l’opposition, placés pour la plupart dans les grandes villes , connaissent, moins bien que les députés l’esprit des arrondissements ?

Il faut s'expliquer franchement, Si, comme quel-

ques personnes semblent le penser, il s’agit seulement d'une question à débattre et d'une manifestation à faire, peu importent les difficultés , les impossibilités morales ou matérielles. Pour une discussion comme pour une manifestation, le suffrage universel vaut les plus imposés , les deux degrés valent le vote au chef-lieu. Mais, si l'on veut que tout cela aboutisse à un projet rcel , sérieux et qui ait chance d'étre adopté; si l’on trouve le mal assez grave, le danger assez pressant pour qu'il ne suffise plus d en parler; si , en un mot , on entend se mettre à l’œuvre avec énergie , avec persévérance , par les seuls moyens que fournit la constitution, alors on est tenu de chercher, de provoquer dans la majorité du pays, dans la majorité du corps électoral, un assentiment actif et des sympathies efficaces; alors on est tenu d’éviter tout ce qui pourrait refroidir ces sympathies, retarder cet assentiment. Si c’est là ce qu’on appelle de la tactique, c’est du moins une tactique que l'intérêt du pays conseille et que le bon sens avoue. C'est une tactique, qui, loin de chercher sa force dans le silence et dans l'ombre, peut et doit se produire et se proclamer publiquement.

Je n'hésite donc pas à le dire : plus je crois la réforme nécessaire , plus je désire qu’elle respecte , autant que possible , les habitudes établies, les idées dominantes , les positions faites et tout ce qu’on nomme les droits acquis. Plus je crois la réforme urgente, plus il me paraît sage delà rattacher aux prin-

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