CHAPITRE II
des doctrines aussi serviles, revendiquaient les droits de la Chambre, reléguaient la royauté dans l'asile impénétrable de son inviolabilité. 11 faisait beau voir avec quelle énergie indomptable ils déclaraient que le gouvernement représentatif serait un vain mot, si les ministres prétendaient gouverner sans l'appui permanent, sans le concours actif de la majorité! Un jour, dans un débat sur la loi électorale, un ministre fort peu constitutionnel à la vérité, M. de Vaublanc, eut le malheur de dire « que le pouvoir » électoral , pour n’être pas dangereux, devait être » dépendant et subordonné. » A ces mots, le côté droit tout entier se souleva, et trois fois dans le cours de la session M. de Vaublanc dut s’en excuser. « Il » faut, disait M. de La Bourdonnaie, organiser la » Chambre élective de manière à ce qu’elle soit l’ex-, » pression vraie de l’opinion générale. » — «Ce dont » la France a besoin, disait M. de Bouvillc, c'est » d’une Chambre forte, organe de l’opinion natio- » nalc, qui se retrempe dans le pays, et qui devienne » ainsi l'interprète énergique et éclairée du vœu » public. »
Quand, au milieu de cette confusion, on veut se rendre compte de l’état de la science politique, l’attention se porte naturellement sur deux hommes illustres, aussi puissants par la pensée que par la parole, et dont l'un, fidèle à la cause libérale, a eu la gloire, quinze ans après, d’attacher son nom au triomphe éclatant, si ce n’est définitif, du principe
parlementaire. Je veux parler de MM. de Serre et Royer-Collard. Tous deux étaient royalistes dévoués, mais en même temps amis sincères des institutions libres. Soit que leurs sentiments eussent encore trop d’influence sur leurs opinions, soit que, dans l'entrainement de la lutte, ils cédassent outre mesure à l’empire des circonstances, tous deux émirent des idées, établirent des doctrines dont l’application rigoureuse eût, en 1 830, mis le droit contre la Chambre et pour M. de Polignac.
« Le seul moyen, disait M. de Serre, à propos de » la loi électorale , le seul moyen de concilier l'exis- » tence de la liberté publique avec la force du gou- » vernement consiste dans l’influence avouée, ré- » gulière, que le pouvoir monarchique exerce sur les » Chambres qu’il a créées. — En Angleterre, ajou- » tait-il, l’harmonie ne s'établit dans l’État qu’au 9 moyen de l’influence immense de la couronne et » de l’aristocratie... En France, il n'y a point d'aris- » tocralie. C’est ce qui rend plus nécessaire l’in— » fluence de la couronne, par conséquent des mi- » nistres de la couronne; car on ne peut concevoir » un roi sans ministres, organes de sa volonté. »
M. de Serre concluait de là qu’on avait tort de vouloir créer une chambre forte, indépendante, populaire, une chambre qui fàt l’image et l’organe de l’esprit public. Selon lui , « la France, monarchique » par ses habitudes, par ses affections, par toute sa :> constitution physique et morale, attendait un con-