‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 23 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il est commode dans les livres de faire avec art , avec symétrie la part de chacun des pouvoirs constitutionnels , et de les proclamer ensuite indépendants et égaux. Il est aisé, par exemple, de donner au pouvoir royal le choix des ministres, au pouvoir électif le vote de l'impôt, et d'établir entre ces deux grandes prérogatives un équilibre idéal. Mais un jour vient nécessairement où les deux prérogatives se rencontrent et se heurtent. Il faut alors savoir laquelle doit l’emporter sur l’autre, et fixer ainsi , non plus en droit , mais en fait , le vrai caractère du gouvernement.

Cette crise inévitable et décisive eut lieu, j>ersonne ne l’ignore, de 1827 à 1830. En 1.827, la couronne, sage et bien conseillée, avait cédé au vœu du pays manifesté par les élections générales. En 1 829 , elle entreprit de lutter contre ce vœu , et dès lors s’engagea entre la prérogative royale et la prérogative parlementaire, entre le gouvernement consultatif et le gouvernement représentatif, le combat glorieux où périt la plus vieille des dynasties européennes. Pour cette fois la question était entre les deux prérogatives , entre les deux gouvernements trop nettement posée pour qu’aucune équivoque fût |K)ssible. Auquel des trois pouvoirs appartient l’influence prépondérante, le mot décisif dans le choix des ministres, et par conséquent dans la direction générale des affaires, tant au dedans qu'au dehors? Voilà la question qu'il s'agissait de résoudre, et de-

vanl celle question s'évanouissaient, comme des fantômes, toutes les distinctions puériles, toutes les délimitations artificielles qu’on avait imaginées pour mettre d’accord les deux principes. Devant cette question aussi tombait la théorie surannée de l’équilibre des pouvoirs.

« Comme il est inévitable, avait dit M. Rovcr- » Collard en 1824, que la volonté première qui est » le principe de l’action réside quelque part, celui » des pouvoirs qui possède légitimement ce principe » imprime au gouvernement tout entier son propre » caractère : monarchique, si c’est le pouvoir royal ; » républicain, sous la dénomination de monarchie, » si cesontlesChambres, et particulièrement la Cham- « bre élective. »

En 1824, M. Royer-Collard semblait encore penser que le pouvoir moteur, régulateur, dominant est celui de la couronne. En 1830, heureusement pour la liberté, il pensa le contraire, et la majorité de la Chambre le pensa avec lui. Peut-être pourtant M. Royer-Collard et la Chambre se fussent-ils volontiers arrêtés en route. Mais il y avait derrière eux une opinion plus jeune, plus vive, plus hardie, qui les pressait, qui les poussait, qui les empêchait de s'attarder ou de regarder en arrière. C'est alors que, renonçant aux ménagements habituels, la presse libérale tout entière sut assigner à la royauté son véritable rôle, et décrivit dans tous ses rouages l'ingénieux mécanisme à l’aide duquel le pays , sans

Page 1