CHAPITRE V
désirable et prochaine. Je persiste à croire, quant à «loi , que, dans l'organisation politique d'un pays, le nombre n'est pas l’élément principal, et qu'un corps électoral très-restreint peut produire une représentation bonne, sincère, complète. Mais, si le •grand nombre a son fanatisme, le petit nombre peut aussi avoir le sien. Or est-il possible de nier que, toutes choses égales d’ailleurs, il ne soit désirable d’appeler à la vie politique une portion plus considérable de la population? Est-il possible de nier que cela n’ait le double avantage de rendre la corruption de l'électeur plus difficile et d’augmenter l'autorité morale de l’élu? Voici comment, en 1817, s'exprimait à cet égard l’adversaire permanent, le contempteur passionné de la force et du nombre, M. Royer-Collard :
« 11 suit de là, disait-il, avec la dernière évidence » que la Chambre élective remplira d’autant mieux » la destination qui lui est assignée dans l'État , » qu’elle sera investie d'une plus grande confiance; » et il n'est pas moins évident que cette confiance » sera d'autant plus étendue que le nombre de ceux » qui la lui auront donnée sera plus considérable. 11 » n’est donc pas indifférent que le nombre des élcc- » leurs des députés soit plus grand ou moindre , » puisque l'autorité morale de la Chambre, qui est » une si grande partie de son autorité politique, cl » son aptitude à ses fonctions constitutionnelles crois- » sent et décroissent dans la mémo pro|>ortiou. »
il est bon d'ajouter qu'en ! 8 16, après quinze ans, le nombre des électeurs en France n’atteint pas le chiffre auquel l’évaluaient en 1831 les ministres et les membres de la commission. D’après leurs conjectures, d'après leurs calculs, le cens de 200 fr. devait tripler subitement le chiffre total du corps électoral et donner à Paris 36,000 électeurs. Le chiffre total du corps électoral a seulement doublé, et Paris, au lieu de 36,000 électeurs, n’en a que 16,000.
La question est donc celle-ci : En 1 83 1 , sans autre pensée que celle d'appeler à la vie politique une portion plus considérable de la société française, on voulait tripler le nombre des électeurs, et on annonçait que bienlét on l’augmenterait,encore. On est aujourd’hui fort en deçà de la limite fixée en 1831 , et aux raisons qui déterminaient , alors , la Chambre il se joint d’autres raisons plus puissantes encore, puisqu’elles touchent à la moralité même de l'élection. Ce qui, en 1831, était juste, opportun, prochainement réalisable, est-il, quinze ans après, injuste, intempestif, dangereux? S’il en était ainsi, il faudrait avouer que depuis quinze ans la civilisation a fait peu de progrès en France et le gouvernement poussé peu de racines.
S'il faut dire toute ma pensée, il se pourrait qu'il en fût de l'abaissement du cens électoral comme de certaines réformes commerciales dont on s’exagère la portée, et qui, le lendemain de leur adoption, trompent à la fois les espérances et les craintes qu elles