CHAPITRE V
Mais, si c'est là une erreur grave, c'en serait une plus grave encore que de combiner la loi électorale de telle sorte que la majorité de la Chambre fût choisie par la minorité des électeurs , par la minorité des droits et des intérêts généraux. Or , dans un -écrit fort curieux, qui a paru l'an dernier, M. Charles Lesseps démontre par des chiffres positifs qu’il en est ainsi en France. Il démontre que, sur les 220,000 électeurs dont se composait, en 1845, le corps électoral, 92,000 nommaient 284 députés, tandis que 128,000 n'en nommaient que 175. 11 démontre que, sur les 405,637,093 francs formant le total de quatre contributions directes , la somme de 208,41 1,820 fr. est payée par la portion du territoire qui nomme 181 députés, et celle de 197,425,873 fr. par la portion du territoire qui en nomme 278. 11 démontre que, dans cette répartition singulière, les grands centras de richesse, d'instruction, d’intelligenc® sont particulièrement maltraités. Il démontre enfin qu'il n a pas été plus tenu compte de la population que des autres éléments. Sa conclusion, c’est que la majorité de la Chambre ne correspond ni à la majorité du nombre, ni à la majorité de la richesse , ni à la majorité de l'intelligence.
Sans avoir beaucoup de goût pour la géométrie politique , on ne peut s’empêcher d'être frappé d'un tel résultat. Je le répète : il est nécessaire, il est indispensable que les minorités soient représentées dans la juste proportion de leur force numérique et
de leur importance. Mais il est tout aussi nécessaire, tout aussi indispensable que la vraie majorité sorte du creuset électoral et qu’elle se manifeste, qu elle se produise dans la majorité de la Chambre élective. Si cette dernière majorité ne correspond ni à la marjorité du nombre , ni à la majorité de la richesse , ni à la majorité de l'intelligence , on ne sait trop à quoi elle correspond ni quelle est sa raison d étre.
Quand on y regarde de près , il n’est pas d’ailleurs fort dillicile de comprendre comment se sont introduites toutes ces anomalies. La Constituante, on le sait, avait réparti les députés entre les départements, en raison composée du territoire, des contributions et de la population. Sous la Convention, l’élément du territoire disparut, comme aristocratique, l’élément des contributions, comme bourgeois. En l’an ni , en l'an vm , en l’an x, on revint à l'élément des contributions, auquel on adjoignit encore 1 élément du territoire, non plus en raison de son étendue géométrique, mais en raison de son fractionnement administratif. Sous la Restauration enfin, en 1820, la répartition se trouva encore modifiée par de pures combinaisons de parti. C'est de tous ces remaniements successifs, de toutes ces combinaisons contradictoires qu’est sortie la répartition de 1831. Faut-il s'étonner quelle ne soit ni régulière ni logique?
Si l’on avait à faire entre les départements actuels une répartition toute nouvelle, il faudrait sans doute ne
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