‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 127 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ceux qui , plus confiants qu’eux , regardent la monarchie et le gouvernement représentatif vrai comme parfaitement compatibles? Pour la plupart, les radicaux n’en jugent pas ainsi, et, soit dans le Parlement, soit dans les collèges électoraux, il est rare qu'ils se soient séparés de l'opposition constitutionnelle. Pourquoi s on sépareraient-ils en elfet? Les radicaux pensent, avec certains royalistes, que, dans une société démocratique comme la société française, le pouvoir royal et le pouvoir parlementaire ne peuvent exister à la fois, et que l’un doit nécessairement tuer l’autre ; ils pensent, dès lors, que la monarchie constitutionnelle doit périr, non par les tentatives violentes de ses ennemis, mais par ses propres fautes, par ses propres imperfections, par ses propres impossibilités. Les constitutionnels nient qu'il en soit ainsi et soutiennent que, sans dépouiller le pouvoir royal de ses justes prérogatives, le pouvoir parlementaire, une fois établi, une fois constitué, peut très-bien prendre sa place et se faire respecter. 11 y a là, entre les constitutionnels et les radicaux, une question dont l avenir seul est juge. Mais, pour quelle puisse se juger, il est une condition préliminaire : c’est que le pouvoir royal n’absorbe pas le pouvoir parlementaire, et que celui-ci se ranime au sein d’une majorité indépendante et libérale. Constitutionnels et radicaux ont donc provisoirement le même intérêt et doivent avoir le même-but.

Ce n'est pas sérieusement d'ailleurs qu’on prétend

CONCLUSION

refuser aux oppositions diverses le droit de suspendre leurs querelles quand l’intérêt commun l’exige et de réunir leurs efforts. J'ai fait partie, avec MM. Guizot et Duchàtel , de deux coalitions : celle de 1827, celle de 1839. M. Guizot oserait-il dire que, dans le comité dont il était président, en 1 827, toutes les opinions se renfermassent dans le cercle de la constitution établie, et que MM. Bastideet Cavaignae, ses collègues, eussent pour la forme monarchique beaucoup d'affection et de respect? Oserait-il dire qu’en 1 839, quand il donnait une main à M. Berryor, l’autre à M. Garnier-Pagès, il leur communiquât , par le seul contact, l’amour de la dynastie et des institutions actuelles? Oserait-il dire que, dans ces deux graves épisodes de sa vie politique, il ne sût pas qu'il s’associait à des hommes, à des partis dont les vœux n’étaient pas ses vœux , dont le but était fort au delà de son but? A mon sens, en 1839 comme en 1827, MM. Guizot et Duchàtel avaient raison. En 1839 comme en 1827, ils savaient que la dynastie avait plus à craindre ses amis que ses ennemis , ses flatteurs que scs détracteurs, et que les institutions menaçaient ruine, au sommet plutôt qu’à la base. En hommes sensés et prévoyants, ils allaient au plus pressé, et s'alliaient à qui voulait défendre avec eux la constitution menacée. Quand, de 1831 à 183,"*, l’émeute grondait dans la me, je ne sache pas qu’on demandât à ceux qui prenaient un fusil pour la combattre s’ils préféraient, nu fond de l'àme, la bran-

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