CHAPITRE II
» 11 n’y a de nations libres que celles qui partici- » pent sans relâche et au pouvoir législatif et au » pouvoir judiciaire. »
Ainsi , en 1817, deux ans après la perturbation de 1815, chacun commençait à revenir à son drapeau et à reprendre sa placç.
A partir de 1817 , on le sait, la lutte s'engagea vivement, ardemment entre la France nouvelle et l'ancien régime , entre la révolution et la contre-révolution. Au milieu de cette lutte et de ses alternatives, il y avait peu de place [tour des discussions théoriques sur le gouvernement représentatif. Dans plusieurs écrits , M. Benjamin-Constant revint pourtant à la charge et démontra victorieusement « qu'il » fallait , pour être inviolable , que le pouvoir royal » ne pût pas faire de mal, et que, pour qu’il ne pût » pas faire de mal , il fallait qu'il n'agit jamais dans » la sphère où le mal peut avoir lieu. » Ce qu’il y a de singulier, c’est que, pendant cette période si agitée, le gouvernement représentatif dut encore au parti de l'ancien régime un bon précédent et une excellente loi. Lebon précédent, c’est l'adresse contre le second ministère Richelieu, présentée, en 1821, par le cûté droit et appuyée par le cûté gauche. Alors comme plus tard , les ministériels et les courtisans prétendirent qu'il est peu respectueux et peu constitutionnel de blâmer, dans une adresse à la couronne, le ministère que la couronne a choisi dans toute la liberté, dans toute la plénitude de sa prérogative.
Mais la Chambre passa outre, et, après avoir refusé d’entendre la lecture de l’adresse, le roi dut en subir les conséquences. L'excellente loi , c'est la loi qui substitua le renouvellement intégral au renouvellement partiel. Cette loi, qui avait le grave inconvénient de maintenir pour plusieurs années au pouvoir le parti contre-révolutionnaire, fut, à ce titre, combattue par la gaucho, et M. Royer- Collard essaya d’ébranler la droite en lui démontrant a que , toutes » choses égales d’ailleurs , le renouvellement inté- » gral appartient davantage au principe républicain, » le renouvellement partiel au princijK! monarchi- » que. » Mais, pour la droite comme pour la gauche, l’intérôt du moment l’emportait sur tout autre intérêt. La loi passa donc , au grand chagrin de ceux qu’elle devait sauver, à la grande joie de ceux qu’elle devait perdre.
Je suis entré dans ces détails pour faire comprendre comment, de 1 81 i à 1 827, le gouvernement représentatif en France s'est formé, a grandi, s’est développé. Pendant ce temps bien des erreurs avaient eu cours, bien des hérésies avaient été professées ; mais il y avait eu constamment en présence une. majorité et une minorité ardentes, actives et se disputant le pouvoir par la parole comme par la tactique. Chaque parti d'ailleurs, dans son intérêt propre, avait dû successivement invoquer les vrais princijtes. Néanmoins la question fondamentale, la question suprême restait encore à vider. Il est aisé ,