CHAPITRE V
fait grand tort dans le corps électoral , parce qu’elle annonçait le dessein de faire triompher ses idées par la force. Qu elle renonce à ce dessein , et qu elle demande son succès à la raison publique. Le corps électoral alors ne lui fera pas défaut.
La position de la minorité légitimiste est plus grave, et les dernières élections lui ont fait subir de grandes pertes. Mais, il serait inutile de le nier, la minorité légitimiste, comme parti homogène, organisé, discipliné, existe à peine aujourd'hui. Elle existera moins encore quand un événement inévitable lui aura enlevé ses dernières espérances , ses dernières illusions. Le temps d’ailleurs ne s’écoule pas en vain, et il est impossible qu'une classe riche, éclairée, influente, se résigne à émigrer pendant vingt ans à l’intérieur, et à rester systématiquement étrangère au gouvernement de son pays. Dès lors il arrivera ce qui arrive déjà : c’est que la minorité légitimiste voudra rentrer dans les affaires. Pour cela deux voies lui sont ouvertes, celle des antichambres et ceüo des corps électifs, celle des fonctions salariées et celle des fonctions gratuites. On verra donc les uns se précipiter vers la cour ou vers l’administration , et transporter, purement et simplement, d’une dynastie à l’autre l’ardeur de leur zèle et la plénitude de leur dévouement . On verra les autres briguer l’honneur de défendre dans les assemblées électives les libertés publiques, les intérêts généraux, la dignité nationale. C’est ainsi que les choses
se sont passées dans le dernier siècle, en Angleterre, où la moitié des jacobites pliait déjà le genou devant la maison de Hanovre, tandis que l’autre moitié résistait aux empiétements de cette maison , au nom des principes mêmes de la révolution.
De ces deux manières de se rallier, il est inutile de dire laquelle est la plus digne , la plus noble , la plus honorable. Quoi qu’il en soit , il ne faut avoir nul souci de ceux qui adopteront la première. Le jour où ils frapperont à la porte des Tuileries ou des hôtels ministériels , on ouvrira les deux battants. Quant aux seconds , l’opposition se manquerait à elle-même si , se souvenant de leur origine , épiant leurs regrdts, elle refusait de les compter parmi les siens. Ce serait tout simplement déclarer à la minorité légitimiste que la faveur royale ou ministérielle est la seule quelle puisse ambitionner et que la liberté est plus exclusive que le pouvoir. Comme candidats du gouvernement ou comme candidats de l’opposition , les membres de la minorité légitimiste, selon qu’ils pencheront d’un côté ou de l’autre, trouveront des collèges pour les élire.
Je ne sais trop d’ailleurs par quel moyen, plus ou moins artificiel, on pourrait faire, d’une manière certaine et permanente, la part légitime des minorités. J'ai bien vu dans le principal organe du parti légitimiste un système où les électeurs se grouperaient d’après leur opinion ; mais ce système, ingénieux en théorie , est inapplicable dans la pratique et romprait,
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