CHAPITRE VI
un clan admirable; mais cet élan dure peu. Victorieuse, elle s'endort; vaincue, elle se décourage : de sorte que trop souvent ses efforts les plus généreux, les plus héroïques restent sans résultat et sans fruit. Si cette disposition est toujours fâcheuse, combien ne le devient-elle pas davantage quand l'ennemi se déguise, quand l’obstacle se dissimule, quand, en uh mot, au lieu de se battre en rase campagne, on est condamné à marcher lentement, péniblement à travers un fourré épais ou de profonds marécages! La victoire alors n'est point au plus brave, mais au plus patient, cl la fougue française n'y peut rien .
Encore une fois, si on se sent incapable d'une telle lutte, qu’on ne l’entreprenne pas. Si on l'entreprend, au contraire, qu'on ne s'en retire pas au premier échec.
Cela dit, voyons quelles sont les forces du gouvernement, les forces de l’opposition , et quel usage on peut faire des unes et des autres.
Les forces du gouvernement, tout le monde le sait, sont considérables. Une administration puissamment organisée, qui s'étende comme un réseau, sur toute la France et qui, soit par un côté, soit par l’autre, enlace toutes les localités et tous les individus ; la dispensation arbitraire, journalière d’emplois sans nombre et de faveurs sans limites , ce sont là , dans un temps où l’esprit du lucre étouffe l’esprit politique, des forces immenses, incomparables, telles, qu’à au-
CONCLUSION
cime époque, aucun gouvernement n’en a possédé de pareilles. Quant à l'usage qu'on en fait, je l’ai dit et n’v veux pas revenir. Tout le monde sait d'ailleurs que, depuis plusieurs années, il n’v a pour le gouvernement qu'une question importante, celle des élections. Tout le monde sait qu’auprès de celte question, unique, dominante, exclusive, pâlissent et s’effacent toutes celles qui touchent à la grandeur, à la prospérité, à la lilrerté de la France. Préparer de bonnes élections, c’est-à-dire des élections qui donnent la majorité à la politique ministérielle, c’est là le but suprême, le but vers lequel on tend par toute espèce de moyens.
Les forces de l'opposition sont bien moindres. Cependant elles ont aussi leur valeur et leur puissance. C’est d’abord , et avant tout, la justice de sa cause, dont la plupart de ses adversaires ont conscience, au fond du cœur. Ce sont ensuite les fautes du gouvernement, qui , de temps en temps, éclatent avec assez d'évidence pour que les moins clairvoyants les aperçoivent. Il y a, d’ailleors, dans les idées de liberté, d’égalité, de dignité nationale quelque chose qui remue les âmes, qui agite les esprits à travers l’égoïsme général ; et ces idées, l’opposition est maîtresse, par la parole et par la presse, de les faire pénétrer dans toutes les parties du pays. Elle est maltresse enfin , malgré quelques entraves, d’opposer à l’organisation officielle du gouvernement une organisation officieuse et de manifester l’esprit qui