CHAPITRE
désordre cl sans violence, est appelé à se gouverner lui-mérne. C'est aloi'S aussi que , dans le National , qu'il venait de fonder avec MM. Mignet et Carrel , M. Thiers résuma la pensée publique dans une formule simple et claire, à laquelle M. Guizot et ses amis adhérèrent pleinement dans le Globe : « Le roi règne et se gouverne pas 1 ; » telle est cette formule , devenue célèbre et qui reste notre mot d’ordre, au grand scandale des ultra-royalistes d'aujourd’hui comme des ultra-royalistes d'alors.
Voilà dix-sept ans que ces événements ont eu lieu , et bien d’autres les ont suivis. Néanmoins , quand j’entends ce qui se dit, quand je lis ce qui s’écrit, quand je vois ce qui se passe, je ne puis sans une vive, sans une pénible émotion, me rappeler nos sentiments, nos opinions de 1830. Que nous n’ayons pas été tous d'accord sur certaines conséquences de la Révolution ni sur la conduite que le gouvernement né de cette Révolution devait tenir au’dedans et au dehors, rien de plus naturel ; mais au moins devait-il y avoir quelque chose de sacré pour nous tous : c’est le principe que nous avions défendu tous ensemble, c'est le drapeau sous lequel nous avions combattu en commun. Si ce principe est mauvais, que signifie la révolution que nous avons faite? Si ce drapeau doit être déchiré, où irons- nous chercher celui qui le remplacera?
1 Appendice A.
DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF. 45 Quand les royalistes de 1 830 protestaient contre la maxime : « le roi règne et ne pju verne pas, » ils n’étaient du moins coupables Jl d'inconséquence ni d’ingratitude. Peut-on er aire autant des royalistes de \ 84G , cl pensent-ils qu’on ait déjà oublié tout ce qu'ils doivent à cette maxime? Ce n’est pas la première fois, on le sait, qu’on a vu les partis au pouvoir renversçr l’échelle qui les y a portés et renier, le lendemain de la victoire, les idées qui les ont fait vaincre. C'est la première fois peut-être que cela s’est fait avec si peu d'embarras et d’une façon si dégagée. C'est la première fois aussi qu’une telle action a trouvé tant d’approbateurs et de complices.
Quoi qu’il en soit, en 1830, grâce à l’héroïsme populaire , le principe suprême du gouvernement représentatif l’emporta sur le principe contraire, et à une dynastie venue de l’hérédité succéda une dynastie créée par l'élection. Quand, au lieu d'octroyer une Charte en vertu de son droit propre, le chef de cette dynastie vint, au sein de la Chambre élective, accepter et jurer la Charte que la Chambre avait faite au nom de la souveraineté nationale ; quand , en outre , par un vote unanime , la souveraineté nationale elle-même fut irscrite en tête de la Constitution, comme souvenir er comme avertissement, on put croire, on dut croire que la lutte entre les deux prérogatives, entre les deux gouvernements était finie, et que désormais, en France comme en Angleterre, le roi régnerait sans gouverner. Malgré