CHAPITRE V
cipes, au système de la loi actuelle et à ses dispositions principales. En un mot, à une tentative audacieuse, mais qui échouerait certainement, je préfère une tentative modeste, mais qui puisse réussir.
J’écarte donc toutes les réformes qui détruiraient, qui ruineraient de fond en comble la loi électorale actuelle ; et, me plaçant au cœur même de cette loi , je me demande quels sont les principes sur lesquels elle est censée reposer. Les voici , ce me semble , tels qu’on les a toujours définis.
La Chambre des députés doit être , dans de justes proportions, la représentation fidèle des droits, des intérêts, des opinions du pays.
Le droit d’élire n'est ni un droit universel que tous puissent réclamer, ni un privilège créé au profit de quelques-uns. C'est un droit que la capacité confère , que la loi reconnaît et qui s'exerce au profit de la société tout entière.
Pour que l’attribution du droit électoral aux uns plutôt qu’aux autres se justifie aux yeux de la raison , de la justice, de la morale, il faut que ceux qui s'en trouvent investis y voient une fonction sociale à exercer, non une propriété privée à exploiter, et que l’élection soit toujours libre et pure.
Il suit de là : I ° que les collèges électoraux doivent être distribués de telle sorte que la minorité ait sa place dans la Chambre, mais que le gouvernement appartienne à la majorité; 2" que toute capacité électorale doit être admise par la loi , à quelque signe
DE LA KÉFOHMK ÉLECTOKALB.
qu’elle se manifeste; 3“ que des moyens efficaces doivent être pris pour mettre l’électeur à l’abri de la corruption comme de l'intimidation , de la fraude comme de la violence, et pour assurer ainsi contre le gouvernement , comme contre les partis , la sincérité, la pureté, la liberté du vote.
Tels sont les principes, très-vrais selon moi , sur lesquels le législateur a voulu établir la loi électorale; telles sont les conséquences très-sensées qui découlent naturellement de ces principes. Examinons jusqu’à quel point les principes ont été respectés et leurs conséquences réalisées.
Je lisais dernièrement, dans une revue radicale, que le meilleur système électoral , s’il était praticable , serait celui où tous les électeurs nommeraient tous les députés, de sorte que la Chambre tout entière fût bien évidemment la représentation et l'organe du pays tout entier. A mon sens, c’est ne pas comprendre la destination véritable du gouvernement représentatif, de ce gouvernement qui, au lieu de conférer le pouvoir suprême à une seule opinion , place toutes les opinions sur un théâtre élevé où elles se rencontrent , où elles se débattent, où elles luttent, comme dans la société elle-même. Or, dans le système d’un seul collège pour toute la France, pour toute la Chambre, les minorités seraient muettes et opprimées. A quoi bon, dès lors, 459 députés? Autant vaudrait, mieux vaudrait nommer un seul homme et l’investir de la dictature.