‹ De la Réforme parlementaire et de la réforme électoraleChapitre 26 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

commission de l'adresse, et j'ai eu souvent l’honneur de le voir avant, pendant, après la crise électorale. J'atteste que personne ne revendiquait avec plus de fermeté les droits de la prérogative parlementaire, ne s’élevait avec plus de résolution contre les empiétements d’une autre prérogative. J’atteste que personne ne paraissait plus décidé à remettre sérieusement en pratique la maxime qu'il combat aujourd'hui, et, comme il le répétait sans cesse, à aller jusqu’au bout. Si l'opposition n’avait pas eu un tort grave, celui d’estimer M. Guizot audessous de sa valeur et de lui refuser le prix légitime de ses services, M. Guizot serait aujourd'hui parmi les défenseurs les plus énergiques de la prérogative parlementaire , et je n’aurais pas le regret d'être séparé de lui depuis six ans.

11 serait superflu de revenir ici sur les arguments de la coalition et sur ceux de ses adversaires. Il s’agissait encore une fois de décider quel est le pouvoir prépondérant, celui auquel doit appartenir, en fait comme en droit, la direction des affaires. Il s’agissait de décider en outre si des ministres , par cela seul que le roi les a choisis et que la majorité les tolère, sont des ministres vraiment parlementaires, vraiment constitutionnels. Il s'agissait de décider, en d’autres termes , si la majorité doit procéder du ministère , ou le ministère de la majorité. Là-dessus de longs et vifs débats eurent lieu, des débats où l’on vit , avec quelque surprise , exhumer

au profit de la dynastie nouvelle les doctrines qui ont perdu l'ancienne dynastie. Elles n’eurent pas, en 1 839, plus de crédit, plus de succès qu'en 1 830, et, pour cette fois, on le sait, le vœu du pays fut promptement ol>éi. Rien de plus facile alors que d’achever l’œuvre et de donner aux vrais principes du gouvernement représentatif leur sanction définitive. L’opposition, qui avait su vaincre, ne sut pas profiter de la victoire; et ses tristes querelles, habilement exploitées par le parti vaincu , rendirent à celui-ci le terrain qu’il avait perdu. Il faut être aveugle pour ne pas voir que, depuis ce jour, la prérogative rovale, qui avait plié un moment, s’est redressée plus ferme, plus haute, plus inflexible que jamais. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la prérogative parlementaire, au contraire, s’est de plus en plus rapetissée, assouplie, abaissée. Qu’un tel retour paraisse doux à ceux qui, soit en 1830, soit en 1839, ont combattu le principe parlementaire , je le comprends ; qu’ils permettent seulement que leur satisfaction ne soit pas partagée par tout le monde , et que d’autres aient un peu de leur persévérance.

Quand donc , dans la dernière session , l’opposition , après un silence de quelques années, a repris la question de 1830 et de 1839, ce n’est point, comme on l’a dit, par caprice ou pour tirer de quelques mécomptes récents une vengeance mesquine. C’est parce que cette question naissait d'ellemême et se mêlait à toutes les autres. Pour cer-

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