CHAPITRE VI
l'anime partout où l’élection intervient . Telles sont les forces de l'opposition, inférieures à celles du gouvernement , mais considérables encore. Comment en use-t-elle?
I! faut le dire : elle en use à peine, et là surtout est le mal. Quinze jours, un mois avant les élections, elle se réveille, elle s'agite, elle fait grand bruit; mais, le jour des élections passé, elle retombe presque entière dans son sommeil, dans son repos, dans son silence. C’est tout au plus si elle consent, dans l’intervalle, à surveiller la révision des listes électorales, cette opération si importante, si décisive, et qui, dans tous les Étals constitutionnels , excite la sollicitude continuelle de tous les partis. D’ailleurs, point d’associations, point de réunions, rien de ce qui tient l’opinion publique en éveil, en haleine; rien de ce qui fortifie, de ce qui endurcit, de ce qui prépare à la lutte. Entre deux adversaires dont l’un sort de son repos tous les quatre ans, tandis que l’autre ne se repose jamais , est-il bien étrange que le second soit vainqueur?
En Angleterre, les choses se passent autrement. La lutte entre les opinions, entre les intérêts, entre les partis est permanente, et s’engage dans toutes les occasions, sur tous les terrains. Pas une question grave qui , avant de se débattre au Parlement, ne se débatte publiquement dans tous les comtés, dans tous les bourgs. Pas une loi importante qui ne fasse naître, d’uu côté comme de l’autre, une foule de péli-
CONCLUSION
lions. Pas une élection locale où les deux drapeaux, celui du ministère et celui de l’opposition, ne se trouvent en préseuce. Aussi, en Angleterre, y a-t-il une opinion publique qui pèse sur tous les pouvoirs, avec laquelle tout le inonde compte, et qui remporte quelquefois des victoires inattendues. C’est cette opinion qui imposait, en 1831 , la réforme parlementaire au ministère whig; en 1 8iG, la réforme commerciale au ministère tory, ('.'est cette opinion qui prépare aujourd'hui d’autres réformes dans l'organisation sociale du pays. Quelquefois sans doute elle s'enivre, elle s’égare, et les hommes d’Etat s'honorent en lui résistant. Ce n’en est pas moins une puissance réelle, visible, dont l’appui est recherché par tous, et ([ui donne à ceux qu’elle favorise autant de confiance que de force.
Qu’on dise où est, en France, cette puissance, et par quels signes elle se manifeste! Je n’en connais que deux exemples depuis quinze ans : l'hérédité de la pairie, la dotation. Mais le premier est voisin de la révolution de juillet, et le second n’a qu’une importance médiocre.
Mais si, en France, l’opposition parlementaire ne trouve pas dans l’opposition du dehors tout l’appui, toute l’assistance qu elle aurait droit d’en attendre , n’a-t-elle elle-même aucun reproche à se faire, et ne peut-elle pas, en grande partie au moins, s’attribuer ce triste résultat? Que font, en Angleterre, après les sessions , les principaux membres de l’opposition