CHAPITRE II
tains docteurs politiques, je le sais, la question est oiseuse, misérable, ridicule, digne à peine des Grecs du Bas-Empire. Et pourtant, chaque fois qu'on y touche, il y a des frémissements et des colères qui prouvent qu’on en sent comme nous la portée et l’àpropos. 11 serait puéril d’aller, de gaieté de cœur, braver ces colères, provoquer ces frémissements; mais il serait lâche de s'en laisser effrayer ou troubler. Dès que la question se présente naturellement, on doit doue la traiter avec mesure, mais en toute liberté. Je vais encore une fois essayer do le faire , en la dégageant de tout ce que l'ardeur de la polémique a pu y joindre d’irritant et de personnel. Et ce n'est point là une concession ; c’est un acte de justice aussi bien que de convenance. A mon sens, entre deux pouvoirs, dont l'un travaille à étendre sa prérogative, dont l'autre laisse envahir et diminuer la sienne, le vrai coupable est le second. Guillaume III, M. Thiers l’a justement remarqué, voulait aussi gouverner, et l’histoire ne lui en fait pas un grand reproche; mais Guillaume III avait en face de lui des hommes aussi jaloux de leurs prérogatives qu'il l’était de la sienne, des hommes qui n'oubliaient pas que, peu d'années auparavant, ils lui avaient mis la couronne sur la tète; des hommes qui, au lieu de ramper bassement à ses pieds, se tenaient debout devant lui. Si ces hommes n'avaient pas su lui résister, l’histoire, qui épargne Guillaume, les flétrirait avec justice.
Je veux prendre la question au point où elle est parvenue et la discuter dans les termes mêmes ou on l'a posée. Ainsi on ne nie plus, cela est usé et dangereux, qu’en cas de conflit entre les pouvoirs, le dernier mot n’appartienne au pays; mais on soutient qu’en prenant ses ministres au sein de la majorité , la couronne , quels que soient ultérieurement ses rapports avec eux, accomplit tous ses devoirs constitutionnels. On soutient qu'une seule condition lui est imposée, celle de céder, le jour oii la majorité l’exige, et qu'elle est d'ailleurs maîtresse de diriger elle-même, à son gré, les affaires du dehors comme celles du dedans, et d’avoir ouvertement, ostensiblement son parti et sa politique. Puis on gémit, on pleure sur le sort d’un prince sage, capable, éminent, que le sophisme constitutionnel réduirait à la nullité pompeuse de certains monarques de l'Asie. « Nonseulement, dit-on, cela est absurde, mais cela est impossible; et, pour avoir des rois tels qu’on les veut, il faudrait les abrutir dès l’enfance ou les enfermer dans une étroite prison. Encore n’est-il pas certain que de sa prison même un roi habile ne gouvernât pas »
Ainsi, d’après cette manière d'entendre le gouvernement représentatif, il est bon, juste, convenable que le roi manifeste ses préférences pour certains hommes, pour certaines idées, et qn’il applique
’ Journal de* Mbals, avril Pt mai 1816.